Mot clé : Anglais

Une guerre a aujourd’hui lieu sur le territoire des Etats-Unis. Loin du regard des médias nationaux, loin des champs de bataille irakiens ou afghans, une armée de protestants américains se met en ordre de combat afin de "reconquérir l’Amérique pour le Christ". Jesus camp, le documentaire d’Heidi Ewing et Rachel Grady montre le fonctionnement de cette "armée de Dieu" dont les soldats les plus prometteurs sont des enfants.
Car ces protestants évangéliques imposent à leurs enfants de vivre et penser à travers ce que dit la Bible. Toute leur vie doit être inspirée par Dieu : ils dansent pour le Christ sur du Heavy metal chrétien, jouent avec les poupées Adam et Eve copiées sur Barbie et Ken, ne lisent pas Harry Potter, parce qu’un héros sorcier est une chose sacrilège ; ils passent des vacances dans le camp du "Christ Triomphant". Ils manifestent sans cesse leur foi : ils pleurent ou s’agitent, en transe, lors de cérémonies collectives dans les Eglises évangéliques. Ils prient pour tout : pour la nomination d’un juge conservateur à la Cour Suprême, pour qu’il n’y ait pas de coupure d’électricité lors d’un spectacle évangélique, pour réussir un strike au bowling. Ces enfants-soldats doivent aussi prêcher la bonne parole auprès d’inconnus.
L’enrôlement des enfants a un aspect très politique. En plus de leurs positions créationnistes, anti-avortement, anti-écologistes, les protestants évangéliques soutiennent ouvertement l’administration Bush. Ils votent en fonction de leurs convictions religieuses. Ils veulent pouvoir se défendre face à la montée de l’intégrisme musulman. Ils travaillent à la mise en place d’un Etat théocratique en Amérique.
Ce documentaire saisissant illustre ainsi une "autre logique d’organisation de l’espace mondial" que celle de la mondialisation (Géographie, Terminales S, ES et L), puisqu’il montre un fondamentalisme teinté de nationalisme, sous-tendu par l’idée du "choc des civilisations" (Samuel Huntington). Il rappelle aussi que dans le modèle américain, les Etats-Unis sont censés être la "nation de Dieu" (Histoire, Terminales ES et L). Il fournit quelques éclaircissements quant à la politique de l’administration Bush.
Ce tableau d’une collusion entre intérêts religieux et politiques aux Etats-Unis pourra être nuancé à travers l’article de la revue Religioscope, qui montre qu’il existe plusieurs courants politiques au sein même des évangéliques. Toutefois, il rejoint en de nombreux points les analyses de Sébastien Fath (Dieu bénisse l’Amérique, Seuil, 2004) et Mokhtar Ben Barka (Les nouveaux rédempteurs : le fondamentalisme protestant aux Etats-Unis, éd. de l’Atelier, 1998) ainsi que celles du CNRS sur le créationnisme américain.

[Jesus camp de Heidi Ewing et Rachel Grady. 2006. Durée : 1 h 25. Distribution : Haut et Court. Sortie le 18 avril 2007] 

Posté dans Dans les salles par marion le 23.04.07 à 11:21 - 6 commentaires

Idi Amin Dada, Nelson Mandela : en matière de dirigeants politiques, l’Afrique aura connu le pire et le meilleur. Le premier avait fourni un sujet spectaculaire au Le Dernier roi d'Ecosse et l'occasion d'une composition oscarisée à Forrest Whitaker. Le second place les cinéastes devant une autre gageure : mettre un scène une véritable icône, au risque de tomber dans l’hagiographie ; raconter la vie d’un homme qui l’a passé pour l’essentiel en prison ; incarner un personnage encore vivant et dont le visage, après avoir été un mystère pendant ses années de détention, est devenu familier du monde entier.
Bille August, cinéaste deux fois palmé à Cannes (Pelle le conquérant, Les Meilleures intentions) mais mal-aimé de la critique (qui lui reproche son académisme) a résolu cette gageure grâce aux mémoires de James Gregory, le geôlier de Nelson Mandela. Choisi par les services secrets sud-africains pour sa connaissance du xhosa, celui-ci a suivi le leader de l’ANC, de près ou de loin, pendant la majorité de sa détention. Il est le vrai héros de Goodbye Bafana. Avec sa femme et de ses enfants, il incarne parfaitement l’état d’esprit de la minorité blanche au long des trente années que parcourt le film : d’une justification aveugle de la logique d’apartheid dans les années 60 et 70 (le film montre le poids de la religion, l’isolement) à la prise de conscience dans les années 80 (lassitude par rapport au terrorisme, à l’opprobre et à l’isolement internationaux) ; à quoi s’ajoute dans le cas de Gregory un respect et une fascination grandissants pour l’opposant emprisonné.
La relation entre les deux hommes pourra paraître un peu angéligue (notamment au détour d’une scène de combat au bâton trop belle et symbolique pour être vraie) et le film parfois édulcoré. Mais en se concentrant sur des sud-africains ordinaires, le film livre une vision sans doute plus humaine et plus juste de l'apartheid que les (nombreux) films qui l'ont précédé (qui mettaient généralement en scène la résistance des opposants au régime), et permet de poser la question de la responsabilité individuelle. C'est tout l'intérêt pédagogique de ce film, qu'on pourra utiliser en Histoire-ECJS (et en Education civique au collège) ainsi qu'en Anglais. On se reportera à notre site pédagogique qui propose des dossiers d'accompagnement dans ces deux disciplines, ainsi qu'au Cinéclasse paru dans Le Monde de l'Education de ce mois-ci.

[Goodbye Bafana de Bille August. 2007. Durée : 1 h 58. Distribution : Paramount Pictures. Sortie le 11 avril]

Posté dans Dans les salles par zama le 13.04.07 à 13:01 - 10 commentaires

Alors que sort sur les écrans Goodbye Bafana de Bille August, évocation positive et héroïque du destin de Nelson Mandela et de la transition (relativement) pacifiée vers la démocratie, le film Mon nom est Tsotsi de Gavin Hood (sorti en juillet 2006 et aujourd'hui disponible en DVD), peut constituer un utile contrepoint, plus réaliste et plus noir, pour les enseignants. Loin des cercles du pouvoir de Pretoria ou du Cap, le film suit un petit délinquant noir (un tsotsi, terme générique d'argot) arpentant la ville de Johannesburg dans toute son étendue, des townships misérables aux quartiers de la nouvelle bourgeoisie noire.
Deux sites s'attachent à faire du film un objet et un support de géographie. Sur le site de l'Académie de Lille (et dans le cadre d'un dossier consacré à l'Afrique), Nicolas Smaghue ("Cinéma et géographie : Une plongée dans les townships de Johannesburg") démontre combien l'étude d'un film de fiction peut être fructueuse lors d'une leçon de géographie : "Le géographe utilise l’image pour ce qu’elle donne à lire. Les avantages sont nombreux par rapport à une image fixe (ou un hyperpaysage) car on y ajoute une dimension sociale dynamique et surtout un regard à plusieurs échelles. L’errance de Tsotsi nous fait traverser les différentes composantes de l’espace urbain." En deux temps (une présentation des personnages comme "tableau de la société sud-africaine", puis une étude du "paysage urbain filmé"), il dresse le tableau d'une réalité urbaine : persistance de la ségrégation, violence (à l'instar de la situation des grandes métropoles africaines), éclatement et morcèlement de la structure urbaine ("la question des déplacements et des transports est bien visible : les temps de trajet sont longs, les personnages se déplacent aussi beaucoup à pied. Le township est isolé du reste de l'agglomération par de vastes zones tamps, non construites…").
Il est intéressant de remarquer que le film de Gavin Hood (couronné en 2006 par l'Oscar du Meilleur Film Etranger) est inspiré d'un récit d'Athol Fugard, rédigé dans les années 1960 et publié dans les années 80 : comme si la rupture politique de la fin du régime d'apartheid n'avait pas réellement changé la situation. Sur le site des Cafés Géographiques, Myriam Houssay-Holzschuch étudie la transposition d'une époque à l'autre : si effectivement "le passé d'apartheid informe toujours la situation post-apartheid", le scénario du film a introduit des phénomènes importants, comme l'apparition du SIDA (l'Afrique du Sud est dramatiquement touchée par l'épidémie) et l'existence d'une nouvelle élite noire, etc. A la différence du livre, la fin du film laisse une petite place à l'espoir : "Symbole de la rédemption politique d’une société et de ses ambitions universalistes, description réaliste de la pauvreté et de la violence touchant la majorité de la population, Tsotsi rend compte des ambivalences sud-africaines."

