Mot clé : Arts plastiques
En dédiant son premier long-métrage à son fils, le réalisateur Rajkumar Bhan nous livre la clef de voûte du film : l’héritage. Anirudh est un jeune enfant de onze ans, que son père et sa mère, débordés, placent chez la grand-mère paternelle à Shekhawati au Rajasthan (une province du nord de l’Inde),  alors qu’ils résident à Poona, à 130 km au sud de Bombay. Anirudh va découvrir alors tout un monde qu’il ne connaît pas, parce que son père ne lui en a jamais parlé, et renouer le lien avec ses ancêtres, notamment à travers la peinture et les Havelis, ces immenses demeures décorées de fresques.
Le film met en regard deux Indes, celle qui connaît une croissance économique forte et un développement urbain considérable (Bombay et de Poona, réputées pour être des havres de tolérance), et l’ "autre Inde", représentée à l’écran par la région du Rajasthan. Ces deux espaces que tout oppose (population dense, commerces, insécurité, rythme infernal contre désert, économie rurale et tranquillité) sont l’occasion pour le réalisateur de réfléchir à une croissance économique "sans conscience" qui entraîne une rupture avec non seulement l’héritage culturel mais aussi familial.
Alors qu’ Anirudh redécouvre presque par hasard la vocation artistique familiale, son père la rejette. Autorité violente et  arbitraire, il veut se projeter dans la modernité en faisant table rase du passé. L’art est ainsi un pont lancé entre deux rives, et la mise en abîme est riche : à travers un cinéaste filmant les Havelis, c’est tout à la fois le monde moderne qui s’approprie le monde passé, le mouvement qui donne vie au figé, et un père qui s’adresse à son fils.
L’exploitation de ce film comme support pédagogique prend tout son sens en Géographie et en Sciences Economiques et Sociales. On notera la présence d’une parabole qui donnait son titre initial au film, "Pourquoi le dieu a ri", exploitable en Français en classe de Première. On n’oubliera pas les Arts Plastiques avec les merveilleuses fresques des Havelis, narrant l’épopée de Krishna.

[Le petit peintre du Rajahstan de Rajkumar Bhan. 2006. Durée : 1 h 28. Distribution : Eurozoom. Sortie le 10 Janvier 2007]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 10.01.07 à 09:50 - 3 commentaires
Présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, la dernière animation de Michel Ocelot, Azur et Asmar, magistrale mise en tableaux, offre des possibilités d’exploitation pédagogique aussi riches que variées.
Le graphisme en 3D répond au défi du réalisme merveilleux, en donnant à voir un trait géométrique qui précise les contours et crée une élégance dans le style, et qui respecte l’imaginaire en convoquant un véritable festival de couleurs.
Certes, si le film se réfère toujours autant à la naïveté du Douanier Rousseau, il emprunte aussi ses bleus et sa lumière à Matisse. La recherche en Arts Plastiques peut porter sur quelques temps forts (les palmeraies aux troncs comme constellés de pierreries, qui apparaissent telles un mirage ; le palais noir et blanc de la petite princesse dont les arcs et carrelages rappellent les palais de l’Alhambra, la salle des lumières, véritable mosquée des djinns….).
En chantant une véritable ode à la culture musulmane (programme d’Histoire-Géographie de 5ème), l’animation suscite à certains plans une exclamation admirative, mais le sens de l’œuvre ne saurait se réduire à l’esthétique.  En plein débat sur l’immigration choisie, le film d’Ocelot  est un intelligent plaidoyer pour le métissage, "le tiers instruit", sans aucun didactisme. Le film échappe constamment à la binarité du titre pour entrecroiser deux destins, ce que l’analyse précise des schémas narratif et actantiel (programme de Français de 6ème) révèlera. Quant au message de tolérance, il pourra être évoqué au détour de l'analyse de l’apologue (qui disparaît des programmes de Première en Lettres, mais peut se retrouver à travers l’étude des Contes de Perrault illustrés par Gustave Doré, au programme des Terminales littéraires —on notera au passage, le costume de Prince d’Azur qui n’est pas sans rappeler celui de Jean Marais dans le Peau d’âne de Demy—).
Michel Ocelot offre donc à Kirikou, une descendance digne du petit personnage, en explorant l’exotisme éternel de contrées lointaines, et en nous "invitant au voyage" (voir cette interview réalisée pendant la production du film.)
     
