Mot clé : ECJS
Qui aurait pu prédire qu'un dessin animé français en noir et blanc, réalisé par deux novices, portant sur la révolution islamique iranienne et le régime des mollahs, pourrait rencontrer un tel écho ? A l'heure où Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Parronaud, après ceux des festivaliers cannois, remporte les éloges quasi unanimes de la presse, il n'est pas inutile de rappeler l'audace et l'originalité initiales du projet. Elles tranchent en effet avec la tendance paresseuse de l'industrie hollywoodienne à dupliquer ses succès dans des avatars de plus en plus dévitalisés mais toujours aussi lucratifs : on ne peut oublier qu'il y a quinze jours Shrek le Troisième de Chris Miller inondait les écrans français, et que les opus 4 et 5 de la série sont d'ores et déjà en projet…
Nous avons déjà dit ici tout le bien que nous pensions de Persepolis : sa constante invention graphique et narrative, l'équilibre qu'il a su trouver entre humour et émotion, l'universalité des thèmes qu'il déploie. Pour résumer, on ne peut que saluer "la synthèse entre la liberté d’imagination qu’autorise l’animation et la réalité extraite d’une expérience humaine riche et nuancée", selon la très juste formule de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP.
Même s'il sort au moment où les élèves ont déjà déserté les salles de classe, il faut également le caractère éminement pédagogique des qualités de Persepolis, que nous qualifiions de véritable "boîte à outils" pour les enseignants : en Histoire évidemment (l'APHG a édité en partenariat avec le distributeur du film un DVD d'extraits, accompagné d'un petit questionnaire, disponible sur demande), en ECJS et en Arts Plastiques, mais également en Français, notamment pour l'écriture de l'autobiographie… 

[Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. 2007. Durée : 1 h 35. Distribution : Diaphana. Sortie le 27 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 27.06.07 à 16:32 - 12 commentaires

Persepolis aura-t-il la Palme ? Il serait en tout cas étonnant que le film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud reparte sans prix, après la longue ovation qu’il a reçue lors de son unique projection en Sélection Officielle. Peu importe que ce succès couronne moins une nouveauté cinématographique (le film pâtit de la linéarité de sa narration, qui couvre les quatre albums de la série autobiographique, et de quelques baisses de rythme) que la singularité d’une œuvre et d’un parcours : par son talent unique et par ce qu’il symbolise, Marjane Satrapi méritait amplement son triomphe cannois, et l’audience qu’elle lui apportera au-delà du cercle déjà large des lecteurs de la bande dessinée.
Après les protestations très officielles de l’Etat iranien, on ne manquera pas sans doute pas d’enrôler Persepolis sous la bannière de la résistance au fondamentalisme et à l’oppression des femmes. Mais c’est à son regard d’auteure (beauté du graphisme en noir et blanc, que l’animation n’a pas trahi, humour souvent dévastateur, émotion discrète dans les passages les plus intimes) que Marjane Satrapi devra le succès de son film.
S’il est un prix que Persepolis mérite haut la main en tout cas, c’est bien celui de l’Education Nationale. Qu’on l’aborde par le biais de l’Histoire qu’il raconte (le film expose fort pédagogiquement l’histoire de l’Iran, du coup d’état de Reza Khan en 1921 jusqu’à la période contemporaine de la République Islamique), de son écriture (répondant à toutes les caractéristiques du genre, il constitue une façon originale d’aborder l’autobiographie) ou des valeurs qu’il défend (liberté et tolérance), Persepolis est un petit bijou pour les enseignants, d’autant plus précieux qu’il est accessible dès le collège. Dommage qu'il sorte à une période (le 27 juin) où les éleves auront dans leur majorité déserté les établissements.

Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, Sélection Officielle

Posté par zama le 24.05.07 à 14:07 - Réagir

Les Etats-Unis d’Amérique, un grand pays… malade : c’est le sujet du nouveau documentaire de Michael Moore, qui après la politique économique (Roger et moi), la culture de la violence (Bowling for Columbine) et la politique étrangère (Farenheit 9/11, Palme d'or en 2004), s’attaque cette fois aux travers du système de santé de son pays.
Sicko dénonce avant tout la libéralisation du secteur de l’assurance maladie, devenue la chasse gardée d’entreprises capitalistiques, qui y appliquent la même philosophie et les mêmes principes de gestion que leurs consœures de l’industrie, des services ou de l’agroalimentaire. Du standardiste au médecin-conseil, c’est sur leur capacité à minimiser les coûts (en décourageant d’emblée les clients les plus fragiles, en refusant à leurs assurés des soins pourtant vitaux, en cassant des contrats au moindre prétexte) qu’elles jugent et récompensent leurs employés. Michael Moore dénonce également l'hypocrisie des politiciens, conservateurs (réjouissante tartufferie du "conservatisme compassionnel") ou démocrates (Hillary Clinton n’est pas épargnée), qui ont toujours cédé aux arguments sonnants et trébuchants des lobbyistes.
La méthode du documentariste, elle, n’a pas changé d’un iota, et Sicko risque de s’attirer les mêmes louanges et les mêmes critiques que ses œuvres précédentes : à l’actif, un courage certain (l'escapade à Cuba lui vaut des poursuites de l'Etat américain), une verve satirique dévastatrice, une invention constante dans les procédés (musique, extraits d’archive, incrustations, le film fait flèche de tout bois) ; au passif, le chantage permanent à l’émotion, le côté "qui trop embrasse mal étreint", et surtout les flagrantes simplifications que le film fait subir à la réalité.
Ainsi, aux deux tiers du film, la présentation idyllique du système français de sécurité sociale laissera le spectateur plutôt rêveur : nous y apprenons ainsi qu’aux urgences on n’attend jamais plus d’un quart d’heure, que les soins de santé sont intégralement remboursés par l’Etat, et que les crèches couvrent tout le territoire. Mais le pire est atteint dans l’épisode cubain, qui épouse avec un certain cynisme la propagande castriste.
De film en film, la question-Moore reste donc posée : la fin justifie-t-elle les moyens ? Peut-on redresser d'énormes mensonges à coup de demi-vérités ? Pour y répondre, il ne faut pas oublier que c’est encore et toujours au public américain que Michael Moore s’adresse : en multipliant les exemples étrangers, chez les vassaux méprisés (Canada, Grande-Bretagne), ou les prétendus "ennemis" (Cuba et dans une moindre mesure la France), c’est la fierté américaine qu’il veut ravaler, c’est une violente prise de conscience qu’il cherche à provoquer. Il s'en expliquait d'ailleurs lors de la conférence de presse : "Je sais qu’il est difficile de m’entendre dire des choses aussi roses et agréables sur le Canada, mais quoi qu’il en soit, je pense que si nous avions un système comme le vôtre aux Etats-Unis, nous nous en sortirions mieux. S’il y a des défauts à corriger dans le système canadien, ce n’est pas à moi de le faire, c’est à vous de le faire. En voyageant à travers le monde et en observant les systèmes en France, au Royaume-Uni, à Cuba, mon idée était d’aller voir ailleurs ce qui fonctionne bien, de rassembler toutes ces données pour aboutir à un système cohérent applicable aux Etats-Unis."
Du point de vue de l’enseignant, le film est donc encore une fois à prendre avec des pincettes, même s’il permettrait d’approcher en classe de Géographie les faiblesses du géant américain, et peut être étudié avec profit en classe de Sciences Médicales et Sociales. Il a en tout cas le mérite d’exposer très pédagogiquement les principes fondateurs des systèmes de santé anglais et français, tous deux hérités de la Seconde Guerre Mondiale (en France ces principes sont exposés en mars 1944 dans la charte du Conseil National de la Résistance, voir cet historique de la Sécurité Sociale) : chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.
Le rappel peut s’avérer utile, notamment en classe d’ECJS, pour des élèves qui n’ont jamais entendu parler que du "troudelasécu". Pour un public français, ce n’est d’ailleurs pas le moindre étrangeté de ce film que de se présenter sur les écrans cannois à l’heure où la France a majoritairement exprimé dans les urnes son "exaspération" face aux modalités de la solidarité nationale, et signifié le choix d’une société plus individualiste.

