Une guerre a aujourd’hui lieu sur le territoire des Etats-Unis. Loin du regard des médias nationaux, loin des champs de bataille irakiens ou afghans, une armée de protestants américains se met en ordre de combat afin de "reconquérir l’Amérique pour le Christ". Jesus camp, le documentaire d’Heidi Ewing et Rachel Grady montre le fonctionnement de cette "armée de Dieu" dont les soldats les plus prometteurs sont des enfants.
Car ces protestants évangéliques imposent à leurs enfants de vivre et penser à travers ce que dit la Bible. Toute leur vie doit être inspirée par Dieu : ils dansent pour le Christ sur du Heavy metal chrétien, jouent avec les poupées Adam et Eve copiées sur Barbie et Ken, ne lisent pas Harry Potter, parce qu’un héros sorcier est une chose sacrilège ; ils passent des vacances dans le camp du "Christ Triomphant". Ils manifestent sans cesse leur foi : ils pleurent ou s’agitent, en transe, lors de cérémonies collectives dans les Eglises évangéliques. Ils prient pour tout : pour la nomination d’un juge conservateur à la Cour Suprême, pour qu’il n’y ait pas de coupure d’électricité lors d’un spectacle évangélique, pour réussir un strike au bowling. Ces enfants-soldats doivent aussi prêcher la bonne parole auprès d’inconnus.
L’enrôlement des enfants a un aspect très politique. En plus de leurs positions créationnistes, anti-avortement, anti-écologistes, les protestants évangéliques soutiennent ouvertement l’administration Bush. Ils votent en fonction de leurs convictions religieuses. Ils veulent pouvoir se défendre face à la montée de l’intégrisme musulman. Ils travaillent à la mise en place d’un Etat théocratique en Amérique.
Ce documentaire saisissant illustre ainsi une "autre logique d’organisation de l’espace mondial" que celle de la mondialisation (Géographie, Terminales S, ES et L), puisqu’il montre un fondamentalisme teinté de nationalisme, sous-tendu par l’idée du "choc des civilisations" (Samuel Huntington). Il rappelle aussi que dans le modèle américain, les Etats-Unis sont censés être la "nation de Dieu" (Histoire, Terminales ES et L). Il fournit quelques éclaircissements quant à la politique de l’administration Bush.
Ce tableau d’une collusion entre intérêts religieux et politiques aux Etats-Unis pourra être nuancé à travers l’article de la revue Religioscope, qui montre qu’il existe plusieurs courants politiques au sein même des évangéliques. Toutefois, il rejoint en de nombreux points les analyses de Sébastien Fath (Dieu bénisse l’Amérique, Seuil, 2004) et Mokhtar Ben Barka (Les nouveaux rédempteurs : le fondamentalisme protestant aux Etats-Unis, éd. de l’Atelier, 1998) ainsi que celles du CNRS sur le créationnisme américain.
[Jesus camp de Heidi Ewing et Rachel Grady. 2006. Durée : 1 h 25. Distribution : Haut et Court. Sortie le 18 avril 2007]
Idi Amin Dada, Nelson Mandela : en matière de dirigeants politiques, l’Afrique aura connu le pire et le meilleur. Le premier avait fourni un sujet spectaculaire au Le Dernier roi d'Ecosse et l'occasion d'une composition oscarisée à Forrest Whitaker. Le second place les cinéastes devant une autre gageure : mettre un scène une véritable icône, au risque de tomber dans l’hagiographie ; raconter la vie d’un homme qui l’a passé pour l’essentiel en prison ; incarner un personnage encore vivant et dont le visage, après avoir été un mystère pendant ses années de détention, est devenu familier du monde entier.
