Qui aurait pu prédire qu'un dessin animé français en noir et blanc, réalisé par deux novices, portant sur la révolution islamique iranienne et le régime des mollahs, pourrait rencontrer un tel écho ? A l'heure où Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Parronaud, après ceux des festivaliers cannois, remporte les éloges quasi unanimes de la presse, il n'est pas inutile de rappeler l'audace et l'originalité initiales du projet. Elles tranchent en effet avec la tendance paresseuse de l'industrie hollywoodienne à dupliquer ses succès dans des avatars de plus en plus dévitalisés mais toujours aussi lucratifs : on ne peut oublier qu'il y a quinze jours Shrek le Troisième de Chris Miller inondait les écrans français, et que les opus 4 et 5 de la série sont d'ores et déjà en projet…[Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. 2007. Durée : 1 h 35. Distribution : Diaphana. Sortie le 27 juin 2007]
Persepolis aura-t-il la Palme ? Il serait en tout cas étonnant que le film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud reparte sans prix, après la longue ovation qu’il a reçue lors de son unique projection en Sélection Officielle. Peu importe que ce succès couronne moins une nouveauté cinématographique (le film pâtit de la linéarité de sa narration, qui couvre les quatre albums de la série autobiographique, et de quelques baisses de rythme) que la singularité d’une œuvre et d’un parcours : par son talent unique et par ce qu’il symbolise, Marjane Satrapi méritait amplement son triomphe cannois, et l’audience qu’elle lui apportera au-delà du cercle déjà large des lecteurs de la bande dessinée.
Après les protestations très officielles de l’Etat iranien, on ne manquera pas sans doute pas d’enrôler Persepolis sous la bannière de la résistance au fondamentalisme et à l’oppression des femmes. Mais c’est à son regard d’auteure (beauté du graphisme en noir et blanc, que l’animation n’a pas trahi, humour souvent dévastateur, émotion discrète dans les passages les plus intimes) que Marjane Satrapi devra le succès de son film.
S’il est un prix que Persepolis mérite haut la main en tout cas, c’est bien celui de l’Education Nationale. Qu’on l’aborde par le biais de l’Histoire qu’il raconte (le film expose fort pédagogiquement l’histoire de l’Iran, du coup d’état de Reza Khan en 1921 jusqu’à la période contemporaine de la République Islamique), de son écriture (répondant à toutes les caractéristiques du genre, il constitue une façon originale d’aborder l’autobiographie) ou des valeurs qu’il défend (liberté et tolérance), Persepolis est un petit bijou pour les enseignants, d’autant plus précieux qu’il est accessible dès le collège. Dommage qu'il sorte à une période (le 27 juin) où les éleves auront dans leur majorité déserté les établissements.
Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, Sélection Officielle
Les Etats-Unis d’Amérique, un grand pays… malade : c’est le sujet du nouveau documentaire de Michael Moore, qui après la politique économique (Roger et moi), la culture de la violence (Bowling for Columbine) et la politique étrangère (Farenheit 9/11, Palme d'or en 2004), s’attaque cette fois aux travers du système de santé de son pays.
Sicko dénonce avant tout la libéralisation du secteur de l’assurance maladie, devenue la chasse gardée d’entreprises capitalistiques, qui y appliquent la même philosophie et les mêmes principes de gestion que leurs consœures de l’industrie, des services ou de l’agroalimentaire. Du standardiste au médecin-conseil, c’est sur leur capacité à minimiser les coûts (en décourageant d’emblée les clients les plus fragiles, en refusant à leurs assurés des soins pourtant vitaux, en cassant des contrats au moindre prétexte) qu’elles jugent et récompensent leurs employés. Michael Moore dénonce également l'hypocrisie des politiciens, conservateurs (réjouissante tartufferie du "conservatisme compassionnel") ou démocrates (Hillary Clinton n’est pas épargnée), qui ont toujours cédé aux arguments sonnants et trébuchants des lobbyistes.