Sicko de Michael Moore, Sélection Officielle Hors compétition

Posté par zama le 21.05.07 à 14:09 - 3 commentaires

"Au cœur du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie…
une femme se bat pour obtenir l’arrestation des derniers criminels de guerre encore en fuite…
"
Ce pourrait être l’accroche d’un film d’espionnage hollywoodien (au hasard avec Nicole Kidman ?), mais c’est en fait celle d’un documentaire de Marcel Schüpbach, La liste de Carla. Le cinéaste a suivi Carla del Ponte, procureure du TPIY depuis août 1999 et pour quelques mois encore, dans sa traque des Ratko Mladic, Radovan Kazadzic ou Ante Gotovina.
Des méchants bien affreux, une héroïne courageuse, l’hypocrisie des puissants, l’affiche était alléchante… Le problème est que sous cet emballage la moisson du documentariste apparaît assez maigre : discussions de couloir, déplacements de l’équipe du TPIY, conférences de presse, entretiens (très contrôlés), les moments assemblés-là ne sont pas les plus palpitants qu’il nous ait été donné de voir au cinéma, et leur dramatisation paraît souvent assez artificielle.
Toute l’ambiguïté du film est là : si Carla del Ponte a autorisé le tournage, c’est bien qu’elle pressentait que ce film serait une arme de plus pour légitimer le TPIY et faire pression sur les régimes récalcitrants pour livrer leurs ressortissants. Mais elle prend bien garde de ne pas laisser filtrer des propos ou des images qui en bousculant le "diplomatiquement correct" pourraient mettre à mal ses missions. On a ainsi l’impression frustrante que l’essentiel nous échappe…
Ce documentaire a tout de même l’intérêt de lever un coin de voile sur le travail du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, et d’expliquer les principes qui ont présidé à sa création. En cela, il croise en de nombreux points les programme d’Histoire, de Géographie et d’ECJS de Terminale. Pour en savoir plus, on pourra se documenter à la fois sur le site du film, sur celui du TPIY, et sur cet excellent dossier de la Documentation Française.

[La liste de Carla de Marcel Schüpbach. 2007. Durée : 1 h 35. Distribution : Pierre Grise. Sortie le 9 mai 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 11.05.07 à 16:31 - 3 commentaires

We Feed the world. "Nous nourrissons le monde". Comme tous les slogans, celui-ci (emprunté à la firme Pioneer, leader mondial des semences) cache sous une proclamation généreuse une réalité moins reluisante : celle d’une agriculture transformée en industrie, d’un "agrobusiness" capitalistique et mondialisé, qui a moins pour but de remplir les estomacs que de vider les portefeuilles, et dont le vrai slogan pourrait être : "Ça ne se mange pas, ça se vend…"
Des décharges de Vienne (où l’on jette chaque jour assez de pain pour nourrir la deuxième ville d’Autriche, Graz), aux vastes étendues du Mato Grosso (où les paysans meurent de faim à côté des champs de soja, destinés à nourrir le cheptel européen), de la plaine d’Almeria (où les tomates poussent dans de la laine de verre, irriguées au goutte à goutte et dopées aux nutriments), aux campagnes roumaines (où le gouvernement subventionne l’achat de semences transgéniques… mais la première année seulement), We Feed the World, le marché de la faim d'Erwin Wagenhofer nous confronte aux conséquences, économiques, sociales, environnementales de nos modes de consommation.
Car au-delà de la baisse de la qualité des aliments et de la perte du goût (qui n’est pas un critère reconnu pour le marché, comme nous le rappelle un des intervenants), au-delà des irrémédiables dégâts paysagers et environnementaux (déforestation de l’Amazonie, gaz à effet de serre), comment justifier qu’on laisse mourir de faim une partie de l’humanité alors que l’agriculture mondiale a largement les moyens de nourrir la planète ? Comment arrêter les flux migratoires quand on organise la ruine des paysans du Sud pour écouler les produits du Nord ?
Tout l’efficacité de We Feed the world (le marché de la faim) réside dans cette manière de juxtaposer, sans commentaire, des réalités que l’on imaginait fort éloignés, et de mettre ainsi au jour les chaînes de causalité qui les relient. C’est l’art du montage, que le réalisateur utilise avec pédagogie, et parfois ironie : ainsi quand Peter Brabeck-Lemathe, PDG du premier groupe mondial d’agroalimentaire, Nestlé, s’extasie devant les images d’une usine entièrement automatisée, après s’être vanté de faire travailler des centaines de milliers de personnes de part le monde.
Ces qualités font de We Feed the World (le Marché de la Faim) un film très pédagogique, et c’est pourquoi nous lui avons consacré un mini-site pédagogique et deux dossiers, en Géographie-ECJS ("Agriculture, alimentation et mondialisation") et Sciences Economiques et Sociales ("Mondialisation agroalimentaire, politiques régionales et stratégies des multinationales"). On renverra également à l’interview inédite d’Erwin Wagenhofer sur Vousnousils.fr, et l’article de Gilles Fumey pour les Cafés Géos, ainsi qu'au site du film qui propose dans sa rubrique "Associations" de nombreuses ressources sur les thématiques du film. Rappelons enfin que le film fait l'objet de nombreuses soirées-débats, avec le réalisateur ou des intervenants extérieurs au film, universitaires ou associatifs.

[We Feed the World d'Erwin Wagenhofer. 2005. Distribution : Zootrope Films. Sortie le 25 avril 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 25.04.07 à 12:52 - 15 commentaires

"Pourquoi les tomates font 3000 kilomètres à travers l’Europe ; pourquoi les Africains émigrent vers les pays du Nord ; et comment nos légumes se retrouvent à être vendus sur les marchés africains."
Voici le genre de questions pour le moins dérangeantes que pose, et auquel s’efforce de répondre, We Feed the World (le marché de la faim), le documentaire d’Erwin Wagenhofer (au cinéma le 25 avril). En voyageant aux quatre coins du monde (des décharges de Vienne —où l’on jette chaque année assez de pain pour nourrir la seconde ville du pays— aux plaines du Mato Grosso —où les paysans meurent de faim à côté des champs d’exportation—, en passant par les serres d'Almeria où l’on cultive la plupart des tomates qui inondent à longueur d'années le marché européen) ; en interrogeant différents acteurs de la filière agroalimentaire, We Feed the world nous confronte aux conséquences économiques, humaines et environnementales de nos modes de consommation.
S'inscrivant dans la lignée des nombreux films récents critiquant l'industrialisation et mondialisation de l'agroalimentaire (Gilles Fumey pour les Cafés Géos cite Le cauchemar de Darwin bien sûr, mais aussi Supersize me, Fast food nation et le récent Notre pain quotidien : "De film en film et dans Le marché de la faim particulièrement, on mesure la puissance financière de ces groupes industriels qui ont bâti leur fortune sur l’obligation qu’a l’être humain de se nourrir plusieurs fois par jour") se distingue par son souci d'analyse et de pédagogique.
Notre site pédagogique We Feed the World propose deux dossiers d'accompagnement autour du film, en Géographie-ECJS ("Agriculture, alimentation et mondialisation") et en Sciences Economiques et Sociales ("Mondialisation agroalimentaire, politiques régionales et stratégies des multinationales"). Ils recensent également les nombreux événements (avant-premières en présence du réalisateur, débats associatifs) organisés autour de ce film qui appelle à la réflexion et à la discussion…