Bille August, cinéaste deux fois palmé à Cannes (Pelle le conquérant, Les Meilleures intentions) mais mal-aimé de la critique (qui lui reproche son académisme) a résolu cette gageure grâce aux mémoires de James Gregory, le geôlier de Nelson Mandela. Choisi par les services secrets sud-africains pour sa connaissance du xhosa, celui-ci a suivi le leader de l’ANC, de près ou de loin, pendant la majorité de sa détention. Il est le vrai héros de Goodbye Bafana. Avec sa femme et de ses enfants, il incarne parfaitement l’état d’esprit de la minorité blanche au long des trente années que parcourt le film : d’une justification aveugle de la logique d’apartheid dans les années 60 et 70 (le film montre le poids de la religion, l’isolement) à la prise de conscience dans les années 80 (lassitude par rapport au terrorisme, à l’opprobre et à l’isolement internationaux) ; à quoi s’ajoute dans le cas de Gregory un respect et une fascination grandissants pour l’opposant emprisonné.
La relation entre les deux hommes pourra paraître un peu angéligue (notamment au détour d’une scène de combat au bâton trop belle et symbolique pour être vraie) et le film parfois édulcoré. Mais en se concentrant sur des sud-africains ordinaires, le film livre une vision sans doute plus humaine et plus juste de l'apartheid que les (nombreux) films qui l'ont précédé (qui mettaient généralement en scène la résistance des opposants au régime), et permet de poser la question de la responsabilité individuelle. C'est tout l'intérêt pédagogique de ce film, qu'on pourra utiliser en Histoire-ECJS (et en Education civique au collège) ainsi qu'en Anglais. On se reportera à notre site pédagogique qui propose des dossiers d'accompagnement dans ces deux disciplines, ainsi qu'au Cinéclasse paru dans Le Monde de l'Education de ce mois-ci.
[Goodbye Bafana de Bille August. 2007. Durée : 1 h 58. Distribution : Paramount Pictures. Sortie le 11 avril]
Alors que sort sur les écrans Goodbye Bafana de Bille August, évocation positive et héroïque du destin de Nelson Mandela et de la transition (relativement) pacifiée vers la démocratie, le film Mon nom est Tsotsi de Gavin Hood (sorti en juillet 2006 et aujourd'hui disponible en DVD), peut constituer un utile contrepoint, plus réaliste et plus noir, pour les enseignants. Loin des cercles du pouvoir de Pretoria ou du Cap, le film suit un petit délinquant noir (un tsotsi, terme générique d'argot) arpentant la ville de Johannesburg dans toute son étendue, des townships misérables aux quartiers de la nouvelle bourgeoisie noire.
Deux sites s'attachent à faire du film un objet et un support de géographie. Sur le site de l'Académie de Lille (et dans le cadre d'un dossier consacré à l'Afrique), Nicolas Smaghue ("Cinéma et géographie : Une plongée dans les townships de Johannesburg") démontre combien l'étude d'un film de fiction peut être fructueuse lors d'une leçon de géographie : "Le géographe utilise l’image pour ce qu’elle donne à lire. Les avantages sont nombreux par rapport à une image fixe (ou un hyperpaysage) car on y ajoute une dimension sociale dynamique et surtout un regard à plusieurs échelles. L’errance de Tsotsi nous fait traverser les différentes composantes de l’espace urbain." En deux temps (une présentation des personnages comme "tableau de la société sud-africaine", puis une étude du "paysage urbain filmé"), il dresse le tableau d'une réalité urbaine : persistance de la ségrégation, violence (à l'instar de la situation des grandes métropoles africaines), éclatement et morcèlement de la structure urbaine ("la question des déplacements et des transports est bien visible : les temps de trajet sont longs, les personnages se déplacent aussi beaucoup à pied. Le township est isolé du reste de l'agglomération par de vastes zones tamps, non construites…").
