Mot clé : Espagnol

On la reconnaît dès les premières images de la bande-annonce : la Mansion Seré, c’est la maison de Psychose. C’est en tout cas ainsi que la filme Israel Adrian Caetano, en contre-plongée, légèrement de biais, sur fond d’orage : comme une authentique maison de l’horreur de film d’épouvante
Mais la Maison Seré fut aussi un centre bien réel de détention clandestine, sis dans la banlieue de Buenos Aires et utilisé de décembre 1976 à mars 1978 par les séides de la junte militaire ; et Buenos Aires 1977 (Cronica de una fuga) raconte l’histoire vraie de Claudio Tamburrini à partir de son livre Pase libre, la fuga de la Mansión : son enlèvement par la police secrète, ses cent-vingt jours de détention, les sévices que lui et ses compagnons eurent à subir, leur évasion aussi héroïque que rocambolesque enfin…
Ce mélange des registres brouille la perception du spectateur qui ne sait jamais trop s’il est dans le réel (comme en atteste l’estampille "tiré d’une histoire vraie") ou le cauchemar (comme semble l’indiquer l’utilisation des codes du genre horrifique), s’il lui faut mobiliser sa capacité d’indignation ou replonger la main dans le seau de popcorn.
Présenté dans la même Sélection cannoise (2006), Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro avait eu l’audace de juxtaposer les horreurs bien réelles du franquisme et les cauchemars goyesques d’une petite fille. On dira plutôt du Buenos Aires 1977 d’Adrian Caetano qu’il a le séant entre deux chaises, hésitant entre les enjeux mémoriels (le réalisateur raconte dans le dossier de presse comment la dictature a marqué son enfance) et la tentation du spectacle. A l’instar du Dernier roi d’Ecosse, Buenos Aires 1977 fait partie de cette génération de films "historiques" (au sens où ils prétendent à la véracité des faits) mais d’où est absente toute réflexion sur l’Histoire : ils proclament ne s’intéresser qu’à la "dimension humaine" des événements qu'ils relatent, qu'ils mettent au service d'une dramaturgie efficace.
Renonçant à comprendre les raisons et les ressorts de la violence d’Etat, Buenos Aires 1977 prend ainsi le risque de tomber dans la caricature complaisante (les trognes patibulaires et les rictus sadiques des bourreaux) ou l’inoffensif prêchi-prêcha (c’est en s’entraidant que nos quatre héros arriveront à s’en sortir). Mais le plus gênant est sans doute l’apolitisme revendiqué de son héros : en insistant lourdement sur l’"innocence" de Claudio Tamburrini (il n’est "qu’un gardien de but" apolitique arrêté sur la foi d'une fausse dénonciation), le film insinue l’idée que ses camarades de détention n’ont eux pas tout à fait volé leur sort. Alors que depuis 2003 une série de décisions politiques et judiciaires ont permis en Argentine de revenir sur l’impunité accordée aux criminels de la junte, cette façon de renvoyer dos à dos bourreaux et victimes ressemble à un sorte de révisionnisme soft…

[Buenos Aires 1977 d'Israel Adrian Caetano. 2006. Durée : 1 h 42. Distribution : Wild Bunch. Sortie le 27 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 01.07.07 à 23:54 - 8 commentaires

"Je n’ai jamais cru au prétendu paradis de l’enfance : je crois, au contraire, que l’enfance constitue une étape durant laquelle la terreur nocturne, la peur de l’inconnu, le sentiment d’incommunicabilité, la solitude sont présents au même titre que cette joie de vivre et cette curiosité dont parlent tant les pédagogues."
Ainsi parlait Carlos Saura de Cria Cuervos (1976), qui ressort aujourd’hui au cinéma en copies neuves, et qui est considéré par la critique comme un des chefs d’œuvre du cinéaste espagnol.
C’est ce regard sans concession sur l’enfance, associé à une certaine audace narrative (le film entremêlant passé, présent et futur, fantasmes et réalité) qui ont fait de Cria Cuervos un classique du cinéma espagnol, plutôt qu’une dimension sociale et politique à l’époque brûlante (tourné dans les derniers moments de la dictature, le film était sorti après la mort de Franco) mais forcément assourdie trente ans après.
On retrouvera sur notre site pédagogique Cria Cuervos un dossier d’accompagnement en trois parties qui propose une didactisation du film en rapport avec les programmes. Si les deux premières parties (Le franquisme, La petite fille et la mort) s'adressent plutôt aux lycéens, la troisième ("Todos los recuerdos de aquella época no son tristes") permet de travailler avec les collégiens sur les aspects les plus lumineux et joyeux d'un film par ailleurs assez noir, notamment le hit international de la chanteuse Jeannette, Porque te vas.
En complément on pourra également utiliser ces fiches pédagogiques pour les enseignants d'espagnol éditées par le site académique de Nantes et le site Cinergia, ainsi que la fiche du cinéma ABC (revue de presse, interview du réalisateur, fiche technique…).