La méthode du documentariste, elle, n’a pas changé d’un iota, et Sicko risque de s’attirer les mêmes louanges et les mêmes critiques que ses œuvres précédentes : à l’actif, un courage certain (l'escapade à Cuba lui vaut des poursuites de l'Etat américain), une verve satirique dévastatrice, une invention constante dans les procédés (musique, extraits d’archive, incrustations, le film fait flèche de tout bois) ; au passif, le chantage permanent à l’émotion, le côté "qui trop embrasse mal étreint", et surtout les flagrantes simplifications que le film fait subir à la réalité.
Ainsi, aux deux tiers du film, la présentation idyllique du système français de sécurité sociale laissera le spectateur plutôt rêveur : nous y apprenons ainsi qu’aux urgences on n’attend jamais plus d’un quart d’heure, que les soins de santé sont intégralement remboursés par l’Etat, et que les crèches couvrent tout le territoire. Mais le pire est atteint dans l’épisode cubain, qui épouse avec un certain cynisme la propagande castriste.
De film en film, la question-Moore reste donc posée : la fin justifie-t-elle les moyens ? Peut-on redresser d'énormes mensonges à coup de demi-vérités ? Pour y répondre, il ne faut pas oublier que c’est encore et toujours au public américain que Michael Moore s’adresse : en multipliant les exemples étrangers, chez les vassaux méprisés (Canada, Grande-Bretagne), ou les prétendus "ennemis" (Cuba et dans une moindre mesure la France), c’est la fierté américaine qu’il veut ravaler, c’est une violente prise de conscience qu’il cherche à provoquer. Il s'en expliquait d'ailleurs lors de la conférence de presse : "Je sais qu’il est difficile de m’entendre dire des choses aussi roses et agréables sur le Canada, mais quoi qu’il en soit, je pense que si nous avions un système comme le vôtre aux Etats-Unis, nous nous en sortirions mieux. S’il y a des défauts à corriger dans le système canadien, ce n’est pas à moi de le faire, c’est à vous de le faire. En voyageant à travers le monde et en observant les systèmes en France, au Royaume-Uni, à Cuba, mon idée était d’aller voir ailleurs ce qui fonctionne bien, de rassembler toutes ces données pour aboutir à un système cohérent applicable aux Etats-Unis."
Du point de vue de l’enseignant, le film est donc encore une fois à prendre avec des pincettes, même s’il permettrait d’approcher en classe de Géographie les faiblesses du géant américain, et peut être étudié avec profit en classe de Sciences Médicales et Sociales. Il a en tout cas le mérite d’exposer très pédagogiquement les principes fondateurs des systèmes de santé anglais et français, tous deux hérités de la Seconde Guerre Mondiale (en France ces principes sont exposés en mars 1944 dans la charte du Conseil National de la Résistance, voir cet historique de la Sécurité Sociale) : chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.
Le rappel peut s’avérer utile, notamment en classe d’ECJS, pour des élèves qui n’ont jamais entendu parler que du "troudelasécu". Pour un public français, ce n’est d’ailleurs pas le moindre étrangeté de ce film que de se présenter sur les écrans cannois à l’heure où la France a majoritairement exprimé dans les urnes son "exaspération" face aux modalités de la solidarité nationale, et signifié le choix d’une société plus individualiste.
Sicko de Michael Moore, Sélection Officielle Hors compétition
"Au cœur du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie…
une femme se bat pour obtenir l’arrestation des derniers criminels de guerre encore en fuite…"
Ce pourrait être l’accroche d’un film d’espionnage hollywoodien (au hasard avec Nicole Kidman ?), mais c’est en fait celle d’un documentaire de Marcel Schüpbach, La liste de Carla. Le cinéaste a suivi Carla del Ponte, procureure du TPIY depuis août 1999 et pour quelques mois encore, dans sa traque des Ratko Mladic, Radovan Kazadzic ou Ante Gotovina.