Posté dans L'agenda par zama le 17.04.07 à 11:16 - 15 commentaires

Idi Amin Dada, Nelson Mandela : en matière de dirigeants politiques, l’Afrique aura connu le pire et le meilleur. Le premier avait fourni un sujet spectaculaire au Le Dernier roi d'Ecosse et l'occasion d'une composition oscarisée à Forrest Whitaker. Le second place les cinéastes devant une autre gageure : mettre un scène une véritable icône, au risque de tomber dans l’hagiographie ; raconter la vie d’un homme qui l’a passé pour l’essentiel en prison ; incarner un personnage encore vivant et dont le visage, après avoir été un mystère pendant ses années de détention, est devenu familier du monde entier.
Bille August, cinéaste deux fois palmé à Cannes (Pelle le conquérant, Les Meilleures intentions) mais mal-aimé de la critique (qui lui reproche son académisme) a résolu cette gageure grâce aux mémoires de James Gregory, le geôlier de Nelson Mandela. Choisi par les services secrets sud-africains pour sa connaissance du xhosa, celui-ci a suivi le leader de l’ANC, de près ou de loin, pendant la majorité de sa détention. Il est le vrai héros de Goodbye Bafana. Avec sa femme et de ses enfants, il incarne parfaitement l’état d’esprit de la minorité blanche au long des trente années que parcourt le film : d’une justification aveugle de la logique d’apartheid dans les années 60 et 70 (le film montre le poids de la religion, l’isolement) à la prise de conscience dans les années 80 (lassitude par rapport au terrorisme, à l’opprobre et à l’isolement internationaux) ; à quoi s’ajoute dans le cas de Gregory un respect et une fascination grandissants pour l’opposant emprisonné.
La relation entre les deux hommes pourra paraître un peu angéligue (notamment au détour d’une scène de combat au bâton trop belle et symbolique pour être vraie) et le film parfois édulcoré. Mais en se concentrant sur des sud-africains ordinaires, le film livre une vision sans doute plus humaine et plus juste de l'apartheid que les (nombreux) films qui l'ont précédé (qui mettaient généralement en scène la résistance des opposants au régime), et permet de poser la question de la responsabilité individuelle. C'est tout l'intérêt pédagogique de ce film, qu'on pourra utiliser en Histoire-ECJS (et en Education civique au collège) ainsi qu'en Anglais. On se reportera à notre site pédagogique qui propose des dossiers d'accompagnement dans ces deux disciplines, ainsi qu'au Cinéclasse paru dans Le Monde de l'Education de ce mois-ci.

[Goodbye Bafana de Bille August. 2007. Durée : 1 h 58. Distribution : Paramount Pictures. Sortie le 11 avril]

Posté dans Dans les salles par zama le 13.04.07 à 13:01 - 10 commentaires

Quels personnages de la seconde moitié du vingtième siècle l'histoire retiendra-t-elle ? A coup sûr, Nelson Mandela fera partie de ceux-là. Et c'est là le premier mérite du film de Bille August, Goodbye Bafana (au cinéma le 11 avril) : donner chair et humanité au leader de la lutte anti-apartheid, sans tomber (comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cinéclasse consacré au film) dans l'hagiographie. L'autre atout du film est la peinture à la fois subtile et fort pédagogique du régime d'apartheid, des facteurs qui ont favorisé sa pérennité (l'assentiment d'une population psychologiquement conditionnée et le soutien —au moins tacite— des pays occidentaux dans le contexte de la Guerre Froide) aux raisons, internes et externes, qui ont précipité sa chute.
Le film permettra ainsi une réflexion avec les élèves à différents niveaux, au Collège en Education Civique (la notion d'égalité en 5ème, les droits et libertés en 4ème), au Lycée en ECJS (Citoyenneté et intégration) et en Histoire (en Terminale au détour des chapitres sur "Le Tiers Monde", "La Guerre Froide" et "A la recherche d'un nouvel ordre mondial").
Mais c'est sans doute en classe d'Anglais qu'il permettra l'utilisation la plus riche : partant d'une étude civilisationnelle de ce grand pays de la sphère anglophone qu'est l’Afrique du Sud (qui peut mener à une réflexion sur la question de la mémoire collective et de la réconciliation dans la "new South Africa"), l'enseignant pourra introduire différents éléments linguistiques en s'appuyant sur les dialogues du film (les modalités, la voix passive, le comparatif) puis éventuellement passer à l'analyse d’une autre œuvre, cinématographique ou littéraire.
C'est ce que proposent les deux dossiers pédagogiques (en Histoire et en Anglais) mis en ligne sur le site pédagogique Goodbye Bafana, en attendant la sortie du film le 11 avril.

Posté dans L'agenda par zama le 06.04.07 à 18:38 - Réagir

Si de nombreux films ont traité de l'apartheid et de ses suites, aucun n'avait jusqu'ici osé aborder frontalement la personnalité de Nelson Mandela. Il faut dire qu'il n'est pas évident de faire un film sur quelqu'un qui a passé vingt-sept ans en prison, et d'incarner l'une des rares icônes politiques de la fin du XXème siècle.
"Une icône", c'est le titre de l'éditorial de Christian Bonrepaux dans le supplément Cinéclasse que Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) consacre au film Goodbye Bafana de Bille August (au cinéma le 11 avril). Il souligne que Goodbye Bafana "échappe au piège de l'admiration béate en déroulant les fils du récit à travers le regard de James Gregory, son gardien pendant toutes les années de détention. La confrontation quotidienne d'un homme hors du commun et celle d'un Afrikaner ordinaire, convaincu de la suprématie de la race blanche, permet de mettre en évidence les mécanismes du discours raciste et leurs violences."
Comme chaque mois, les rubriques "Education à l'image" et "De la salle à la classe" replacent l'étude du film dans les programmes et les pratiques des enseignants. Ceux-ci pourront s'appuyer également sur le substantiel entretien avec l'historien François-Xavier Fauvelle-Marty, spécialiste de l'histoire de l'Afrique du Sud. il analyse le personnage de Mandela, à la fois symbole (le "plus vieux prisonnier politique du monde") et stratège, il décrit les difficultés de la transition démocratique (qui a fait tout de même entre 20 000 et 30 000 morts dans les années 1990) et la persistance encore aujourd'hui d'une forme d'apartheid économique ; il revient sur les racines du système racial, hérité des guerres entre colons néerlandais et britanniques : "En ce sens, la situation au sud de l'Afrique évoque celle des Etats-Unis après la guerre de Sécession. Dans les deux pays, en effet, les Noirs ont fait les frais d'une volonté de réconciliation entre deux communautés blanches."

