Mot clé : Italien

L'été est une période propice aux cinéphiles : dans un environnement (un peu) moins encombré et concurrentiel, les salles de Paris et des grandes villes de province font une place aux rééditions et ressorties. On en signalera deux pour les enseignants et passionnés :
— il y a quinze jours ressortait en copies restaurées Le Jardin des Finzi-Contini (1971), adaptation par le maître Vittorio De Sica (dont ce fut l'un des derniers films) du chef-d'œuvre du romancier ferrarais Giorgio Bassani. Le magazine Télérama lui consacre un reportage qui relate notamment la brouille entre Bassani et De Sica, à propos des changements apportés dans l'adaptation à la fin du livre.
— aujourd'hui c'est au tour du magistral Douze hommes en colère (1957) (photo) de Sidney Lumet, coup d'essai de son auteur modèle d'après la pièce de Reginald Rose et modèle du "film de procès". Souvent utilisé en classe de Français (à l'instar de La Controverse de Valladolid) pour une étude du discours argumentatif ou sa réflexion sur la justice (voir ainsi cette séquence destinée à des Troisièmes qui étudie conjointement le film et la pièce de Reginald Rose), Douze hommes en colère peut également être utilisé avec profit en Philosophie, en SES (voir cette séquence proposée dans le cadre de l'option Sciences Politiques), ou en Histoire (pour étudier dans ce microcosme masculin —à l'époque les femmes ne peuvent être "jurés"— réuni en huis-clos les tensions qui traversent la société américaine du début des sixties).
On écoutera également cette communication de Jean Tulard sur la justice au cinéma, qui s'en tient à des exemples tirés du cinéma français, et donc ne… parle pas de Douze hommes en colère. On pourrait dire "qui ne parle surtout pas", puisque dans le débat qui suit, Jean Tulard (dont le son Dictionnaire du cinéma est connu pour ses jugements assassins et parfois à l'emporte-pièce), exprime… le peu d'estime ("davantage un téléfilm qu’un film") qu'il a pour le film de Sidney Lumet.

[Le Jardin des Finzi Contini de Vittorio De Sica (1971). Durée : 1 h 34. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 11 juillet 2007]
[Douze hommes en colère de Sidney Lumet (1957). Durée : 1 h 35. Distribution : Carlotta Films. Sortie le 25 juillet 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 28.07.07 à 01:38 - Réagir

Remarqué en France pour son joli Respiro (2003) portrait de femme affranchie sur une petite île sicilienne, Emanuele Crialese passe avec Golden door à la vitesse supérieure, celle du collectif et de l'épopée : à travers le parcours de la famille Mancuso, le film raconte, sur un mode à la fois réaliste et magique, l'immigration italienne vers les Etats-Unis au début du siècle dernier. Des rêves et des doutes des candidats au départ, jusqu'à la drastique sélection opérée par les services de l'immigration américaine à l'arrivée à Ellis Island, en passant par les affres du long voyage en bateau, Golden door offre une riche réflexion sur les thèmes de l'immigration et de l'identité. Malgré certaines longueurs, le film séduit par son humanisme, comme le souligne Anne Henriot pour les Actualités pour la classe du CNDP : "Plus qu’un récit historique ou social, le film traduit la volonté du réalisateur d’aller à la rencontre des individus, de leur expérience. Sicilien lui-même, Emanuele Crialese cherche à retrouver les sentiments et émotions de ces Italiens qui partirent au début du siècle pour un monde dont ils ignoraient tout. Il s’appuie, pour reconstituer leur périple, sur des photos d’archives – photos laissées par les émigrés à leur famille, photos prises à Ellis Island. Il semble interroger le regard de ces personnages un peu perdus, adopter leur point de vue pour reconstituer leur histoire et faire comprendre la difficulté de ce saut vers l’inconnu, risqué alors par tant de familles pauvres dans l’espoir d’une vie meilleure."
On renverra surtout les enseignants au site Séance + que le CRDP de Paris consacre au film, et qui offre aux enseignants d'Histoire, d'Anglais et d'Italien (le bilinguisme est d'importance dans le film) une série d'outils soignée et très complète : présentation exhaustive du cadre pédagogique dans lequel le film peut s'insérer, nombreux documents, fiches d'activité pour les élèves, sitographie, et même quatre extraits du film à télécharger librement.