Des méchants bien affreux, une héroïne courageuse, l’hypocrisie des puissants, l’affiche était alléchante… Le problème est que sous cet emballage la moisson du documentariste apparaît assez maigre : discussions de couloir, déplacements de l’équipe du TPIY, conférences de presse, entretiens (très contrôlés), les moments assemblés-là ne sont pas les plus palpitants qu’il nous ait été donné de voir au cinéma, et leur dramatisation paraît souvent assez artificielle.
Toute l’ambiguïté du film est là : si Carla del Ponte a autorisé le tournage, c’est bien qu’elle pressentait que ce film serait une arme de plus pour légitimer le TPIY et faire pression sur les régimes récalcitrants pour livrer leurs ressortissants. Mais elle prend bien garde de ne pas laisser filtrer des propos ou des images qui en bousculant le "diplomatiquement correct" pourraient mettre à mal ses missions. On a ainsi l’impression frustrante que l’essentiel nous échappe…
Ce documentaire a tout de même l’intérêt de lever un coin de voile sur le travail du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, et d’expliquer les principes qui ont présidé à sa création. En cela, il croise en de nombreux points les programme d’Histoire, de Géographie et d’ECJS de Terminale. Pour en savoir plus, on pourra se documenter à la fois sur le site du film, sur celui du TPIY, et sur cet excellent dossier de la Documentation Française.
[La liste de Carla de Marcel Schüpbach. 2007. Durée : 1 h 35. Distribution : Pierre Grise. Sortie le 9 mai 2007]
We Feed the world. "Nous nourrissons le monde". Comme tous les slogans, celui-ci (emprunté à la firme Pioneer, leader mondial des semences) cache sous une proclamation généreuse une réalité moins reluisante : celle d’une agriculture transformée en industrie, d’un "agrobusiness" capitalistique et mondialisé, qui a moins pour but de remplir les estomacs que de vider les portefeuilles, et dont le vrai slogan pourrait être : "Ça ne se mange pas, ça se vend…"
Des décharges de Vienne (où l’on jette chaque jour assez de pain pour nourrir la deuxième ville d’Autriche, Graz), aux vastes étendues du Mato Grosso (où les paysans meurent de faim à côté des champs de soja, destinés à nourrir le cheptel européen), de la plaine d’Almeria (où les tomates poussent dans de la laine de verre, irriguées au goutte à goutte et dopées aux nutriments), aux campagnes roumaines (où le gouvernement subventionne l’achat de semences transgéniques… mais la première année seulement), We Feed the World, le marché de la faim d'Erwin Wagenhofer nous confronte aux conséquences, économiques, sociales, environnementales de nos modes de consommation.
Car au-delà de la baisse de la qualité des aliments et de la perte du goût (qui n’est pas un critère reconnu pour le marché, comme nous le rappelle un des intervenants), au-delà des irrémédiables dégâts paysagers et environnementaux (déforestation de l’Amazonie, gaz à effet de serre), comment justifier qu’on laisse mourir de faim une partie de l’humanité alors que l’agriculture mondiale a largement les moyens de nourrir la planète ? Comment arrêter les flux migratoires quand on organise la ruine des paysans du Sud pour écouler les produits du Nord ?
Tout l’efficacité de We Feed the world (le marché de la faim) réside dans cette manière de juxtaposer, sans commentaire, des réalités que l’on imaginait fort éloignés, et de mettre ainsi au jour les chaînes de causalité qui les relient. C’est l’art du montage, que le réalisateur utilise avec pédagogie, et parfois ironie : ainsi quand Peter Brabeck-Lemathe, PDG du premier groupe mondial d’agroalimentaire, Nestlé, s’extasie devant les images d’une usine entièrement automatisée, après s’être vanté de faire travailler des centaines de milliers de personnes de part le monde.
