Mot clé : Histoire

A l'heure où le cinéma (en tout cas le récent Raisons d'Etat) nous montre la CIA comme un monstre froid et bureaucratique, et l'espionnage comme un univers complexe et aride, qu'il est bon de retrouver ce bon vieux James Bond, ses costumes, ses girls et ses gadgets ! Cette séance des mois de Juillet-Août, qui se veut aussi sérieuse que ludique, propose un petit voyage en arrière, aux sources de la saga bondienne. En 1963 sort en effet dans le monde James Bond contre Docteur No, premier volet (réalisé par Terence Young) d'une série de films dont le succès ne se démentira pas jusqu'à aujourd'hui, et donner naissance à un des héros les plus populaires de toute l'histoire du cinéma. Produit de l'histoire politique, sociale autant que culturelle du siècle dernier, James Bond est un excellent gibier pour l'historien. C'est pourquoi nous proposons cet exercice d'une heure destiné aux Terminales générales. Il s'agit, à partir de cet objet historique (en tout cas du résumé de l'histoire et de la présentation des protagonistes), de donner aux élèves le moyen d'apprécier les évolutions politiques, sociales et culturelles qui ont affecté le monde occidental dans les années 1960.

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Posté dans La séance du mois par francis le 30.07.07 à 14:30 - Réagir

L'été est une période propice aux cinéphiles : dans un environnement (un peu) moins encombré et concurrentiel, les salles de Paris et des grandes villes de province font une place aux rééditions et ressorties. On en signalera deux pour les enseignants et passionnés :
— il y a quinze jours ressortait en copies restaurées Le Jardin des Finzi-Contini (1971), adaptation par le maître Vittorio De Sica (dont ce fut l'un des derniers films) du chef-d'œuvre du romancier ferrarais Giorgio Bassani. Le magazine Télérama lui consacre un reportage qui relate notamment la brouille entre Bassani et De Sica, à propos des changements apportés dans l'adaptation à la fin du livre.
— aujourd'hui c'est au tour du magistral Douze hommes en colère (1957) (photo) de Sidney Lumet, coup d'essai de son auteur modèle d'après la pièce de Reginald Rose et modèle du "film de procès". Souvent utilisé en classe de Français (à l'instar de La Controverse de Valladolid) pour une étude du discours argumentatif ou sa réflexion sur la justice (voir ainsi cette séquence destinée à des Troisièmes qui étudie conjointement le film et la pièce de Reginald Rose), Douze hommes en colère peut également être utilisé avec profit en Philosophie, en SES (voir cette séquence proposée dans le cadre de l'option Sciences Politiques), ou en Histoire (pour étudier dans ce microcosme masculin —à l'époque les femmes ne peuvent être "jurés"— réuni en huis-clos les tensions qui traversent la société américaine du début des sixties).
On écoutera également cette communication de Jean Tulard sur la justice au cinéma, qui s'en tient à des exemples tirés du cinéma français, et donc ne… parle pas de Douze hommes en colère. On pourrait dire "qui ne parle surtout pas", puisque dans le débat qui suit, Jean Tulard (dont le son Dictionnaire du cinéma est connu pour ses jugements assassins et parfois à l'emporte-pièce), exprime… le peu d'estime ("davantage un téléfilm qu’un film") qu'il a pour le film de Sidney Lumet.

[Le Jardin des Finzi Contini de Vittorio De Sica (1971). Durée : 1 h 34. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 11 juillet 2007]
[Douze hommes en colère de Sidney Lumet (1957). Durée : 1 h 35. Distribution : Carlotta Films. Sortie le 25 juillet 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 28.07.07 à 01:38 - Réagir

On la reconnaît dès les premières images de la bande-annonce : la Mansion Seré, c’est la maison de Psychose. C’est en tout cas ainsi que la filme Israel Adrian Caetano, en contre-plongée, légèrement de biais, sur fond d’orage : comme une authentique maison de l’horreur de film d’épouvante
Mais la Maison Seré fut aussi un centre bien réel de détention clandestine, sis dans la banlieue de Buenos Aires et utilisé de décembre 1976 à mars 1978 par les séides de la junte militaire ; et Buenos Aires 1977 (Cronica de una fuga) raconte l’histoire vraie de Claudio Tamburrini à partir de son livre Pase libre, la fuga de la Mansión : son enlèvement par la police secrète, ses cent-vingt jours de détention, les sévices que lui et ses compagnons eurent à subir, leur évasion aussi héroïque que rocambolesque enfin…
Ce mélange des registres brouille la perception du spectateur qui ne sait jamais trop s’il est dans le réel (comme en atteste l’estampille "tiré d’une histoire vraie") ou le cauchemar (comme semble l’indiquer l’utilisation des codes du genre horrifique), s’il lui faut mobiliser sa capacité d’indignation ou replonger la main dans le seau de popcorn.
Présenté dans la même Sélection cannoise (2006), Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro avait eu l’audace de juxtaposer les horreurs bien réelles du franquisme et les cauchemars goyesques d’une petite fille. On dira plutôt du Buenos Aires 1977 d’Adrian Caetano qu’il a le séant entre deux chaises, hésitant entre les enjeux mémoriels (le réalisateur raconte dans le dossier de presse comment la dictature a marqué son enfance) et la tentation du spectacle. A l’instar du Dernier roi d’Ecosse, Buenos Aires 1977 fait partie de cette génération de films "historiques" (au sens où ils prétendent à la véracité des faits) mais d’où est absente toute réflexion sur l’Histoire : ils proclament ne s’intéresser qu’à la "dimension humaine" des événements qu'ils relatent, qu'ils mettent au service d'une dramaturgie efficace.
Renonçant à comprendre les raisons et les ressorts de la violence d’Etat, Buenos Aires 1977 prend ainsi le risque de tomber dans la caricature complaisante (les trognes patibulaires et les rictus sadiques des bourreaux) ou l’inoffensif prêchi-prêcha (c’est en s’entraidant que nos quatre héros arriveront à s’en sortir). Mais le plus gênant est sans doute l’apolitisme revendiqué de son héros : en insistant lourdement sur l’"innocence" de Claudio Tamburrini (il n’est "qu’un gardien de but" apolitique arrêté sur la foi d'une fausse dénonciation), le film insinue l’idée que ses camarades de détention n’ont eux pas tout à fait volé leur sort. Alors que depuis 2003 une série de décisions politiques et judiciaires ont permis en Argentine de revenir sur l’impunité accordée aux criminels de la junte, cette façon de renvoyer dos à dos bourreaux et victimes ressemble à un sorte de révisionnisme soft…

[Buenos Aires 1977 d'Israel Adrian Caetano. 2006. Durée : 1 h 42. Distribution : Wild Bunch. Sortie le 27 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 01.07.07 à 23:54 - 8 commentaires
Qui aurait pu prédire qu'un dessin animé français en noir et blanc, réalisé par deux novices, portant sur la révolution islamique iranienne et le régime des mollahs, pourrait rencontrer un tel écho ? A l'heure où Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Parronaud, après ceux des festivaliers cannois, remporte les éloges quasi unanimes de la presse, il n'est pas inutile de rappeler l'audace et l'originalité initiales du projet. Elles tranchent en effet avec la tendance paresseuse de l'industrie hollywoodienne à dupliquer ses succès dans des avatars de plus en plus dévitalisés mais toujours aussi lucratifs : on ne peut oublier qu'il y a quinze jours Shrek le Troisième de Chris Miller inondait les écrans français, et que les opus 4 et 5 de la série sont d'ores et déjà en projet…
Nous avons déjà dit ici tout le bien que nous pensions de Persepolis : sa constante invention graphique et narrative, l'équilibre qu'il a su trouver entre humour et émotion, l'universalité des thèmes qu'il déploie. Pour résumer, on ne peut que saluer "la synthèse entre la liberté d’imagination qu’autorise l’animation et la réalité extraite d’une expérience humaine riche et nuancée", selon la très juste formule de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP.
Même s'il sort au moment où les élèves ont déjà déserté les salles de classe, il faut également le caractère éminement pédagogique des qualités de Persepolis, que nous qualifiions de véritable "boîte à outils" pour les enseignants : en Histoire évidemment (l'APHG a édité en partenariat avec le distributeur du film un DVD d'extraits, accompagné d'un petit questionnaire, disponible sur demande), en ECJS et en Arts Plastiques, mais également en Français, notamment pour l'écriture de l'autobiographie… 

[Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. 2007. Durée : 1 h 35. Distribution : Diaphana. Sortie le 27 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 27.06.07 à 16:32 - 12 commentaires
En réaction à la "politique des auteurs" lancée par François Truffaut et les Cahiers du Cinéma, dont l'effet pervers était de sacraliser la signature du réalisateur au détriment des autres créateurs du film, le critique et cinéaste Luc Moullet (dont le nouveau film est actuellement en salles) a inventé le concept de "politique des acteurs" (titre d'un ouvrage paru en 1993) : sa thèse est qu'au même titre que les cinéastes, certains grands comédiens — Gary Cooper, John Wayne, Cary Grant, James Stewart — font œuvre, par le choix des rôles qu'ils interprètent, par la continuité de leur gestuelle ou de leur travail corporel. La langue populaire reconnaît d'ailleurs confusément cet état de fait quand elle parle d'un film "de" Bruce Willis ou "de" Louis de Funès : l'effet de signature du réalisateur disparaît derrière la personnalité du comédien-vedette…
Si l'on accepte ce postulat de départ, la filmographie d'un comédien devient un objet d'étude à part entière, que l'on se place sur le terrain esthétique, sociologique ou historique. On avait tenté de le faire ici à propos de Louis de Funès (Louis de Funès, héros français) et, dans une moindre mesure, de Sylvester Stallone (Stallone, icône reaganienne, Les historiens aiment Stallone). Kevin Labiausse propose sur le site Cinehig un travail autour de la filmographie de Romy Schneider… et du programme d'Histoire de Troisième, choix qu'il justifie de manière assez convaincante : "Allemande, Romy Schneider est née en 1938 et son enfance sera traversée par un conflit qui conduira ses parents à quitter Vienne et à s’installer, fortuitement, à quelques encablures du nid d’aigle d’Hitler. Ce passé personnel et national la marquera à jamais dans sa vie et dans ses choix professionnels. Rejetant au début des années 1960 l’image passéiste et idéalisée d’une Sissi dans laquelle elle ne se reconnaît pas, elle va alors s’engager dans un cinéma où il est encore question d’histoire, mais surtout question des faits les plus sombres du XXème siècle, et plus particulièrement de la Seconde Guerre mondiale."
A partir d'un choix très précis (minutage à l'appui) d'extraits tirés de sept films de l'actrice (du Cardinal d'Otto Preminger en 1963 jusqu'à La Passante du Sans-souci en 1982), il propose de faire travailler les élèves sur des thèmes comme l’occupation allemande (dans Le Vieux fusil), l'exode (dans Le Train de Pierre Granier-Deferre) ou le ségrégationnisme aux Etats-Unis (dans Le Cardinal).

 

Posté dans Le classeur par zama le 25.06.07 à 11:42 - 4 commentaires

 

Au début de son livre American Vertigo, Bernard Henri Levy oppose à la vitesse de l’avion la lenteur de l’automobile, pour justifier le choix de ce moyen de transport : "Alors que le voyage en avion écrase temps et distance, alors qu’il fait se compénétrer points de départ et d’arrivée, alors que le train lui-même est, au dire de Proust, ce véhicule "magique" qui vous transporte par enchantement de Paris à Florence ou ailleurs ce long et endurant voyage en voiture…" (p. 27, Edition du Livre de Poche)
Replacée en voix-off au début d’American Vertigo, le film, la déclaration d’intention se révèle paradoxale : car en compactant en 1 h 35 de projection les douze mois du voyage de BHL et les 400 pages de son livre, Michko Netchak prend l’exact contrepied de cette ode aux lenteurs de la route. Multipliant les étapes jusqu’à l’absurde, en une accumulation de très courtes séquences (pas plus de deux ou trois minutes) qui donnent l’impression de finir avant d’avoir commencé, American Vertigo tient moins du "carnet de route subjectif" que du flip book feuilleté à toute allure. Il donne au spectateur l’impression désagréable d’être embarqué dans un voyage en groupe au guide certes brillant mais au timing particulièrement serré : deux minutes d’arrêt, trois photos, et hop on remonte dans le car…
En maintenant ce rythme effrené, le documentaire perd ainsi sur les deux tableaux : si le cinéma n’y existe pas vraiment de manière autonome (aucune séquence n’a le temps de se développer, aucun personnage la possibilité d’émerger), il ne sert pas au mieux la prose du livre. En se contentant d’illustrer platement les mots (lus par Jean-Pierre Kalfon) par la multiplication des images, le montage ne fait qu’accentuer l’aspect accumulatif et redondant des descriptions de Bernard-Henri Levy, et partant son absence de véritable point de vue : (exemple pris au hasard, la décrépitude de Buffalo) "…longues avenues sans voitures qui s'étirent à l'infini; pas un restaurant où dîner; peu d'hôtels; des faux jardins à la place des immeubles; des terrains vagues à la place des jardins; des arbres morts ou malades; des gratte-ciel fermés, délabrés ou en passe d'être détruits; oui, la ville qui a inventé les gratte-ciel et où l'on trouve, aujourd'hui encore, quelques-uns des plus beaux spécimens du genre en est réduite à les abattre car un gratte-ciel inoccupé est un gratte-ciel qui se décompose et qui, un jour ou l'autre, vous tombe sur la tête; la bibliothèque qui va fermer l'une de ses ailes; le journal local qui périclite; l'histoire, que me raconte l'un de ses journalistes, de ces maisons que leurs propriétaires, parce qu'ils ne pouvaient ni les payer ni les revendre, ont préféré brûler pour toucher au moins l'assurance; des rues sans eau ni courrier; jusqu'à la gare centrale qui fut, du temps des aciéries, le cœur de la région et dont il ne reste qu'une ruine, énorme pain de sucre à l'abandon, panneaux métalliques rouillés, bruit du vent, vol de corbeaux et, en grandes lettres du début du siècle, «The New York Central Rail Road» déjà à demi effacé."

[American Vertigo de Michko Netchak. 2007. Durée : 1 h 35. Distribution : Sophie Dulac. Sortie le 20 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 21.06.07 à 18:30 - 3 commentaires

 

Deux "trilogies" plus tard on aurait tendance à l’oublier, mais George Lucas a eu une vie avant Star Wars : en 1969, jeune étudiant en cinéma frais émoulu de l’Université de South California, il se laisse convaincre par Francis Ford Coppola, associé à la Warner Bros, de reprendre son court-métrage de fin d’études pour en faire un long-métrage de fiction.
Deux ans plus tard, THX 1138 sera un sanglant échec commercial malgré les modifications imposées par la Warner, et George Lucas tirera les enseignements de cette douloureuse expérience, avec le succès que l’on sait.
En redécouvrant aujourd’hui le film en salles dans sa version "director’s cut" (montage légèrement remanié, image et son restauré, ajout de plans numériques), on est frappé de constater à quel point THX 1138, est aux antipodes des pop-corn movies et du cinéma commercial dont la saga Star Wars allait consacrer l'avènement : à l’instar de 2001, l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick, le premier film de George Lucas, qu’il désignait comme un "documentaire du futur" appartient au genre de la science-fiction adulte, réflexive et austère.
Souvent comparé aux contre-utopies ou "dystopies" littéraires (voir ce passionnant site de la BNF) comme Le Meilleur des mondes ou 1984, THX 1138 (du "nom" de son héros, qui se dressera contre le système après avoir connu l’amour—prohibé— dans les bras de LUH 3147) livre la vision cauchemardesque d’un futur totalitaire où les masses subissent un conditionnement incessant (par la religion, les sédatifs, la télévision), et où toute manifestation individuelle est sévèrement sanctionnée. Loin de chercher à rendre cette vision plaisante, George Lucas s’attache à nous plonger dans véritable enfer sensoriel, à la fois visuel (géométrie, monochromie, minimalisme) et sonore (voir cette analyse de la B.O. de Lalo Schiffrin). Cependant la principale audace du film est narrative : dans THX 1138 le pouvoir est à la fois partout et nulle part, il n’a ni tête ni centre, aussi toute résistance individuelle est vouée à l’échec.
Réécriture assez transparente de l’allégorie de la Caverne de Platon (le dernier plan du film montre THX, libéré de ses entraves souterraines, se dressant face au soleil éblouissant), le premier film de George Lucas est ainsi d’une grande densité philosophique. De manière plus originale, on pourra également proposer aux élèves de Terminale une lecture historique du film, en leur montrant comment la mise en scène du futur permet en fait de critiquer le présent (G. Lucas parlait de science-fiction sociologique), et en analysant le film comme expression de la contre-culture étudiante des années soixante-dix : "Au temps des cheveux longs, des drogues prohibées et de l’amour libre, George Lucas imagine une société du futur où tous ont le crâne rasé, où la prise de drogue est obligatoire et l’accouplement interdit." (extrait du site officiel)