Il est intéressant de remarquer que le film de Gavin Hood (couronné en 2006 par l'Oscar du Meilleur Film Etranger) est inspiré d'un récit d'Athol Fugard, rédigé dans les années 1960 et publié dans les années 80 : comme si la rupture politique de la fin du régime d'apartheid n'avait pas réellement changé la situation. Sur le site des Cafés Géographiques, Myriam Houssay-Holzschuch étudie la transposition d'une époque à l'autre : si effectivement "le passé d'apartheid informe toujours la situation post-apartheid", le scénario du film a introduit des phénomènes importants, comme l'apparition du SIDA (l'Afrique du Sud est dramatiquement touchée par l'épidémie) et l'existence d'une nouvelle élite noire, etc. A la différence du livre, la fin du film laisse une petite place à l'espoir : "Symbole de la rédemption politique d’une société et de ses ambitions universalistes, description réaliste de la pauvreté et de la violence touchant la majorité de la population, Tsotsi rend compte des ambivalences sud-africaines."
Quels personnages de la seconde moitié du vingtième siècle l'histoire retiendra-t-elle ? A coup sûr, Nelson Mandela fera partie de ceux-là. Et c'est là le premier mérite du film de Bille August, Goodbye Bafana (au cinéma le 11 avril) : donner chair et humanité au leader de la lutte anti-apartheid, sans tomber (comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cinéclasse consacré au film) dans l'hagiographie. L'autre atout du film est la peinture à la fois subtile et fort pédagogique du régime d'apartheid, des facteurs qui ont favorisé sa pérennité (l'assentiment d'une population psychologiquement conditionnée et le soutien —au moins tacite— des pays occidentaux dans le contexte de la Guerre Froide) aux raisons, internes et externes, qui ont précipité sa chute.
Le film permettra ainsi une réflexion avec les élèves à différents niveaux, au Collège en Education Civique (la notion d'égalité en 5ème, les droits et libertés en 4ème), au Lycée en ECJS (Citoyenneté et intégration) et en Histoire (en Terminale au détour des chapitres sur "Le Tiers Monde", "La Guerre Froide" et "A la recherche d'un nouvel ordre mondial").
Mais c'est sans doute en classe d'Anglais qu'il permettra l'utilisation la plus riche : partant d'une étude civilisationnelle de ce grand pays de la sphère anglophone qu'est l’Afrique du Sud (qui peut mener à une réflexion sur la question de la mémoire collective et de la réconciliation dans la "new South Africa"), l'enseignant pourra introduire différents éléments linguistiques en s'appuyant sur les dialogues du film (les modalités, la voix passive, le comparatif) puis éventuellement passer à l'analyse d’une autre œuvre, cinématographique ou littéraire.
C'est ce que proposent les deux dossiers pédagogiques (en Histoire et en Anglais) mis en ligne sur le site pédagogique Goodbye Bafana, en attendant la sortie du film le 11 avril.
Son nom ne vous dira peut-être rien, mais vous avez sûrement croisé l'une de ses créatures dans une chambre d'enfant ou un magasin de souvenirs : depuis la première édition de 1902, le succès de Pierre Lapin et ses amis ne s'est jamais démenti, et le trait de Beatrix Potter est devenu aussi familier que plus tard le style Disney. Le pari de Miss Potter de Chris Noonan est double : à la fois donner vie à l'univers narratif et visuel de la conteuse, et incarner sa vie réelle à l'écran. S'attachant à recréer l'atmosphère fantastique et le bestiaire de l'auteure, le film nous la dépeint également comme une jeune femme libre et indépendante (interprétée par Renee Zellweger), en butte aux rigidités sociales et morales de l'Angleterre victorienne.