[Le Monde de l'Education n° 358. Avril 2007. Supplément Cinéclasse]
[Voir également notre site pédagogique]

Posté par Zéro de conduite le 30.03.07 à 16:32 - Réagir

Le 13 septembre 2002, trois skinheads, sortis dans les rues de Reims avec l'intention de "casser du pédé", s'en prennent au jeune François Chenu. Leur opposant une résistance courageuse, il n'en sortira pas vivant.
Ce fait divers hélas pas isolé (on n'ose tout de même pas dire "banal") et bien relayé par la presse à l'époque, est moins le sujet du documentaire d'Olivier Meyrou que son point de départ. Prenant comme pivot dramatique et chronologique le procès aux assises des trois meurtriers, Au-delà de la haine montre le parcours d'une famille (le père, la mère [voir photo], la sœur et les frères de François Chenu) qui dépasse ses sentiments premiers de douleur et de haine pour s'engager dans un combat en faveur de la tolérance et du respect de l'autre, allant jusqu'à tendre la main aux agresseurs d'hier.
Soutenu par de nombreuses associations de lutte contre l'homophobie et en faveur des droits de l'homme, Au-delà de la haine aborde son sujet avec une rigueur (longs plans fixes, silences) et une pudeur (plans décadrés) qui confinent parfois à l'austérité, mais qui font son originalité et sa cohérence.
Ce film a fait l'objet d'un remarquable travail d'accompagnement pédagogique de la part de Jean-Pierre Meyniac (webmestre des Clionautes) et Sylviane Costerj, qui permet d'utiliser le film au collège (troisième) et au lycée (seconde) dans le cadre des programmes d'ECJS. Prenant la peine de rappeler en préambule le cadre des programmes et instructions officielles, les deux enseignants proposent un éventail fouillé d'activités pour les élèves (avec corrigé pour le prof), permettant d'aborder "les thématiques de tolérance/intolérance, respect/rejet que celles tournant autour de la justice" (le dossier est téléchargeable ici). Cela rend le film d'autant plus précieux pour traiter d'un sujet, l'homophobie, sur lequel peu de supports existent, et que les enseignants ont parfois réticence à aborder. Le dossier se clôt d'ailleurs par un utile recensement des ressources bibliographiques et webographiques.

[Au delà de la haine d'Olivier Meyrou. 2005. Durée : 1h25 mn. Distribution : Eurozoom. Sortie le 14 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 13.03.07 à 13:20 - 1 commentaire

Par les temps qui courent, difficile d'en vouloir à Michou d'Auber, son scénario "tiré d'une histoire vraie", son slogan très United colors ("D'ici ou d'ailleurs, on est tous égaux"), ses interprètes petits (le jeune Samy Seghir) ou grands (le couple Baye-Depardieu), et son message de tolérance. Lointainement inspiré du Vieil homme et l'enfant de Claude Berri, Michou d'Auber raconte, dans le contexte des "événements" d'Algérie, la confrontation entre un enfant maghrébin de la banlieue parisienne et le milieu où il est placé : un petit village de la France profonde, et le foyer d'un vieux postier bourru (Gérard Depardieu reprend "l'emploi" de Michel Simon), ancien militaire d'Indochine. Pour arrondir les angles, Gisèle transformera Messaoud en Michel, teinture blonde à l'appui. Gagnant peu à peu l'affection de ses parents d'accueil, Michou-Messaoud se construira non sans difficulté entre deux cultures, française et maghrébine, catholique et musulmane.
A partir d'éléments assez proches (un enfant algérien placé à la campagne pendant la Guerre d'Algérie), Mickaël Haneke avait imaginé avec Caché une fiction de la mauvaise conscience et du retour du refoulé. Pétri de tendresse et d'espoir, Michou d'Auber est à l'exact opposé, mêlant une certaine nostalgie pour la France rurale des Trente Glorieuses (le tableau noir et la dictée, les joies de la pêche, le Petit bal perdu de Bourvil) à une ode à la tolérance et au mélange des cultures. Le film pourra éventuellement servir au collège à un cours d'ECJS sur le racisme et la tolérance, voire à un rappel très light des événements de la Guerre d'Algérie. De par sa naïveté et certaines maladresses, il aura sans doute du mal à passionner les plus grands.

[Michou d'Auber de Thomas Gilou. 2006. Durée : 2 h 04 mn. Distribution : Europacorp. Sortie le 21 février 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 28.02.07 à 10:30 - 10 commentaires

Sorti le 8 mars 2006 à l'occasion de la Journée internationale de la femme, le film de Florence Ayisi et Kim Longinotto, documentaire tonique et émouvant sur le combat de deux femmes de loi camerounaises (une juge et une avocate, les sisters du titre) contre les violences familiales et conjugales, n'avait pas trouvé son public, dans un contexte médiatique et commercial fortement concurrentiel (deux autres films se revendiquaient à la même date du combat féministe). Espérons que sa récente édition en DVD permettra de réparer cette injustice, et que le film deviendra un classique des salles de classe.
Il le mérite car le charisme truculent de ses "héroïnes" ainsi que l'exemplarité des affaires présentées permettent d'intéresser les élèves à des thématiques fondamentales : la justice et le sens de la peine, la violence (notamment dans le cercle familial), l'émancipation des femmes, et ce dans un certain nombre de disciplines (Lettres, Philosophie, SES, ECJS, Sciences médico-sociales).
C'était en tout cas l'objectif du mini-site pédagogique que nous avions mis en ligne à l'occasion de la sortie de ce film, qui propose notamment des didactisations du film dans trois disciplines : ECJS (Les femmes et leurs droits : une reconnaissance fragile), Philosophie (La Justice et le féminin, où comment déposer la "domination masculine" et accéder à l'universel), Lettres (Qu'est-ce qu'un "documentaire engagé" ?)…
Et rappelons pour finir qu'un certain nombre d'associations de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants s'étaient associées à ce film pour mener un travail de sensibilisation dans les établissements scolaires, et qu'elles constituent un réseau irremplaçable d'intervenants et de personnes ressources pour les enseignants, notamment quand ils sont confrontés à des cas dramatiques comme ceux présentés dans le film.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 09.02.07 à 16:27 - 2 commentaires

C'est la première bonne nouvelle de l'année cinématographique : Persepolis, la bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi, va être adaptée au cinéma. On sait bien peu de choses pour l'instant : l'adaptation devrait couvrir les quatre volumes de la série, et se tiendra au noir et blanc (ouf !). En revanche et à en juger par les images déjà disponibles, le trait devrait gagner en finesse et les tableaux en richesse (les fonds noirs ou blancs de la bande dessinée seront remplacés par de vrais décors) ; au risque d'y perdre en force expressive ?
Le film devrait en tout cas être très attendu par les enseignants, pour les possibilités d'exploitation pédagogique qu'il offre : à la fois sur la forme (confronter les deux formes de narration, image fixe et image animée) et sur le fond (l'autobiographie en Français, voir par ex. cette didactisation, l'Iran en Histoire et en Géographie, de nombreuses thématiques en ECJS)…
A suivre bientôt (le film devrait sortir avant l'été) sur le blog de Marjane Satrapi encore dans les limbes (seulement deux posts pour l'instant !) mais que l'on scrutera avec attention. En attendant, on écoutera ce dossier Marjane Satrapi mis en sons et en ligne par la toujours passionnante arte-radio