[Cria Cuervos de Carlos Saura. 1976. Durée : 1 h 52 mn. Distribution : Carlotta Films. Sortie le 7 février 2007]

Posté dans Dans les salles par soledad le 07.02.07 à 15:37 - 7 commentaires

Todas las promesas de mi amor se iran contigo, me olvidaras, me olvidaras… porque te vas…
Si tout le monde se souvient sans doute du tube pop de la chanteuse Jeannette, le film qui l'avait popularisé était tombé dans un relatif oubli, malgré le Prix Spécial du Jury obtenu à Cannes en 1976 et le succès public remporté à l'époque. On aura donc plaisir à retrouver dans les salles et en copies neuves, à partir du 7 février (mises à part quelques avant-premières), le chef d'œuvre de Carlos Saura, Cria Cuervos.
On (re)découvre ainsi une œuvre originale et puissante, regard sans concession sur l'enfance et métaphore implacable de l'Espagne franquiste, heureusement adoucis par la douceur des actrices Ana Torrent et Geraldine Chaplin et le refrain nostalgique et acidulé de Porque te vas
Zéro de conduite propose son mini-site pédagogique Cria Cuervos, et un dossier pédagogique complet réalisé par deux enseignantes d'Espagnol. Découpé en trois grandes parties thématiques ("le franquisme", "la petite fille et la mort", "Todos los recuerdos de aquella época no son tristes"), ils permettent l'étude du film en classe d'espagnol, proposant des activités différenciées selon le cycle (Collège ou Lycée), et alliant les objectifs linguistiques et culturels.

Posté par soledad le 15.01.07 à 22:30 - 3 commentaires
"Le sommeil de la raison engendre des monstres…" De cette citation, tirée d'une eau-forte de Goya, on a fait deux lectures: une lecture littérale s'appliquant à la création artistique (le peintre précisait ainsi son propos : "la fantaisie, sans la raison, produit des monstruosités ; unies, elles enfantent les vrais artistes et créent des merveilles "), et une lecture métaphorique et politique, qui renvoit de manière coutumière aux totalitarismes (ainsi Primo Levi décrivant le lager comme "le plus menaçant des monstres engendrés par le sommeil de la raison").
De monstres il est beaucoup question dans Le Labyrinthe de Pan : monstres fantastiques comme ceux que la jeune Ofelia croisera dans son exploration du monde de Pan ; monstres historiques aussi, à l'instar du capitaine Vidal (Sergi Lopez), cruelle incarnation du franquisme triomphant, traquant sans relâche les derniers maquis républicains (nous sommes en 1944). Toute l'originalité du film est de les mettre constamment en parallèle, le merveilleux servant d'échappatoire à une réalité violente, et vice versa.
Si le propos du réalisateur mexicain Guillermo del Toro n'est pas toujours très clair (dans le dossier de presse il évoque le fascisme comme "perversion de l'innocence"), la magie de la mise en scène opère indéniablement.
Le film pourra faire l'objet d'une intéressante utilisation pédagogique en classe d'Espagnol, moins pour le contexte historique que pour l'inspiration picturale revendiquée par Guillermo del Toro : Goya et sa période noire, notamment le célébrissime Saturne dévorant un de ses enfants (cf la scène ou le "Pale Man" dévore les fées) ou ses "caprichos". On pourra d'ailleurs étudier le récit sous l'angle des "rapports de pouvoir" (domination, influence, opposition, révolte) inscrits au programme des classes de Première.

[Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. 2006. Durée : 1 h 52.  Distribution : Wild Bunch. Sortie le 1 novembre 2006]
Posté dans Dans les salles par Flyer le 01.11.06 à 23:51 - 16 commentaires
C’est en véritable pédagogue que Fernando Solanas construit sa série documentaire sur la situation de l’Argentine actuelle. La dignité du peuple apparaît en effet comme la suite chronologique et logique de Mémoire d’un saccage avec lequel il ouvrait ce qui est appelé à devenir une tétralogie. Après avoir méticuleusement étudié les différentes étapes qui ont conduit le pays au marasme économique et aux émeutes de 2001, il s’intéresse, dans ce second volet, aux conséquences directes de la crise sur le peuple.
Les images d’archive et les plans figés des gratte-ciel de la capitale, siège des banques ou du pouvoir décisionnaire, laissent ici la part belle aux plans serrés sur les visages des plus démunis, suivis petite caméra digitale à l’épaule, dans des zones totalement délaissées par l’état.
En filmant les histoires de ces anonymes qui luttent au quotidien, tout en continuant de s’intéresser aux mécanismes de l’engrenage néolibéral, qui ne semble pas tout à fait prêt de s’enrayer, Solanas mêle les genres de la fiction et du documentaire et met ainsi en scène sa propre volonté de résistance, sur un plan tant artistique que politique et social. Il exprime à la fois son refus de se conformer à un modèle de film unique et formaté, et son refus de se résigner à un ordre économique où le peuple est victime des décisions capitalistes à outrance de ses dirigeants.
Le propos de Solanas dépasse largement le simple cadre anecdotique en proposant au spectateur cette vision de l’Argentine centrée sur son peuple, ces "nadies", ces "personnes insignifiantes" (selon le dictionnaire de la Real Academia). Il parvient à rendre un noble hommage et une identité à ces "sans-noms" (l’adverbe "nadie" signifiant "personne" en espagnol), en choisissant de baptiser de leur prénom certains chapitres de son documentaire. Il met ainsi à l’honneur leur lutte acharnée contre une situation économique et sociale dont ils subissent de plein fouet l’horreur au quotidien mais qu’ils se refusent à considérer comme une fatalité. Si le documentaire manque peut-être d’un point de vue contradictoire (l’Argentine est en pleine reprise), il n’en reste pas moins qu’il apparaît comme un élément essentiel de compréhension du pays et constitue donc un outil pédagogique précieux à destination des professeurs d'espagnol de lycée.

+ le dossier autour du film du Guide du Routard
+ le site officiel de Fernando Solanas