[Golden door d'Emanuele Crialese. 2006. Durée : 1 h 58. Distribution : Memento Films. Sortie le 21 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 21.03.07 à 11:55 - 9 commentaires
Extrêmement attendu en France en général et au Festival de Cannes en particulier, le dernier film de Nanni Moretti a quelque peu déconcerté le public et les commentateurs, qui se sont rendus compte avec une surprise parfois mêlée de déception de ce que serinaient le réalisateur et les critiques italiens depuis la sortie du film en Italie : à savoir que Le Caïman n'était pas ni pamphlet politique ni un film sur Silvio Berlusconi
Avouons que nous n'avons nous-mêmes trop su que faire, d'un point de vue pédagogique, de ce film qui a la malice de déjouer une à une les attentes que son brûlant sujet peut faire naître.
Alors, en guise de rattrapage tardif, signalons quelques approches en ligne du Caïman :
- pour les italianistes le Café Pédagogique n° 73 présente quelques articles en lien (dans le cadre d'un dossier spécial  qui présente également les autres films italiens présentés au Festival de Cannes, classiques compris, et le palmarès des David di Donatello).
- les Actualités pour la classe du CNDP présentent le film dans leur sélection de juin. Philippe Leclercq conseille le film "au lycée en histoire pour l’Italie moderne, en classes audiovisuelles pour l’état du cinéma italien contemporain et en sciences politiques pour la question du « berlusconisme". Il insiste, à travers l'analyse de la structure narrative du film, sur le jeu avec les différentes incarnations du Cavaliere, et sur l'intelligente avec laquelle Moretti renouvelle le genre du film "politique" : "Au lieu de tordre le récit et de l’inféoder au discours ou message politique (contrainte courante du genre dans les années 1960-1970), c’est ici la chose politique qui suit la ligne directrice tracée par les déceptions et trahisons de l’infortuné Bruno."
- un joli article sur le blog d'une enseignante de philosophie, Laurence Hansen-Love (par ailleurs prof de cinéma) intitulé "L'humour amer de Nanni Moretti". Encadrant son article de deux citations, l'une de la Boëtie (Discours de la servitude volontaire, 1549) et l'autre de Tocqueville (De la démocratie en Amérique, 1840), elle s'interroge avec Nanni Moretti sur le joug que les Italiens se sont démocratiquement imposé : "L’énigme est la suivante : pourquoi les Italiens ont-ils câliné puis porté au pouvoir un caïman (crocodile à museau large et court) ?"

[Le caïman de Nanni Moretti. 2005. 1 h 52. Distribution : Bacfilms. Sortie le 22 mai 2005]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 12.06.06 à 18:22 - 6 commentaires
L’opposition affichée de la majeure partie de l’industrie hollywoodienne, le militantisme à tous crins de certains acteurs et cinéastes plus engagés, la Palme d’Or attribuée par le jury de Quentin Tarentino à Farenheit 9/11 : rien de tout cela n’avait permis d’empêcher une seconde présidence Bush. Il s’était même dit après la défaite de John Kerry que l’activisme des stars, et la campagne autour du film de Michael Moore avaient été plutôt contre-productifs, ne prêchant que les convaincus et braquant l’Amérique profonde.
En sera-t-il de même en Italie avec Le Caïman de Nanni Moretti ? C’est en tout cas la crainte partagée par certains leaders de gauche qui ont refusé de s’associer au film, sorti le 24 mars en pleine campagne (il est annoncé en France pour le mois de mai, après sa probable sélection au Festival de Cannes). Ainsi Romano Prodi a-t-il espéré que le film serait "utile et non pas nuisible à la campagne électorale" (voir l'article du Monde), tandis que le roué leader du gouvernement italien jouait la carte de la persécution et retournait à son profit le titre du film, sur le mode : "oui je suis le caïman et je vais tous les manger !".
Plus que quelques heures de suspense en tout cas avant les résultats lundi, qu'on pourra mettre à profit pour consulter les dossiers spéciaux consacrés aux élections italiennes par Libération, Le Monde, et, plus scolaire, par le Café Pédagogique, mais aussi le dossier de la revue Cadrage sur Nanni Moretti (principalement consacré aux récents Journal intime et Aprile). Le débat pourra alors reprendre sur l'influence politique du cinéma sur les masses…
Posté dans L'agenda par zama le 08.04.06 à 15:17 - 15 commentaires
vento.jpgAustère et exigeant (plans fixes, acteurs non professionnels), Vento di terra, le second film de Vincenzo Marra (Tornando a casa) mérite qu’on s’y attarde et s’y attache.
C’est le récit aussi implacable que distancié des efforts déçus d’un jeune homme pour échapper à sa condition sociale, dans une banlieue misérable de Naples (Secondigliano) à la fin des années 1990. Philippe Leclerq pour les Actualités pour la classe du CNDP avance la notion de déterminisme et voit dans Vento di terra un film "politique", ce qui pose des questions esthétiques (il montre l’héritage du néoréalisme italien "qui s’évertuait à montrer sans artifices, sans effets visuels et sans action spectaculaire la dure réalité de l’Italie d’après-guerre") et philosophiques ("À ce propos, on se demandera si la prééminence implacable de la fatalité qui fait de l’ouvrier puis du militaire (Enzo) une « victime » ne va pas à l’encontre de la démarche politique. Autrement dit, est-ce que la métaphysique ne vient pas brouiller le discours idéologique ? ").
Il conseille donc le film aux lycéens en français/philosophie. On pourra ajouter qu’un travail est également possible en SES (notamment en première) et surtout en italien : la ville de Naples et le Mezzogiorno, le dialecte napolitain, le cinéma néoréaliste, le film ne manque pas de thématiques à exploiter en classe.

[Vento di terra de Vincenzo Marra. 2005. Durée : 1 h 22. Distribution Les Films du Paradoxe. Sortie le 23 novembre 2005]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 25.11.05 à 12:14 - 1 commentaire