[THX 1138 Director's cut de George Lucas (reprise). 1971. Durée : 1 h 28. Distribution : Solaris. Sortie le 13 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 12.06.07 à 15:37 - 10 commentaires

"Algérie, 1959. Les opérations militaires s'intensifient. Dans les hautes montagnes kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d'une section de l'armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l'épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu'ils n'ont comme pire ennemi qu'eux-mêmes."
Le voilà-t-il enfin le "grand film sur la Guerre d'Algérie" qui battra en brêche ce lancinant et trompeur (récemment La Trahison et Mon colonel ont proposé des visions originales et convaincantes du conflit) sentiment d'absence de la période sur les écrans ? L'Ennemi intime s'annonce en tout cas comme l'un des projets les plus excitants de la rentrée, par l'association inédite entre le scénariste Patrick Rotman, rigoureux historien de la période (notamment à travers ses deux documentaires fleuve, La Guerre sans nom et L'Ennemi intime), et le réalisateur Florent Siri, spécialiste du film d'action (Nid de guêpes, Otage, tourné avec Bruce Willis à Hollywood), qui devrait permettre de concilier ambition artistique et grand spectacle…
Si le film se présente comme un vrai "film de guerre" (la date de 1959 renvoie aux violentes opérations du plan Challe), avec les moyens correspondants, il reprend également la réflexion entamée par le documentaire du même nom écrit et réalisé par Patrick Rotman : "comment un homme ordinaire devient un bourreau banal, voire un témoin indifférent ?"

Posté dans L'agenda par zama le 10.06.07 à 22:01 - 3 commentaires

[Article déjà publié à l'occasion du Festival de Cannes 2007]

Le parcours d’un homme peut-il résumer un demi-siècle d’Histoire ? C’est le pari de L’Avocat de la Terreur de Barbet Schroeder (Un Certain Regard) qui en suivant (et en perdant parfois) les traces de l’avocat Jacques Vergès, nous ballade de l’Europe, au Proche-Orient, du Maghreb jusqu’au Cambodge, de la fin de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux années 1990… Le film, qui pourrait porter comme sous-titre "L’envers de l’histoire contemporaine", permettra en ces temps de révisions aux lycéens les plus curieux de relire d’un autre œil leur programme d'Histoire de Terminale.
Dense et complexe, L’Avocat de la terreur reste foncièrement pédagogique, par la grâce d’un montage qui slalome avec aisance entre les grands procès de l’avocat. Sur un mode tantôt ironique (voire franchement désopilant), tantôt terrible, il montre le parcours d’un homme dont on continue à se demander au final s’il est un héros ou un salaud. Choix de cinéma ou incapacité à percer le mystère, le film ne répondra pas vraiment à la question à la mode "Qui connaît monsieur Vergès ?".
Amoureux passionné, qui plaide pour Djamila Bouhired et Magadalena Kopp, s’enflammant pour la cause révolutionnaire ? Stratège brillant qui impose dans le monde de la plaidoirie la "rhétorique de la rupture" destinée à renvoyer l’accusation à une stérilité argumentative ? Ami douteux qui cultive un réseau nébuleux, des héritiers de l’idéologie nazie au terroriste Carlos, en passant par Pol Pot et une belle brochète de despotes africains ? Héros, revenu de tout, d’un vrai film d’espionnage ?
Une chose est certaine, Vergès sait théoriser et exposer son action. Mais l’acuité de son intelligence laisse éclater un égotisme pétri d’orgueil, l’orgueil de celui qui se vante, à propos du procès Barbie, de valoir à lui seul les trente-neuf avocats de la partie civile.
A travers le portrait de cet homme indéfinissable, c’est un "il était une fois la révolution" que nous raconte L’Avocat de la terreur : l’histoire d’une jeunesse folle éprise d’actions généreuses qui auront viré au fanatisme.

> On pourra précéder ou prolonger le plaisir de la projection en surfant sur le passionnant site officiel du film qui revient sur les protagonistes et les dossiers du film, extraits, textes et liens à l'appui.

[L'Avocat de la terreur de Barbet Schroeder. 2007. Durée : 2 h 15. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 6 juin 2007]

 

Posté dans Dans les salles par comtessa le 06.06.07 à 11:39 - 11 commentaires
Choix artistique ou raisons commerciales, le diptyque de Clint Eastwood sur la bataille d'Iwo Jima était arrivé sur nos écrans en deux temps : Mémoires de nos pères en octobre 2006 et Lettres d'Iwo Jima en février 2007. Il devrait en être la même chose pour l'édition DVD, puisque vont paraître à quelques mois d'intervalle les DVD de Mémoires de nos pères (dans les bacs depuis le 30 mai) et de Lettres d'Iwo Jima (prévu pour la fin août). Il faudra sans doute attendre un peu plus pour disposer d'un coffret de la "saga" qui réunisse les deux films.
Le diptyque aura en tout cas sa place dans la DVDthèque de tout passionné d'histoire, tant le projet de Clint Eastwood est hors-normes. Non content de filmer un simple champ-contrechamp de la bataille d'Iwo Jima (côté américain, côté japonais), il a, à partir de sources très différentes (un roman de James Bradley, les lettres enterrées par les combattants japonais) adopté deux modes de narration très contrastés pour bâtir sa réflexion sur l'héroïsme et la mémoire des conflits.
Accueilli un peu tièdement à sa sortie par certains critiques, décontenancés par l'entrelacement des strates temporelles, le ton très réflexif et mélancolique du film, Mémoires de nos pères n'apparaît que plus passionnant face au classicisme de Lettres d'Iwo Jima. Comme nous l'indiquions à l'époque, c'est aussi le volet le plus pertinent dans le cadre des programmes d'histoire (Premières générales, Terminale STG), et sa complexité s'accorde parfaitement à l'étude fragmentée que permet le DVD : "Il présente en effet la réalité des combats menés lors de la reconquête du Pacifique, qui sont plus rarement abordés au cinéma que les grandes batailles européennes de cette période. Il est utile d'autre part pour comprendre les différents enjeux de la guerre totale menée par les Etats-Unis : la tournée des survivants du cliché de Rosenthal rappelle en effet l'intense travail de propagande mis en oeuvre pour convaincre les Américains du bien-fondé de leur combat comme de l'impérieuse nécessité de financer l'effort de guerre de la nation."
Outre les bonus offerts par le DVD (notamment une présentation du film par Clint Eastwood, le livre et le scénario du film) l'enseignant pourra s'appuyer sur l'article de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP, sur un article du TDC N° 932 du 15 mars 2007, "Des héros américains face à l'armée des ombres japonaise", et indirectement (notamment pour tout ce qui concerne l'historique de la bataille) sur le dossier pédagogique que nous avions consacré à Lettres d'Iwo Jima
Posté dans Le classeur par zama le 05.06.07 à 12:27 - Réagir