[La dignité du peuple de Fernando Solanas. 2005. Durée : 2 h. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 27 septembre 2006]
Posté dans Dans les salles par Flyer le 28.09.06 à 18:15 - 3 commentaires
En cette période estivale, il est tentant pour les citadins sédentaires de chercher dans les salles obscures le dépaysement géographique que ne leur offrent pas leurs vacances. Aux produits standardisés des "Tour Operators" américains ou français, on leur conseillera de privilégier destinations cinématographiques plus authentiques : ainsi Echo Park, LA de Richard Glatzer et Wash Westmoreland, dont le titre dit bien l'enracinement narratif dans un quartier de Los Angeles à forte population "latino".
On choisira pour guide les toujours pertinents Cafés Géographiques, qui ont pour parti de prendre les films comme autant de cartes postales du monde, et qui voient dans ce film, aux antipodes des blockbusters hollywoodiens, la description d'"un Los Angeles plus réaliste qui intéressera quiconque voudra compléter sa géographie de la mégapole californienne."
Jérôme Monnet analyse cette chronique sensible et sincère (voir l'article de Vanina Arrighi pour Fluctuat.net) comme "l'histoire d'une gentrification" (sur le concept de gentrification voir cet article de la revue Strates : Les aveugles et l'éléphant) : "L’arrivée d’une nouvelle population (des intellectuels, des artistes, des gays), à la recherche à la fois de maisons moins chères que dans le "Westside" et d’une ambiance urbaine due à la proximité de Downtown et à l’ancienneté du bâti, provoque une flambée des prix qui aboutit logiquement à l’exclusion progressive des populations plus anciennes. Echo Park fut une banlieue résidentielle pour les classes moyennes blanches jusqu’aux années 1950, époque à laquelle le "White Flight" vers des banlieues plus lointaines (la San Fernando Valley, etc.) entraîna une relative paupérisation qui permit à des familles "de couleur" de s’installer alors qu’elles étaient victimes au même moment des opérations voisines de rénovation de Chavez Ravine (installation du Dodger Stadium) et de Bunker Hill (extension du Central Business District). On assiste donc aujourd’hui à un "retour" des riches, sans enfants et avec des modes de vie cosmopolites, au moment où les Latinos découvrent que le modèle traditionnel de famille, pilier de l’identité du groupe, ne peut plus répondre aux aspirations des jeunes si les plus âgés ne s’adaptent pas aux nouvelles conditions de la vie métropolitaine."
Il le compare également au dernier film de Larry Clark, Wassup Rockers en montrant comment les deux films dépeignent un Los Angeles latino réduit à la portion congrue par le cinéma hollywoodien (Collateral ou l'oscarisé Collision). Et souligne que le film doit à tout prix être vu en version originale (avis aux enseignants d'Anglais et d'Espagnol), pour entendre le bilinguisme des personnages et comment ceux-ci "choisissent l’un ou l’autre langue selon les endroits, les interlocuteurs, les sentiments ou l’image qu’ils ont d’eux-mêmes".