Posté dans Le classeur par zama le 10.04.07 à 13:44 - 3 commentaires

Quels personnages de la seconde moitié du vingtième siècle l'histoire retiendra-t-elle ? A coup sûr, Nelson Mandela fera partie de ceux-là. Et c'est là le premier mérite du film de Bille August, Goodbye Bafana (au cinéma le 11 avril) : donner chair et humanité au leader de la lutte anti-apartheid, sans tomber (comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cinéclasse consacré au film) dans l'hagiographie. L'autre atout du film est la peinture à la fois subtile et fort pédagogique du régime d'apartheid, des facteurs qui ont favorisé sa pérennité (l'assentiment d'une population psychologiquement conditionnée et le soutien —au moins tacite— des pays occidentaux dans le contexte de la Guerre Froide) aux raisons, internes et externes, qui ont précipité sa chute.
Le film permettra ainsi une réflexion avec les élèves à différents niveaux, au Collège en Education Civique (la notion d'égalité en 5ème, les droits et libertés en 4ème), au Lycée en ECJS (Citoyenneté et intégration) et en Histoire (en Terminale au détour des chapitres sur "Le Tiers Monde", "La Guerre Froide" et "A la recherche d'un nouvel ordre mondial").
Mais c'est sans doute en classe d'Anglais qu'il permettra l'utilisation la plus riche : partant d'une étude civilisationnelle de ce grand pays de la sphère anglophone qu'est l’Afrique du Sud (qui peut mener à une réflexion sur la question de la mémoire collective et de la réconciliation dans la "new South Africa"), l'enseignant pourra introduire différents éléments linguistiques en s'appuyant sur les dialogues du film (les modalités, la voix passive, le comparatif) puis éventuellement passer à l'analyse d’une autre œuvre, cinématographique ou littéraire.
C'est ce que proposent les deux dossiers pédagogiques (en Histoire et en Anglais) mis en ligne sur le site pédagogique Goodbye Bafana, en attendant la sortie du film le 11 avril.

Posté dans L'agenda par zama le 06.04.07 à 18:38 - Réagir

Son nom ne vous dira peut-être rien, mais vous avez sûrement croisé l'une de ses créatures dans une chambre d'enfant ou un magasin de souvenirs : depuis la première édition de 1902, le succès de Pierre Lapin et ses amis ne s'est jamais démenti, et le trait de Beatrix Potter est devenu aussi familier que plus tard le style Disney. Le pari de Miss Potter de Chris Noonan est double : à la fois donner vie à l'univers narratif et visuel de la conteuse, et incarner sa vie réelle à l'écran. S'attachant à recréer l'atmosphère fantastique et le bestiaire de l'auteure, le film nous la dépeint également comme une jeune femme libre et indépendante (interprétée par Renee Zellweger), en butte aux rigidités sociales et morales de l'Angleterre victorienne.
Cet audacieux mélange des genres est à la fois la bonne idée et la limite du film : la dimension biographique ne passionnera sans doute pas les tous-petits, et les plus grands risquent de s'ennuyer ferme devant Pierre Lapin. On pourra néanmoins se reporter au dossier Cinédoc que le CNDP met en ligne sur le film. Il propose une analyse du film sous l'angle du genre du biopic, des activités pour le cours d'Anglais (en 4ème-3ème)(les anglicistes pourront aussi s'appuyer sur le studyguide du site anglais National Film Education) et, éclairage intéressant, une interview de Laurent Bury, universitaire spécialiste de la littérature anglaise du XIXème Siècle, qui tente de cerner la spécificité de Beatrix Potter : "Ce qui rend Beatrix Potter exceptionnelle, c’est d’abord qu’elle ait elle-même illustré ses textes. Dans les années 1880, Kate Greenaway (1846-1901) connut un grand succès en tant que dessinatrice, mais elle n’était que rarement l’auteur des textes qu’elle illustrait. Lewis Carroll avait initialement dessiné ses propres illustrations pour Alice au pays des merveilles, mais il était bien conscient de ses limites artistiques et, comme beaucoup d’autres écrivains pour enfants, il dut accepter l’illustrateur imposé par son éditeur. Beatrix Potter, elle, avait d’emblée conçu une formule lui permettant d’être seul maître à bord, puisqu’elle contrôlait à la fois l’image et le texte. Elle dut évidemment négocier avec son éditeur, mais elle réussit à imposer un certain nombre de caractéristiques originales, notamment le format choisi, petit et maniable pour ses jeunes lecteurs. Son originalité tient peut-être aussi au fait de s’adresse à de très jeunes enfants, avec des histoires très simples."

[Miss Potter de Chris Noonan. 2006. Durée : 1 h 33. Distribution : Bacfilms. Sortie le 28 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 30.03.07 à 22:04 - 3 commentaires

Si de nombreux films ont traité de l'apartheid et de ses suites, aucun n'avait jusqu'ici osé aborder frontalement la personnalité de Nelson Mandela. Il faut dire qu'il n'est pas évident de faire un film sur quelqu'un qui a passé vingt-sept ans en prison, et d'incarner l'une des rares icônes politiques de la fin du XXème siècle.
"Une icône", c'est le titre de l'éditorial de Christian Bonrepaux dans le supplément Cinéclasse que Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) consacre au film Goodbye Bafana de Bille August (au cinéma le 11 avril). Il souligne que Goodbye Bafana "échappe au piège de l'admiration béate en déroulant les fils du récit à travers le regard de James Gregory, son gardien pendant toutes les années de détention. La confrontation quotidienne d'un homme hors du commun et celle d'un Afrikaner ordinaire, convaincu de la suprématie de la race blanche, permet de mettre en évidence les mécanismes du discours raciste et leurs violences."
Comme chaque mois, les rubriques "Education à l'image" et "De la salle à la classe" replacent l'étude du film dans les programmes et les pratiques des enseignants. Ceux-ci pourront s'appuyer également sur le substantiel entretien avec l'historien François-Xavier Fauvelle-Marty, spécialiste de l'histoire de l'Afrique du Sud. il analyse le personnage de Mandela, à la fois symbole (le "plus vieux prisonnier politique du monde") et stratège, il décrit les difficultés de la transition démocratique (qui a fait tout de même entre 20 000 et 30 000 morts dans les années 1990) et la persistance encore aujourd'hui d'une forme d'apartheid économique ; il revient sur les racines du système racial, hérité des guerres entre colons néerlandais et britanniques : "En ce sens, la situation au sud de l'Afrique évoque celle des Etats-Unis après la guerre de Sécession. Dans les deux pays, en effet, les Noirs ont fait les frais d'une volonté de réconciliation entre deux communautés blanches."

[Le Monde de l'Education n° 358. Avril 2007. Supplément Cinéclasse]
[Voir également notre site pédagogique]

Posté par Zéro de conduite le 30.03.07 à 16:32 - Réagir

Remarqué en France pour son joli Respiro (2003) portrait de femme affranchie sur une petite île sicilienne, Emanuele Crialese passe avec Golden door à la vitesse supérieure, celle du collectif et de l'épopée : à travers le parcours de la famille Mancuso, le film raconte, sur un mode à la fois réaliste et magique, l'immigration italienne vers les Etats-Unis au début du siècle dernier. Des rêves et des doutes des candidats au départ, jusqu'à la drastique sélection opérée par les services de l'immigration américaine à l'arrivée à Ellis Island, en passant par les affres du long voyage en bateau, Golden door offre une riche réflexion sur les thèmes de l'immigration et de l'identité. Malgré certaines longueurs, le film séduit par son humanisme, comme le souligne Anne Henriot pour les Actualités pour la classe du CNDP : "Plus qu’un récit historique ou social, le film traduit la volonté du réalisateur d’aller à la rencontre des individus, de leur expérience. Sicilien lui-même, Emanuele Crialese cherche à retrouver les sentiments et émotions de ces Italiens qui partirent au début du siècle pour un monde dont ils ignoraient tout. Il s’appuie, pour reconstituer leur périple, sur des photos d’archives – photos laissées par les émigrés à leur famille, photos prises à Ellis Island. Il semble interroger le regard de ces personnages un peu perdus, adopter leur point de vue pour reconstituer leur histoire et faire comprendre la difficulté de ce saut vers l’inconnu, risqué alors par tant de familles pauvres dans l’espoir d’une vie meilleure."
On renverra surtout les enseignants au site Séance + que le CRDP de Paris consacre au film, et qui offre aux enseignants d'Histoire, d'Anglais et d'Italien (le bilinguisme est d'importance dans le film) une série d'outils soignée et très complète : présentation exhaustive du cadre pédagogique dans lequel le film peut s'insérer, nombreux documents, fiches d'activité pour les élèves, sitographie, et même quatre extraits du film à télécharger librement.