Ces qualités font de We Feed the World (le Marché de la Faim) un film très pédagogique, et c’est pourquoi nous lui avons consacré un mini-site pédagogique et deux dossiers, en Géographie-ECJS ("Agriculture, alimentation et mondialisation") et Sciences Economiques et Sociales ("Mondialisation agroalimentaire, politiques régionales et stratégies des multinationales"). On renverra également à l’interview inédite d’Erwin Wagenhofer sur Vousnousils.fr, et l’article de Gilles Fumey pour les Cafés Géos, ainsi qu'au site du film qui propose dans sa rubrique "Associations" de nombreuses ressources sur les thématiques du film. Rappelons enfin que le film fait l'objet de nombreuses soirées-débats, avec le réalisateur ou des intervenants extérieurs au film, universitaires ou associatifs.
[We Feed the World d'Erwin Wagenhofer. 2005. Distribution : Zootrope Films. Sortie le 25 avril 2007]
"Pourquoi les tomates font 3000 kilomètres à travers l’Europe ; pourquoi les Africains émigrent vers les pays du Nord ; et comment nos légumes se retrouvent à être vendus sur les marchés africains."
Voici le genre de questions pour le moins dérangeantes que pose, et auquel s’efforce de répondre, We Feed the World (le marché de la faim), le documentaire d’Erwin Wagenhofer (au cinéma le 25 avril). En voyageant aux quatre coins du monde (des décharges de Vienne —où l’on jette chaque année assez de pain pour nourrir la seconde ville du pays— aux plaines du Mato Grosso —où les paysans meurent de faim à côté des champs d’exportation—, en passant par les serres d'Almeria où l’on cultive la plupart des tomates qui inondent à longueur d'années le marché européen) ; en interrogeant différents acteurs de la filière agroalimentaire, We Feed the world nous confronte aux conséquences économiques, humaines et environnementales de nos modes de consommation.
S'inscrivant dans la lignée des nombreux films récents critiquant l'industrialisation et mondialisation de l'agroalimentaire (Gilles Fumey pour les Cafés Géos cite Le cauchemar de Darwin bien sûr, mais aussi Supersize me, Fast food nation et le récent Notre pain quotidien : "De film en film et dans Le marché de la faim particulièrement, on mesure la puissance financière de ces groupes industriels qui ont bâti leur fortune sur l’obligation qu’a l’être humain de se nourrir plusieurs fois par jour") se distingue par son souci d'analyse et de pédagogique.
Notre site pédagogique We Feed the World propose deux dossiers d'accompagnement autour du film, en Géographie-ECJS ("Agriculture, alimentation et mondialisation") et en Sciences Economiques et Sociales ("Mondialisation agroalimentaire, politiques régionales et stratégies des multinationales"). Ils recensent également les nombreux événements (avant-premières en présence du réalisateur, débats associatifs) organisés autour de ce film qui appelle à la réflexion et à la discussion…
Idi Amin Dada, Nelson Mandela : en matière de dirigeants politiques, l’Afrique aura connu le pire et le meilleur. Le premier avait fourni un sujet spectaculaire au Le Dernier roi d'Ecosse et l'occasion d'une composition oscarisée à Forrest Whitaker. Le second place les cinéastes devant une autre gageure : mettre un scène une véritable icône, au risque de tomber dans l’hagiographie ; raconter la vie d’un homme qui l’a passé pour l’essentiel en prison ; incarner un personnage encore vivant et dont le visage, après avoir été un mystère pendant ses années de détention, est devenu familier du monde entier.
Bille August, cinéaste deux fois palmé à Cannes (Pelle le conquérant, Les Meilleures intentions) mais mal-aimé de la critique (qui lui reproche son académisme) a résolu cette gageure grâce aux mémoires de James Gregory, le geôlier de Nelson Mandela. Choisi par les services secrets sud-africains pour sa connaissance du xhosa, celui-ci a suivi le leader de l’ANC, de près ou de loin, pendant la majorité de sa détention. Il est le vrai héros de Goodbye Bafana. Avec sa femme et de ses enfants, il incarne parfaitement l’état d’esprit de la minorité blanche au long des trente années que parcourt le film : d’une justification aveugle de la logique d’apartheid dans les années 60 et 70 (le film montre le poids de la religion, l’isolement) à la prise de conscience dans les années 80 (lassitude par rapport au terrorisme, à l’opprobre et à l’isolement internationaux) ; à quoi s’ajoute dans le cas de Gregory un respect et une fascination grandissants pour l’opposant emprisonné.