[Echo Park LA de Richard Glatzer et Wash Westmoreland. 2005. Durée : 1 h 30. Distribution : Memento Films. Sortie le 5 juillet 2006]
Posté dans Dans les salles par zama le 18.07.06 à 19:08 - 3 commentaires
Lors des festivals, le visionnage rapproché des films conduit plus facilement que le reste de l’année aux court-circuits visuels et aux rapprochements thématiques. Deux des films "américains" de la compétition officielle (le film d’Iñarritu est présenté sous la bannière du Mexique mais il s’agit d’un film de studio) ont en commun d’utiliser une forme narrative éclatée pour s’affranchir d’une vision étroitement locale et dire la complexité du monde…
Babel d'Alejandro Iñarritu étend le système formel virtuose de ses précédents Amours chiennes et 21 grammes au monde entier (le titre du film fait déjà programme), sur le thème un peu rebattu du battement d’aile du papillon (qui provoque un ouragan à l’autre bout du globe)… Où comment le fusil d’un chasseur japonais blessera une touriste américaine dans les mains d’un berger marocain. A la recherche de germes fécaux trouvés dans un hamburger américain, Fast food nation remonte la filière bovine jusqu’aux gigantesques abattoirs texans et aux mexicains sans papiers qui y travaillent. Du producteur au consommateur, il démonte les rouages d'une industrie du fast food soumis à la compression des coûts, en fictionnalisant l'enquête d'Eric Schlosser (voir cette interview en anglais).
Les deux films ont aussi et surtout en commun, comme de nombreux films américains récents (Traffic de Steven Soderbergh, Trois enterrements de Tommy Lee Jones…) de s’interroger sur la frontière à sens unique qui sépare les Etats-Unis (l’Occident prospère) du Mexique (le Sud menaçant), avec en point de mire la figure de l’immigrant clandestin, qui au péril de sa vie vient faire tourner les usines ou donner son amour aux enfants américains (cf cet article des Cafés Géographiques sur la mondialisation des sentiments à propos de Vers le Sud de Laurent Cantet).
Ils peuvent ainsi nourrir les cours de Géographie de Seconde (Des frontières, des états) ou de Terminale (sur les Etats-Unis) ainsi que les cours d'Anglais et d'Espagnol (voir les liens pédagogiques que nous donnions à propos de Trois enterrements )
Posté dans Cannes 2006 par zama le 24.05.06 à 11:46 - 1 commentaire
Les programmes des concours de recrutement (agrégation interne et externe, CAPES), parus au Bulletin Officiel d'avril, font une place diverse au cinéma. Signalons tout d'abord une sorte de record chez les anglicistes : l'inscription d'une œuvre au programme (Agrégation et CAPES) deux ans à peine après sa création. Il s'agit du film de Joe Wright, Orgueil et préjugés, dont on avoue n'avoir pas estimé à sa sortie qu'il méritait tant d'honneurs (Orgueil, préjugés et plaisirs sucrés). Il est vrai qu'il est accolé à l'étude du roman de Jane Austen, chef d'œuvre lui plus que bicentenaire, comme l'année dernière le film de Coppola l'avait été au Dracula de Bram Stoker. En attendant l'abondante et sérieuse littérature qui ne manquera pas d'être publiée à la rentrée sur le sujet, les agrégatifs pourront se faire les dents sur les ressources en ligne qu'on signalait à l'époque.
Les hispanistes quant à eux ne sont pas en reste : à l'agrégation le jury a créé une cinquième question de civilisation portant sur "Cinéma et révolution à Cuba (1959-2003)". "Il s ’agira d ’étudier l ’évolution de cette production sur la période considérée et de voir comment quelques grands cinéastes cubains qui comptent parmi les artistes latino-américains les plus importants du XXe siècle ont réussi, malgré de multiples difficultés,à tourner des films remarquables.Entre autres choses, ils évoquent,avec une liberté de ton parfois étonnante,les problèmes de la nouvelle société, notamment la place qui doit revenir aux artistes qui ne peuvent renoncer à leur indépendance et se doivent de défendre la liberté de création."
On notera également, respectivement à l'agrégation interne de Lettres Modernes et au CAPES d'Espagnol deux œuvres cinématographiques : Van Gogh de Maurice Pialat (1991) et Goya (Goya en Burdeos) de Carlos Saura (1999).
Enfin, il faut signaler que Vie et opinions de Tristram Shandy de Lawrence Sterne, au programme des agrégations de Lettres et d'Anglais, a fait l'objet d'une tentative d'adaptation par l'anglais Michael Winterbottom : A cock and bull story, traduit en français par Tournage dans un jardin anglais, à découvrir le 5 juillet en France, et attendant sur ce site officiel aussi foutraque que le film promet de l'être.
Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 14.05.06 à 15:42 - 4 commentaires
On disait ici même en juin dernier que les enseignants d'espagnol étaient plutôt privilégiés du point de vue du Septième Art  : à la fois par la vitalité du cinéma hispanophone (Espagne, Amérique du Sud, Etats-Unis…), sa diffusion relativement large en France, et l'existence de nombreux outils pédagogiques.
C'est encore plus vrai avec l'initiative Ciné-Vo lancée récemment par le CRDP de Paris en partenariat avec le cinéma Le Latina, qui propose aux enseignants d'espagnol un accompagnement pédagogique sur trois films récents : Carnets de Voyage de Walter Salles (sorti en France le 08 Septembre 2004), Ana de Patricia Cardoso (le 21 Janvier 2004), et Mon ami Machuca d'Andres Wood (le 19 Janvier 2005, auquel nous avions consacré également notre séance du mois de juillet).
Cet accompagnement se décline sous deux formes : un DVD-ROM avec des extraits des trois films, mais aussi, pour ceux qui ne souhaitent pas l'acquérir, un site Internet donnant de nombreuses pistes pour l'exploitation en classe de ces séquences. Celles-ci, claires et fournies, s'organisent ainsi (nous reprenons le descriptif fourni par le site) :