Comme en 2002 avec Elephant de Gus Van Sant, le Jury (six enseignants, deux étudiants et deux "professionnels" : l'actrice Bernadette Lafont, et le metteur en scène Marcel Bozonnet) du Prix l'Education Nationale a devancé celui de la Sélection Officielle en couronnant le très beau 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu quelques heures avant qu'il se voie décerner la Palme d'Or…
Voici le texte de la proclamation du jury, qui motive ce choix :
"4 mois, 3 semaines, 2 jours est une fiction radicale, mais émouvante parce c'est un film qui ne triche jamais. Une des grandes qualités du film consiste à regarder le sujet droit devant d'une manière implacable, sans disgression, sans rupture de rythme.
Ce qui nous est donné à voir, c'est une relation d'une extraordinaire solidarité entre deux jeunes femmes pour permettre à l'une d'entre elles de subir un avortement clandestin. Ce qui dans les dernières années du communisme en Roumanie était un acte illégal (depuis 1966), qui fut pratiqué en masse, causant la mort de plusieurs milliers de femmes.
Dés les plans d'ouverture, sans que rien ne soit pourtant exprimé, le film installe une atmosphère d'indécision et d'oppression.
A partir de là, le film s'inscrit dans une esthétique naturaliste. Sans misérabilisme, en de longs plans séquences, alternativement hyper mobiles ou fixes, la caméra capte la déliquescence d'un pays sous le joug totalitaire tout en restant focalisé sur les deux personnages principaux, leurs actes, leurs émotions. Nous avons été particulièrement sensibles à la double perspective: l'inscription historique et la question de l'avortement toujours d'actualité.
L'aproche descriptive, se révèle d'une incroyable efficacité. Clea tire l'action vers le thriller, captant le spectateur pour ne plus le lacher. De ce point de vue la longue quête nocturne d'Otilia et de son "baluchon" encombrant est un modèle du genre. Et comment ne pas parler de la scène centrale du film —un insupportable huis-clos au cours duquel l'avorteur, se livre à un abject chantage sexuel— qui est montré sous la forme d'un hymne au hors champ (avec notamment la force du plan fixe sur Otilia de profil dialoguant avec son amie).
Pour échapper aux pièges de l'académisme et des raccourcis psychologiques d'un tel argument scénaristique, il est évident qu'il fallait un grand cinéaste. Cristian Miungiu épure son trait et enchaîne les séquences avec une maîtrise formelle époustouflante (qui s'inscrit dans le renouveau du cinéma roumain). Enfin, est-il besoin de dire que la sobriété de la mise en scène est valorisée par une direction d'acteurs remarquables.
"
Joint par téléphone, Vincent Marie, un des six enseignants du jury, professeur d'histoire et membre actif de Cinehig (voir notamment son dossier sur le cinéma africain) a levé un coin de voile sur les délibérations : 4 mois l'a emporté "en finale" sur le film israélien La visite de la fanfare d'Eran Kolirin, présenté dans la sélection Un certain Regard et qui a reçu le Prix de la Jeunesse. Selon lui, le Jury a voulu refléter une Sélection Officielle "engagée et ouverte sur le monde" (s'inscrivant ainsi en décalage avec le choix de l'année précédente, Marie Antoinette, qui l'avait emporté sur Babel grâce à la voix prépondérante du président Frédéric Mitterrand), tout en "prenant des risques" : il a ainsi écarté Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et De l'autre côté de Fatih Akin, très appréciés par le jury mais qui auraient constitué des choix "un peu trop attendus" pour un Prix de l'Education Nationale. Comme les années précédentes, le film lauréat fera l'objet d'un DVD pédagogique qui devrait sortir dans le courant de l'année prochaine.

Posté par Zéro de conduite le 01.06.07 à 14:43 - 14 commentaires

Persepolis aura-t-il la Palme ? Il serait en tout cas étonnant que le film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud reparte sans prix, après la longue ovation qu’il a reçue lors de son unique projection en Sélection Officielle. Peu importe que ce succès couronne moins une nouveauté cinématographique (le film pâtit de la linéarité de sa narration, qui couvre les quatre albums de la série autobiographique, et de quelques baisses de rythme) que la singularité d’une œuvre et d’un parcours : par son talent unique et par ce qu’il symbolise, Marjane Satrapi méritait amplement son triomphe cannois, et l’audience qu’elle lui apportera au-delà du cercle déjà large des lecteurs de la bande dessinée.
Après les protestations très officielles de l’Etat iranien, on ne manquera pas sans doute pas d’enrôler Persepolis sous la bannière de la résistance au fondamentalisme et à l’oppression des femmes. Mais c’est à son regard d’auteure (beauté du graphisme en noir et blanc, que l’animation n’a pas trahi, humour souvent dévastateur, émotion discrète dans les passages les plus intimes) que Marjane Satrapi devra le succès de son film.
S’il est un prix que Persepolis mérite haut la main en tout cas, c’est bien celui de l’Education Nationale. Qu’on l’aborde par le biais de l’Histoire qu’il raconte (le film expose fort pédagogiquement l’histoire de l’Iran, du coup d’état de Reza Khan en 1921 jusqu’à la période contemporaine de la République Islamique), de son écriture (répondant à toutes les caractéristiques du genre, il constitue une façon originale d’aborder l’autobiographie) ou des valeurs qu’il défend (liberté et tolérance), Persepolis est un petit bijou pour les enseignants, d’autant plus précieux qu’il est accessible dès le collège. Dommage qu'il sorte à une période (le 27 juin) où les éleves auront dans leur majorité déserté les établissements.

Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, Sélection Officielle

Posté par zama le 24.05.07 à 14:07 - Réagir

Le parcours d’un homme peut-il résumer un demi-siècle d’Histoire ? C’est le pari de L’Avocat de la Terreur de Barbet Schroeder (Un Certain Regard) qui en suivant (et en perdant parfois) les traces de l’avocat Jacques Vergès, nous ballade de l’Europe, au Proche-Orient, du Maghreb jusqu’au Cambodge, de la fin de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux années 1990… Le film, qui pourrait porter comme sous-titre "L’envers de l’histoire contemporaine", permettra en ces temps de révisions aux lycéens les plus curieux de relire d’un autre œil leur programme d'Histoire de Terminale.
Dense et complexe, L’Avocat de la terreur reste foncièrement pédagogique, par la grâce d’un montage qui slalome avec aisance entre les grands procès de l’avocat. Sur un mode tantôt ironique (voire franchement désopilant), tantôt terrible, il montre le parcours d’un homme dont on continue à se demander au final s’il est un héros ou un salaud. Choix de cinéma ou incapacité à percer le mystère, le film ne répondra pas vraiment à la question à la mode "Qui connaît monsieur Vergès ?".
Amoureux passionné, qui plaide pour Djamila Bouhired et Magadalena Kopp, s’enflammant pour la cause révolutionnaire ? Stratège brillant qui impose dans le monde de la plaidoirie la "rhétorique de la rupture" destinée à renvoyer l’accusation à une stérilité argumentative ? Ami douteux qui cultive un réseau nébuleux, des héritiers de l’idéologie nazie au terroriste Carlos, en passant par Pol Pot et une belle brochète de despotes africains ? Héros, revenu de tout, d’un vrai film d’espionnage ?
Une chose est certaine, Vergès sait théoriser et exposer son action. Mais l’acuité de son intelligence laisse éclater un égotisme pétri d’orgueil, l’orgueil de celui qui se vante, à propos du procès Barbie, de valoir à lui seul les trente-neuf avocats de la partie civile.
A travers le portrait de cet homme indéfinissable, c’est un "il était une fois la révolution" que nous raconte L’Avocat de la terreur : l’histoire d’une jeunesse folle éprise d’actions généreuses qui auront viré au fanatisme.

> On pourra précéder ou prolonger le plaisir de la projection en surfant sur le passionnant site officiel du film qui revient sur les protagonistes et les dossiers du film, extraits, textes et liens à l'appui.

L'Avocat de la terreur de Barbet Schroeder, Un certain Regard. Sortie en France prévue le 6 juin 2007.