Cet audacieux mélange des genres est à la fois la bonne idée et la limite du film : la dimension biographique ne passionnera sans doute pas les tous-petits, et les plus grands risquent de s'ennuyer ferme devant Pierre Lapin. On pourra néanmoins se reporter au dossier Cinédoc que le CNDP met en ligne sur le film. Il propose une analyse du film sous l'angle du genre du biopic, des activités pour le cours d'Anglais (en 4ème-3ème)(les anglicistes pourront aussi s'appuyer sur le studyguide du site anglais National Film Education) et, éclairage intéressant, une interview de Laurent Bury, universitaire spécialiste de la littérature anglaise du XIXème Siècle, qui tente de cerner la spécificité de Beatrix Potter : "Ce qui rend Beatrix Potter exceptionnelle, c’est d’abord qu’elle ait elle-même illustré ses textes. Dans les années 1880, Kate Greenaway (1846-1901) connut un grand succès en tant que dessinatrice, mais elle n’était que rarement l’auteur des textes qu’elle illustrait. Lewis Carroll avait initialement dessiné ses propres illustrations pour Alice au pays des merveilles, mais il était bien conscient de ses limites artistiques et, comme beaucoup d’autres écrivains pour enfants, il dut accepter l’illustrateur imposé par son éditeur. Beatrix Potter, elle, avait d’emblée conçu une formule lui permettant d’être seul maître à bord, puisqu’elle contrôlait à la fois l’image et le texte. Elle dut évidemment négocier avec son éditeur, mais elle réussit à imposer un certain nombre de caractéristiques originales, notamment le format choisi, petit et maniable pour ses jeunes lecteurs. Son originalité tient peut-être aussi au fait de s’adresse à de très jeunes enfants, avec des histoires très simples."
[Miss Potter de Chris Noonan. 2006. Durée : 1 h 33. Distribution : Bacfilms. Sortie le 28 mars 2007]
Si de nombreux films ont traité de l'apartheid et de ses suites, aucun n'avait jusqu'ici osé aborder frontalement la personnalité de Nelson Mandela. Il faut dire qu'il n'est pas évident de faire un film sur quelqu'un qui a passé vingt-sept ans en prison, et d'incarner l'une des rares icônes politiques de la fin du XXème siècle.
"Une icône", c'est le titre de l'éditorial de Christian Bonrepaux dans le supplément Cinéclasse que Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) consacre au film Goodbye Bafana de Bille August (au cinéma le 11 avril). Il souligne que Goodbye Bafana "échappe au piège de l'admiration béate en déroulant les fils du récit à travers le regard de James Gregory, son gardien pendant toutes les années de détention. La confrontation quotidienne d'un homme hors du commun et celle d'un Afrikaner ordinaire, convaincu de la suprématie de la race blanche, permet de mettre en évidence les mécanismes du discours raciste et leurs violences."
Comme chaque mois, les rubriques "Education à l'image" et "De la salle à la classe" replacent l'étude du film dans les programmes et les pratiques des enseignants. Ceux-ci pourront s'appuyer également sur le substantiel entretien avec l'historien François-Xavier Fauvelle-Marty, spécialiste de l'histoire de l'Afrique du Sud. il analyse le personnage de Mandela, à la fois symbole (le "plus vieux prisonnier politique du monde") et stratège, il décrit les difficultés de la transition démocratique (qui a fait tout de même entre 20 000 et 30 000 morts dans les années 1990) et la persistance encore aujourd'hui d'une forme d'apartheid économique ; il revient sur les racines du système racial, hérité des guerres entre colons néerlandais et britanniques : "En ce sens, la situation au sud de l'Afrique évoque celle des Etats-Unis après la guerre de Sécession. Dans les deux pays, en effet, les Noirs ont fait les frais d'une volonté de réconciliation entre deux communautés blanches."