"— D'une part les Parcours Pédagogiques Multimédias (PPM) de l'Académie de Paris qui sont des pistes pédagogiques détaillées et une aide pour la préparation de cours à partir des films sélectionnés.
Toutes ces suggestions de cours multimédias ont été élaborées en fonction du Cadre Européen Commun de référence pour l'enseignement des langues. Ils sont situés sur la partie droite de la page d’accueil.
— D'autre part les dossiers d'accompagnement du cinéma Le Latina-Cinélangues avec des apports culturels, historiques, biblio-graphiques et linguistiques autour des films sélectionnés. Ces dossiers comportent trois parties distinctes Autour du film, Extraits du dialogue et Annexes. Il offre un éclairage complémentaire à la préparation d'un cours multimédia lié au cinéma. Ces dossiers se trouvent sur la partie gauche de la page d’accueil."
Une initiative à saluer, en espérant qu'elle se reproduise pour d'autres langues…
Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 25.04.06 à 21:32 - 1 commentaire
Le "nouveau monde" a-t-il été gagné (ou perdu) par les femmes ? C’est la thèse du géographe Alain Musset (auteur par ailleurs d’un essai de géofiction sur Star Wars), dans son compte-rendu du Nouveau Monde de Terence Malick pour les Cafés Géographiques (voir également l'article de Zéro de conduite).  Il rapproche en effet le destin de l’indienne Pocahontas (popularisée en France par un dessin animé de Walt Disney), de celui d’une figure sud-américaine moins connue, La Malinche.
"Quand Cortés débarque en 1519 sur les côtes du Tabasco, un cacique désireux de lui plaire lui offre vingt femmes dont une superbe jeune fille, Malintzin (la Malinche), rebaptisée Marina. Celle-ci deviendra sa maîtresse et ses capacités linguistiques lui serviront à maîtriser le secteur stratégique de la traduction dans ses relations avec les peuples indigènes, jusqu’à son entrée triomphale dans la capitale aztèque."
Le parallélisme est évidemment frappant : deux personnages ambivalents, à la fois victimes (séduites et abandonnées) et coupables (d’avoir trahi les leurs), traits d’union entre deux mondes, mais aussi instruments du colonialisme le plus brutal et par là responsables de la chute de civilisations millénaires.
Mais le plus intéressant reste la place très différente qu’elles occupent dans l’historiographie : alors que Pocahontas, souvent représentée dans la littérature et au cinéma, fait partie intégrante du le mythe fondateur américain, la Malinche "n’occupe qu’une place limitée dans l’historiographie officielle, qui préfère exalter la résistance et la mort tragique du dernier empereur, Cuauhtémoc, "l’aigle qui tombe", torturé et assassiné par Cortés". Aussi ces deux figures cristallisent-elles une vision différente de l’histoire coloniale de part et d’autre du Rio Grande, et l’expression d’un rapport différent au métissage : "Dans un pays essentiellement métis, fait remarquer Alain Musset,le choix d’occulter la vie et les choix de la Malinche, symbole de l’union physique entre l’homme européen et la femme indigène n’est pas anodin." Alors que le mythe de Pocahontas exalte le métissage dans un pays où celui-ci a toujours été rare, et plus ou moins réprouvé.
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 28.03.06 à 13:22 - 9 commentaires
troisenterrements.jpgRemarqué au dernier festival de Cannes pour ses qualités d’écriture (le scénario est signé par Guillermo Arriaga, auteur d'Amours chiennes et de 21 Grammes) de mise en scène et d’interprétation (l’américain Tommy Lee Jones), Trois enterrements a de quoi intéresser les géographes : par delà l’enquête sur la mort d’un immigrant et la vengeance qu’elle va entraîner, c’est de la frontière américano-mexicaine qu’il est question dans ce film.
Sur le site des Cafés géographiques, Gilles Fumey analyse le traitement de ce thème de la frontière, qu’il replace dans l’histoire des mythes américains et la tradition cinématographique du western : "Aujourd'hui que l'Ouest ne fait plus rêver, c'est le Sud qui fait peur. Mais c'est toujours de frontière qu'il s'agit. Celle qui fait craindre aux Etats-Uniens l'invasion des Latinos venus chercher fortune dans leur pays devenu tout entier terre promise des Mexicains. Une frontière inversée, en somme.(…) Les longs panoramiques alentour des lieux réels du crime sont pour Jones l'occasion de montrer qu'il n'y a pas de frontière, sinon métaphorique. Ce voyage des Etats-Unis au Mexique, cette rédemption terrible que mon personnage impose au flic assassin, c'est une manière de dire : allons voir de l'autre côté et tu sauras qui tu es."
On peut donc signaler ce film (toutefois assez violent) aux élèves pour illustrer le cours de Seconde sur « La Terre partagée : des frontières, des Etats » (voir cette étude de cas sur le site de l’IUFM d’Aix-Marseille) et le cours de Terminale sur l’Amérique du Nord (grâce à ce superbe diaporama proposé par Clio-Lycée). On peut également envisager sur ce thème de la frontière un travail interdisciplinaire avec les enseignants de langues (anglais et espagnol : voir ce dossier sur "la frontera"), en le confrontant par exemple avec deux autres films « bilingues » : Bread and Roses de Ken Loach (la lutte des travailleurs immigrés clandestins de Los Angeles) et Traffic de Steven Soderbergh (le circuit de la drogue de part et d’autre de la frontière : cf la séquence au poste-frontière de Tijuana).
On laissera le soin à Gilles Fumey de conclure : "On ne doute pas qu'en Europe et en Afrique, seront traités un jour les drames de l'immigration sur cet autre Rio encore plus grande eurafricain qu'est la Méditerranée."

