Cinéma, aspirines et vautours

Alors qu'a été dévoilée la
sélection cannoise 2006 sort enfin
Cinéma, aspirines et vautours de Marcelo Gomes. On se souvient que l'attribution du
Prix de l'Education Nationale à ce road-movie brésilien avait surpris : parce que le jury, après avoir célébré des auteurs reconnus comme Kusturica (
La Vie est un miracle) et Gus Van Sant (
Elephant) avait distingué une œuvre plus confidentielle, présentée de surcroît dans une sélection parallèle ; parce que les qualités cinématographiques célébrées par le jury dans ses motivations n'avait pas sauté aux yeux de tout le monde, notamment du côté des critiques de cinéma.
Chacun pourra se faire sa propre idée sur le film, en salles depuis mercredi, et discuter le choix du jury.
Force est de constater tout de même que le dispositif associé au Prix a un certain retard à l'allumage : le DVD "A propos de" édité par le CRDP de Nice est annoncé pour… l'automne 2006 ; quant au
Quai des images il renvoie au
site du distributeur français, qui dans sa plaquette se contente de reprendre… le texte de la proclamation du jury 2005.
Nous nous permettrons donc de reproduire celui-ci in extenso, et nous renverrons les lusophones au
site officiel brésilien du film.
"
Le film que nous avons choisi, Cinema, aspirinas e urubus de Marcelo Gomes est d'abord un coup de cœur pour un road movie dans le Sertao du Brésil, en 1942. Ce qui nous a touchés et particulièrement intéressés, c'est le traitement cinématographique de cette expérience humaine porteuse d’espoir, un traitement qui oscille entre une approche quasi documentaire et un regard très poétique. L'amitié entre les deux hommes se construit dans l’espace immense et blanc de soleil du Sertao ainsi que dans l'espace très réduit et sombre de la cabine du camion.En ce qui concerne la dimension pédagogique du film qui est bien évidemment indissociable des qualités artistiques, c’est justement le chemin initiatique accompli par les deux hommes qui nous a donné à penser que ce film pouvait aider les élèves à grandir en les amenant à s’interroger sur leur propre cheminement. La distance temporelle - l’action se passe en 1942 - et spatiale - le Sertao brésilien - devrait favoriser une réflexion sur l'histoire, individuelle ou collective, sur les conditions de vie et les rapports entre les pays riches du Nord et les pays pauvres du Sud. Il nous a semblé que ce film, même s'il est directement accessible aux élèves, pourrait, grâce en particulier à l'outil pédagogique qui sera élaboré dans la collection «A propos de...», faire l'objet de nombreux travaux disciplinaires ou interdisciplinaires, en cinéma bien sûr, mais aussi en lettres, en histoire, en géographie, en sciences économiques, en philosophie comme en tout ce qui concerne l'apprentissage de la citoyenneté et plus généralement, dans tout ce qui touche à la construction du sens, dont nous savons tous qu'elle constitue un élément essentiel de l'éducation de nos élèves.Cinema, aspirinas e urubus est un premier film appartenant à une cinématographie peu diffusée et nous avions aussi dans l'idée de proposer aux jeunes une œuvre qu'ils n'iraient peut-être pas voir d'eux-mêmes.C’est aussi un film sur la magie du cinéma qui s’inscrit dans une tradition du road movie et s'inspire du néoréalisme.Enfin c'est un film qui possède une caractéristique essentielle du cinéma : sa capacité à changer notre regard sur le monde."
[Cinéma, aspirines et vautours réalisé par Marcelo Gomes. Durée : 1h39min. Distribution : Ciné Classic. Sortie le 19 avril 2006.]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 22.04.06 à 15:24