Mot clé : Allemand

Trois ans après le triomphe dans les salles françaises de Goodbye Lenin !, la sortie et le succès critique et public de l'excellent La Vie des autres ont relancé l'intérêt du public pour la République Démocratique Allemande. Les deux films se révèlent d'ailleurs tout à fait complémentaires pour donner un tableau nuancé de la vie sous un régime communiste de "l'Est" : on pourra donc compléter la projection de La Vie des Autres par l'étude de quelques scènes du film de Wolfgang Becker (disponible en DVD).
En complément à notre site pédagogique et à ses deux dossiers sur le film de Florian Henckel von Donnersmarck, rappelons ainsi les nombreuses ressources disponibles en ligne sur Goodbye Lenin ! : pour les germanophones, le film, tout comme La Vie des Autres, a fait l'objet (ici) d'un des excellents Filmhefte du Bundeszentrale für politische Bildung (voir également celui de Requiem de Hans Christian Schmid, sorti récemment en France). Pour les historiens, on renverra à ce dossier du site académique de Versailles, ainsi qu'à ces deux articles de Cinehig : l'exploitation de quatre extraits par Renaud Weisse et un questionnaire par Vincent Bocquet. Enfin, dans la série Plans Rapprochés du CNDP, Philippe Leclercq analyse le rôle du générique du film (cf Un site sur les génériques de film).

Posté dans Le classeur par zama le 06.02.07 à 12:47 - Réagir

Le cinéma allemand est saisi par la fièvre de l’histoire : après La Chute, Sophie Scholl et Goodbye Lenin !, un nouveau film historique arrive sur nos écrans, auréolé de son succès local (le film a remporté sept Lolas 2006, l'équivalent de nos Césars) et international (après avoir remporté le Prix du Meilleur Film européen le film est en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger, comme Indigènes ou Le Labyrinthe de Pan).
On peut toutefois se demander ce qui procède d’un besoin du peuple allemand de réévaluer l’histoire nationale récente (nazisme, partition du pays), et ce qui tient aux qualités cinématographiques évidentes des succès évoqués. Le cas de La Vie des autres (Das Leben der Anderen) de Florian Henckel von Donnersmarck est encore plus éclatant, car on ne pourra lui reprocher aucune complaisance :ni la fascination pour le mal hitlérien qui guettait La Chute, ni la (n)ostalgie un peu doucereuse de Goodbye Lenin !, ni le manichéisme rassurant de Sophie Scholl
La Vie des autres est une plongée sans concession dans les arcanes de la STASI (abbréviation de [Ministerium für die] Staatsicherheit) et d’un pays qui comme nul autre démocratie "pays de l’Est" peut-être n'a su ériger la surveillance et la paranoïa généralisées en système.
En 1984 (l’allusion à George Orwell n’est évidemment pas anodine), l’auteur de théâtre Georg Dreyman, pourtant réputé ami du régime, est mis sous surveillance étroite de la STASI. Gerd Wiesler, l’officier chargé de superviser l’opération, comprend vite qu’il s’agit d’une intrigue personnelle : le ministre Bruno Hempf veut se débarrasser du dramaturge car il convoite la compagne, l’actrice Christa-Maria Sieland. La machine infernale est en marche, mais un grain de sable s'y est glissé…
Le film est certes haletant comme un bon thriller d’espionnage, doublé d’une émouvante histoire d’amour. Mais il présente aussi un intérêt historique et pédagogique certain : il ne donne certes que peu d’informations sur la vie quotidienne en Allemagne de l’Est au milieu des années quatre-vingt, mais c'est pour mieux faire ressentir l’étouffement totalitaire et les mécanismes implacables d’une dictature policière. Grâce à un trio de personnages denses et complexes (Georg Dreymann artiste officiel qui finit par ouvrir les yeux, Gerd Wiesler monstre froid guetté par l'humanisation, Christa Maria Sieland contrainte à des choix impossibles…), Florian Henckel von Donnersmarck livre une radiographie implacable des réalités de la "démocratie populaire" allemande, en même temps qu'il pose des questions passionnantes sur le rôle de l'art ou la responsabilité individuelle…
Pour l’exploitation pédagogique de ce film, on renverra à notre mini-site La Vie des Autres, qui propose deux dossiers pédagogiques :
— en Histoire, Jean-Charles Geslot et Valérie Marcon s’appuient sur l’exemple de la RDA pour étudier les caractéristiques d'un régime totalitaire
— en Allemand, Stéphane Gödicke propose une exploitation linguistique et culturelle très détaillée du film.
On pourra également s’apppuyer sur le numéro spécial du supplément Cinéclasse du Monde de l’Education, qui comprend notamment un grand entretien avec l’universitaire Jacques Rupnik. Et on se reportera à cette interview du réalisateur Florian Henckel von Donnersmarck sur le site Vousnousils.fr.