La relation entre les deux hommes pourra paraître un peu angéligue (notamment au détour d’une scène de combat au bâton trop belle et symbolique pour être vraie) et le film parfois édulcoré. Mais en se concentrant sur des sud-africains ordinaires, le film livre une vision sans doute plus humaine et plus juste de l'apartheid que les (nombreux) films qui l'ont précédé (qui mettaient généralement en scène la résistance des opposants au régime), et permet de poser la question de la responsabilité individuelle. C'est tout l'intérêt pédagogique de ce film, qu'on pourra utiliser en Histoire-ECJS (et en Education civique au collège) ainsi qu'en Anglais. On se reportera à notre site pédagogique qui propose des dossiers d'accompagnement dans ces deux disciplines, ainsi qu'au Cinéclasse paru dans Le Monde de l'Education de ce mois-ci.
[Goodbye Bafana de Bille August. 2007. Durée : 1 h 58. Distribution : Paramount Pictures. Sortie le 11 avril]
Quels personnages de la seconde moitié du vingtième siècle l'histoire retiendra-t-elle ? A coup sûr, Nelson Mandela fera partie de ceux-là. Et c'est là le premier mérite du film de Bille August, Goodbye Bafana (au cinéma le 11 avril) : donner chair et humanité au leader de la lutte anti-apartheid, sans tomber (comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cinéclasse consacré au film) dans l'hagiographie. L'autre atout du film est la peinture à la fois subtile et fort pédagogique du régime d'apartheid, des facteurs qui ont favorisé sa pérennité (l'assentiment d'une population psychologiquement conditionnée et le soutien —au moins tacite— des pays occidentaux dans le contexte de la Guerre Froide) aux raisons, internes et externes, qui ont précipité sa chute.
Le film permettra ainsi une réflexion avec les élèves à différents niveaux, au Collège en Education Civique (la notion d'égalité en 5ème, les droits et libertés en 4ème), au Lycée en ECJS (Citoyenneté et intégration) et en Histoire (en Terminale au détour des chapitres sur "Le Tiers Monde", "La Guerre Froide" et "A la recherche d'un nouvel ordre mondial").
Mais c'est sans doute en classe d'Anglais qu'il permettra l'utilisation la plus riche : partant d'une étude civilisationnelle de ce grand pays de la sphère anglophone qu'est l’Afrique du Sud (qui peut mener à une réflexion sur la question de la mémoire collective et de la réconciliation dans la "new South Africa"), l'enseignant pourra introduire différents éléments linguistiques en s'appuyant sur les dialogues du film (les modalités, la voix passive, le comparatif) puis éventuellement passer à l'analyse d’une autre œuvre, cinématographique ou littéraire.
C'est ce que proposent les deux dossiers pédagogiques (en Histoire et en Anglais) mis en ligne sur le site pédagogique Goodbye Bafana, en attendant la sortie du film le 11 avril.
Si de nombreux films ont traité de l'apartheid et de ses suites, aucun n'avait jusqu'ici osé aborder frontalement la personnalité de Nelson Mandela. Il faut dire qu'il n'est pas évident de faire un film sur quelqu'un qui a passé vingt-sept ans en prison, et d'incarner l'une des rares icônes politiques de la fin du XXème siècle.
"Une icône", c'est le titre de l'éditorial de Christian Bonrepaux dans le supplément Cinéclasse que Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) consacre au film Goodbye Bafana de Bille August (au cinéma le 11 avril). Il souligne que Goodbye Bafana "échappe au piège de l'admiration béate en déroulant les fils du récit à travers le regard de James Gregory, son gardien pendant toutes les années de détention. La confrontation quotidienne d'un homme hors du commun et celle d'un Afrikaner ordinaire, convaincu de la suprématie de la race blanche, permet de mettre en évidence les mécanismes du discours raciste et leurs violences."