[Golden door d'Emanuele Crialese. 2006. Durée : 1 h 58. Distribution : Memento Films. Sortie le 21 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 21.03.07 à 11:55 - 9 commentaires

Sur le mode "Que faisiez-vous le jour où…" nous avons pu voir récemment 12 h 08 à l’Est de Bucarest, réflexion ironique sur la révolution roumaine de 1989 et ses (anti)héros. Voici maintenant Bobby, ode nostalgique à l’Amérique des années 60, photographiée le jour de l’assassinat de Robert Kennedy. Le casting est plus glamour, au propre comme au figuré : d’un côté le brillant sénateur et candidat à la présidentielle (qui a certes plus de "gueule" que le couple Ceaucescu), de l’autre une distribution dorée sur tranche réunissant vieilles gloires (Harry Belafonte, Anthony Hopkins …), têtes d’affiche (Sharon Stone, Demi Moore, Helen Hunt, Laurence Fishburne) et jeunes premier(e)s (Ashton Kutcher, Elijah Wood, Lindsay Lohan)…
La bonne idée du scénario est de ne pas incarner le sénateur Kennedy et d’éviter l’écueil du biopic : attendu toute la journée du 4 juin 1968 à l’hôtel Ambassador où il doit prononcer un discours victorieux, il est le point focal vers lequel convergent les regards et espoirs de tous les personnages ; toujours hors-champ, il semble déjà n’être déjà qu’un fantôme, le rêve bientôt évanoui d’une Amérique généreuse et optimiste.
L’ambition de ce film choral (qui s’inspire à la fois des fresques de Robert Altman et d’un vieux film de studio comme Grand Hotel) est d’offrir, des luxueuses suites jusqu’aux cuisines, une coupe verticale de la société américaine à la fin des sixties, sa radiographie à la fois sociale et morale. L’éventail des personnages porte ainsi les tensions qui agitent le pays en cette année 68 : représentants des minorités noire ou hispanique, jeunes menacés par un départ au Vietnam, femmes sur la voie de l’émancipation
Hélas, accrocheur dans sa virevoltante première demi-heure, le film se languit ensuite, faute sans doute d’une matière scénaristique assez riche : les bonnes idées s’étirent en longueur (le trip des deux étudiants), et la plupart des personnages se révèlent assez anecdotiques ou carrément clicheteux (Demi Moore en diva alcoolique)… Il faut attendre la dernière partie pour que Bobby retrouve tension dramatique et émotionnelle.
Spectacle plutôt plaisant, le film a l’habileté et le mérite de donner à entendre de longs passages des discours de Robert Kennedy, assortis d’images d’archive toujours impressionnantes. Il peut illustrer avec profit le cours de Terminale (L et ES) sur le modèle américain et ses tensions. Il peut également faire l’objet d’une exploitation en cours d’Anglais, pourquoi pas en s’appuyant sur les textes de ces discours écrits dans une langue simple et vibrante. Gageons que les élèves ne seront pas insensibles à l’idéalisme qui s’en dégage, et aux nombreuses correspondances avec l’Amérique d’aujourd’hui (Vietnam/Irak, violence de la société, fracture sociale…). Le slogan américain du film ne fait pas allusion à autre chose : "He saw wrong and tried to right it. He saw suffering and tried to heal it. He saw war and tried to stop it."

[Bobby d'Emilio Estevez. 2006. Durée : 1 h 52. Distribution : TFM. Sortie le 24 Janvier 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 24.01.07 à 12:45 - 10 commentaires
Pas trop repus par une année Mozart copieusement remplie ? Espérons que vous avez gardé un peu de place pour le dessert. Le dessert c'est l'adaptation par le cinéaste anglais Kenneth Branagh de la Flûte enchantée, l'opéra sans doute le plus populaire de Mozart.
Rompu aux adaptations shakespeariennes (du fracassant Henri V qui l'avait fait connaître au dernier Peines d'amours perdues, adapté —déjà— en comédie musicale), Branagh s'attaque à La Flûte avec un même souci : rendre au plus grand nombre une œuvre conçue pour le plus grand nombre (c'est particulièrement vrai de La Flûte enchantée, écrite en allemand sur le modèle populaire du Singspiel), en la débarrassant d'une gangue formelle datée et d'une image élitiste. Aux antipodes d'un Ingmar Bergman reconstituant dans sa version télévisée de 1976 l'atmosphère et les artifices d'une représentation théâtrale, Branagh met tous les moyens du cinéma, effets spéciaux compris, au service d'un spectacle total. On retrouvera ainsi l'inventivité et l'inspiration du réalisateur d'Hamlet.
Film rêvé pour les fêtes par son atmosphère merveilleuse et sa portée morale, La flûte enchantée (dans les salles le 13 décembre) constitue aussi un excellent moyen d'initier les élèves de collège et de lycée à l'art lyrique, beaucoup plus accessible que les dernières tentatives de "films-opéras". C'est pourquoi nous lui avons consacré ce site pédagogique La flûte enchantée, qui propose un dossier pédagogique de vingt pages sur les utilisations possibles du film en classe.
Réalisé par une enseignante de Français, le dossier propose également des prolongements interdisciplinaires en Education musicale, Histoire des Arts et Anglais.
Le film a également fait l'objet du dernier Cinéclasse, le supplément du Monde de l'Education édité en partenariat avec Zérodeconduite.net, qui s'interroge sur la transposition cinématographique de l'opéra, et ses vertus pédagogiques.
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 05.12.06 à 09:58 - 8 commentaires
The Queen de Stephen Frears s’inscrit dans la droite lignée des fictions documentaires retraçant l’aventure du pouvoir selon Tony Blair, depuis son irrésistible ascension à la fonction de Prime Minister en 1997 (The Deal, 2003, déjà par le duo Stephen Frears-Peter Morgan), jusqu’aux désillusions du pouvoir (Les années Tony Blair, 2002, et L’affaire David Kelley, 2005, tous deux réalisés par Peter Kosminsky).
Ce film offre une représentation passionnante de deux mondes que tout oppose. La Monarchie britannique d’une part, figée dans des cérémoniels protocolaires désuets, et d’autre part la vie politique en effervescence de la fin du XX°siècle, qui voit accéder au pouvoir, après les conservateurs Thatcher et Major, le jeune leader travailliste Tony Blair.
La paralysie face au mouvement, l’ordre face au chaos, l’ancien face au nouveau, le flegme silencieux (never complain, never explain) face à l’émotion éloquente : sur le mode de l’antithèse, la caméra de Frears autopsie, au pire une absurdité constitutionnelle, au mieux l’oxymore vivant qu’est le régime anglais. La tension dramatique résulte des rapport de forces entre ces deux pôles qui s’observent en faisant mine de s’ignorer (la reine), ou en marchant  sur la pointe de pieds (Tony Blair) à l’occasion de la mort accidentelle de Lady Diana.
Mais Frears dépasse la simple ironie pour se livrer à une véritable psychanalyse de l’Angleterre, de plus en plus subtile et touchante à mesure qu’avance le film : la reine incarne en effet un Sur-moi rigide déstabilisé par un Ça populaire débordant d’affliction et de rage à l’annonce de la mort de la princesse Diana. Bousculé, vacillant, le Sur-Moi peine à maintenir l’équilibre et ne trouvera l’issue que dans la création d’un Moi (Tony Blair, magnifique danseur de corde nietzschéen) qui se fait l’écho de la détresse populaire, en ne perdant pas de vue l’intérêt  à maintenir un pouvoir obsolète mais nécessaire.
Cette trame psychanalytique qui joue sur le refoulement et la reconnaissance, se situe à plusieurs niveaux (qu’on songe à cette reine seule qui s’effondre avant d’apercevoir comme dans un rêve ce "cerf impérial", ou aux remarques appuyées de Cherrie Blair sur l’analogie entre la reine et la mère de son époux). C’est dans ces moments que le film se révèle le plus pertinent, car loin de dénigrer ces personnages en les enfermant dans des bocaux étiquetés "arriviste" pour Blair et "formol" pour la Reine, il les rend humains.
Si d’aucuns voient en effet dans le premier ministre anglais un homme qui par goût du pouvoir a renoncé aux valeurs de son parti (c’est peu ou prou la thèse des films de Kosminsky), Frears nous le montre à ses débuts comme celui qui comprend l’identité nationale en accédant au sommet. De fait le terme "révolution" devient une ineptie dans sa bouche et dans nos consciences. Et la Reine prend une vraie ampleur constitutionnelle, symbolique cette fois…
Le film est évidemment du pain bénit pour les enseignants d’anglais (version originale impérative), puisqu’il passe largement en revue les éléments constitutifs de la culture britannique : institutions (le Labour Party, la famille royale, le rôle de la presse), lieux (Buckingham Palace, Balmoral Castle), et personnes (Tony Blair, Diana, le duc d’Edimbourg et le prince de Galles). On pourra en faire une utilisation particulièrement intéressante dans le cadre du programme de Première, qui propose justement d’étudier le thème des "Relations de pouvoir" ; et ce d’autant que les images (photos, headlines) et les textes sont faciles à retrouver, notamment les deux discours clés autour duquel le film construit sa dramaturgie : celui de Tony Blair ("She was the peoples princess.") et celui de la reine ("So what I say to you now, as your Queen and as a grandmother, I say from my heart").