 

Posté par comtessa le 22.05.07 à 14:57 - 6 commentaires

Ah, la politique, difficile de s'en détacher complètement… Il y a quelques mois, Francis Larran nous proposait de voir dans les synopsis de la série des Rocky un reflet de l'idéologie américaine au tournant des années 70-80 (c'était notre séance du mois d'octobre). Contredisant le cliché qui situerait Hollywood forcément à gauche de la psyché américaine, il montrait comment le héros inventé et interprété par Sylvester Stallone incarnait à merveille le retour reaganien aux "valeurs de l'Amérique" (America is back !).
On pourra poursuivre l'analyse grâce au site Cadrage.net qui propose un article du québécois Yannick Quéau intitulé : "Hollywood et la sécurisation de l'identité états-unienne : Rocky ou la (re)valorisation des mythes fondateurs". L'enseignant replace le film de Jon Avildsen (1977) dans cette vague d'œuvres qui ont participé "à une entreprise de diffusion des valeurs libérales de la droite conservatrice, à travers une sorte de projet quasiment éducatif (responsabilité individuelle face à l'adversité, liberté d'améliorer sa condition, promotion des valeurs liées au courage, à la persévérance…". Il lit ainsi le tableau manichéen du monde ouvrier que dresse le film (tableau sordide mais illuminé par les valeurs simples de notre héros) à la lumière des valeurs de la droite conservatrice, il interprète le combat perdu par Rocky comme une possible métaphore du Vietnam (on peut perdre en restant le héros).
Moins convaincant dans ses démonstrations sur le féminisme (Adrian peut-elle être vue comme un idéal anti-féministe ?) ou le rôle des médias, il est en revanche très percutant dans son analyse du boxeur Appollo Creed comme une caricature à peine voilée de Mohammed Ali (à travers c'est plus largement le mouvement des droits civiques qui est visé) : "Il est présenté comme le champion incontestable, un individu arrogant, sûr de lui (trop?) et capable de manipuler les journalistes. Mais surtout, Creed méprise les mythes fondateurs de la nation. Son combat avec Rocky n'est pour lui rien d'autre que l'occasion d'ironiser sur le libéralisme des État-Unis et sur la réussite individuelle accessible à tous. (…) Le soir du combat est l'occasion pour Appolo de ridiculiser une fois de plus les fondements des États-Unis. Déguisé en Georges Washington, il jette de l'argent à la foule et joue les recruteurs pour l'armée américaine, allusion directe au refus de Ali de se soumettre au service militaire."
Yannick Quéau conclut : "Pour Stallone, en 1976, les États-Unis sont divisés en deux camps. D'un côté, on trouve ceux qui méprisent les mythes fondateurs, c'est-à-dire les noirs du mouvement des droits civiques et tous ceux qui se retrouvent dans le discours de Ali, de l'autre, on identifie Rocky Balboa et les conservateurs. Le combat final va permettre à Rocky de prouver que ceux qui croient dans les valeurs traditionnelles de l'Amérique véritable ont raison de penser ainsi." Et pour finir, il souligne ironiquement que le dernier avatar de la série, Rocky Balboa, est sorti sur les écrans français le même jour (un 24 janvier) que Bobby d'Emilio Estevez : deux icônes majeures, mais diamétralement opposées, de la culture états-unienne. Deux projets de société, comme on dit…

Posté dans Le classeur par zama le 15.05.07 à 01:18 - 4 commentaires

"Au cœur du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie…
une femme se bat pour obtenir l’arrestation des derniers criminels de guerre encore en fuite…
"
Ce pourrait être l’accroche d’un film d’espionnage hollywoodien (au hasard avec Nicole Kidman ?), mais c’est en fait celle d’un documentaire de Marcel Schüpbach, La liste de Carla. Le cinéaste a suivi Carla del Ponte, procureure du TPIY depuis août 1999 et pour quelques mois encore, dans sa traque des Ratko Mladic, Radovan Kazadzic ou Ante Gotovina.
Des méchants bien affreux, une héroïne courageuse, l’hypocrisie des puissants, l’affiche était alléchante… Le problème est que sous cet emballage la moisson du documentariste apparaît assez maigre : discussions de couloir, déplacements de l’équipe du TPIY, conférences de presse, entretiens (très contrôlés), les moments assemblés-là ne sont pas les plus palpitants qu’il nous ait été donné de voir au cinéma, et leur dramatisation paraît souvent assez artificielle.
Toute l’ambiguïté du film est là : si Carla del Ponte a autorisé le tournage, c’est bien qu’elle pressentait que ce film serait une arme de plus pour légitimer le TPIY et faire pression sur les régimes récalcitrants pour livrer leurs ressortissants. Mais elle prend bien garde de ne pas laisser filtrer des propos ou des images qui en bousculant le "diplomatiquement correct" pourraient mettre à mal ses missions. On a ainsi l’impression frustrante que l’essentiel nous échappe…
Ce documentaire a tout de même l’intérêt de lever un coin de voile sur le travail du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, et d’expliquer les principes qui ont présidé à sa création. En cela, il croise en de nombreux points les programme d’Histoire, de Géographie et d’ECJS de Terminale. Pour en savoir plus, on pourra se documenter à la fois sur le site du film, sur celui du TPIY, et sur cet excellent dossier de la Documentation Française.

[La liste de Carla de Marcel Schüpbach. 2007. Durée : 1 h 35. Distribution : Pierre Grise. Sortie le 9 mai 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 11.05.07 à 16:31 - 3 commentaires

Une guerre a aujourd’hui lieu sur le territoire des Etats-Unis. Loin du regard des médias nationaux, loin des champs de bataille irakiens ou afghans, une armée de protestants américains se met en ordre de combat afin de "reconquérir l’Amérique pour le Christ". Jesus camp, le documentaire d’Heidi Ewing et Rachel Grady montre le fonctionnement de cette "armée de Dieu" dont les soldats les plus prometteurs sont des enfants.
Car ces protestants évangéliques imposent à leurs enfants de vivre et penser à travers ce que dit la Bible. Toute leur vie doit être inspirée par Dieu : ils dansent pour le Christ sur du Heavy metal chrétien, jouent avec les poupées Adam et Eve copiées sur Barbie et Ken, ne lisent pas Harry Potter, parce qu’un héros sorcier est une chose sacrilège ; ils passent des vacances dans le camp du "Christ Triomphant". Ils manifestent sans cesse leur foi : ils pleurent ou s’agitent, en transe, lors de cérémonies collectives dans les Eglises évangéliques. Ils prient pour tout : pour la nomination d’un juge conservateur à la Cour Suprême, pour qu’il n’y ait pas de coupure d’électricité lors d’un spectacle évangélique, pour réussir un strike au bowling. Ces enfants-soldats doivent aussi prêcher la bonne parole auprès d’inconnus.
L’enrôlement des enfants a un aspect très politique. En plus de leurs positions créationnistes, anti-avortement, anti-écologistes, les protestants évangéliques soutiennent ouvertement l’administration Bush. Ils votent en fonction de leurs convictions religieuses. Ils veulent pouvoir se défendre face à la montée de l’intégrisme musulman. Ils travaillent à la mise en place d’un Etat théocratique en Amérique.
Ce documentaire saisissant illustre ainsi une "autre logique d’organisation de l’espace mondial" que celle de la mondialisation (Géographie, Terminales S, ES et L), puisqu’il montre un fondamentalisme teinté de nationalisme, sous-tendu par l’idée du "choc des civilisations" (Samuel Huntington). Il rappelle aussi que dans le modèle américain, les Etats-Unis sont censés être la "nation de Dieu" (Histoire, Terminales ES et L). Il fournit quelques éclaircissements quant à la politique de l’administration Bush.
Ce tableau d’une collusion entre intérêts religieux et politiques aux Etats-Unis pourra être nuancé à travers l’article de la revue Religioscope, qui montre qu’il existe plusieurs courants politiques au sein même des évangéliques. Toutefois, il rejoint en de nombreux points les analyses de Sébastien Fath (Dieu bénisse l’Amérique, Seuil, 2004) et Mokhtar Ben Barka (Les nouveaux rédempteurs : le fondamentalisme protestant aux Etats-Unis, éd. de l’Atelier, 1998) ainsi que celles du CNRS sur le créationnisme américain.

[Jesus camp de Heidi Ewing et Rachel Grady. 2006. Durée : 1 h 25. Distribution : Haut et Court. Sortie le 18 avril 2007] 