Comme chaque mois, les rubriques "Education à l'image" et "De la salle à la classe" replacent l'étude du film dans les programmes et les pratiques des enseignants. Ceux-ci pourront s'appuyer également sur le substantiel entretien avec l'historien François-Xavier Fauvelle-Marty, spécialiste de l'histoire de l'Afrique du Sud. il analyse le personnage de Mandela, à la fois symbole (le "plus vieux prisonnier politique du monde") et stratège, il décrit les difficultés de la transition démocratique (qui a fait tout de même entre 20 000 et 30 000 morts dans les années 1990) et la persistance encore aujourd'hui d'une forme d'apartheid économique ; il revient sur les racines du système racial, hérité des guerres entre colons néerlandais et britanniques : "En ce sens, la situation au sud de l'Afrique évoque celle des Etats-Unis après la guerre de Sécession. Dans les deux pays, en effet, les Noirs ont fait les frais d'une volonté de réconciliation entre deux communautés blanches."
[Le Monde de l'Education n° 358. Avril 2007. Supplément Cinéclasse]
[Voir également notre site pédagogique]
Le 13 septembre 2002, trois skinheads, sortis dans les rues de Reims avec l'intention de "casser du pédé", s'en prennent au jeune François Chenu. Leur opposant une résistance courageuse, il n'en sortira pas vivant.
Ce fait divers hélas pas isolé (on n'ose tout de même pas dire "banal") et bien relayé par la presse à l'époque, est moins le sujet du documentaire d'Olivier Meyrou que son point de départ. Prenant comme pivot dramatique et chronologique le procès aux assises des trois meurtriers, Au-delà de la haine montre le parcours d'une famille (le père, la mère [voir photo], la sœur et les frères de François Chenu) qui dépasse ses sentiments premiers de douleur et de haine pour s'engager dans un combat en faveur de la tolérance et du respect de l'autre, allant jusqu'à tendre la main aux agresseurs d'hier.
Soutenu par de nombreuses associations de lutte contre l'homophobie et en faveur des droits de l'homme, Au-delà de la haine aborde son sujet avec une rigueur (longs plans fixes, silences) et une pudeur (plans décadrés) qui confinent parfois à l'austérité, mais qui font son originalité et sa cohérence.
Ce film a fait l'objet d'un remarquable travail d'accompagnement pédagogique de la part de Jean-Pierre Meyniac (webmestre des Clionautes) et Sylviane Costerj, qui permet d'utiliser le film au collège (troisième) et au lycée (seconde) dans le cadre des programmes d'ECJS. Prenant la peine de rappeler en préambule le cadre des programmes et instructions officielles, les deux enseignants proposent un éventail fouillé d'activités pour les élèves (avec corrigé pour le prof), permettant d'aborder "les thématiques de tolérance/intolérance, respect/rejet que celles tournant autour de la justice" (le dossier est téléchargeable ici). Cela rend le film d'autant plus précieux pour traiter d'un sujet, l'homophobie, sur lequel peu de supports existent, et que les enseignants ont parfois réticence à aborder. Le dossier se clôt d'ailleurs par un utile recensement des ressources bibliographiques et webographiques.
[Au delà de la haine d'Olivier Meyrou. 2005. Durée : 1h25 mn. Distribution : Eurozoom. Sortie le 14 mars 2007]
Par les temps qui courent, difficile d'en vouloir à Michou d'Auber, son scénario "tiré d'une histoire vraie", son slogan très United colors ("D'ici ou d'ailleurs, on est tous égaux"), ses interprètes petits (le jeune Samy Seghir) ou grands (le couple Baye-Depardieu), et son message de tolérance. Lointainement inspiré du Vieil homme et l'enfant de Claude Berri, Michou d'Auber raconte, dans le contexte des "événements" d'Algérie, la confrontation entre un enfant maghrébin de la banlieue parisienne et le milieu où il est placé : un petit village de la France profonde, et le foyer d'un vieux postier bourru (Gérard Depardieu reprend "l'emploi" de Michel Simon), ancien militaire d'Indochine. Pour arrondir les angles, Gisèle transformera Messaoud en Michel, teinture blonde à l'appui. Gagnant peu à peu l'affection de ses parents d'accueil, Michou-Messaoud se construira non sans difficulté entre deux cultures, française et maghrébine, catholique et musulmane.