[The Queen de Stephen Frears. 2006. Durée : 1 h 39. Distribution : Pathé. Sortie le 18 octobre 2006]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 21.10.06 à 23:21 - 16 commentaires
En cette période estivale, il est tentant pour les citadins sédentaires de chercher dans les salles obscures le dépaysement géographique que ne leur offrent pas leurs vacances. Aux produits standardisés des "Tour Operators" américains ou français, on leur conseillera de privilégier destinations cinématographiques plus authentiques : ainsi Echo Park, LA de Richard Glatzer et Wash Westmoreland, dont le titre dit bien l'enracinement narratif dans un quartier de Los Angeles à forte population "latino".
On choisira pour guide les toujours pertinents Cafés Géographiques, qui ont pour parti de prendre les films comme autant de cartes postales du monde, et qui voient dans ce film, aux antipodes des blockbusters hollywoodiens, la description d'"un Los Angeles plus réaliste qui intéressera quiconque voudra compléter sa géographie de la mégapole californienne."
Jérôme Monnet analyse cette chronique sensible et sincère (voir l'article de Vanina Arrighi pour Fluctuat.net) comme "l'histoire d'une gentrification" (sur le concept de gentrification voir cet article de la revue Strates : Les aveugles et l'éléphant) : "L’arrivée d’une nouvelle population (des intellectuels, des artistes, des gays), à la recherche à la fois de maisons moins chères que dans le "Westside" et d’une ambiance urbaine due à la proximité de Downtown et à l’ancienneté du bâti, provoque une flambée des prix qui aboutit logiquement à l’exclusion progressive des populations plus anciennes. Echo Park fut une banlieue résidentielle pour les classes moyennes blanches jusqu’aux années 1950, époque à laquelle le "White Flight" vers des banlieues plus lointaines (la San Fernando Valley, etc.) entraîna une relative paupérisation qui permit à des familles "de couleur" de s’installer alors qu’elles étaient victimes au même moment des opérations voisines de rénovation de Chavez Ravine (installation du Dodger Stadium) et de Bunker Hill (extension du Central Business District). On assiste donc aujourd’hui à un "retour" des riches, sans enfants et avec des modes de vie cosmopolites, au moment où les Latinos découvrent que le modèle traditionnel de famille, pilier de l’identité du groupe, ne peut plus répondre aux aspirations des jeunes si les plus âgés ne s’adaptent pas aux nouvelles conditions de la vie métropolitaine."
Il le compare également au dernier film de Larry Clark, Wassup Rockers en montrant comment les deux films dépeignent un Los Angeles latino réduit à la portion congrue par le cinéma hollywoodien (Collateral ou l'oscarisé Collision). Et souligne que le film doit à tout prix être vu en version originale (avis aux enseignants d'Anglais et d'Espagnol), pour entendre le bilinguisme des personnages et comment ceux-ci "choisissent l’un ou l’autre langue selon les endroits, les interlocuteurs, les sentiments ou l’image qu’ils ont d’eux-mêmes".

[Echo Park LA de Richard Glatzer et Wash Westmoreland. 2005. Durée : 1 h 30. Distribution : Memento Films. Sortie le 5 juillet 2006]
Posté dans Dans les salles par zama le 18.07.06 à 19:08 - 3 commentaires
Le dernier film du prolifique réalisateur anglais (The road to Guantanamo est sorti tout récemment) nous propose l’adaptation-gageure du roman La vie et les opinions de Tristam Shandy, de Lawrence Sterne. Ce classique de la littérature anglaise du XVIII° fait figure, à côté du Don Quichotte de Cervantès, de premier roman de la modernité : il introduit un principe de rupture systématique, dans la narration (digressions incessantes, collages, commentaires) comme dans la typographie (pages noires, changement de caractère). Plutôt qu'une impossible adaptation littérale, Michael Winterbottom a retranscrit ces ruptures par la forme du "film dans le film" : le comédien Steve Coogan interprète à la fois Tristram Shandy, narrateur et personnage, le père de Tristram… et le comédien Steve Coogan.
En classe d'Anglais, on pourra profiter du film pour présenter Lawrence Sterne et Tristram Shandy, grand classique de la littérature anglaise (voir les Sparknotes qui proposent également le texte intégral du roman), et faire le lien avec la tradition anglaise du nonsense (voir les films des Monty Python), aujourd'hui incarnée par le comédien Steve Coogan. On pourra également faire un tour sur le site officiel anglais du film (A cock and bull story), qui tente de retranscrire la fantaisie narrative du roman et du film.
Mais le film peut aussi intéresser le cours de Français :
- comme support dans le cadre des objets d’étude consacrés au récit et au roman, en classe de seconde et de première ("Le roman et ses personnages : vision de l’homme et du monde").
- mais aussi et surtout dans le cadre d'une étude comparative avec Jacques le fataliste de Diderot (au programme des Terminales Littéraires), qui s'est très largement inspiré de Sterne. On montrera notamment comment l'art de la digression, savamment entretenu par Sterne et Diderot (qu’on songe au "Mais je ne suis pas encore né" de Shandy et aux fameuses amours de Jacques) est habilement adaptée par Winterbottom, grâce notamment au jeu savoureux du comédien Steve Coogan. La narration qui va à hue et à dia entretient la frustration du spectateur, en même temps qu’un plaisir de la variété.
Le tour de force de Winterbottom est de mêler à cette déconstruction du récit, des scènes organisant la construction chaotique du film, qui apparaît comme un parcours semé d’embûches. Cette mise en abîme permet de montrer l’élaboration d’une œuvre qui se fait au fur et à mesure, et où la place laissée au hasard est un gage de comique absolu. La fantaisie qui résulte de l’ensemble permettrait finalement d’ouvrir les élèves sur l’insolence et l’humour du style exigeant de Diderot.