[Trois enterrements de Tommy Lee Jones. 2005. Durée : 2 h. Distribution : Europacorp. Sortie le 23 novembre 2004]

Posté dans Dans les salles par zama le 29.11.05 à 15:33 - 6 commentaires




machuca2.jpgVéritable coup de cœur de l'année cinématographique écoulée, Mon ami Machuca d'Andres Wood frappait par la justesse de son regard sur l'enfance, et l'originalité de son point de vue sur le coup d'état chilien de 1973. Dans ce film, la lutte politique et les antagonismes sociaux (l'ami Machuca du titre vient des bidonvilles, alors que le jeune héros est un fils de la bourgeoisie) sont vus à hauteur d'enfant, ce qui ne les rend pas moins cruels pour autant.
Mon ami Machuca sort en DVD à la rentrée. Aussi nous lui consacrons notre "séance du mois" estivale (juillet-août), reprise d'un document réalisé au moment de la sortie par deux membres de ce qui n'était pas encore Zéro de conduite. On complètera ce document par un autre dossier intéressant et très didactique mis en ligne sur le site de l'académie d'Aix-Marseille…

[Télécharger la séquence au format pdf]


Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 30.08.05 à 12:49 - 1 commentaire
photo_auberge.jpg Huit étudiants Erasmus, pardi. Rappelez-vous : il y a trois ans un film montrant la construction européenne d’un point de vue positif et vivant remportait un immense succès en France. L’auberge espagnole (dont la suite, Les Poupées russes, plaisante mais plus conventionnelle, est sortie mercredi) meilleur attaché de presse de l’Europe, comme le pensait l’ex-ministre Michel Barnier ? En tout cas un bon moyen pour l’aborder avec les élèves, en classe d’Espagnol (voir un travail très complet —exploitation culturelle et linguistique— sur une séquence de deux minutes), ou de Géographie (encore une fois sur l’incontournable site Cinehig), au collège (4ème) et au lycée (1ère ES).
Cette dernière fiche, bien construite et très détaillée, a en outre le grand intérêt de reproduire en document d’accompagnement un texte du géographe Jacques Levy qui analyse la double allégorie du film : « la diversité de l’Europe comme expression de celle de l’individu, la construction européenne comme image de la construction de la personnalité. »
On ne résistera pas à l’envie de citer un passage assez riche d’échos avec le récent débat du référendum :
« Film diffusant une image positive de la société européenne en émergence et de l’auto-construction de soi, L’auberge espagnole a sans doute eu le défaut de présenter une vision du monde plutôt optimiste sous ces deux aspects, ce qui on le sait, est antinomique avec la posture eschatologique de l’intellectuel, posture qui ne peut être abandonnée sans risquer de perdre son capital politique lui assurant une légitimité auprès de classes populaires dont nul ne peut ignorer qu’elles sont projetées par les porteurs de capital économique dans une misère toujours plus profonde. »