[Le Monde de l'Education n° 358. Avril 2007. Supplément Cinéclasse]
[Voir également notre site pédagogique]
Remarqué en France pour son joli Respiro (2003) portrait de femme affranchie sur une petite île sicilienne, Emanuele Crialese passe avec Golden door à la vitesse supérieure, celle du collectif et de l'épopée : à travers le parcours de la famille Mancuso, le film raconte, sur un mode à la fois réaliste et magique, l'immigration italienne vers les Etats-Unis au début du siècle dernier. Des rêves et des doutes des candidats au départ, jusqu'à la drastique sélection opérée par les services de l'immigration américaine à l'arrivée à Ellis Island, en passant par les affres du long voyage en bateau, Golden door offre une riche réflexion sur les thèmes de l'immigration et de l'identité. Malgré certaines longueurs, le film séduit par son humanisme, comme le souligne Anne Henriot pour les Actualités pour la classe du CNDP : "Plus qu’un récit historique ou social, le film traduit la volonté du réalisateur d’aller à la rencontre des individus, de leur expérience. Sicilien lui-même, Emanuele Crialese cherche à retrouver les sentiments et émotions de ces Italiens qui partirent au début du siècle pour un monde dont ils ignoraient tout. Il s’appuie, pour reconstituer leur périple, sur des photos d’archives – photos laissées par les émigrés à leur famille, photos prises à Ellis Island. Il semble interroger le regard de ces personnages un peu perdus, adopter leur point de vue pour reconstituer leur histoire et faire comprendre la difficulté de ce saut vers l’inconnu, risqué alors par tant de familles pauvres dans l’espoir d’une vie meilleure."
On renverra surtout les enseignants au site Séance + que le CRDP de Paris consacre au film, et qui offre aux enseignants d'Histoire, d'Anglais et d'Italien (le bilinguisme est d'importance dans le film) une série d'outils soignée et très complète : présentation exhaustive du cadre pédagogique dans lequel le film peut s'insérer, nombreux documents, fiches d'activité pour les élèves, sitographie, et même quatre extraits du film à télécharger librement.
[Golden door d'Emanuele Crialese. 2006. Durée : 1 h 58. Distribution : Memento Films. Sortie le 21 mars 2007]
Sur le mode "Que faisiez-vous le jour où…" nous avons pu voir récemment 12 h 08 à l’Est de Bucarest, réflexion ironique sur la révolution roumaine de 1989 et ses (anti)héros. Voici maintenant Bobby, ode nostalgique à l’Amérique des années 60, photographiée le jour de l’assassinat de Robert Kennedy. Le casting est plus glamour, au propre comme au figuré : d’un côté le brillant sénateur et candidat à la présidentielle (qui a certes plus de "gueule" que le couple Ceaucescu), de l’autre une distribution dorée sur tranche réunissant vieilles gloires (Harry Belafonte, Anthony Hopkins …), têtes d’affiche (Sharon Stone, Demi Moore, Helen Hunt, Laurence Fishburne) et jeunes premier(e)s (Ashton Kutcher, Elijah Wood, Lindsay Lohan)…
La bonne idée du scénario est de ne pas incarner le sénateur Kennedy et d’éviter l’écueil du biopic : attendu toute la journée du 4 juin 1968 à l’hôtel Ambassador où il doit prononcer un discours victorieux, il est le point focal vers lequel convergent les regards et espoirs de tous les personnages ; toujours hors-champ, il semble déjà n’être déjà qu’un fantôme, le rêve bientôt évanoui d’une Amérique généreuse et optimiste.
L’ambition de ce film choral (qui s’inspire à la fois des fresques de Robert Altman et d’un vieux film de studio comme Grand Hotel) est d’offrir, des luxueuses suites jusqu’aux cuisines, une coupe verticale de la société américaine à la fin des sixties, sa radiographie à la fois sociale et morale. L’éventail des personnages porte ainsi les tensions qui agitent le pays en cette année 68 : représentants des minorités noire ou hispanique, jeunes menacés par un départ au Vietnam, femmes sur la voie de l’émancipation…
Hélas, accrocheur dans sa virevoltante première demi-heure, le film se languit ensuite, faute sans doute d’une matière scénaristique assez riche : les bonnes idées s’étirent en longueur (le trip des deux étudiants), et la plupart des personnages se révèlent assez anecdotiques ou carrément clicheteux (Demi Moore en diva alcoolique)… Il faut attendre la dernière partie pour que Bobby retrouve tension dramatique et émotionnelle.