Posté dans Dans les salles par marion le 23.04.07 à 11:21 - 6 commentaires


Il est difficile de parler d’Une jeunesse chinoise sans évoquer tout d’abord la censure qu’il a subie et continue à subir dans son pays d’origine. Projeté au dernier Festival de Cannes sans l’aval des autorités chinoises, le film a été banni de Chine et le metteur en scène, Lou Ye, ainsi que sa productrice, Nai An, ont été interdits d’exercer leur métier pendant cinq ans. Interviewé par le journal Le Monde, le producteur français du film soulignait la schizophrénie des autorités chinoises, prises entre leurs volontés contradictoires de développer leur industrie du cinéma tout en contrôlant son expression artistique : "Le gouvernement chinois est face à un dilemme : il y a de plus en plus de salles en construction - 5 000 sont prévues en 2010, soit l'équivalent du parc actuel de salles en France, et 15 000 en 2015 -, mais seuls vingt films étrangers sont autorisés à être diffusés chaque année en salles. D'où l'utilité de dynamiser la production chinoise, qui compte environ 300 nouveaux films par an et pourrait, à terme, déséquilibrer Hollywood.Créer autant de salles implique d'avoir de bons films. Chinois si possible.(…) Bref, entre la censure d'un côté et l'incitation à faire des films, le pays connaît la schizophrénie la plus complète."
Est-ce la représentation sans fausse pudeur de nombreuses scènes d’amour physique (assez inédite dans le cinéma chinois), qui a chatouillé les censeurs, ou bien l’évocation frontale d’un épisode tabou de l’histoire récente de la Chine, la répression du soulèvement étudiant du printemps 89 ? Il est de toute façon difficile de séparer les deux aspects dans cette Education sentimentale à la chinoise : dans le contexte de l’époque (comme chez les étudiants de la Sorbonne en 1968, réclamant la mixité des résidences universitaires) la liberté des corps est une revendication proprement révolutionnaire… Réciproquement, l’énergie et l’ivresse qui caractérisent les protagonistes ont quelque chose de sexuel.
On n’apprendra de toute façon pas grand chose sur le printemps de Pékin dans Une Jeunesse chinoise : nos héros n’y sont que fort peu héros, et ne suivent la mobilisation que de loin, plus préoccupés par leurs relations contrariées que par les réformes politiques… Et quand Lou Ye les place au cœur des événements, c’est comme Fabrice à Waterloo, nous donnant l’impression fascinante d’être plongés au cœur de l’Histoire en train de s’écrire… mais sans rien pouvoir y comprendre (à moins de parler le mandarin et de comprendre slogans et dazibaos). On goûtera donc diversement le romantisme échevelé du film, qu’on soit sensible à la grâce (certaine) de ses jeunes interprètes et de la réalisation, ou agacés par l’hystérie (je t’aime, je te quitte) complaisamment mise en scène des personnages.
C’est dans sa mélancolique dernière partie que le film gagne notre sympathie : se scindant en deux (tandis que l’héroïne Yu Hong dérive dans les villes du Sud de la Chine, en proie à l'efferverscence capitaliste, Zhou Wei rejoint le Berlin de la Chute du Mur), il dépeint la génération Tiananmen (à laquelle appartient le réalisateur) comme une génération perdue, traumatisée l’élan brisé du printemps 89.
On pourrait lire ces trajectoires à la lumière de cet article (La résilience dans la société chinoise) du géographe Pierre Gentelle pour les Cafés Géos, qui proposait d’appliquer le concept de résilience forgé par le psychologue Boris Cyrulnik, à un peuple entier, marqué depuis les annés 1950 par une série de traumatismes très profonds : ou comment la société chinoise actuelle "formidable empilement de traumas, inscrits dans les consciences et dans la mémoire collective" peut-elle montrer aujourd’hui au monde un visage aussi conquérant ?

[Une jeunesse chinoise de Lou Ye. 2005. Durée : 2 h 20. Distribution : Océan Films. Sortie le 18 avril 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 20.04.07 à 12:48 - 9 commentaires

La "fiction patrimoniale", genre qu’analysait récemment Raphaëlle Moine dans un article de TDC (TDC : Histoire au cinéma), a de beaux jours devant elle : trois mois à peine après le Molière de Laurent Tirard, voici le Jean de la Fontaine de Daniel Vigne. Est-ce l’écho, en cette année d’incertitude électorale, d’un besoin toujours plus pressant de "de contenir l'angoisse commune d'une discontinuité insensée, de procurer l'illusion de la pérennité en fixant le passé dans le présent" comme l’analysait la chercheuse ? Ou pour le dire plus crûment, de nous rassurer sur notre "identité nationale" en convoquant les deux écrivains les plus populaires du Grand Siècle (Racine, Corneille ou Boileau auront certainement plus de mal à interpeler les foules… et motiver les financiers) ?
Alors que le film de Laurent Tirard mettait toute son énergie à "dépoussiérer le(s) classique(s)" en campant l’auteur de Dom Juan en jeune cancre débraillé (dépossédant au passage son œuvre de toute dimension politique), La Fontaine, le défi repeint le fabuliste en dissident avant l’heure. Comme si le cinéma n’aimait les écrivains que révoltés (rappelons-nous Beaumarchais, l’insolent d’Edouard Molinaro) contre l’ordre régnant, qu’il soit moral ou politique. Tout le film repose en effet sur l’affrontement manichéen entre le poète (Lorànt Deutsch) et le pouvoir, incarné par un Colbert (Philippe Torreton) tout de noir vêtu et machiavélique à souhait (dont chacune des apparitions est soulignée par une musique sinistre).
Qu’est-ce qu’être artiste sous la monarchie absolue ? Telle est la question que pose le film. Il y répond en présentant deux voies : la première est celle qu’auraient suivie Molière, Racine, Boileau, se soumettant à l’ordre du Prince ; la seconde est celle qu’aurait empruntée La Fontaine, la résistance par la plume et la fidélité au mécène Nicolas Fouquet emprisonné par Louis XIV le 5 septembre 1661 après la fête somptueuse qu’il aura donnée le 17 août.
Si le film respecte la biographie du poète (la fête de Vaux-le-Vicomte et la première représentation des Fâcheux de Molière, la rédaction de l’élégie aux nymphes de Vaux, l’exil à Château-Thierry, puis à Limoges, le service chez la duchesse d’Orléans, la publication des Fables), s’il ébauche une réflexion sur le travail de l’écrivain (bien absente du Molière de Tirard), en rappelant ses sources (Esope, l’observation des hommes et celle de la nature), on pourra regretter la constante tentation hagiographique qui consiste à mettre en scène l’écrivain comme le seul et unique opposant à Colbert et ses hommes de main.
En lisant les œuvres de La Fontaine, on perçoit justement l’ambiguïté profonde du personnage : d’abord poète courtisan (le Songe de Vaux en témoigne), il sera comme moraliste loin d’être aussi révolutionnaire que le film ne le présente. Que penser en effet de la morale du Loup et l’Agneau : "La raison du plus fort est toujours la meilleure", si ce n’est qu’elle n’est qu’un conseil de prudence ? Pour vivre en paix, vivons loin des Grands et surtout ne discutons pas avec eux… On est loin du La Fontaine vieilli qui à la toute fin du film se contente de descendre les marches de Versailles à contre-courant de la masse des courtisans.
Pour l'exploitation en classe (au lycée plutôt qu'au collège, car le film est très verbeux) on pourra se reporter au site Séance + du CRDP de Paris, qui propose vidéos téléchargeables, ressources, fiches d'activité, ainsi qu'au document Teledoc qui accompagne le documentaire Jean de la Fontaine, fidèle et rebelle diffusé ce soir sur France 5.

[Jean de la Fontaine, le défi de Daniel Vigne. 2006. Durée : 1 h 40. Distribution : Rezo films. Sortie le 18 avril 2007]

Posté dans Dans les salles par comtessa le 19.04.07 à 11:10 - 12 commentaires

Idi Amin Dada, Nelson Mandela : en matière de dirigeants politiques, l’Afrique aura connu le pire et le meilleur. Le premier avait fourni un sujet spectaculaire au Le Dernier roi d'Ecosse et l'occasion d'une composition oscarisée à Forrest Whitaker. Le second place les cinéastes devant une autre gageure : mettre un scène une véritable icône, au risque de tomber dans l’hagiographie ; raconter la vie d’un homme qui l’a passé pour l’essentiel en prison ; incarner un personnage encore vivant et dont le visage, après avoir été un mystère pendant ses années de détention, est devenu familier du monde entier.
Bille August, cinéaste deux fois palmé à Cannes (Pelle le conquérant, Les Meilleures intentions) mais mal-aimé de la critique (qui lui reproche son académisme) a résolu cette gageure grâce aux mémoires de James Gregory, le geôlier de Nelson Mandela. Choisi par les services secrets sud-africains pour sa connaissance du xhosa, celui-ci a suivi le leader de l’ANC, de près ou de loin, pendant la majorité de sa détention. Il est le vrai héros de Goodbye Bafana. Avec sa femme et de ses enfants, il incarne parfaitement l’état d’esprit de la minorité blanche au long des trente années que parcourt le film : d’une justification aveugle de la logique d’apartheid dans les années 60 et 70 (le film montre le poids de la religion, l’isolement) à la prise de conscience dans les années 80 (lassitude par rapport au terrorisme, à l’opprobre et à l’isolement internationaux) ; à quoi s’ajoute dans le cas de Gregory un respect et une fascination grandissants pour l’opposant emprisonné.
La relation entre les deux hommes pourra paraître un peu angéligue (notamment au détour d’une scène de combat au bâton trop belle et symbolique pour être vraie) et le film parfois édulcoré. Mais en se concentrant sur des sud-africains ordinaires, le film livre une vision sans doute plus humaine et plus juste de l'apartheid que les (nombreux) films qui l'ont précédé (qui mettaient généralement en scène la résistance des opposants au régime), et permet de poser la question de la responsabilité individuelle. C'est tout l'intérêt pédagogique de ce film, qu'on pourra utiliser en Histoire-ECJS (et en Education civique au collège) ainsi qu'en Anglais. On se reportera à notre site pédagogique qui propose des dossiers d'accompagnement dans ces deux disciplines, ainsi qu'au Cinéclasse paru dans Le Monde de l'Education de ce mois-ci.