 [La Vie des Autres de Florian Henckel von Donnersmarck. 2006. Durée : 2 h 17. Distribution : Océan Films. Sortie le 31 Janvier 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 31.01.07 à 11:58 - 18 commentaires

Le Festival Cinéallemand pour les Jeunes c'est comme le Tour de France : ça se termine toujours sur les Champs-Elysées. Nous n'avions pas eu l'occasion en septembre 2005 de signaler le lancement de la deuxième édition de ce festival itinérant, lancé et animé par le Goethe Institut. Saluons donc son arrivée dans la capitale, dernière des quarante villes à accueillir le festival. Cinq films choisis parmi la sélection nationale, pour la plupart inédits en salle, seront projetés en matinée et pour une séance unique au Cinéma le Balzac, du 24 au 31 Janvier. Ils font l'objet d'un substantiel accompagnement pédagogique, en langue allemande uniquement, sur le site du Goethe Institut (interviews, liens divers) : Sonnenallee, Die Blindgänger, The Edukators (Die fetten Jahre sind vorbei), Kroko, Die Spielwütigen.
Et donnons rendez-vous en septembre 2007 pour le lancement de Cinéallemand 3, qui reprendra peut-être le film La Vie des autres (Das Leben der Anderen), dans les salles le 31 Janvier.

[Photo : The Edukators de Hans Weingartner]

Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 22.01.07 à 15:12 - Réagir

L'information n'est pas de première main : l'ensemble des médias français et européens s'est fait l'écho de la sortie allemande, le 11 janvier dernier, du film Mein Führer de Danny Levy, autoproclamé "première comédie sur Adolf Hitler". Le film montre un Hitler dépressif que seul peut dérider son ancien professeur d'art dramatique, juif comme de bien entendu et… sorti d'un camp de concentration pour rendre le sourire au Führer : "Lorsqu'en 1944, les Russes sont aux portes de l'Allemagne et alors que la guerre totale semble définitivement perdue, le Führer veut mobiliser le peuple allemand dans son discours du Nouvel An. Mais Hitler n'est pas d'humeur à le faire. Malade, dépressif, il ne veut pas apparaître en public et Goebbels fait tout pour gagner du temps. Dans l'urgence, il fait sortir du camp de concentration de Sachsenhausen l'ancien professeur d'art dramatique de Hitler, Adolf Gründbaum, de confession juive. Il est le seul à pouvoir l'aider à retrouver de l'entrain."
De ce côté-ci du Rhin personne n'a encore vu le film (dont il n'est même pas sûr qu'il sortira un jour en France), ce qui ne l'empêche pas de faire parler de lui dans les médias et sur le net. Ainsi, le quotidien Libération en faisait sur son site Internet ainsi la question du jour (Peut-on faire de l'humour avec Hitler ?), tandis que la version web du Monde consacrait un portfolio à Hitler, inépuisable personnage de cinéma, preuve que la personnalité du Führer n'a pas fini de fasciner les foules.
Sans préjuger de la réussite artistique du film, on peut reconnaître à Mein Führer d'avoir réussi un beau coup marketing, en transgressant deux tabous pour le prix d'un : en faisant de Hitler son héros (cf la polémique autour de La Chute de Oliver Hirschbiegel) et en traitant cette période de l'histoire sur un mode comique (on se rappelle de la gêne qu'avait provoqué La Vie est belle de Roberto Benigni). Les origines de l'auteur (Danny Levy est juif) et du film (c'est une production allemande) sont d'ailleurs un des éléments de la polémique.
En attendant de pouvoir juger sur pièce, les germanophones pourront en tout cas en savoir plus sur le site officiel du film, et notamment consulter le… dossier pédagogique proposé en téléchargement…