 
Posté dans L'agenda par comtessa le 07.01.07 à 12:34 - 3 commentaires
Le film anti-mondialisation (ou sur la mondialisation) est devenu un genre à part entière et on ne compte plus les documentaires ou les fictions qui, comme Bamako d’Abderrahmane Sissako, épinglent l’OMC, le FMI ou la Banque Mondiale.
Tout l’intérêt et la force de Ma mondialisation viennent de la modestie (au moins apparente) de ce qui est à la fois son sujet et son décor : la vallée de l’Arve en Haute-Savoie où 500 entreprises et 12 000 salariés travaillent pour fournir en pièces de mécanique de précision (industrie que l'on appelle le "décolletage") les géants de l’automobile, de l’aérospatiale ou du secteur médical.
C’est en suivant le chef d’entreprise Yves Bontaz dans ses usines savoyardes, tchèques ou chinoises (l’horloge du siège — cf photo — affiche les heures de Londres, Sao Paulo, Shanghai, Détroit… et Marnaz), en rencontrant ses employés (directeur, ouvrier, responsable syndical) et ses pairs entrepreneurs que le réalisateur Gilles Perret va dévoiler méthodiquement les mécanismes implacables de la mondialisation économique et financière. Du local au global, la démonstration, appuyée sur les commentaires de l’économiste Frédéric Lordon (auteur de Et la vertu sauvera le monde et Fonds de pension, pièges à con ?) est d’une grande efficacité pédagogique.
Surtout elle a le mérite de sortir des clichés sur les "régions sinistrées" ou les "industries en crise" (sidérurgie, textile…), et de remettre en cause les slogans rebattus sur la compétitivité et la nécessaire innovation technologique. Le paradoxe est que la vallée de l’Arve est un fleuron de l’industrie française, et l'incarnation même du modèle économique (innovation permanente, ouverture vers l’international) tant vanté par les gazettes. Or c’est bien le dynamisme et la rentabilité de ces entreprises qui ont attiré l’appétit prédateur des fonds de pension (dont le souci de rentabilité rapide et maximale menace la logique industrielle de la vallée), c’est leur compétitivité et leur ouverture internationale qui les obligent à prendre le train fou des délocalisations, parfois contre toute logique : on comprend ainsi avec effarement que le choix de la Chine tient parfois plus de l’effet de mode ou de l’idéologie que de la rationalité économique, puisque les donneurs d’ordre (clients, actionnaires) l’exigent même à coût égal voire supérieur !
On ne saurait ainsi trop conseiller le film pour l’étude fine et pertinente de la mondialisation au lycée, en SES et en Géographie, voire en ECJS : en s’attachant aux hommes et à leurs dilemmes le film pose aussi la question de la responsabilité individuelle et citoyenne face à cette mondialisation. Ainsi quand le "héros" Yves Bontaz déclare dans un élan humaniste que pour lui "français, tchèques, chinois, c’est la même chose, ce sont des hommes", il omet de préciser que ces "hommes" sont très très loin de lui coûter la même chose.
Il y a une dernière raison pour recommander ce film : c’est qu’en plongeant dans le présent d’une région et d’une industrie françaises il éclaire une réalité que l’on semble redécouvrir à chaque élection. A la lumière du film on pourra ainsi analyser les votes lors de la dernière élection présidentielle ou du référendum sur la constitution européenne (voir ce dossier du Café pédagogique)

NB : Le film est diffusé à la fois en salles en en DVD. Chaque support a ses avantages : la sortie salles est accompagnée de nombreux débats avec des intervenants. Le DVD offre lui en bonus un longue et pédagogique interview de Frédéric Lordon, utile vademecum sur les thématiques du film.

[Ma mondialisation de Gilles Perret. 2005. Durée : 1 h 26. Distribution : Les Films du Paradoxe. Sortie le 15 novembre 2006]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 23.11.06 à 18:40 - 11 commentaires
Il faudra un jour faire un sort au cliché qui voudrait que, contrairement à l'Amérique avec le Vietnam, la France n'a pas su et ne sait pas filmer "sa" guerre coloniale, la guerre d'Algérie. Une filmographie riche et variée existe déjà, et chaque année des réalisateurs puisent une inspiration nouvelle dans les "événements" algériens. En janvier dernier La Trahison de Philippe Faucon offrait un témoignage de premier ordre sur la vie quotidienne d'un poste isolé et sur la réalité oubliée des "appelés musulmans", et permettait (avec le soutien de la Fédération Nationale des Anciens Combattants d'Algérie) de nombreuses rencontres entre des classes de lycée et de collège et des témoins vivants de la Guerre d'Algérie (voir notre site pédagogique).
On annonce pour l'automne prochain la sortie de L'Ennemi intime, qui verra associés à la rigueur historique et scénaristique de Patrick Rotman, les talents visuels et pyrotechniques de Florient Siri, et la notoriété de vedettes comme Benoît Magimel et Albert Dupontel.
Aujourd'hui, enfin, sort Mon colonel, premier film de Laurent Herbiet, qui s'est appuyé sur un roman "noir" de Francis Zamponi (publié chez Actes Sud) et sur le scénario qu'en ont tiré Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg, pour livrer une solide et brillante réflexion sur la torture.
Le film s’ouvre sur l’assassinat du colonel en retraite Raoul Duplan (Olivier Gourmet), suite à des propos fracassants tenus lors d’un débat télévisé. Les enquêteurs reçoivent alors par courrier anonyme et par liasses successives des copies du journal tenu en 1957 par Guy Rossi (Sagamore Stevenin), jeune sous-lieutenant bombardé aide de camp du colonel. Rossi raconte par le menu le quotidien de la "pacification" dans une petite ville du Constantinois, et l’engrenage insensible vers l’injustifiable… Injustifiable qu’il est justement là pour justifier : au jeune licencié en droit le colonel demande d’interpréter les "pouvoirs spéciaux" votés par les députés (y compris les communistes) en mars 1956, et de définir au fur et à mesure un cadre légal à ses actions (usage de la torture, exécutions sommaires…) :
"— Alors dîtes-moi ce que les pouvoirs spéciaux nous autorisent.
Pratiquement tout ! S’il s’agit de rétablir l’ordre, aucune mesure n’est a priori exclue même si elle semble contraire aux grands principes du droit.
Cela signifie, messieurs, que sans oser le dire les politiques nous laissent faire. Eh bien nous allons faire ! Tout se passera dans les règles !"
La grande réussite du film est dans ce personnage du Colonel Duplan : Olivier Gourmet compose un mélange fascinant d’Aussaresses, de Bigeard, d’Argoud (fondateur de l’OAS) et de Gardes (spécialiste de "l’action psychologique"). Loin des clichés rassurants de la brute en treillis ou du tortionnaire sadique, c’est un officier modèle et un véritable intellectuel, qui met son action, énergique, et son verbe, brillant, au service de la raison d’Etat.
Aux facilités de la psychologie les scénaristes préfèrent donc une véritable réflexion sur l’articulation entre la décision politique et l’action militaire, et plus largement sur la pratique de la guerre en démocratie, qui illustre parfaitement les récents travaux de l'historienne Raphaëlle Branche (cf cet extrait d’une interview) :
"L’armée est à la fois une structure d’ordre et une structure humaine composée d’individus aux réactions variables. Ainsi, pour qu’elle puisse fonctionner, une pratique comme la torture doit notamment être validée à chaque échelon du commandement. À l’inverse, l’interdiction de torturer doit suivre le même chemin. Il ne suffit pas de l’interdire en haut pour qu’elle ne soit pas pratiquée en bas : il faut que chaque échelon valide l’ordre, il faut que chaque circulaire descende jusqu’en bas."
Le prétexte de l'enquête et les allers et retours constants entre passé (en noir et blanc) et présent (en couleurs), loin d'alourdir la narration, permettent de poser sur ces faits un regard contemporain, et de tracer une continuité historique entre hier et aujourd'hui : ainsi de l'ombre obsédante de François Mitterrand, ministre d'Etat du gouvernement Mollet en 1957, et président de la République trente ans plus tard…
Malgré des scènes frisant l'insoutenable, on ne saurait trop recommander ce film riche et subtil aux élèves de Terminale, pour un travail en Histoire sur différents aspects de la Guerre d'Algérie, mais aussi en ECJS sur la responsabilité individuelle et les différences entre légalité et morale.