A partir d'éléments assez proches (un enfant algérien placé à la campagne pendant la Guerre d'Algérie), Mickaël Haneke avait imaginé avec Caché une fiction de la mauvaise conscience et du retour du refoulé. Pétri de tendresse et d'espoir, Michou d'Auber est à l'exact opposé, mêlant une certaine nostalgie pour la France rurale des Trente Glorieuses (le tableau noir et la dictée, les joies de la pêche, le Petit bal perdu de Bourvil) à une ode à la tolérance et au mélange des cultures. Le film pourra éventuellement servir au collège à un cours d'ECJS sur le racisme et la tolérance, voire à un rappel très light des événements de la Guerre d'Algérie. De par sa naïveté et certaines maladresses, il aura sans doute du mal à passionner les plus grands.
[Michou d'Auber de Thomas Gilou. 2006. Durée : 2 h 04 mn. Distribution : Europacorp. Sortie le 21 février 2007]
Sorti le 8 mars 2006 à l'occasion de la Journée internationale de la femme, le film de Florence Ayisi et Kim Longinotto, documentaire tonique et émouvant sur le combat de deux femmes de loi camerounaises (une juge et une avocate, les sisters du titre) contre les violences familiales et conjugales, n'avait pas trouvé son public, dans un contexte médiatique et commercial fortement concurrentiel (deux autres films se revendiquaient à la même date du combat féministe). Espérons que sa récente édition en DVD permettra de réparer cette injustice, et que le film deviendra un classique des salles de classe.
Il le mérite car le charisme truculent de ses "héroïnes" ainsi que l'exemplarité des affaires présentées permettent d'intéresser les élèves à des thématiques fondamentales : la justice et le sens de la peine, la violence (notamment dans le cercle familial), l'émancipation des femmes, et ce dans un certain nombre de disciplines (Lettres, Philosophie, SES, ECJS, Sciences médico-sociales).
C'était en tout cas l'objectif du mini-site pédagogique que nous avions mis en ligne à l'occasion de la sortie de ce film, qui propose notamment des didactisations du film dans trois disciplines : ECJS (Les femmes et leurs droits : une reconnaissance fragile), Philosophie (La Justice et le féminin, où comment déposer la "domination masculine" et accéder à l'universel), Lettres (Qu'est-ce qu'un "documentaire engagé" ?)…
Et rappelons pour finir qu'un certain nombre d'associations de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants s'étaient associées à ce film pour mener un travail de sensibilisation dans les établissements scolaires, et qu'elles constituent un réseau irremplaçable d'intervenants et de personnes ressources pour les enseignants, notamment quand ils sont confrontés à des cas dramatiques comme ceux présentés dans le film.

Le film anti-mondialisation (ou sur la mondialisation) est devenu un genre à part entière et on ne compte plus les documentaires ou les fictions qui, comme Bamako d’Abderrahmane Sissako, épinglent l’OMC, le FMI ou la Banque Mondiale.
Il faudra un jour faire un sort au cliché qui voudrait que, contrairement à l'Amérique avec le Vietnam, la France n'a pas su et ne sait pas filmer "sa" guerre coloniale, la guerre d'Algérie. Une filmographie riche et variée existe déjà, et chaque année des réalisateurs puisent une inspiration nouvelle dans les "événements" algériens. En janvier dernier La Trahison de Philippe Faucon offrait un témoignage de premier ordre sur la vie quotidienne d'un poste isolé et sur la réalité oubliée des "appelés musulmans", et permettait (avec le soutien de la Fédération Nationale des Anciens Combattants d'Algérie) de nombreuses rencontres entre des classes de lycée et de collège et des témoins vivants de la Guerre d'Algérie (voir notre site pédagogique).