Posté dans Thèse-Antithèse par Zéro de conduite le 21.01.07 à 15:52 - 14 commentaires

La RDA, ce n'était pas que les cornichons du Spreewald, la belle solidarité socialiste et le cosmonaute Sigmund Jähn (les "je me souviens" égrénés par Goodbye Lenin !)… C'était aussi la poigne du fer du Parti, les carrières d'opposants brisées, la surveillance et la paranoïa généralisées. Grand succès de l'année passée outre-Rhin (il a remporté pas moins de 7 Lolas, l'équivalent allemand des Césars) La Vie des autres (Das Leben der Anderen) s'intéresse à la part d'ombre de la démocratie populaire est-allemande : sa police secrète, la STASI, l'une des plus terribles et les plus efficaces de tout le bloc de l'Est.
En 1984 à Berlin-Est, un officier de la Stasi se voit confier la surveillance de l’auteur Georg Dreyman, pourtant bien vu du régime. Il ne se doute pas encore qu’il s’agit d’une intrigue, orchestrée par le ministre de la Culture pour séduire la femme de Dreyman, l’actrice Christa Maria Sieland.
Zérodeconduite.net propose aux enseignants d'Allemand et d'Histoire une série d'outils pour leur permettre d'accompagner ce film, qui sortira le 31 janvier :
— Le site pédagogique La vie des autres qui propose notamment deux dossiers pédagogiques réalisés par des enseignants en Allemand et Histoire ainsi qu'une série de liens vers des ressources sur et autour du film.
— Le supplément du Monde de l'Education, Cinéclasse, avec au sommaire un entretien avec Jacques Rupnik et les rubriques habituelles : Education à l'image ("Citoyens sous surveillance"), De la salle à la classe ("Une dictature policière")…
— Et enfin toute une série de projections en avant-première destinées aux enseignants, le dimanche 21 Janvier au matin, point d'orgue possible à l'édition 2007 de la semaine franco-allemande.
Posté dans L'agenda par zama le 08.01.07 à 17:45 - 7 commentaires
Le mouvement de la Rose Blanche, groupe d'étudiants ayant résisté pacifiquement (principalement par la diffusion de tracts appelant à l'insurrection des consciences) au nazisme à partir du printemps 1942, a déjà fait l'objet de plusieurs films, notamment par Michael Verhoeven (Die Weisse Rose) et Percy Aldon (Fünf letze Tage).
Sophie Scholl les derniers jours de Marc Rothemund s'en distingue par un parti pris clair : s'attacher uniquement au personnage de la jeune Sophie (un des trois piliers du groupe avec son frère Hans Scholl et leur ami Christoph Probst, ce seront d'ailleurs les premiers à être arrêtés et exécutés) et aux cinq derniers jours de sa courte existence : du 18 février, où en compagnie de son frère elle est arrêtée en pleine université de Munich, au 22 février, date de son exécution par la guillotine. Le film a ainsi le mérite de montrer longuement le face à face entre l'étudiante et Robert Mohr, l'agent de la Gestapo chargé de l'interroger (grâce aux procès-verbaux d'interrogatoire, retrouvés dans les archives est-allemandes dans les années 1990), ainsi que la parodie de procès mené par le président du Tribunal du Peuple (Volkgerichtshof) lui-même, Robert Freisler. Il montre ainsi deux aspects contrastés du régime nazi.
En revanche en se limitant au personnage de la jeune et frêle Sophie, le film donne une vision assez restrictive du mouvement de la Rose Blanche, et joue sur un pathétique auquel on n'est pas obligé d'adhérer. Le film reste toutefois recommandable en histoire et évidemment en allemand. Pour les germanistes on conseillera le site allemand du film, parmi d'autres liens sélectionnés par le site Cinehig.