[Goodbye Bafana de Bille August. 2007. Durée : 1 h 58. Distribution : Paramount Pictures. Sortie le 11 avril]

Posté dans Dans les salles par zama le 13.04.07 à 13:01 - 10 commentaires

Quels personnages de la seconde moitié du vingtième siècle l'histoire retiendra-t-elle ? A coup sûr, Nelson Mandela fera partie de ceux-là. Et c'est là le premier mérite du film de Bille August, Goodbye Bafana (au cinéma le 11 avril) : donner chair et humanité au leader de la lutte anti-apartheid, sans tomber (comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cinéclasse consacré au film) dans l'hagiographie. L'autre atout du film est la peinture à la fois subtile et fort pédagogique du régime d'apartheid, des facteurs qui ont favorisé sa pérennité (l'assentiment d'une population psychologiquement conditionnée et le soutien —au moins tacite— des pays occidentaux dans le contexte de la Guerre Froide) aux raisons, internes et externes, qui ont précipité sa chute.
Le film permettra ainsi une réflexion avec les élèves à différents niveaux, au Collège en Education Civique (la notion d'égalité en 5ème, les droits et libertés en 4ème), au Lycée en ECJS (Citoyenneté et intégration) et en Histoire (en Terminale au détour des chapitres sur "Le Tiers Monde", "La Guerre Froide" et "A la recherche d'un nouvel ordre mondial").
Mais c'est sans doute en classe d'Anglais qu'il permettra l'utilisation la plus riche : partant d'une étude civilisationnelle de ce grand pays de la sphère anglophone qu'est l’Afrique du Sud (qui peut mener à une réflexion sur la question de la mémoire collective et de la réconciliation dans la "new South Africa"), l'enseignant pourra introduire différents éléments linguistiques en s'appuyant sur les dialogues du film (les modalités, la voix passive, le comparatif) puis éventuellement passer à l'analyse d’une autre œuvre, cinématographique ou littéraire.
C'est ce que proposent les deux dossiers pédagogiques (en Histoire et en Anglais) mis en ligne sur le site pédagogique Goodbye Bafana, en attendant la sortie du film le 11 avril.

Posté dans L'agenda par zama le 06.04.07 à 18:38 - Réagir

On se souvient des chansons (Willkommen…), des numéros de danse réglés au millimètre par le réalisateur et chorégraphe Bob Fosse, de l’interprétation (couronnée par un Oscar) de Liza Minelli. Et si Cabaret (qui revient sur le devant de la scène à l'occasion d'une nouvelle production théâtrale) était aussi un grand film historique ? Dix ans après West side story, il renouvelait en profondeur le genre hollywoodien du musical, en frottant la petite à la grande histoire. C’est bien le contraste entre la légèreté des aventures de Sally Bowles, et la gravité des événements historiques qui constituent tout l’intérêt de Cabaret. Transposée en chansons (notamment dans la scène où un chant entonné par un jeune nazi est repris par la foule enthousiaste), la montée du nazisme dans le Berlin des années 30 n’en est que plus glaçante.
C'est l'objet de notre séance du mois de mars : "Ce film peut être étudié dans le cadre du programme d’Histoire de Première, puisque ce programme comprend un thème sur les totalitarismes européens, et notamment le nazisme. A travers des destins individuels, il permet d’envisager les conditions politiques, économiques et sociales qui ont favorisé la montée du parti nazi en Allemagne. Crise de confiance à l’égard de la république de Weimar, anticommunisme, crise économique, antisémitisme sont autant de points qui peuvent être abordés grâce au film. Il permet également d’étudier les modalités de la stratégie nazie dans sa prise de pouvoir : propagande par l’écrit (tract, presse), manifestations, violences politiques des SA. Enfin, d’un point de vue plus culturel, il offre un regard sur le Berlin de l’entre-deux-guerres, où la vie culturelle est foisonnante et où la liberté des mœurs est plus prégnante qu’ailleurs." (Extrait de l'introduction)

[Télécharger la séance au format pdf]

Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 31.03.07 à 22:30 - 3 commentaires

Si de nombreux films ont traité de l'apartheid et de ses suites, aucun n'avait jusqu'ici osé aborder frontalement la personnalité de Nelson Mandela. Il faut dire qu'il n'est pas évident de faire un film sur quelqu'un qui a passé vingt-sept ans en prison, et d'incarner l'une des rares icônes politiques de la fin du XXème siècle.
"Une icône", c'est le titre de l'éditorial de Christian Bonrepaux dans le supplément Cinéclasse que Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) consacre au film Goodbye Bafana de Bille August (au cinéma le 11 avril). Il souligne que Goodbye Bafana "échappe au piège de l'admiration béate en déroulant les fils du récit à travers le regard de James Gregory, son gardien pendant toutes les années de détention. La confrontation quotidienne d'un homme hors du commun et celle d'un Afrikaner ordinaire, convaincu de la suprématie de la race blanche, permet de mettre en évidence les mécanismes du discours raciste et leurs violences."
Comme chaque mois, les rubriques "Education à l'image" et "De la salle à la classe" replacent l'étude du film dans les programmes et les pratiques des enseignants. Ceux-ci pourront s'appuyer également sur le substantiel entretien avec l'historien François-Xavier Fauvelle-Marty, spécialiste de l'histoire de l'Afrique du Sud. il analyse le personnage de Mandela, à la fois symbole (le "plus vieux prisonnier politique du monde") et stratège, il décrit les difficultés de la transition démocratique (qui a fait tout de même entre 20 000 et 30 000 morts dans les années 1990) et la persistance encore aujourd'hui d'une forme d'apartheid économique ; il revient sur les racines du système racial, hérité des guerres entre colons néerlandais et britanniques : "En ce sens, la situation au sud de l'Afrique évoque celle des Etats-Unis après la guerre de Sécession. Dans les deux pays, en effet, les Noirs ont fait les frais d'une volonté de réconciliation entre deux communautés blanches."

[Le Monde de l'Education n° 358. Avril 2007. Supplément Cinéclasse]
[Voir également notre site pédagogique]

Posté par Zéro de conduite le 30.03.07 à 16:32 - Réagir

Une histoire. Une dramaturgie. Des personnages : Les Lip, l’imagination au pouvoir de Christian Rouaud c’est d’abord ça, de l’excellent cinéma. Même si la critique, pour une fois unanime, s'en est massivement chargé, il faut le dire et le redire : il arrive qu’un "petit" documentaire, mélange très classique d’archives et d’entretiens filmés, s’avère plus palpitant qu’un blockbuster pourtant conçu et marketé pour épater les foules.
Ceci posé, on émettra l’hypothèse que l’écho remporté par le film de Christian Rouaud dépasse de loin la sphère cinéphilique : comme si ce conflit social, oublié pendant plus de trente ans, effacé par le souvenir de tant d’autres luttes, de tant d’autres défaites (après les Lip il y eut les Lu, les Metaleurop…), se révélait aujourd’hui d’une actualité à la fois douloureuse et vivifiante ; douloureuse parce qu’il annonçait, sans qu’évidemment les protagonistes de l’époque ne s’en doutent, la désindustrialisation massive et le chômage de masse, mais aussi et surtout la mutation vers un capitalisme financier plutôt qu'industriel (dont récemment un documentaire comme Ma mondialisation décrivait bien les mécanismes) ; vivifiante parce qu’il portait encore l’énergie, les espoirs et les idées ("l’imagination au pouvoir" du titre) du printemps 68, qu’on retrouve aujourd’hui dans les mouvements et les luttes altermondialistes.
Pour peu qu’on ait bien préparé les élèves, le film peut constituer un intéressant support de réflexion. En Sciences Economiques et Sociales, le film peut servir d’illustration au chapitre sur les conflits sociaux : rôle des syndicats, diversification des formes et objets de l’action collective sont des thèmes aisément abordables par l’intermédiaire du récit du conflit des "LIP". "Freinage" (division par deux du rythme de travail pour garder la paie) puis "prise en otages" des montres et autogestion ("On fabrique, on vend, on se paie") : les Lip ont renouvelé le répertoire de l’action collective. Le récit de ceux qui ont contribué à ce mouvement hors normes permet d’autre part de mettre au jour des interactions complexes, souvent insoupçonnées, au sein des conflits du travail. En Histoire il trouvera naturellement sa place dans le cadre du programme de Terminale ("Economie et société dans la France de la Ve République")(voir notre dossier pédagogique).
On terminera en conseillant d'aller faire un tour sur l'excellent site du film qui propose tout un tas de ressources pour prolonger la projection : la présentation des différents intervenants, une chronologie du conflit, une bibliographie exhaustive sur le conflit LIP, des liens vers les archives en ligne de l’INA, mais aussi une revue de presse régulièrement actualisée, des forums de discussion, et, last but not least, la liste des soirées-débats et la programmation du film dans les salles…