[Tournage dans un jardin anglais de Michael Winterbottom. 2005. Durée : 1 h 30. Distribution : ID Distribution. Sortie le 5 juillet 2006]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 06.07.06 à 16:57 - 6 commentaires
Lors des festivals, le visionnage rapproché des films conduit plus facilement que le reste de l’année aux court-circuits visuels et aux rapprochements thématiques. Deux des films "américains" de la compétition officielle (le film d’Iñarritu est présenté sous la bannière du Mexique mais il s’agit d’un film de studio) ont en commun d’utiliser une forme narrative éclatée pour s’affranchir d’une vision étroitement locale et dire la complexité du monde…
Babel d'Alejandro Iñarritu étend le système formel virtuose de ses précédents Amours chiennes et 21 grammes au monde entier (le titre du film fait déjà programme), sur le thème un peu rebattu du battement d’aile du papillon (qui provoque un ouragan à l’autre bout du globe)… Où comment le fusil d’un chasseur japonais blessera une touriste américaine dans les mains d’un berger marocain. A la recherche de germes fécaux trouvés dans un hamburger américain, Fast food nation remonte la filière bovine jusqu’aux gigantesques abattoirs texans et aux mexicains sans papiers qui y travaillent. Du producteur au consommateur, il démonte les rouages d'une industrie du fast food soumis à la compression des coûts, en fictionnalisant l'enquête d'Eric Schlosser (voir cette interview en anglais).
Les deux films ont aussi et surtout en commun, comme de nombreux films américains récents (Traffic de Steven Soderbergh, Trois enterrements de Tommy Lee Jones…) de s’interroger sur la frontière à sens unique qui sépare les Etats-Unis (l’Occident prospère) du Mexique (le Sud menaçant), avec en point de mire la figure de l’immigrant clandestin, qui au péril de sa vie vient faire tourner les usines ou donner son amour aux enfants américains (cf cet article des Cafés Géographiques sur la mondialisation des sentiments à propos de Vers le Sud de Laurent Cantet).
Ils peuvent ainsi nourrir les cours de Géographie de Seconde (Des frontières, des états) ou de Terminale (sur les Etats-Unis) ainsi que les cours d'Anglais et d'Espagnol (voir les liens pédagogiques que nous donnions à propos de Trois enterrements )
Posté dans Cannes 2006 par zama le 24.05.06 à 11:46 - 1 commentaire
Chouchou des cinéphiles (même si les meilleures réputations finissent pas s'user), Ken Loach est aussi un favori des salles de classes ; pour ses chroniques sociales du  prolétariat anglais (voir ces dossiers pédagogiques sur Sweet sixteen —dossier et analyse de séquence—, My name is Joe, prix de l'Education Nationale 1998, …) mais aussi certainement pour son magnifique Land and Freedom consacré à la Guerre d'Espagne, utilisé en classe d'histoire, d'anglais ou d'espagnol. C'est dire si l'on attendra avec impatience la sortie (programmée pour novembre) de son nouveau film Le vent se lève (The wind shakes the barley) consacré à une autre guerre civile, la guerre d'Irlande.
Le sujet (soulèvement contre l'occupant anglais puis déchirements irlandais après le traité qui entraîne la partition du pays) avait déjà été traité dans Michael Collins de Neil Jordan, sur un mode épique et mélodramatique (le triangle amoureux qui métaphorisait la guerre civile). Ken Loach lui apporte au contraire son sens du collectif et son goût pour la pédagogie des processus historiques (cf la formidable discussion sur la collectivisation dans Land and Freedom).
Mieux que tout commentaire, on renverra à deux interviews du réalisateur (celui réalisé par Le Monde et la conférence de presse du Festival), dont la haute tenue donnera quelques indices sur l'ambition du Vent se lève.
Ken Loach y réfléchit à haute voix sur la violence (son rôle dans l'histoire et sa représentation cinématographique), l'importance politique de la langue, l'occultation de l'histoire coloniale dans les anciens empires : "C'est tout à fait fascinant de voir comment les empires réécrivent l'histoire. On oublie par exemple que Christophe Colomb, qui était un homme de grande ambition, a kidnappé et mutilé des milliers d'Indiens d'Amérique. Gordon Brown (le ministre britannique des Finances et dauphin annoncé de Tony Blair comme Premier ministre) a dit qu'il fallait cesser de présenter des excuses pour l'Empire. Mais nous devrions avoir pour objectif de revoir l'histoire coloniale britannique, de mettre en lumière ce qui a été commis comme atrocités en Inde ou au Kenya au nom de l'idée civilisatrice d'un empire."
Posté dans Cannes 2006 par Zéro de conduite le 20.05.06 à 13:30 - 9 commentaires
Les programmes des concours de recrutement (agrégation interne et externe, CAPES), parus au Bulletin Officiel d'avril, font une place diverse au cinéma. Signalons tout d'abord une sorte de record chez les anglicistes : l'inscription d'une œuvre au programme (Agrégation et CAPES) deux ans à peine après sa création. Il s'agit du film de Joe Wright, Orgueil et préjugés, dont on avoue n'avoir pas estimé à sa sortie qu'il méritait tant d'honneurs (Orgueil, préjugés et plaisirs sucrés). Il est vrai qu'il est accolé à l'étude du roman de Jane Austen, chef d'œuvre lui plus que bicentenaire, comme l'année dernière le film de Coppola l'avait été au Dracula de Bram Stoker. En attendant l'abondante et sérieuse littérature qui ne manquera pas d'être publiée à la rentrée sur le sujet, les agrégatifs pourront se faire les dents sur les ressources en ligne qu'on signalait à l'époque.
Les hispanistes quant à eux ne sont pas en reste : à l'agrégation le jury a créé une cinquième question de civilisation portant sur "Cinéma et révolution à Cuba (1959-2003)". "Il s ’agira d ’étudier l ’évolution de cette production sur la période considérée et de voir comment quelques grands cinéastes cubains qui comptent parmi les artistes latino-américains les plus importants du XXe siècle ont réussi, malgré de multiples difficultés,à tourner des films remarquables.Entre autres choses, ils évoquent,avec une liberté de ton parfois étonnante,les problèmes de la nouvelle société, notamment la place qui doit revenir aux artistes qui ne peuvent renoncer à leur indépendance et se doivent de défendre la liberté de création."
On notera également, respectivement à l'agrégation interne de Lettres Modernes et au CAPES d'Espagnol deux œuvres cinématographiques : Van Gogh de Maurice Pialat (1991) et Goya (Goya en Burdeos) de Carlos Saura (1999).
Enfin, il faut signaler que Vie et opinions de Tristram Shandy de Lawrence Sterne, au programme des agrégations de Lettres et d'Anglais, a fait l'objet d'une tentative d'adaptation par l'anglais Michael Winterbottom : A cock and bull story, traduit en français par Tournage dans un jardin anglais, à découvrir le 5 juillet en France, et attendant sur ce site officiel aussi foutraque que le film promet de l'être.
Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 14.05.06 à 15:42 - 4 commentaires
Le "nouveau monde" a-t-il été gagné (ou perdu) par les femmes ? C’est la thèse du géographe Alain Musset (auteur par ailleurs d’un essai de géofiction sur Star Wars), dans son compte-rendu du Nouveau Monde de Terence Malick pour les Cafés Géographiques (voir également l'article de Zéro de conduite).  Il rapproche en effet le destin de l’indienne Pocahontas (popularisée en France par un dessin animé de Walt Disney), de celui d’une figure sud-américaine moins connue, La Malinche.
"Quand Cortés débarque en 1519 sur les côtes du Tabasco, un cacique désireux de lui plaire lui offre vingt femmes dont une superbe jeune fille, Malintzin (la Malinche), rebaptisée Marina. Celle-ci deviendra sa maîtresse et ses capacités linguistiques lui serviront à maîtriser le secteur stratégique de la traduction dans ses relations avec les peuples indigènes, jusqu’à son entrée triomphale dans la capitale aztèque."
Le parallélisme est évidemment frappant : deux personnages ambivalents, à la fois victimes (séduites et abandonnées) et coupables (d’avoir trahi les leurs), traits d’union entre deux mondes, mais aussi instruments du colonialisme le plus brutal et par là responsables de la chute de civilisations millénaires.
Mais le plus intéressant reste la place très différente qu’elles occupent dans l’historiographie : alors que Pocahontas, souvent représentée dans la littérature et au cinéma, fait partie intégrante du le mythe fondateur américain, la Malinche "n’occupe qu’une place limitée dans l’historiographie officielle, qui préfère exalter la résistance et la mort tragique du dernier empereur, Cuauhtémoc, "l’aigle qui tombe", torturé et assassiné par Cortés". Aussi ces deux figures cristallisent-elles une vision différente de l’histoire coloniale de part et d’autre du Rio Grande, et l’expression d’un rapport différent au métissage : "Dans un pays essentiellement métis, fait remarquer Alain Musset,le choix d’occulter la vie et les choix de la Malinche, symbole de l’union physique entre l’homme européen et la femme indigène n’est pas anodin." Alors que le mythe de Pocahontas exalte le métissage dans un pays où celui-ci a toujours été rare, et plus ou moins réprouvé.
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 28.03.06 à 13:22 - 9 commentaires