[Sophie Scholl les derniers jours de Marc Rothemund. Durée : 1h57min. Distribution : Les Acacias. Sortie le 12 avril.]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 12.04.06 à 17:15 - 9 commentaires
Difficile d’imaginer une exploitation pédagogique de cette œuvre aux proportions monumentales (plus d’une cinquantaine d’heures). Difficile aussi pour les germanistes ou simplement ceux qui s’intéressent un peu à notre voisin d’Outre-Rhin de rester indifférent à l’événement que constitue la "sortie" (le troisième volet dans quelques salles de cinéma, le premier en DVD en attendant les deux autres) d’Heimat , la saga télévisuelle d’Edgar Reitz.
Ce feuilleton, comme on disait alors, dresse le portrait de l’Allemagne au vingtième siècle (de 1919 à 2000) à travers le destin d’une famille et d’un village fictif de Rhénanie-Palatinat. Couronné par un immense succès lors de sa diffusion en 1984, succès que n’ont pas démenti les deux suites, il fait aujourd’hui partie intégrante du patrimoine culturel germanique. Pour mieux comprendre l’importance de ce véritable "lieu de mémoire", on renverra à deux interviews en ligne d’Edgar Reitz, par Libération et Le Courrier International. Se définissant avant tout comme un conteur (aux inspirations très littéraires : les Buddenbrook de Thomas Mann, Proust, Musil et Balzac…) il revient tout de même à la fois sur la dimension cathartique de son grand œuvre (qui aurait permis à l'Allemagne de se réconcilier avec son passé), le rapport des allemands à l’histoire et à la nation, et à ce concept réputé intraduisible de "Heimat" : "On ne peut pas assimiler le Heimat à la patrie, qui vient de Vaterland (le pays du père), car c'est un concept politique qui englobe le pays entier. Le Heimat est beaucoup plus petit et personnel. "
Sur cette notion si mystérieuse de Heimat, on trouvera également quelques indices sur le site de l'émission d'Arte, Karambolage, qui lui consacrait en 2004 sa rubrique "Le Mot" : "Quand on remonte un peu dans l’histoire du mot "Heimat", on apprend ceci : il y eut une époque où la langue allemande opposait "Heimat" à "ELEND", la misère. "Elend" vient de l’ancien allemand "ali-lenti" et signifie littéralement "l’autre pays",  l’étranger. Vivre "à l’étranger" était donc synonyme de vivre "dans la misère". Ce qui, implicitement, faisait de "Heimat" un équivalent de "bonheur" (la suite ici).
Posté dans Dans les salles par comtessa le 02.04.06 à 21:43 - 3 commentaires
Vous avez entre 18 et 25 ans, êtes passionné de cinéma, vous destinez aux métier de l'image et du son ?
Plus que quelques heures (le cachet de la poste faisant foi) pour devenir juré lors du Prix de la Jeunesse au Festival de Cannes 2006 (voir le site de l'édition 2005), voire même être l'un des deux reporters mandatés par France 5 Education pour couvrir le festival (la copieuse édition  Festival 2005 sur le site France 5).
Rappelons que le prix 2005 avait été attribué à un film brésilien, Cidade Baixa de Sergio Machado (dont la date de sortie en France n'a pas encore été fixée en France), tout comme le Prix de l'Education NationaleCinéma, aspirine et vautours qui sortira le 19 avril).
Une autre possibilité est offerte aux lycéens, à l'invitation de la Semaine Internationale de la Critique et en partenariat avec l'Office Franco-Allemand pour la Jeunesse, l'opération "La (Toute) Jeune Critique" : "Mis dans la position de vrais critiques de cinéma, les lycéens français et allemands assistent ensemble quotidiennement aux projections des sept longs et sept courts métrages de la Sélection. Après avoir rencontré les équipes des films, ces apprentis critiques de cinéma écrivent leurs articles, dont les meilleurs sont publiés dans les médias partenaires (presse écrite, radio et Internet)."
L'inscription (formulaire d'inscription) se fait par groupe de quatre lycéens, sous l'égide d'un professeur qui les accompagnera lors du festival, et ce jusqu'au 15 avril.
Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 30.03.06 à 16:28 - 1 commentaire
intrologo_56_IFB.gifAvis aux jeunes germanistes : pour la deuxième année, l’OFAJ et TV5 proposent à des cinéphiles de 18 à 29 ans de faire partie du jury (composé de quatre Français et trois allemands), non pas de l’ours en chocolat, mais du prix "Dialogue en perspective" (attribué à un des films de la section "Perspective Deutsches Kino") lors de la Berlinale 2006. Modalités et inscription (il faut notamment rédiger une critique du film La chute de Olivier Hirschbiegel) sur le site de l’OFAJ, jusqu’au 15 janvier 2006.
La 55ème "Berlinale" (ou Festival International du Film de Berlin, site officiel) se déroulera du 9 au 19 février 2006, et présentera entre autres le film de Terence Malick, Le Nouveau Monde et, curiosité, une adaptation allemande des Particules élémentaires de Michel Houellebecq. Il tentera de faire oublier le "fiasco" (en tout cas aux yeux de la critique internationale) de l’édition 2005 (voir le dossier que lui a consacré le site Artetv).
Rappelons que le Festival de Berlin fait partie des quatre grands festivals de cinéma européens (avec le Festival de Cannes, la Mostra de Venise et dans une moindre mesure le Festival de Locarno). Comme les trois autres, sa création et son existence ont été marquées par l’histoire et la géopolitique : si le festival de Cannes annonce le conflit mondial (il est lancé en 1939 contre une Mostra de Venise devenue le jouet du régime de Mussolini, voir à ce propos le très bel article des Cafés Géographiques, ainsi que celui consacré à Locarno), la Berlinale est l’enfant de la Guerre Froide. Quand les Alliés la créent en 1951 et l’installent à Berlin-Ouest, c’est comme une "vitrine du monde libre". D’ailleurs et jusqu'en 1975, la programmation a ignoré les films produits dans les pays communistes.

Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 03.01.06 à 20:40 - Réagir
joyeuxno__l.jpgDisons-le tout de suite : Joyeux Noël de Christian Carion est à la hauteur de son beau sujet, les fraternisations au front lors du Noël 1914.
Le scénario, nourri de plein de petits faits vrais (le chat qui passe d’un camp à l’autre, les soldats qui ont laissé maison et famille derrière les lignes adverses…) tire tout le parti dramatique et comique possible des situations (absurdité de la guerre de tranchées, quiproquos lors des fraternisations). La mise en scène est maîtrisée, atteignant même parfois à une certaine élégance. Et, fait suffisamment rare pour être souligné, tous les personnages s’expriment dans leur propre langue, la coproduction européenne ayant permis un casting international (des prolongements sont donc possibles en classe d’anglais et d’allemand)…
Tout cela en fait une sortie très recommandable pour les élèves, à quelques réserves près…
Le film revendique clairement son discours humaniste (cf interviews de Christian Carion) : montrer comment malgré l’endoctrinement nationaliste (très belle séquence d’ouverture où des enfants récitent des poèmes xénophobes sur fond de tableau noir) l’humanité et la fraternité peuvent prévaloir. En condensant en un seul lieu et un seul moment de nombreux cas de fraternisation (les chants qui se répondent, la messe œcuménique en latin, la partie de football sur le no man's land, l'échange de tranchées quand l'artillerie bombarde…), le film risque de donner une idée faussée du conflit. Il faut donc concevoir sa projection comme un contrepoint au cours sur la Première Guerre Mondiale et à d’autres œuvres (textes, films, bande dessinée de Tardi) qui en montrent toute l’horreur, en précisant bien aux élèves le contexte de ces fraternisations. On pourra s'appuyer sur un travail interdisciplinaire avec le professeur de français (cf cette séquence Regards sur la Guerre de 1914-1918 pour les Troisième).
On peut aussi prendre exemple sur le remarquable travail de Vincent Bocquet sur Cinehig autour du film de Stanley Kubrick : Les sentiers de la gloire, de l’histoire à l’historicité. Sa démarche consiste dans un premier temps à valider la dimension documentaire du film ("Démarche illégitime, sans doute, puisqu’elle évacue sans scrupule tout ce qui constitue le film en œuvre ; mais c’est une réduction sans laquelle aucune utilisation pédagogique du cinéma de fiction n’est possible") pour ensuite la critiquer (il pointe notamment, citant Marc Ferro, "l’accumulation à valeur dramatique de situations exceptionnelles ou extrapolées") afin de faire apparaître la thèse du réalisateur, qui elle-même s’inscrit dans l'histoire (c’est l’objet de la troisième partie).
On pourra ainsi montrer aux élèves comment le film de Christian Carion s’inscrit lui aussi dans son histoire. Deux films récents (Un long dimanche de fiançailles et, de manière plus indirecte, Les âmes grises) ont illustré avec force le concept de brutalisation de la guerre et montré l’humanité en souffrance. Joyeux Noël va plus loin, puisqu'il installe au cœur même du conflit la fraternité et les prémices de l’idéal européen, comme si on ne pouvait plus comprendre de nos jours pourquoi tant d'allemands et de français se sont entretués.
Pour en savoir plus, le site officiel du film et son espace enseignant proposent un copieux dossier d’accompagnement (qui pourra dispenser de l’achat du dernier numéro du magazine Historia, qui reprend peu ou prou les mêmes textes) et, plus original, un mémoire de maîtrise sur les fraternisations (Coralie Jacquot, sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau)
Sur Cinehig on trouvera également la retranscription d’un débat avec Christian Carion au Festival de Blois 2005. Interrogé par un public d’historiens (enseignants et amateurs), Christian Carion sort du discours promotionnel prémâché. Ses propos sont intéressants parce qu’ils décrivent bien le processus de fabrication d'un discours sur l'histoire (celui du film) à partir d'un matériau historique brut, mais aussi d'une tradition cinématographique (Christian Carion cite La grande illusion de Renoir comme une influence majeure).
Quant aux sites consacrés à la Première Guerre Mondiale, ils sont légion, aussi on n’en citera que quelques uns : le site grande guerre des éditions Anovi, le site éducatif de France 5 qui propose lui-même une sélection de liens, le dossier d’Herodote, et le chapitre "Première Guerre Mondiale" sur Cliotextes qui présente quelques textes sur les fraternisations.