Spectacle plutôt plaisant, le film a l’habileté et le mérite de donner à entendre de longs passages des discours de Robert Kennedy, assortis d’images d’archive toujours impressionnantes. Il peut illustrer avec profit le cours de Terminale (L et ES) sur le modèle américain et ses tensions. Il peut également faire l’objet d’une exploitation en cours d’Anglais, pourquoi pas en s’appuyant sur les textes de ces discours écrits dans une langue simple et vibrante. Gageons que les élèves ne seront pas insensibles à l’idéalisme qui s’en dégage, et aux nombreuses correspondances avec l’Amérique d’aujourd’hui (Vietnam/Irak, violence de la société, fracture sociale…). Le slogan américain du film ne fait pas allusion à autre chose : "He saw wrong and tried to right it. He saw suffering and tried to heal it. He saw war and tried to stop it."
[Bobby d'Emilio Estevez. 2006. Durée : 1 h 52. Distribution : TFM. Sortie le 24 Janvier 2007]
Pas trop repus par une année Mozart copieusement remplie ? Espérons que vous avez gardé un peu de place pour le dessert. Le dessert c'est l'adaptation par le cinéaste anglais Kenneth Branagh de la Flûte enchantée, l'opéra sans doute le plus populaire de Mozart.
The Queen de Stephen Frears s’inscrit dans la droite lignée des fictions documentaires retraçant l’aventure du pouvoir selon Tony Blair, depuis son irrésistible ascension à la fonction de Prime Minister en 1997 (The Deal, 2003, déjà par le duo Stephen Frears-Peter Morgan), jusqu’aux désillusions du pouvoir (Les années Tony Blair, 2002, et L’affaire David Kelley, 2005, tous deux réalisés par Peter Kosminsky).
En cette période estivale, il est tentant pour les citadins sédentaires de chercher dans les salles obscures le dépaysement géographique que ne leur offrent pas leurs vacances. Aux produits standardisés des "Tour Operators" américains ou français, on leur conseillera de privilégier destinations cinématographiques plus authentiques : ainsi Echo Park, LA de Richard Glatzer et Wash Westmoreland, dont le titre dit bien l'enracinement narratif dans un quartier de Los Angeles à forte population "latino".
Le dernier film du prolifique réalisateur anglais (The road to Guantanamo est sorti tout récemment) nous propose l’adaptation-gageure du roman La vie et les opinions de Tristam Shandy, de Lawrence Sterne. Ce classique de la littérature anglaise du XVIII° fait figure, à côté du Don Quichotte de Cervantès, de premier roman de la modernité : il introduit un principe de rupture systématique, dans la narration (digressions incessantes, collages, commentaires) comme dans la typographie (pages noires, changement de caractère). Plutôt qu'une impossible adaptation littérale, Michael Winterbottom a retranscrit ces ruptures par la forme du "film dans le film" : le comédien Steve Coogan interprète à la fois Tristram Shandy, narrateur et personnage, le père de Tristram… et le comédien Steve Coogan.
Lors des festivals, le visionnage rapproché des films conduit plus facilement que le reste de l’année aux court-circuits visuels et aux rapprochements thématiques. Deux des films "américains" de la compétition officielle (le film d’Iñarritu est présenté sous la bannière du Mexique mais il s’agit d’un film de studio) ont en commun d’utiliser une forme narrative éclatée pour s’affranchir d’une vision étroitement locale et dire la complexité du monde…
Chouchou des cinéphiles (même si les meilleures réputations finissent pas s'user), Ken Loach est aussi un favori des salles de classes ; pour ses chroniques sociales du prolétariat anglais (voir ces dossiers pédagogiques sur Sweet sixteen —dossier et analyse de séquence—, My name is Joe, prix de l'Education Nationale 1998, …) mais aussi certainement pour son magnifique Land and Freedom consacré à la Guerre d'Espagne, utilisé en classe d'histoire, d'anglais ou d'espagnol. C'est dire si l'on attendra avec impatience la sortie (programmée pour novembre) de son nouveau film Le vent se lève (The wind shakes the barley) consacré à une autre guerre civile, la guerre d'Irlande.