newworld.jpgLe nouveau monde de Terence Malick s'empare d'un mythe aussi cher aux Américains
 que méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique : la rencontre entre colons européens
et « native americans » lors de la fondation de la ville de Jamestown (Virginie)
en 1607 ; ou comment la romance entre la jeune indienne Pocahontas et le
capitaine anglais John Smith sauvera la colonie décimée par les maladies, la
faim et le froid. Et signera la fin de quinze millénaires de civilisation
indienne, menacé par l'expansionnisme brutal des pilgrims.
La première partie du film est bâtie sur une opposition tranchée, entre la
beauté édenique de la nature américaine et du mode de vie indien, et la laideur
et l'agressivité de la civilisation apportée par les colons. Ces derniers sont
décrits comme une bande de soudards et de fous de Dieu, obsédés par l'appât du
gain (ils sont persuadés de trouver de l'or) et les jeux de pouvoir, totalement
inadaptés à leur milieu naturel. Du côté indien, en revanche, Terence Malick
peut déployer tout le lyrisme de sa mise en scène. On retrouve, avec moins de
surprise, le style du premier quart d'heure de la Ligne Rouge : voix-off
lyrico-métaphysique, violons et gazouillis d'oiseaux sur plans (superbement
photographiés) de nature et de corps dénudés. Dans sa première partie en tout
cas, Le Nouveau monde est un film quasiment rousseauiste, à la fois par cette
mythification du mode de vie « sauvage » et cette exaltation vibrante de la
nature.
Dans la seconde, beaucoup moins intéressante, le romanesque reprendra ses droits
à travers le destin de Pocahontas : reniée par son père et sa tribu, vendue aux
Anglais, abandonnée par John Smith, elle finira par trouver l'amour en la
personne de John Rolfe, planteur de tabac de son état. Invitée à la Cour
d'Angleterre en tant que princesse des Algonquins, elle y succombera à la
maladie, non sans avoir revu une dernière fois le beau capitaine.
Le Café pédagogique (édition Anglais)
 donne plusieurs liens
sur le film, dont celui vers un educational companion
 sur le site américain
 du film. On pourra également évoquer le film en
cours de Français, par exemple pour illustrer l'objet d'étude « Le regard de
l'autre » en Seconde, ou pour le mythe du bon sauvage dans la littérature.

[Le nouveau monde de Terence Malick. 2006. Distribution : Metropolitan Filmexport. Sortie le 15 Février 2006]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 15.02.06 à 16:48 - 4 commentaires
orgueiletpr__jug__s.jpgL’adaptation par le réalisateur Joe Wright d’Orgueil et préjugés, le classique de Jane Austen est plutôt réussie (élagage intelligent de l’intrigue, fluidité de la narration) et doit beaucoup au charme de Keira Knightley.
On reprochera tout de même aux adaptateurs d’avoir forcé sur le sucre de la romance et lésiné sur l’acidité de la satire qui, comme pour les grands vins, a permis à l’œuvre de Jane Austen de résister aux années. Si le succès semble assuré auprès des adolescentes du monde entier (voir les crêpages de chignon sur les attraits comparés des différents interprètes de Darcy), ceux qui n’ont pas gardé leur âme de midinette ("Lorsque nous aimons nous sommes tous idiots" dixit la bande-annonce française) resteront un peu sur leur faim..
Ceux-là pourront télécharger dans l’espace enseignant du site officiel le plaisant "dossier d’accompagnement pédagogique". Comme le dossier d’Oliver Twist, du même auteur, il comporte beaucoup d’informations richement illustrées : sur la biographie de l’auteur (et oui, la pauvre Jane Austen est morte vieille fille…), la place de l’œuvre dans l’histoire littéraire (Orgueil et préjugés est-il une œuvre "romantique" ?), le travail de l’adaptation (comparaison entre un extrait dialogué du roman, sa traduction dans l'édition française, le dialogue du film et les sous-titres de la V.O.).
On peut le compléter par l'article d'Anne Henriot pour Teledoc qui analyse la construction narrative (sa division en trois "actes", l'importance des lettres —Jane Austen projetait tout d'abord d'écrire un roman épistolaire, conformément à la vogue de l'époque : Rousseau, Laclos, Goethe, Richardson—), et les thématiques du film : la dénonciation de la condition de la femme et la description d'une société cloisonnée. Elle établit notamment un parallèle intéressant : "Sur ce thème de la fête et du bal comme miroir de la différence entre les classes sociales, on pourra évoquer l’opposition que fait un siècle plus tard Flaubert, entre le repas de noces d’Emma Bovary et le bal où elle est invitée plus tard à la Vaubyessard."
Quant aux enseignants d’anglais, potentiellement les plus concernés. Ils pourront se tourner vers le dossier pédagogique anglais, téléchargeable sur le site du National Film Education et vers les très nombreux liens proposés par l’édition n° 68 du Café Pédagogique Anglais (rubrique « Sortir »).

[Orgueil et préjugés de Joe Wright. 2004. Durée : 2 h 07. Distribution : Mars. Sortie le 18 février]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 18.01.06 à 11:46 - 6 commentaires
narniareine.jpgC’est sans doute l’approche de Noël… Aujourd’hui sortent simultanément deux films s’inspirant des Evangiles. Le premier, Mary, le fait ouvertement, à la manière réflexive et provocatrice d’Abel Ferrara et à destination d’un public cinéphile ; le second en revanche, production Disney qui occupe un créneau grand public et familial (entre le Seigneur des anneaux et Harry Potter), s’avance masqué.
Le monde de Narnia de l’irlandais C.S. Lewis, adapté par le réalisateur Barry Adamson, est un des livres pour enfants les plus connus du monde anglo-saxon. C’est aussi une allégorie christique (le lion Aslan donne sa vie pour racheter un des héros qui a succombé au mal, avant de ressusciter) destinée à préparer les jeunes esprits pour les rendre, selon les propres mots de l’auteur "plus réceptifs au christianisme lorsqu’ils le rencontreront plus tard dans leur vie".
La citation est tirée de l’article de Pascal Riché dans Libération ("Disney cinévangéliste") (voir également sur son blog, qui nous avait alerté sur le succès de La marche de l’empereur auprès des créationnistes américains), qui révèle l’intense campagne marketing (concours de sermons à l’appui !) menée par Disney en direction du public chrétien et notamment des églises évangéliques (cf ce site). De ce côté-ci de l’Atlantique, on en trouvera un faible écho, notamment sur certains sites évangéliques suisses ("Un film Disney offre une occasion exceptionnelle d’annoncer l’Evangile", "Des idées pour faire de Narnia une occasion de témoigner du Christ") et Français (une chronique article de Fréquence protestante, un article sur le site des chrétiens évangéliques de Grenoble qui constate "l’ignorance regrettable du français moyen quant aux faits de base de l’Evangile" et espère que Narnia permettra d'y remédier).
Alors, faut-il s’indigner et crier à la manipulation, comme le fait cette éditorialiste du Guardian, et organiser un boycott familial de Narnia (tu iras voir le Ferrara, mon fils) ? Ou considérer comme Thomas Sotinel du Monde qu’il n’y a pas de quoi fouetter un lion : "La figure et le sort d'Aslan (…) reflètent si étroitement la venue et la passion du Christ qu'il est difficile de faire de cette ressemblance un objet de polémique. D'une part, l'histoire du cinéma ne manque pas de grands films inspirés par la pensée ou la tradition chrétiennes, elle peut donc s'offrir un joli film pour enfants puisant aux mêmes sources. D'autre part, Andrew Adamson traite ce matériau avec une main assez légère pour ne pas transformer son film en prêche."
A voir également pour les enseignants d’anglais ce copieux site pédagogique.