[Les Lip, l'imagination au pouvoir de Christian Rouaud. 2006. Durée : 1 h 58. Distribution : Pierre Grise. Sortie le 21 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 25.03.07 à 20:58 - 7 commentaires

Déjà sérieusement éreinté par les flèches de la critique, 300, adaptation cinématographique de la bande dessinée de Frank Miller sur la bataille des Thermopyles, comptera sûrement autant de détracteurs dans le monde enseignant que les Grecs ont eu à combattre de Perses lors des guerres médiques.
Indigence du traitement historique (escamotage des enjeux politiques de la seconde guerre médique, oubli des autres cités grecques au profit de la seule Sparte, survol de la question de l’éducation spartiate — agogè et cryptie —), invraisemblances et contresens (passent encore la vision faussée du conseil et du pouvoir royal, l’absence des périèques et des hilotes — même lors de la cryptie —, l’intervention d’Arcadiens au côté des Spartiates ou d’un rhinocéros parmi les hommes de Xerxès déguisés en ninjas — ou en fedayins ? —. Mais on ne comprend toujours pas le choix de montrer les éphores comme des personnages monstrueux, corrompus et difformes), stupidité des dialogues (dans cette ode à Sparte, pourquoi ne pas avoir rendu hommage au laconisme de sa langue), laideur générale de la bande sonore et des effets visuels de synthèse : historiens et hellenistes risquent de passer leur chemin.
Ceux qui passeront outre pourront être rebutés par la débauche complaisante de violence, et la fascination assez perverse pour la monstruosité (les éphores pustuleux, Ephialtès), toujours associée à la corruption morale et opposée à la beauté sculpturale des braves et honnêtes guerriers. De là à imaginer Frank Miller et Zack Snyder en proto-fascistes fascinés par le militarisme, l’autoritarisme et l’eugénisme spartiates, et 300 en œuvre de propagande à la gloire de Georges W. Bush, moderne Léonidas en lutte contre l’invasion barbare, il n’y a qu’un pas, assez tentant, à franchir.
Le paradoxe est peut-être que dans ces critiques se cachent en creux les qualités du film : à l'inverse des représentations courantes de l'histoire antique et des conceptions morales actuelles, ce péplum semble plus proche de l'esprit des textes grecs (Herodote, Eschyle, Plutarque…) que ses prédécesseurs édulcorés.
300 s’affronte en effet avec un certain culot au registre considéré comme le plus élevé sous l’Antiquité : l’épique. La violence invraisemblable des scènes du film semble effectivement assez proche de celle des combats de la seconde guerre médique, tel qu'ils nous sont rapportés par Hérodote. Leonidas, grand roi, valeureux guerrier et époux modèle, est dans le film élevé au rang de héros : frère d’Hector et d’Achille mais aussi d’Ulysse, par les ruses qu’il emploie aussi bien pour contourner les règles de Sparte que pour défier Xerxès et ses armées (faire mine de s’agenouiller pour lancer l’attaque finale : on pense au Cheval de Troie ou à la mutilation de Polyphème).
En relisant Les Perses d’Eschyle (la description des Perses comme précieux et efféminés, l’opposition entre la monarchie absolue perse et les règles politiques grecques) ou l'Histoire d'Herodote (VII, 104, Démarate à Darius à propos des Spartiates : "En combat singulier, ils valent n’importe qui, mais tous ensemble ils sont les plus braves des hommes. Ils sont libres, certes, mais pas entièrement, car ils ont un maître tyrannique, la loi, qu’ils craignent bien plus encore que tes sujets ne te craignent : assurément, ils exécutent tous ses ordres ; or ce maître leur donne toujours le même : il ne leur permet pas de reculer devant l’ennemi, si nombreux soit-il, ils doivent rester à leur rang et vaincre ou périr." ), on se rend compte que le film est plus profond qu’il n’y paraît. La démesure du conflit (le sol tremble à l'arrivée de la multitude perse, un nuage de flèches barbares cache le soleil) tout comme le manichéisme opposant la liberté et l'ordre grecs aux désordres, à la richesse, à la cruauté de la tyrannie perse pourrait être une traduction fidèle des sentiments que les Grecs du Vème siècle ont éprouvé face à l'arrivée des foules barbares.... face à ces myriades d'hommes soumis et fouettés par un chef impie et coupable d'hybris.
Il ne faut d’ailleurs pas oublier que cette épopée nous est narrée par un rescapé des 300, et sert à réunir les Grecs contre les forces barbares à Platée : le film nous dit ici quelque chose d’important, à savoir que c’est à partir de récits retravaillés par l’imaginaire que se cimente une unité culturelle. La sortie et le succès de 300, deux mille cinq cents ans après les Thermopyles, en sont la meilleure preuve.

[300 de Zack Snyder. 2006. Durée : 1 h 55. Distribution : Warner Bros. Sortie le 21 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par comtessa le 23.03.07 à 00:30 - 26 commentaires

Remarqué en France pour son joli Respiro (2003) portrait de femme affranchie sur une petite île sicilienne, Emanuele Crialese passe avec Golden door à la vitesse supérieure, celle du collectif et de l'épopée : à travers le parcours de la famille Mancuso, le film raconte, sur un mode à la fois réaliste et magique, l'immigration italienne vers les Etats-Unis au début du siècle dernier. Des rêves et des doutes des candidats au départ, jusqu'à la drastique sélection opérée par les services de l'immigration américaine à l'arrivée à Ellis Island, en passant par les affres du long voyage en bateau, Golden door offre une riche réflexion sur les thèmes de l'immigration et de l'identité. Malgré certaines longueurs, le film séduit par son humanisme, comme le souligne Anne Henriot pour les Actualités pour la classe du CNDP : "Plus qu’un récit historique ou social, le film traduit la volonté du réalisateur d’aller à la rencontre des individus, de leur expérience. Sicilien lui-même, Emanuele Crialese cherche à retrouver les sentiments et émotions de ces Italiens qui partirent au début du siècle pour un monde dont ils ignoraient tout. Il s’appuie, pour reconstituer leur périple, sur des photos d’archives – photos laissées par les émigrés à leur famille, photos prises à Ellis Island. Il semble interroger le regard de ces personnages un peu perdus, adopter leur point de vue pour reconstituer leur histoire et faire comprendre la difficulté de ce saut vers l’inconnu, risqué alors par tant de familles pauvres dans l’espoir d’une vie meilleure."
On renverra surtout les enseignants au site Séance + que le CRDP de Paris consacre au film, et qui offre aux enseignants d'Histoire, d'Anglais et d'Italien (le bilinguisme est d'importance dans le film) une série d'outils soignée et très complète : présentation exhaustive du cadre pédagogique dans lequel le film peut s'insérer, nombreux documents, fiches d'activité pour les élèves, sitographie, et même quatre extraits du film à télécharger librement.

[Golden door d'Emanuele Crialese. 2006. Durée : 1 h 58. Distribution : Memento Films. Sortie le 21 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 21.03.07 à 11:55 - 9 commentaires