Les programmes des concours de recrutement (agrégation interne et externe, CAPES), parus au Bulletin Officiel d'avril, font une place diverse au cinéma. Signalons tout d'abord une sorte de record chez les anglicistes : l'inscription d'une œuvre au programme (Agrégation et CAPES) deux ans à peine après sa création. Il s'agit du film de Joe Wright, Orgueil et préjugés, dont on avoue n'avoir pas estimé à sa sortie qu'il méritait tant d'honneurs (Orgueil, préjugés et plaisirs sucrés). Il est vrai qu'il est accolé à l'étude du roman de Jane Austen, chef d'œuvre lui plus que bicentenaire, comme l'année dernière le film de Coppola l'avait été au Dracula de Bram Stoker. En attendant l'abondante et sérieuse littérature qui ne manquera pas d'être publiée à la rentrée sur le sujet, les agrégatifs pourront se faire les dents sur les ressources en ligne qu'on signalait à l'époque.
Le "nouveau monde" a-t-il été gagné (ou perdu) par les femmes ? C’est la thèse du géographe Alain Musset (auteur par ailleurs d’un essai de géofiction sur Star Wars), dans son compte-rendu du Nouveau Monde de Terence Malick pour les Cafés Géographiques (voir également l'article de Zéro de conduite). Il rapproche en effet le destin de l’indienne Pocahontas (popularisée en France par un dessin animé de Walt Disney), de celui d’une figure sud-américaine moins connue, La Malinche.
Le nouveau monde de Terence Malick s'empare d'un mythe aussi cher aux Américains
que méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique : la rencontre entre colons européens
et « native americans » lors de la fondation de la ville de Jamestown (Virginie)
en 1607 ; ou comment la romance entre la jeune indienne Pocahontas et le
capitaine anglais John Smith sauvera la colonie décimée par les maladies, la
faim et le froid. Et signera la fin de quinze millénaires de civilisation
indienne, menacé par l'expansionnisme brutal des pilgrims.
La première partie du film est bâtie sur une opposition tranchée, entre la
beauté édenique de la nature américaine et du mode de vie indien, et la laideur
et l'agressivité de la civilisation apportée par les colons. Ces derniers sont
décrits comme une bande de soudards et de fous de Dieu, obsédés par l'appât du
gain (ils sont persuadés de trouver de l'or) et les jeux de pouvoir, totalement
inadaptés à leur milieu naturel. Du côté indien, en revanche, Terence Malick
peut déployer tout le lyrisme de sa mise en scène. On retrouve, avec moins de
surprise, le style du premier quart d'heure de la Ligne Rouge : voix-off
lyrico-métaphysique, violons et gazouillis d'oiseaux sur plans (superbement
photographiés) de nature et de corps dénudés. Dans sa première partie en tout
cas, Le Nouveau monde est un film quasiment rousseauiste, à la fois par cette
mythification du mode de vie « sauvage » et cette exaltation vibrante de la
nature.
Dans la seconde, beaucoup moins intéressante, le romanesque reprendra ses droits
à travers le destin de Pocahontas : reniée par son père et sa tribu, vendue aux
Anglais, abandonnée par John Smith, elle finira par trouver l'amour en la
personne de John Rolfe, planteur de tabac de son état. Invitée à la Cour
d'Angleterre en tant que princesse des Algonquins, elle y succombera à la
maladie, non sans avoir revu une dernière fois le beau capitaine.
Le Café pédagogique (édition Anglais)
donne plusieurs liens
sur le film, dont celui vers un educational companion
sur le site américain
du film. On pourra également évoquer le film en
cours de Français, par exemple pour illustrer l'objet d'étude « Le regard de
l'autre » en Seconde, ou pour le mythe du bon sauvage dans la littérature.