+ Sur la question de la torture en Algérie, voir également ce dossier très complet réalisé par le CNDP à propos du film La Question de Laurent Heynemann.

[Mon colonel de Laurent Herbiet. 2006. Durée : 1 h 51. Distribution : Pathé. Sortie le 15 novembre 2006]
Posté dans Dans les salles par zama le 15.11.06 à 12:18 - 8 commentaires
Les ONG et les associations de défense des droits de l'homme ont depuis longtemps bien compris la force émotionnelle et l'exposition médiatique que les œuvres cinématographiques pouvaient apporter aux causes qu'elles défendent. Depuis quelques années leurs logos (Amnesty International, Reporters Sans Frontières, FIDH) fleurissent ainsi sur les affiches de cinéma.
Poussant cette logique jusqu'au bout, la Fédération Internationale des Droits de l'Homme a décidé de parrainer la commercialisation d'un coffret DVD intitulé Gardons les yeux ouverts, dont les bénéfices, grâce au soutien des éditeurs et de la FNAC, lui seront intégralement reversés. Ce coffret réunit cinq films "engagés au profit des droits de l'homme", thématique assez large qui lui permet d'associer une dramatique en costumes (La controverse de Valladolid auquel nous avons consacré notre séquence pédagogique), une fable sur la guerre dans les Balkans (No man's land de Danis Tanovic, voir plusieurs articles sur Cinéhig), deux documentaires sur la mondialisation (Mémoires d'un saccage de Fernando Solanas et le Cauchemar de Darwin) et le travail de mémoire de Rithy Panh sur le génocide khmer (S21, la machine de mort khmère rouge).
"Ces films et documentaires rejoignent en effet notre combat, ils sont autant de preuves accablantes de l'absurdité de la guerre et du fanatisme, dénoncent à leur manière les injustices de notre ordre économique mondial, ou encore témoignent de la nécessité pour un peuple à se pencher sur le passé." (Sidiki Kaba, président de la FIDH)

[Photo : S 21, la machine de mort khmère rouge]
Posté par zama le 13.11.06 à 17:57 - 5 commentaires
Paris, 1970. La vie simple et confortable d'Anna, 9 ans, va être bouleversée par le nouvel engagement politique de ses parents.
Après les "grands sujets" d'Indigènes et de Bamako, le troisième numéro de Cinéclasse, le supplément cinéma du Monde de l'Education (édité en partenariat avec Zéro de conduite.net), peut sembler s'offrir un peu de détente avec La faute à Fidel de Julie Gavras (sortie le 29 novembre). Mais tout l'intérêt de ce film est justement de poser avec légéreté et humour des questions graves, sur l'engagement, l'éducation et la transmission des valeurs.
"Pourquoi s'engager ? Pour quelles cause ? A des milliers de kilomètres de chez soi ou sur le trottoir d'en face ? Quelles sont les conséquences pour les proches ?" s'interroge ainsi Christian Bonrepaux dans l'éditorial de Cinéclasse. Pour répondre à ces questions il a interviewé Hervé Hamon (co-auteur avec Patrick Rotman de Génération, le livre de référence sur les militants des années 1960-1970), qui nous aide à nous replonger dans le contexte de l'époque, et à retracer une "histoire de l'engagement" jusqu'à nos jours.
Il convoque également des enseignants (rubrique "De la salle à la classe") et le pédopsychiatre Claude Allard, qui s'intéresse lui à la "pédagogie passive" telle qu'elle est montrée à l'œuvre dans le film (rubrique "Education à l'image").
La faute à Fidel trouvera également toute sa place sur Zerodeconduite.net, puisque la réalisatrice Julie Gavras, dont c'est le premier film de fiction (elle a déjà réalisé un passionnant documentaire sur… l'éducation à l'image, Le corsaire, le magicien, le voleur et les enfants), sera tout au long du mois de novembre l'invitée de notre blog.
Posté dans L'agenda par zama le 30.10.06 à 16:54 - 5 commentaires
Nous avons pu déjà pu dire ici (au moment du Festival de Cannes) tout le bien que nous pensions d'Azur et Asmar, la nouvelle réalisation de Michel Ocelot, le père du célébrissime Kirikou : la splendeur inouïe de ses décors et de son animation, mise au service d'un récit qui puise avec intelligence dans un fonds mythologique et légendaire transméditerranéen, et qui prêche sans mièvrerie pour des valeurs comme l'ouverture et la tolérance.
Le film sort opportunément à la veille des vacances de la Toussaint, ce qui devrait en faire (avec U de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde) la sortie familiale idéale, à même de ravir les enfants sans ennuyer leurs parents. Les enseignants devront eux attendre un peu, et pourront réfléchir à loisir à un travail pédagogique grâce aux quelques ressources proposées.
En partenariat avec l'éditeur Nathan (voir ce numéro spécial du Journal des Instituteurs, qui recense également les nombreuses parutions associées au film) le site officiel du film propose dans son Espace Enseignants des pistes pédagogiques à destination du primaire, adaptées aux différents cycles et enseignements.
Mais le film (à la différence sans doute de U) peut très bien donner lieu à une lecture un peu plus élaborée au Collège, en cinquième et en sixième, et dans plusieurs disciplines dont on pourra croiser les approches : en Arts Plastiques on pourra s'intéresser au travail de l'animation et aux nombreuses sources iconographiques du film (les arts décoratifs arabo-andalous, les enluminures du Moyen-Âge, les tableaux du Douanier Rousseau), en Histoire à l'étude du monde musulman, en ECJS au message sur le racisme et la tolérance, et bien sûr en Français sur le conte, à la fois à travers l'étude des schémas narratifs et actantiels, et la réécriture des textes fondateurs (La Bible, Les mille et une nuits).
Certains de ces aspects sont développés, sous la plume d'Anne Henriot, dans le dossier Cinédoc proposé par le CNDP : 
Une intrigue élaborée / Un merveilleux teinté d'humour / L'aventure de l'altérité / L'art du raffinement.