[Joyeux Noël de Christian Carion. 2005. Distribution : UGC. Sortie le 9 novembre 2005]

Posté dans Dans les salles par zama le 09.11.05 à 12:34 - 16 commentaires
VIGNETTEAFFICHE.jpgLe festival international du film scientifique (photo) se tiendra du 13 au 15 octobre au Museum d’Histoire Naturelle à Paris. La plupart des films s’astreignent aux 52 minutes réglementaires du format télévisuel mais la sélection est de qualité et d’une grande variété, aussi bien dans les disciplines explorées que l’approche cinématographique utilisée.
Non loin de là le cinéma l’Arlequin présente du 12 au 18 octobre son dixième Festival du cinéma allemand : avant-premières et inédits (qui d’ailleurs pour la plupart le resteront en France), programmation de documentaires (une sélection de six coproductions Arte, "spécialement conçue pour un public jeune"), ciné-concert avec le Nosferatu de Murnau, et une rétrospective "Quinze grands films du siècle" choisis par le Goethe Institut parmi les cent meilleurs films allemands élus en 1995 (pas de ressources sur le site du festival, mais on pourra consulter le dossier "cinéma allemand" mis en ligne par l’OFAJ).
A noter que la programmation de ce festival sera reprise à Lyon, Marseille et Toulouse.
Enfin le festival Résonances, 5èmes rencontres du cinéma citoyen, du 12 au 18 octobre au Cinéma le Magic de Bobigny (93), abordera des thématiques plus sociales (Femmes en lutte, Combat syndical…) et reviendra notamment en images sur l'histoire des mouvements lycéens, de 1968 à 2005.

Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 11.10.05 à 14:14 - Réagir
grimm.jpgFaire de Jakob et Wilhelm Grimm, les folkloristes allemands, des illusionnistes indélicats escroquant les crédules, avant d’être confrontés pour de bon au surnaturel, voilà une idée de scénario qui paraissait alléchante, surtout associée au nom de Terry Gilliam.
Force est de reconnaître hélas que Les Frères Grimm déçoit: l’univers des Grimm est traité avec une certaine désinvolture (on croise bien un chaperon rouge au détour d’une forêt, de belles endormies et des reines jalouses, mais les références accumulées finissent par s’annuler) et le propos du film semble bien hésitant. Réflexion sur les jeux entre réalité et fiction, entre l’écriture et la vie ? Défense et illustration de la magie du folklore face un siècle déjà rationaliste (incarné ici par l’occupation napoléonienne) ? Sleepy hollow de Tim Burton l’avait fait avec plus de cohérence.
Reste un somptueux livre d’images, un peu trop simplet pour les adultes, mais ne s’adressant pas réellement aux enfants.
Pour en savoir un peu plus sur les Grimm, on se reportera à cet article riche en faits et en liens, et surtout au mini dossier d’Arte Magazine autour de la Théma « Il était une fois ». Où l’on apprend plein de choses sur les deux conteurs, et l’on tranche finalement le débat : le petit Chaperon rouge était plutôt bière ou rosé ?

[Les Frères Grimm de Terry Gilliam. 2005. Distribution : Metropolitan. Sortie le 5 octobre 2005]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 05.10.05 à 15:34 - Réagir
Mlemaudit.jpgA l’occasion de la (énième) reprise en salles à Paris de M le Maudit (1931), disponible en DVD depuis quelques temps déjà, rapide tour d’horizon des ressources pédagogiques qui existent en ligne sur le chef d’œuvre de Fritz Lang.
Une déception tout d’abord, le blog "M le maudit" est une fausse piste : le meurtrier adepte de la lettre anonyme n’est pas revenu pour narguer la police depuis la blogosphère.
Outre une honnête analyse filmique qui reprend les thèmes explorés par la littérature critique consacrée au film (l’expressivité symbolique des décors, les jeux de surcadrage et de miroir, le déboulement) et, plus inédit, un parallèle entre M et Les Nibelungen, on trouvera donc :
— en histoire une page consacrée à Fritz Lang, que Marc Ferro considère comme "le plus grand cinéaste historien", via deux de ses films : M et Docteur Mabuse.
— en allemand, une didactisation sur le film, divisée en deux parties, "objectif civilisationnel" et "langage cinématographique".
Mais les germanistes iront surtout voir sur site du Goethe Institut le projet de chronique de l'Allemagne au vingtième siècle : la chronique consacrée à l’année 1931 (« M-Düsseldort sucht einen Mörder ») replace le film dans le contexte allemand de l’époque, exercices pour les élèves à l’appui.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 12.05.05 à 16:17 - 2 commentaires
Photogramme du Secret de Veronika VossPédagogique, scolaire, éducatif : ces mots s’appliquent mal au talent volcanique et sulfureux de Rainer Werner Fassbinder, et les enseignants d’allemand préfèrent généralement montrer à leurs élèves soit les grands classiques des années 20-30 (Lang, Murnau…) soit les succès récents du box-office allemand.
Pourtant comme nul autre cinéaste peut-être R.W. Fassbinder a "mis en scène l’histoire de son pays : sagas, fresques et mélodrames sur l’Allemagne au XIXe et au XXe siècles, portraits sans fard du sort réservé aux minorités et aux plus démunis, réflexions à chaud sur le terrorisme qui frappait la R.F.A. dans les années 70.", comme le rappelle le programme de la rétrospective intégrale (44 films en 16 ans !) que le Centre Pompidou lui consacre du 13 avril au 6 juin 2005.
Cette rétrospective n’est que l’épicentre d’une intense activité éditoriale : un colloque organisé en partenariat avec le Goethe Institut, intitulé la Rage de Fassbinder (le 4 juin), une riche exposition (qui fait une place de choix au thème de "L’Allemagne vue par Fassbinder" et à Berlin Alexanderplatz, l’adaptation-fleuve du roman de Döblin ) mais aussi deux coffrets-DVD édités par Carlotta avec de nombreux suppléments.
Enfin, pour ceux dont la curiosité n’est pas rassasiée, on conseillera d’aller visiter l’autoproclamé "Premier site pédagogique français dédié à Rainer W. Fassbinder" ainsi que le site de la très officielle Fondation Fassbinder.
A voir aussi, une exploitation en histoire (Terminale et Première : bilan de la 2ème guerre mondiale) du Mariage de Maria Braun.
Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 28.04.05 à 17:00 - 1 commentaire