Posté dans Le classeur par zama le 17.06.05 à 19:30 - 8 commentaires
vgn_grande_699.jpg Mis en ligne par le café pédagogique, l'excellent dossier sur l'utilisation de la vidéo en classe d'espagnol fait évidemment une large part au cinéma (à compléter par un dossier antérieur, dans le N° 16 du Café pédagogique). Il recense notamment les plus fournis des sites pédagogiques académiques sur le sujet (Montpellier, Aix-Marseille), et ne se limite pas à un inventaire des ressources, puisqu'il aborde aussi bien les questions pratiques de droit, de disponibilité des œuvres, etc.
On ajoutera pour notre part au panier le site américain Cinergia, animé par des enseignants et étudiants en espagnol (et rédigé dans les deux langues).
Deux constatations s'imposent à parcourir ces liens :
1/ la richesse des ressources sur le cinéma espagnol a pour pendant leur extrême dispersion.
2/ sauf exception (lorsque par exemple le distributeur met en ligne lui-même un dossier pédagogique, comme pour Mon ami Machuca d'Andres Wood) les ressources apparaissent généralement des mois après la sortie d'un film, quand sa carrière est derrière lui et qu'il est difficile de le visionner en salles.
C'est pourquoi on suivra de près l'initiative Cinélangues proposée par le cinéma parisien Le Latina : en plus d'une programmation spécifique et d'un accompagnement pour les classes d'Ile de France, le site offre chaque semaine un point de vue pédagogique (permettant aux enseignants de cibler les thématiques et le public) sur les sortie "latines".
Ainsi cette semaine on saura que B-Happy de Gonzalo Justiniano (photo) "pourra susciter des débats intéressants en classe, tant sur le contenu (vision sociale du Chili, destin individuel et histoire familiale, "positive attitude" etc) que sur la narration cinématographique (fondus au noir, ellipses, "diapositives" filmiques) ", et que Buenos Aires 100 km de Pablo Joses Meza "permettra à des lycéens une réflexion sur le thème de l’adolescence dont ils ne sont pas très loin… Il offre aussi une image réaliste d’une Argentine rurale, fort éloignée d’une Argentine souvent uniquement assimilée à sa capitale."
Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 06.06.05 à 16:25 - 1 commentaire
land_freedom.jpgSignalé par le Café pédagogique, voici une impressionnante filmographie de Michel Antony (téléchargeable au format word) sur la guerre d’Espagne (1936-1939). Précise (chiffres à l’appui) et apparemment exhaustive, l’étude présente la production à la fois contemporaine du conflit (films pro-républicains et franquistes, espagnols, européens ou hollywoodiens) et postérieure (la liste va jusqu’au mélo Nous étions libres avec Penelope Cruz, sorti l’année dernière).
L’étude s’étant centrée à l’origine sur le mouvement anarchiste, il n’est pas étonnant que le film de Ken Loach Land and Freedom (sorti en DVD, hélas uniquement en coffret avec d’autres Loach) soit mis en avant :
« Film quasi documentaire sur les milices, les collectivisations libertaires, l’engagement international et la guerre civile dans la guerre civile (évènements de mai 37 à Barcelone). Débats très virulents à sa sortie en Espagne. Sans doute le meilleur film sur la révolution. »
Il est vrai qu’on n’en voit pas de meilleur non plus.
Le film de Loach présente d’ailleurs l’intérêt d’avoir donné lieu à une importante production sur Internet, à la fois critique et pédagogique. En se centrant, à l’instar de George Orwell (Hommage à la Catalogne), sur la mise au pas des milices du POUM par l’armée républicaine contrôlée par les communistes, le film bousculait le consensus sur la "seule guerre juste" (Hemingway) et rouvrait la polémique au moment de sa sortie : alors que le site des Increvables anarchistes interrogeait deux miliciens témoins des événements, les critiques de L’Humanité et Regards, revue de sensibilité communiste, étaient, sans surprise, plus réservés sur les partis pris historiques du film.
D’un point de vue plus pédagogique, on trouvera une analyse du film sur le site Educiné, qui s’appuie sur un précieux découpage séquentiel, à compléter par un article qui replace le film dans le cinéma de Ken Loach. On trouvera également sur le site Cinergia, un double dossier sur le film, en langue espagnole et en langue anglaise (les deux langues du film).
De quoi nourrir de beaux projets interdisciplinaires…

Posté dans Le classeur par zama le 23.05.05 à 15:05 - 2 commentaires