[Mary d’Abel Ferrara. 2005. Durée : 1 h 25. Distribution : Paneuropéenne. Sortie le 21 décembre 2005]
[Le monde de Narnia Chapitre 1. 2005. Durée : 2 h 12. Distribution : Buena Vista International. Sortie le 21 décembre 2005]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 21.12.05 à 15:18 - 4 commentaires
raisonsentiments.jpgAprès l’adaptation d’Oliver Twist par Roman Polanski, les anglicistes seront encore à la fête début 2006 : alors que le cinéaste culte Terence Mallick réinterprètera la relation entre John Smith et la belle Pocahontas dans Le Nouveau Monde (sortie le 15 février), l’anglais Joe Wright nous livre le 18 Janvier une nouvelle adaptation du classique de Jane Austen, Orgueil et Prejugés. Serait-ce le retour en grâce hollywoodien de la romancière anglaise, qui avait connu une vogue importante au milieu des années quatre-vingt-dix (voir le compte-rendu du livre Jane Austen in Hollywood : "It was exhilarating, it was vindicating, it lasted about two years---the time when Jane Austen was cool.") ? En tout cas, près de deux cents ans après sa création, Fitzwilliam Darcy continue à tourner les têtes. Ses groupies ont pris d’assaut le forum Allocine pour débattre de la question cruciale, photos à l’appui : le Darcy 2005, Matthew Mac Fayden (aperçu dans Warriors et plusieurs téléfilms anglais) parviendra-t-il à faire oublier le si sexy Colin Firth, héros de la mini-série tirée du roman par la BBC ?
A vous de juger en images, en découvrant la bande-annonce sur le site officiel anglais (à ne pas confondre avec celui de cette version qui n’a pas connu les honneurs d’une distribution française, malgré le commentaire élogieux du Salt Lake Tribune : "Austen would be pleased"). Rappelons tout de même que c'est Sir Laurence Olivier qui avait créé le rôle, dans la version de Robert Z. Leonard (1940).
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 09.12.05 à 14:46 - 12 commentaires
harrypotter.jpg Difficile d’ignorer qu’aujourd’hui sort dans les salles le quatrième épisode des aventures d'Harry le magicien, Harry Potter et la coupe de feu, réalisé par Mike Newell. A en juger par la couverture d’une bienveillante indifférence de la critique (aux yeux de laquelle les épisodes successifs trouvent de plus en plus grâce, à mesure que grandissent et se densifient les héros de J.K. Rowling), cette sortie tient moins de l’événement cinéphilique que de la chronique économique (toujours cette fascination pour les records du box-office) et du phénomène de société.
Tout aura été dit sur le "phénomèneharrypotter" qui a fasciné les journalistes. On se contentera donc de renvoyer à cette petite étude, et à cet article du magazine Lire (qui voit dans Harry Potter rien de moins que "le premier livre de la mondialisation"), on l’on apprend que :
"…les enfants lecteurs de Harry Potter consacrent dix minutes de plus par jour à leurs devoirs que les autres et se considèrent pour moitié comme de "bons élèves". (…) En classe, les professeurs saisissent l'occasion pour étudier l'art de la description, du portrait, le schéma narratif, l'étymologie des termes. Les rédactions s'enrichissent d'un vocabulaire précis, d'une caractérisation plus subtile et de mises en scène fignolées. Beaucoup d'enthousiastes francophones ont même acquis la version anglaise. (…) Certains lecteurs vont jusqu'à affirmer que Harry a changé leur vie. Ainsi de Tyler Walton, ce jeune Américain classé parmi les dix gagnants d'un concours lancé sur ce thème par Scholastic pour avoir relaté comment le livre lui avait donné la force de se battre contre sa leucémie, diagnostiquée quand il avait 5 ans. "
Pour revenir la pédagogie, on renverra à ce dossier teledoc très complet, portant sur le premier épisode, et pour les anglicistes sur cette page bourrée de liens proposée par l’Académie de Nancy-Metz.
Plus original enfin, on a beaucoup apprécié cette didactisation pour… les latinistes, qui porte justement sur le 4ème épisode, ainsi par l’auteur : "Si personne ne peut, de nos jours, ignorer l'ampleur du phénomène Harry Potter dans la littérature, il n'est pas toujours évident que l'enthousiasme de nos élèves pour le jeune sorcier à lunettes puisse être exploité dans le cadre des cours de latin ou de grec. Personnellement, dans le sillage de mes enfants, j'ai été emportée avec beaucoup de plaisir dans le monde de la magie créé par J. K. Rowling et, très vite, la présence de l'Antiquité, via des noms, des créatures fantastiques ou des formules magiques m'est apparue très nette, de plus en plus nette même au fil des volumes. C'est dans le quatrième tome, Harry Potter et la coupe de feu, que le relevé des allusions à l'Antiquité gréco-romaine est le plus riche. Face à ce foisonnement, qui n'est certainement pas le fruit du hasard, mais le résultat des connaissances réelles de l'auteur, j'ai essayé de préparer quelques séances de cours qui, à partir d'éléments tirés des livres de J. K. Rowling (non des films réalisés d'après les livres), pourraient apporter aux élèves de nouvelles connaissances relatives aux langues ou aux cultures gréco-romaines. "

[Harry Potter et la coupe de feu de Mike Newell. 2005. Durée : 2 h 35. Distribution : Warner Bros]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 30.11.05 à 21:25 - 11 commentaires
troisenterrements.jpgRemarqué au dernier festival de Cannes pour ses qualités d’écriture (le scénario est signé par Guillermo Arriaga, auteur d'Amours chiennes et de 21 Grammes) de mise en scène et d’interprétation (l’américain Tommy Lee Jones), Trois enterrements a de quoi intéresser les géographes : par delà l’enquête sur la mort d’un immigrant et la vengeance qu’elle va entraîner, c’est de la frontière américano-mexicaine qu’il est question dans ce film.
Sur le site des Cafés géographiques, Gilles Fumey analyse le traitement de ce thème de la frontière, qu’il replace dans l’histoire des mythes américains et la tradition cinématographique du western : "Aujourd'hui que l'Ouest ne fait plus rêver, c'est le Sud qui fait peur. Mais c'est toujours de frontière qu'il s'agit. Celle qui fait craindre aux Etats-Uniens l'invasion des Latinos venus chercher fortune dans leur pays devenu tout entier terre promise des Mexicains. Une frontière inversée, en somme.(…) Les longs panoramiques alentour des lieux réels du crime sont pour Jones l'occasion de montrer qu'il n'y a pas de frontière, sinon métaphorique. Ce voyage des Etats-Unis au Mexique, cette rédemption terrible que mon personnage impose au flic assassin, c'est une manière de dire : allons voir de l'autre côté et tu sauras qui tu es."
On peut donc signaler ce film (toutefois assez violent) aux élèves pour illustrer le cours de Seconde sur « La Terre partagée : des frontières, des Etats » (voir cette étude de cas sur le site de l’IUFM d’Aix-Marseille) et le cours de Terminale sur l’Amérique du Nord (grâce à ce superbe diaporama proposé par Clio-Lycée). On peut également envisager sur ce thème de la frontière un travail interdisciplinaire avec les enseignants de langues (anglais et espagnol : voir ce dossier sur "la frontera"), en le confrontant par exemple avec deux autres films « bilingues » : Bread and Roses de Ken Loach (la lutte des travailleurs immigrés clandestins de Los Angeles) et Traffic de Steven Soderbergh (le circuit de la drogue de part et d’autre de la frontière : cf la séquence au poste-frontière de Tijuana).
On laissera le soin à Gilles Fumey de conclure : "On ne doute pas qu'en Europe et en Afrique, seront traités un jour les drames de l'immigration sur cet autre Rio encore plus grande eurafricain qu'est la Méditerranée."