[Azur et Asmar de Michel Ocelot. 2004. Durée : 1 h 39. Distribution : Diaphana. Sortie le 25 octobre 2006]
Posté dans Dans les salles par zama le 25.10.06 à 20:56 - 3 commentaires
Représenter l'Afrique : c'est la gageure que s'est assigné Abderrahmane Sissako avec Bamako. Représenter cinématographiquement (ce qu'il ne pouvait prévoir) tout d'abord, puisqu'il était cette année le seul film africain présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes, et qu'il est un des rares à bénéficier d'une sortie et d'une exposition médiatique décentes. Représenter politiquement ensuite, puisqu'il s'agit rien moins que de donner voix à la colère et au désespoir d'un continent : "Parce que je suis cinéaste, je dois faire un film qui soit la voix de millions de gens : donner la parole à ceux qui ont besoin de crier une forme d'injustice." déclarait ainsi le réalisateur en conférence de presse.
Il le fait avec bonheur en renouvelant l'approche du film anti-mondialisation : il ne s'agit pas ici d'une nouvelle enquête implacable sur les mécanismes pervers qui étranglent l'Afrique, ou d'un nouveau témoignage-choc sur la misère dans laquelle le contient se débat (voir les précédents Djourou ou Cauchemar de Darwin) ; mais plutôt d'une (re)prise de parole inédite et du fantasme d'une justice enfin rendue : celle, patiente et méthodique, d'un procès où Banque Mondiale et FMI devraient enfin rendre compte de leurs politiques devant ceux qui les ont subies ; celle, plus violente et expéditive, de Death in Timbuktu, grinçante parodie de western qui voit un justicier solitaire (incarné par Danny Glover) abattre les brutaux séides de ces organisations internationales.
Précisons d'emblée que sa longueur (près de deux heures) et son caractère parfois aride ne font pas de Bamako un objet d'étude aisé… Le jeu en vaut cependant la chandelle tant les thématiques du film l'inscrivent au cœur des programmes  du secondaire, et tant Abderrahmane Sissako leur donne une traduction cinématographique originale.
C'est pourquoi Zéro de conduite.net a consacré un site pédagogique à Bamako, et demandé à trois enseignants une didactisation du film : en ECJS et en SES (en Terminale) sur le thème de la mondialisation tout d'abord ; en Français ensuite sur les procédés mis au service des thèses du film, qu'on peut renvoyer à la tradition rhétorique : l'écriture de l'éloge et du blâme utilisée par les avocats dans leurs plaidoiries, et l'apologue, genre auquel s'apparente le "film dans le film".
On pourra compléter ces approches par le passionnant supplément Cinéclasse consacré au film par notre partenaire Le Monde de l'Education, notamment pour la longue interview de la géographe (et ex-responsable humanitaire) Sylvie Brunel ; et faire un tour sur le site du film qui présente de nombreuses infos sur le film et sa sortie, notamment concernant les débats qui seront animés dans toute la France par les associations partenaires du film, dont par exemple le Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde.

[Bamako d'Abderrahmane Sissako. 2006. Durée : 1 h 58 mn. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 18 octobre 2006]
Posté dans Dans les salles par zama le 18.10.06 à 00:17 - 5 commentaires
Le Monde de l'Education et Zerodeconduite.net sont heureux d'annoncer la parution du second numéro de Cinéclasse, consacré à Bamako d'Aberrahmane Sissako, dans les salles à partir du 18 octobre (voir notre article sur le film lors du Festival de Cannes). Cinéclasse est un supplément de huit pages réalisé par Le Monde de l'Education, en partenariat avec Zerodeconduite.net, et broché à l'intérieur du mensuel de référence du monde éducatif.
Au menu, un décryptage cinématographique du film, entre documentaire et fiction (rubrique "Education à l'image"), une confrontation avec les programmes du secondaire ("De la salle à la classe") notamment de SES et de Géographie, quelques repères chiffrées et ressources complémentaires.
Mais le plat de résistance est constitué par un copieux entretien avec la géographie Sylvie Brunel, qui connaît bien son sujet puisqu'avant d'enseigner la géographie du développement (Montpellier-III, IEP Paris), elle a exercé dix-sept ans dans l'action humanitaire (à Médecins sans frontières puis Action Contre la Faim).
Ce dossier sera bientôt (à partir du 9 octobre) complété par un mini-site pédagogique Bamako sur Zéro de conduite.net présentant des didactisations du film en Français (la rhétorique de l'argumentation, l'apologue), en SES, Géographie et ECJS (sur le thème de la mondialisation).
Posté dans L'agenda par zama le 06.10.06 à 20:30 - 2 commentaires
sisterszero.jpgDéjà signalé à l’occasion de la séance du mois et du mini-site pédagogique que nous lui consacrons, Sisters in law de Kim Longinotto et Florence Ayisi sort aujourd’hui sur les écrans, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme.
C’est l’occasion de dire tout le bien que nous pensons de ce documentaire à la fois bouleversant et tonique, qui filme ses personnages (hommes, femmes, enfants, bourreaux, victimes, accusés, accusateurs), avec justesse et humanité.
Il a l’avantage de présenter une vision de l’Afrique qui échappe pour une fois au misérabilisme (à l'inverse du Cauchemar de Darwin par exemple), et qui bousculera pas mal de clichés (notamment sur la femme musulmane). Mais par-delà une situation locale avec ses particularités, il offre surtout un propos universel sur les droits des femmes et des enfants, la violence, les rapports entre la loi et les coutumes, et la signification de la justice.
Ce sont les thèmes qui sont traités de manière transversale dans les dossiers pédagogiques que nous avons consacrés au film, rédigés par des enseignants d’Histoire-Géographie ECJS, de Français et de Philosophie, à destination du Lycée.
Pour compléter, on pourra télécharger le dossier de presse sur le site du distributeur. Et dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, on ira consulter les ressources proposées par notre partenaire France 5 Education, ainsi que le dossier Emancipation des femmes mis en ligne par la Ligue de l’Enseignement sur son site consacré à la laïcité.

[Sisters in Law de Kim Longinotto et Florence Ayisi. Durée : 1 h 44. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 8 mars 2006]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 08.03.06 à 16:07 - 3 commentaires
sisters_in_law_2w_1.jpgChangement de configuration pour la Séance du mois : celle-ci paraîtra désormais en début de mois. La séance du mois de février devient donc celle du mois de mars. Elle a la particularité d’être triple, et d’être consacrée à un film qui sortira la semaine prochaine.
Sisters in law, le beau documentaire de Kim Longinotto et Florence Ayi nous a en effet paru justifier un travail dans trois disciplines différentes : le Français, l’ECJS et la Philosophie, autour des thèmes transversaux des droits des femmes et des enfants, des violences familiales et de l’exercice de la justice.
On pourra retrouver ces séquences sur le mini-site pédagogique que Zéro de conduite.net consacre au film, en partenariat avec l’Agence Cinéma Education et le distributeur du film.
Celui-ci détaille également les propositions d’interventions dans les classes (en partenariat avec des associations féministes et de magistrats) pour approfondir les thématiques du film, et la liste des avant-premières auxquelles sont invités les enseignants : le dimanche 5 mars à Paris, Bordeaux, Lille et Marseille, le mardi 7 mars à Strasbourg.

[Télécharger la séquence Lettres au format pdf]
[Télécharger la séquence ECJS au format pdf]
[Télécharger la séquence Philosophie au format pdf]

[Consulter le mini-site pédagogique du film Sisters in law]
Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 01.03.06 à 16:33 - 2 commentaires
9m2.jpgDe sa diffusion en feuilleton télévisé sur Arte à sa sortie en salles dans une version long-métrage, 9m2 pour deux de Joseph Cesarini et Jimmy Glasberg a interpellé les commentateurs par le caractère à la fois novateur et hybride de son dispositif : confier à des détenus des caméras DV pour témoigner de leur expérience carcérale, mais dans une optique plutôt fictionnelle (décor reconstitué, scénarisation) que documentaire.
La prison est en effet autant un impensé social et médiatique qu’un lieu privilégié de l’imaginaire cinématographique (comme le rappelle Manuel Merlet pour Fluctuat.net, le "film de prison" est un genre hollywoodien à part entière). Et 9m2 pour deux interpelle aussi bien le spectateur (comment se départir de la pulsion voyeuriste, de "l’œil du maton" ?) que le citoyen, au nom duquel l’Etat punit et incarcère.
C’est pourquoi entre autres analyses (voir notamment celle du sémiologue Guillaume Soulez pour Teledoc, basée notamment sur la distinction entre hors champ et hors cadre) on distinguera celles livrées par les Cafés Géographiques, qui confrontent l’approche cinématographique du film (sous la plume de Nicolas Bauche) à la vision du géographe.
Ce dernier, Olivier Milhaud, pointe l’intérêt du film ("donner à voir à une échelle très fine - la cellule - comment se vit le surpeuplement actuel des maisons d’arrêt françaises.") tout en rappelant qu’il montre une réalité très partielle (on ne voit qu’un aspect de la détention).
Surtout, dans un article de fond (La prison : terra incognita) il rappelle que la prison est un objet d’étude légitime pour le géographe, puisqu’elle constitue en elle-même un traitement géographique de la délinquance : "La société traite le crime et la délinquance par la géographie : l’enfermement est une stratégie spatiale de mise à distance." Il brosse donc rapidement plusieurs approches : une géographie des taux de détention (où l’on apprend que ceux-ci sont moins proportionnels aux taux réels de criminalité qu’au sentiment d’insécurité « sociale, économique et existentielle » d’une société), une géographie de la localisation des prisons, et une géographie interne de l’espace carcéral.