Les ONG et les associations de défense des droits de l'homme ont depuis longtemps bien compris la force émotionnelle et l'exposition médiatique que les œuvres cinématographiques pouvaient apporter aux causes qu'elles défendent. Depuis quelques années leurs logos (Amnesty International, Reporters Sans Frontières, FIDH) fleurissent ainsi sur les affiches de cinéma.
Paris, 1970. La vie simple et confortable d'Anna, 9 ans, va être bouleversée par le nouvel engagement politique de ses parents.
Nous avons pu déjà pu dire ici (au moment du Festival de Cannes) tout le bien que nous pensions d'Azur et Asmar, la nouvelle réalisation de Michel Ocelot, le père du célébrissime Kirikou : la splendeur inouïe de ses décors et de son animation, mise au service d'un récit qui puise avec intelligence dans un fonds mythologique et légendaire transméditerranéen, et qui prêche sans mièvrerie pour des valeurs comme l'ouverture et la tolérance.
Représenter l'Afrique : c'est la gageure que s'est assigné Abderrahmane Sissako avec Bamako. Représenter cinématographiquement (ce qu'il ne pouvait prévoir) tout d'abord, puisqu'il était cette année le seul film africain présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes, et qu'il est un des rares à bénéficier d'une sortie et d'une exposition médiatique décentes. Représenter politiquement ensuite, puisqu'il s'agit rien moins que de donner voix à la colère et au désespoir d'un continent : "Parce que je suis cinéaste, je dois faire un film qui soit la voix de millions de gens : donner la parole à ceux qui ont besoin de crier une forme d'injustice." déclarait ainsi le réalisateur en conférence de presse.
Le Monde de l'Education et Zerodeconduite.net sont heureux d'annoncer la parution du second numéro de Cinéclasse, consacré à Bamako d'Aberrahmane Sissako, dans les salles à partir du 18 octobre (voir notre article sur le film lors du Festival de Cannes). Cinéclasse est un supplément de huit pages réalisé par Le Monde de l'Education, en partenariat avec Zerodeconduite.net, et broché à l'intérieur du mensuel de référence du monde éducatif.
Déjà signalé à l’occasion de la séance du mois et du mini-site pédagogique que nous lui consacrons, Sisters in law de Kim Longinotto et Florence Ayisi sort aujourd’hui sur les écrans, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme.
Changement de configuration pour la Séance du mois : celle-ci paraîtra désormais en début de mois. La séance du mois de février devient donc celle du mois de mars. Elle a la particularité d’être triple, et d’être consacrée à un film qui sortira la semaine prochaine.
De sa diffusion en feuilleton télévisé sur Arte à sa sortie en salles dans une version long-métrage, 9m2 pour deux de Joseph Cesarini et Jimmy Glasberg a interpellé les commentateurs par le caractère à la fois novateur et hybride de son dispositif : confier à des détenus des caméras DV pour témoigner de leur expérience carcérale, mais dans une optique plutôt fictionnelle (décor reconstitué, scénarisation) que documentaire.
Il y a quelque chose de désespérant pour l’enseignant dans le constat dressé par Yamina Benguigui dans Le Plafond de verre, que résume bien l’un des interviewés, l’ingénieur logisticien (au chômage) Nordine Bouchebour : "On nous a dit : travaille bien à l'école et tu auras un bon travail, avec tout ce qui va avec. J'ai bien travaillé à l'école, j'ai décroché mon DESS, et je n'ai pas de travail ni rien de ce qui va avec..."
De même que de ce côté-ci de l’Atlantique on a pu jouer à croire qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone, une rumeur folle a couru aux Etats-Unis sur les attentats du 11 septembre 2001 : les Juifs avaient été prévenus de l’attaque, aucun n’est allé travailler ce jour-là au World Trade Center.