[Trois enterrements de Tommy Lee Jones. 2005. Durée : 2 h. Distribution : Europacorp. Sortie le 23 novembre 2004]

Posté dans Dans les salles par zama le 29.11.05 à 15:33 - 6 commentaires
joyeuxno__l.jpgDisons-le tout de suite : Joyeux Noël de Christian Carion est à la hauteur de son beau sujet, les fraternisations au front lors du Noël 1914.
Le scénario, nourri de plein de petits faits vrais (le chat qui passe d’un camp à l’autre, les soldats qui ont laissé maison et famille derrière les lignes adverses…) tire tout le parti dramatique et comique possible des situations (absurdité de la guerre de tranchées, quiproquos lors des fraternisations). La mise en scène est maîtrisée, atteignant même parfois à une certaine élégance. Et, fait suffisamment rare pour être souligné, tous les personnages s’expriment dans leur propre langue, la coproduction européenne ayant permis un casting international (des prolongements sont donc possibles en classe d’anglais et d’allemand)…
Tout cela en fait une sortie très recommandable pour les élèves, à quelques réserves près…
Le film revendique clairement son discours humaniste (cf interviews de Christian Carion) : montrer comment malgré l’endoctrinement nationaliste (très belle séquence d’ouverture où des enfants récitent des poèmes xénophobes sur fond de tableau noir) l’humanité et la fraternité peuvent prévaloir. En condensant en un seul lieu et un seul moment de nombreux cas de fraternisation (les chants qui se répondent, la messe œcuménique en latin, la partie de football sur le no man's land, l'échange de tranchées quand l'artillerie bombarde…), le film risque de donner une idée faussée du conflit. Il faut donc concevoir sa projection comme un contrepoint au cours sur la Première Guerre Mondiale et à d’autres œuvres (textes, films, bande dessinée de Tardi) qui en montrent toute l’horreur, en précisant bien aux élèves le contexte de ces fraternisations. On pourra s'appuyer sur un travail interdisciplinaire avec le professeur de français (cf cette séquence Regards sur la Guerre de 1914-1918 pour les Troisième).
On peut aussi prendre exemple sur le remarquable travail de Vincent Bocquet sur Cinehig autour du film de Stanley Kubrick : Les sentiers de la gloire, de l’histoire à l’historicité. Sa démarche consiste dans un premier temps à valider la dimension documentaire du film ("Démarche illégitime, sans doute, puisqu’elle évacue sans scrupule tout ce qui constitue le film en œuvre ; mais c’est une réduction sans laquelle aucune utilisation pédagogique du cinéma de fiction n’est possible") pour ensuite la critiquer (il pointe notamment, citant Marc Ferro, "l’accumulation à valeur dramatique de situations exceptionnelles ou extrapolées") afin de faire apparaître la thèse du réalisateur, qui elle-même s’inscrit dans l'histoire (c’est l’objet de la troisième partie).
On pourra ainsi montrer aux élèves comment le film de Christian Carion s’inscrit lui aussi dans son histoire. Deux films récents (Un long dimanche de fiançailles et, de manière plus indirecte, Les âmes grises) ont illustré avec force le concept de brutalisation de la guerre et montré l’humanité en souffrance. Joyeux Noël va plus loin, puisqu'il installe au cœur même du conflit la fraternité et les prémices de l’idéal européen, comme si on ne pouvait plus comprendre de nos jours pourquoi tant d'allemands et de français se sont entretués.
Pour en savoir plus, le site officiel du film et son espace enseignant proposent un copieux dossier d’accompagnement (qui pourra dispenser de l’achat du dernier numéro du magazine Historia, qui reprend peu ou prou les mêmes textes) et, plus original, un mémoire de maîtrise sur les fraternisations (Coralie Jacquot, sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau)
Sur Cinehig on trouvera également la retranscription d’un débat avec Christian Carion au Festival de Blois 2005. Interrogé par un public d’historiens (enseignants et amateurs), Christian Carion sort du discours promotionnel prémâché. Ses propos sont intéressants parce qu’ils décrivent bien le processus de fabrication d'un discours sur l'histoire (celui du film) à partir d'un matériau historique brut, mais aussi d'une tradition cinématographique (Christian Carion cite La grande illusion de Renoir comme une influence majeure).
Quant aux sites consacrés à la Première Guerre Mondiale, ils sont légion, aussi on n’en citera que quelques uns : le site grande guerre des éditions Anovi, le site éducatif de France 5 qui propose lui-même une sélection de liens, le dossier d’Herodote, et le chapitre "Première Guerre Mondiale" sur Cliotextes qui présente quelques textes sur les fraternisations.

[Joyeux Noël de Christian Carion. 2005. Distribution : UGC. Sortie le 9 novembre 2005]

Posté dans Dans les salles par zama le 09.11.05 à 12:34 - 16 commentaires
affoliver.jpgEnseignant ou pas, nul ne peut ignorer la sortie aujourd’hui d’Oliver Twist de Roman Polanski, qui a bénéficié d’une campagne de communication digne des plus gros blockbusters américains. De l’avis général (presse, forums enseignants) le film, même s’il n’atteint pas l’intensité du chef-d’œuvre qu’était Le pianiste, n’a pas à rougir de la comparaison ni avec le roman de Dickens ni avec la version filmée de David Lean.
Nous proposons ici un récapitulatif (que l’on espère le plus exhaustif possible à ce jour) des ressources disponibles en ligne.

Pour les professeurs de lettres :
— Sur Weblettres (accès réservé) un questionnaire de lecture pour le collège et pour la seconde deux exercices proposés par Françoise Cahen : "les registres littéraires dans Oliver Twist" et "La focalisation dans Oliver Twist"
— La critique et les Pistes pour la classe d’Anne Henriot dans la sélection ciné du mois (l’autre film traité est l’Enfant des Frères Dardenne) du CNDP. Anne Henriot propose de traiter ce film au collège (3e) et au lycée (2de et 1re) après une étude du roman et dans une séquence sur les "réécritures". De ce fait elle met l’accent sur l’adaptation : "Polanski a simplifié le récit et placé ses personnages dans un monde plus réaliste. Il a privilégié le thème, universel, de l’orphelin confronté à une société en pleine mutation et adopté le point de vue de l’enfant."
— A voir également ce site sur Roman Polanski.

Pour les professeurs d’anglais :
— Le site américain du film et sa rubrique "educational resources".
— Le "Teaching kit" ("to excite your students about Dickens using the new film Oliver Twist") du film pour les écoles américaines.
— Le texte intégral en ligne et l’étude du roman dans les Sparknotes et Cliffnotes
— Le numéro 66 du Café pédagogique propose des activités à partir du visionnage des bandes annonces téléchargeables en ligne, et de prolonger la projection du film par un travail sur le thème des enfants à l'époque victorienne et les workhouses, via de nombreux liens.
— Mais on conseillera surtout ce superbe mini-site éducatif (mis en ligne par le distributeur anglais et le site anglais filmeducation.org) qui parmi de nombreuses ressources et activités propose dans la section clip analysis l’analyse d’extraits téléchargeables du film (en anglais non sous-titré), parfois agrémentés, cerise sur le gâteau, des commentaires vidéo du réalisateur de son scénariste Ronald Harwood.

[Oliver Twist de Roman Polanski. 2005. Durée : 2 h 05 min. Distribution : Pathé. Sortie le 19 octobre 2005]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 19.10.05 à 13:20 - 6 commentaires
gromit.jpgC’est l’événement de la semaine, à en juger par les dossiers que lui consacrent Télérama et Le Monde : le retour (après les trois courts-métrages A grand day out, 1992, The wrong trousers, 1994, A close shave, 1996) de Wallace et Gromit, dans la nouvelle merveille (qu’on n’ose plus qualifier de petite, il s’agit d’un long-métrage) des studios d’animation Aardman.
En plus d’un riche travail possible sur le récit et le langage cinématographiques (via cette technique très particulière de l’animation image par image), le film (en version originale sous-titrée, bien sûr) est un véritable trésor pour les enseignants d’anglais, pour le petit précipité de culture britannique qu’il offre (ainsi le slogan anglais du film qui convoque… Macbeth : « Something wicked this way… hops » !!!), mais surtout pour le travail sur les registres de langues et les accents (les différents personnages sont interprétés par la fine fleur des comédiens anglais, dont les stars Helena Bonham Carter et Ralph Fiennes…).
Pas de didactisation disponible en ligne pour l’instant mais on pourra piocher dans les copieux dossiers consacrés à Chicken Run du même Nick Park par le CRAC de Valence et Teledoc. Surtout, les professeurs d’anglais trouveront deux deux fiches proposées sur le site académique de Versailles : les activités proposées par Anne Pellet (télécharger le pdf) et Olivier Colas (télécharger le pdf) sur les deux personnages principaux peuvent facilement s’adapter à l’étude du Mystère du lapin-garou.

[Wallace et Gromit, le mystère du lapin-garou de Nick Park et Steve Box. 2005, Angleterre. Durée : 1 h 25. Distribution : UIP. Sortie le 12 octobre 2005]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 13.10.05 à 12:33 - 6 commentaires