A voir également : le site Internet de Lieux fictifs, le collectif à l'origine du film (qui en présente quelques extraits)
Et à écouter en ligne, une émission en deux parties de RFI, Culture Vive de Pascal Paradou, consacrée à L'expérience de la prison, en présence des réalisateurs et de l'avocat Thierry Levy, ancien président de l'Observatoire international des prisons

[9m2 pour deux de Joseph Cesarini & Jimmy Glasberg. 2005. Durée : 94 min. Distribution : Shellac. Sortie le 1er février]

Posté dans Dans les salles par zama le 25.02.06 à 16:16 - 1 commentaire
plafond.jpgIl y a quelque chose de désespérant pour l’enseignant dans le constat dressé par Yamina Benguigui dans Le Plafond de verre, que résume bien l’un des interviewés, l’ingénieur logisticien (au chômage) Nordine Bouchebour : "On nous a dit : travaille bien à l'école et tu auras un bon travail, avec tout ce qui va avec. J'ai bien travaillé à l'école, j'ai décroché mon DESS, et je n'ai pas de travail ni rien de ce qui va avec..."
Concept forgé à l’origine par les sociologues américains pour désigner les difficultés des femmes dans leur carrière professionnelle, l’expression "le plafond de verre" condense en une image frappante les obstacles invisibles qui s’opposent à l’ascension professionnelle et sociale de minorités elles bien visibles, à commencer par les enfants de l’immigration. L’expression fait pendant à celle d’ascenseur social, et explique pour partie ses blocages.
Le film démonte les mécanismes sinon inconscients du moins impensés de discrimination (encouragés par la grande sélectivité du système et l’anonymat des prises de décisions) à l’embauche, mais il montre aussi comment celle-ci induit chez les populations concernées de douloureux "réajustements stratégiques" (ils finissent par se tourner vers des métiers manuels) bien analysés par les sociologues.
On retrouve dans ce film la documentariste Yamina Benguigui qui avait fait date avec le documentaire Mémoires d’immigrés (dossier Teledoc). La méthode (entretiens frontaux) et la qualité d’écoute sont les mêmes, et sur un sujet a priori plus aride, l'émotion est encore au rendez-vous.
Diffusé à l’origine sur France 5, il paraît d’une actualité encore plus brûlante aujourd’hui qu’il sort en salles (flanqué d’un autre documentaire, plus court, sur Les Défricheurs, comprendre ceux qui ont réussi, au moins pour un temps, à percer ce plafond de verre) : émeutes en banlieue, débats sur la discrimination positive, polémique sur l’apprentissage à quatorze ans.
Il vient à point nommer rappeler que l’école n’est pas comptable de l’ensemble des maux de la société…
Le film est exploitable dans le cadre du cours d’ECJS et en Sciences Economiques et Sociales. On retrouvera un dossier complet sur le site de France 5, avec notamment une interview de Yamina Benguigui, une piste pédagogique Teledoc, et un mini-dossier sur les discriminations.

[Le Plafond de verre et Les Défricheurs de Yamina Benguigui. 2004. Durée : 1 h 44. Distribution : CineClassic. Sortie le 11 Janvier]


Posté dans Dans les salles par zama le 11.01.06 à 10:36 - 10 commentaires
protocoles.jpg De même que de ce côté-ci de l’Atlantique on a pu jouer à croire qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone, une rumeur folle a couru aux Etats-Unis sur les attentats du 11 septembre 2001 : les Juifs avaient été prévenus de l’attaque, aucun n’est allé travailler ce jour-là au World Trade Center.
C'est moins le sujet des Protocoles de la rumeur de Marc Levin (son absurdité n’est pas difficile à démontrer), que son point de départ, le prétexte a un voyage mental et physique dans l’antisémitisme contemporain.
Marc Levin mène en parallèle une série d’entretiens avec des antisémites américains déclarés (le panel va des néo-nazis du Middle West aux partisans new-yorkais du Hamas) et une réflexion sur la fortune éditoriale du Protocole des Sages de Sion, célèbre faux fabriqué en Russie au début du siècle dernier pour accréditer le mythe du "complot juif".
Si la démarche est respectable et la forme souvent percutante (l’auteur de Slam n’a pas son pareil pour capter, à même le bitume des grandes villes, les tensions qui agitent la société américaine), on regrette l’absence d’un réel point de vue : à mesure que les séquences-choc et les thématiques s’accumulent (les conséquences du conflit au Moyen-Orient, la résurgence de l’antisémitisme chrétien —à l’occasion de la sortie de la Passion du Christ de Mel Gibson—, l’antisémitisme afro-américain, le néo-nazisme, les écrits d’Henry Ford, le meurtre de Daniel Pearl, Internet…), le défaut de mise en perspective se fait cruellement sentir.
On peut dès lors se montrer sceptique sur l’utilité d’un tel film, qui n’a rien de nouveau à apprendre, et ne prêchera sans doute que des convaincus. Et s’interroger sur nos motivations de spectateur : fascination malsaine pour l’abjection ? besoin de jouer à se faire peur ?

[Les Protocoles de la Rumeur de Marc Levin. 2005. Durée : 1 h 28. Distribution : Pretty Pictures Sortie le 23 novembre 2005]
Site du film (en anglais)
Blog du réalisateur

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ces fameux Protocoles, on renverra à un support bien plus pédagogique : Le Complot (Grasset, 2005), roman graphique du grand dessinateur américain Will Eisner (1917-2005, voir son site officiel) qui retrace l’origine et la postérité de la mystification. Cette bande dessinée couronne une œuvre hantée par l’antisémitisme : citons notamment, en écho à l’Oliver Twist de Roman Polanski, Fagin le juif, réécriture du roman de Dickens du point de vue de Fagin, ici moins coupable que victime du racisme de la société anglaise.
On renverra également au mini-dossier que consacre Le Nouvel Observateur au livre d’Eisner notamment pour l’interview du chercheur Pierre-André Taguieff. Si certaines de ses conclusions sont discutables, il a mérite de proposer une analyse globale de la vogue conspirationniste, mêlant Internet ("Internet c’est l’anti-Lumières"), l’ésotérisme du Da Vinci Code ("sous le couvert d’un ésotérisme de bazar se propage une thématique extrémiste qui bénéficie ainsi d’une audience considérable") et le rôle paradoxal des médias ("C’est un effet paradoxal de la transparence démocratique : plus elle met en lumière les actions des services secrets, des pouvoirs politico-financiers, des groupes mafieux, plus elle nourrit l’imaginaire conspirationniste. Vous y contribuez un peu à votre façon. Le scoop est un peu le Graal de votre métier. Il faut « dévoiler », « révéler », dire la vérité sur… ").

Posté dans Dans les salles par zama le 23.11.05 à 15:44 - 3 commentaires