Faut-il (finalement) manger de la perche du Nil ? C

’est la question que nous posions dans une précédente
note. Le débat n’en finit plus de rebondir, à la mesure du succès en salles du film d’Hubert Sauper (tout relatif comparé aux millions des grosses machines hollywoodiennes ou franchouillardes, mais remarquable pour un documentaire) qui a dépassé les 200 000 entrées.
Le film sort ainsi petit à petit des pages cinéma des médias pour accéder au rang de fait de société : ainsi l’hebdomadaire
Télérama revient sur la fortune inattendue de ce documentaire ("
Un cauchemar qui nous réveille") au sujet aussi engagé que "
peu engageant" selon la formule de Mathilde Blottière, et sur les réactions souvent viscérales qu’il provoque chez les spectateurs. Ainsi on apprend qu’à Biarritz, un exploitant indépendant incite les spectateurs à interpeller leurs poissonniers ( ! ), que dans le Bordelais des villageois organisent le boycott… avant même d’avoir pu voir le film…
Mais comme tous les mouvements spontanés de boycott cette "révolte des supermarchés" (expression empruntée au blogueur Milan, voir plus bas) pose question : Hubert Sauper est le premier à reconnaître qu’elle est contre-productive. Et d’ajouter qu’il aurait pu faire la même démonstration avec le pétrole angolais, les diamants sierra-léonais ou les bananes du Honduras. "
Si je faisais ces films, est-ce que les gens boycotteraient le pétrole, les diamants ou les bananes ?"Le débat fait rage sur l’excellent blog
L’insoutenable légereté de l’être (déjà abondamment cité ici). Rappelant que selon lui "
il n'y a pas – ou si peu – de liens de causalités entre les éléments du "mal-développement" présentés dans Le Cauchemar de Darwin
et le commerce de la perche", l'auteur s'étonne que "
cet épiphénomène mobilise autant d’ardeurs", et propose plutôt de boycotter… les produits agricoles européens, grassement subventionnés par la PAC au détriment des agriculteurs des pays pauvres ! La suite des discussions pose des questions passionnantes, à la fois sur le documentaire (le film est-il responsable des réactions des spectateurs ? Aurait-il dû montrer les aspects bénéfiques de l'exploitation de la perche ?) sur nos ambiguïtés de citoyens-consommateurs, sur la dictature médiatique de l’émotion, etc.
Pour revenir à des considérations plus directement pédagogiques, rappelons que si ce film n'illustre pas directement telle ou partie des programmes, sa vision n'en reste pas moins hautement recommandable pour les grandes classes du lycée (
Premières et Terminales, il n’y a pas que le Bac dans la vie !). Il permet une multitude d'approches, en
SES (par exemple sous l'angle de l’insertion d’un pays dans le commerce international via la spécialisation), en
Géographie (voir une
proposition de questionnaire sur le film), mais également en
Français (ce documentaire est une véritable œuvre artistique dont il est intéressant d'étudier les procédés).
PS : En plus des liens déjà cités dans cette note et la précédente, voir également l’article consacré au film par
L’encyclopédie libre Wikipédia, très intéressant pour ses renvois (globalisation, biodiversité, région des Grands Lacs)