Posté dans Cannes 2006 par comtessa le 23.05.06 à 14:21 - 10 commentaires
decors.jpgQuand les nouvelles technologies de l’information et de la communication rencontrent le cinéma, ils font de biens beaux enfants : c’est en tout cas le cas du projet Ciné La Classe, mis en place dans le département du Rhône dans le cadre de la mission "Erasme".
Pour la deuxième année consécutive ce projet réunit cinq classes de collèges et de primaires autour d'une cinéaste d'animation, Valérie Moenne. Les élèves et les enseignants de toutes matières participent ensemble à la réalisation d'un film d'animation, en s'échangeant images et connaissances, pratiques et idées, à l'aide des outils numériques.
Voici le "scénario" de cette année :
"Chaque classe définira un peuple et imaginera sa vie. Des images seront créées montrant ces habitants et leurs manières de vivre.
Puis, un jour, (lorsque Valérie, notre artiste réalisatrice le décidera), ces peuples pourront se rencontrer et communiquer grâce à Internet (ou un objet symbolisant internet). Ils seront alors confrontés aux immenses possibilités et aux dangers associés de ce formidable outil de communication. Comment réagiront-ils ?"
Le site est d’un abord un peu hermétique : il s’agit après tout d’un "espace numérique de travail", et pas d’une vitrine. En se familiarisant avec la navigation et surtout en consultant les archives de l’année précédente on comprend mieux le travail mené par l’intervenante et les enseignants, et l’intérêt de la démarche collaborative : à chaque étape de la conception (élaboration du scénario, choix des décors — voir photos —, dessin des personnages, animation proprement dîtes) les élèves sont confrontés aux propositions et consignes de la cinéaste, mais aussi aux réalisations de leur camarades. En fin de projet le film réalisé en commun est présenté sur grand écran dans le cadre du Festival Fest’imaj.
Pour l’année prochaine, l’expérience est ouverte aux établissements du Rhône qui s'inscrivent en début d'année. Tout le matériel leur sera prêté : avis aux amateurs !

[Photos : les "décors effrayants" photographiés par les élèves pour être retravaillés ensuite]
Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 20.02.06 à 09:59 - 4 commentaires
kirikou.jpg Kirikou est de retour ! Sorti sept ans après l’énorme succès de Kirikou et la sorcière, Kirikou et les bêtes sauvages n’est pas une suite (rappelez-vous : le petit bonhomme était devenu grand et avait épousé Karaba) mais plutôt un somptueux post-scriptum, "tout ce qu’on n’avait pas eu le temps de vous raconter" sur Kirikou, soit quatre nouvelles aventures.
Ce n’est pas encore le plan média d'Harry Potter, mais le distributeur a vu les choses en grand : un site officiel luxuriant (proposant même un… karaoké), de multiples partenariats (éditoriaux, commerciaux via de nombreux produits dérivés, mais aussi humanitaires, ainsi une opération avec l’UNICEF) et de nombreuses propositions pédagogiques.
Celles-ci (voir les fiches pédagogiques Milan Presse) sont plutôt orientées vers le primaire et sur la découverte des techniques du cinéma d’animation, mais rappelons que ce film comme le précédent permet en sixième de mener un joli travail sur le conte et son schéma narratif (ici sur des récits courts) en Français, en liaison avec le cours d’Arts Plastiques (travail sur les "codes couleur", sur les influences picturales de Michel Ocelot – le douanier Rousseau, l’art naïf — etc).

[Kirikou et les bêtes sauvages de Michel Ocelot. 2005. Durée : 1h 15min. Distribution : Gébéka. Sortie le 7 décembre 2005]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 07.12.05 à 20:18 - 2 commentaires
ph3_1.jpgDifficile de démêler dans la sortie d’une version "inédite, restaurée, oscarisée" de Mon oncle de Jacques Tati la part du marketing de celle de la cinéphilie. Passée la surprise d’entendre les Arpel s’exprimer en anglais (surprise toute relative étant donné le statut sonore de la parole dans l’univers de Tati), la version proposée ne diffère pas fondamentalement de nos souvenirs (pour jouer au jeu des sept erreurs on se reportera aux articles respectifs des critiques du Monde et de Fluctuat.net, ainsi que, pour les maniaques, au découpage séquentiel du film proposé par ce site d’analyse filmique). Mais, comme avec Playtime il y a quelques années, ne boudons pas notre plaisir, de revoir (ou pour beaucoup de voir pour la première fois) enfin ce chef d'œvre sur grand écran et dans des copies neuves. Et de prolonger la vision du film par un petit parcours sur le web.
On pourra commencer par ce joli site personnel consacré à Mon oncle par un étudiant en son, s'inspirant très largement des analyses du critique Jean Douchet, par ailleurs auteur du copieux dossier "Collège au cinéma" consacré au film sur le site du Crac (voir ausi une fiche en pdf proposé par le que Cinéma ABC LE France).
On continuera par la visite de la merveilleuse Tativille. Même s'il n'est plus réactualisé, ce site lancé au moment de la reprise de Playtime par l'équipe des Films de mon oncle (Jérôme Deschamps/Macha Makeieff) est un régal d’invention visuelle et surtout sonore (dimension souvent négligée par les webdesigners) en forme d'hommage au maître.
On terminera par deux approches originales de l'œuvre : par le design, via un article de Libération sur la réédition de certains meubles de la maison des Arpel (ah ! le canapé haricot !), et par… l'histoire des sciences, à travers un projet interdisciplinaire déjà cité ici, "Cinéma, critique et histoire des sciences", Mon oncle servant de support à une réflexion sur la chimie organique et les matières plastiques, la robotisation.


Posté dans Dans les salles par comtessa le 12.07.05 à 14:39 - 1 commentaire