L’adaptation par le réalisateur Joe Wright d’Orgueil et préjugés, le classique de Jane Austen est plutôt réussie (élagage intelligent de l’intrigue, fluidité de la narration) et doit beaucoup au charme de Keira Knightley.
C’est sans doute l’approche de Noël… Aujourd’hui sortent simultanément deux films s’inspirant des Evangiles. Le premier, Mary, le fait ouvertement, à la manière réflexive et provocatrice d’Abel Ferrara et à destination d’un public cinéphile ; le second en revanche, production Disney qui occupe un créneau grand public et familial (entre le Seigneur des anneaux et Harry Potter), s’avance masqué.
Après l’adaptation d’Oliver Twist par Roman Polanski, les anglicistes seront encore à la fête début 2006 : alors que le cinéaste culte Terence Mallick réinterprètera la relation entre John Smith et la belle Pocahontas dans Le Nouveau Monde (sortie le 15 février), l’anglais Joe Wright nous livre le 18 Janvier une nouvelle adaptation du classique de Jane Austen, Orgueil et Prejugés. Serait-ce le retour en grâce hollywoodien de la romancière anglaise, qui avait connu une vogue importante au milieu des années quatre-vingt-dix (voir le compte-rendu du livre Jane Austen in Hollywood : "It was exhilarating, it was vindicating, it lasted about two years---the time when Jane Austen was cool.") ? En tout cas, près de deux cents ans après sa création, Fitzwilliam Darcy continue à tourner les têtes. Ses groupies ont pris d’assaut le forum Allocine pour débattre de la question cruciale, photos à l’appui : le Darcy 2005, Matthew Mac Fayden (aperçu dans Warriors et plusieurs téléfilms anglais) parviendra-t-il à faire oublier le si sexy Colin Firth, héros de la mini-série tirée du roman par la BBC ?
Difficile d’ignorer qu’aujourd’hui sort dans les salles le quatrième épisode des aventures d'Harry le magicien, Harry Potter et la coupe de feu, réalisé par Mike Newell. A en juger par la couverture d’une bienveillante indifférence de la critique (aux yeux de laquelle les épisodes successifs trouvent de plus en plus grâce, à mesure que grandissent et se densifient les héros de J.K. Rowling), cette sortie tient moins de l’événement cinéphilique que de la chronique économique (toujours cette fascination pour les records du box-office) et du phénomène de société.
Remarqué au dernier festival de Cannes pour ses qualités d’écriture (le scénario est signé par Guillermo Arriaga, auteur d'Amours chiennes et de 21 Grammes) de mise en scène et d’interprétation (l’américain Tommy Lee Jones), Trois enterrements a de quoi intéresser les géographes : par delà l’enquête sur la mort d’un immigrant et la vengeance qu’elle va entraîner, c’est de la frontière américano-mexicaine qu’il est question dans ce film.
Disons-le tout de suite : Joyeux Noël de Christian Carion est à la hauteur de son beau sujet, les fraternisations au front lors du Noël 1914.
Enseignant ou pas, nul ne peut ignorer la sortie aujourd’hui d’Oliver Twist de Roman Polanski, qui a bénéficié d’une campagne de communication digne des plus gros blockbusters américains. De l’avis général (presse, forums enseignants) le film, même s’il n’atteint pas l’intensité du chef-d’œuvre qu’était Le pianiste, n’a pas à rougir de la comparaison ni avec le roman de Dickens ni avec la version filmée de David Lean.
C’est l’événement de la semaine, à en juger par les dossiers que lui consacrent Télérama et Le Monde : le retour (après les trois courts-métrages A grand day out, 1992, The wrong trousers, 1994, A close shave, 1996) de Wallace et Gromit, dans la nouvelle merveille (qu’on n’ose plus qualifier de petite, il s’agit d’un long-métrage) des studios d’animation Aardman.