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Le peplum est à la version latine ce que le caviar est au brouet spartiate." Tous les enseignants ne partageront sans doute pas l'enthousiasme de Boris Vian (mais était-ce l'amoureux du cinéma qui parlait ou simplement le latiniste traumatisé ?) pour un genre qui n'a jamais fait de la rigueur historique ou du respect des sources littéraires sa préoccupation première, mais dont le succès de
Gladiator de Ridley Scott a récemment relancé la vogue (au cinéma et bientôt à la télévision
avec la série Rome — photo — produite par
HBO et diffusée cet été sur
Canal Plus).
C'est pourquoi on a plaisir à signaler, à la suite de l'
édition cinéma du Café Pédagogique, l'excellent article de
Nicolas Smaghue mis en ligne sur le site académique de Lille :
Regards sur certains péplums hollywoodiens de la 6e à la Terminale. Mêlant la réflexion théorique et les exemples pratiques (il s'appuie notamment sur
Quo Vadis de Mervyn LeRoy), il nous offre un petit
vademecum de l'
utilisation pédagogique du peplum en classe d'Histoire. A la fois évidemment pour illustrer (avec toutes les limites que cela comporte) le programme d'Histoire de Sixième et de Seconde (le christianisme), mais également pour un travail plus subtil sur les images en Terminale. Où comment la
représentation de l'antiquité dans le cinéma américain des années 50-60 (mais il serait intéressant de reproduire l'analyse sur le peplum italien, auquel les puristes restreignent l'appellation "peplum", et sur les récents
Troie, Alexandre et
Gladiator, dont les confusions historiques sont soulignées par Nicolas Smaghue) nous renseigne sur l'évolution de la
société américaine au moment de la guerre froide :
"
Dans le cinéma américain, la collusion entre politique et religion, la mystique du pouvoir et sa représentation, nous surprennent toujours. Les péplums plus actuels se revendiquent de plus en plus proches de la réalité historique. Cette dérive cinématographique peut conduire, comme l’exemple de Gladiator le prouve, à de graves contresens historiques qui peuvent même être soupçonnés de partis pris idéologiques… Capable de proposer des reconstitutions et des décors extraordinaires, les productions tendent à sortir presque essentiellement « des produits formatés » et rentables conformes à l’idée que l’Amérique se fait du monde. Il est assez paradoxal d’observer, alors même que la censure est officiellement plus légère que dans les années 50, que les films produits sont de plus en plus conformes... C’est justement l’ensemble de ces contradictions qui font des péplums un objet d’étude privilégié mais encore peu exploité dans cette dimension par les enseignants"
Pour compléter cette approche pédagogique, on renverra à cet article d'Emmanuel Noussis sur l'
Antiquité au cinéma (en fait une étude sur l'Egypte ancienne dans le film
La Terre des Pharaons d'Howard Hawks), aux séances proposées au
chapitre Antiquité par le site
Cinehig. Et sur un plan plus cinématographico-ludique, on renverra à ce site de passionné :
Peplums.info, qui nous apprend par exemple que le
péplum est aussi vieux que le cinéma lui-même, "
puisque dès 1898 les Frères Lumière produisirent un Néron essayant du poison sur un esclave" ; et à cet article ("
Le péplum, antiquité, spectacle et cinéma") aussi drôle qu'érudit, qui donne un
bon résumé de l'histoire du genre.
On apprend ainsi que si l'on parle en France de film de "cape et d'épée", les Américains parlent eux de "
sword and sandal", "
autrement dit des films plus ou moins historiques allant de la préhistoire à la fin du moyen âge", comprenant donc aussi bien films sur l'Antiquité grecque et romaine "
que des films médiévaux, orientalisants (Mongols ou Arabes), sur les pirates, sur les vikings…" Qu'en Italie le genre se caractérisait avant-tout par l'exotisme et l'opulence visuelles, s'appuyant à partir des années 50 sur le format Scope et un "
pictorialisme exacerbé" ("
des images en couleurs vives, des contrastes lourds, peu de tons différents mais un choc de couleurs"), qui en ces années d'après-guerre et de décollage économique s'inscrivaient en rupture très marquée avec le genre néo-réaliste…