Mot clé : Philosophie

Même si Un secret de Claude Miller ne sortira que le 3 octobre prochain, il est possible de se plonger dès maintenant dans le passionnant supplément Cinéclasse que lui consacre Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) dans son numéro de juillet-août (n° 360).
Dans son éditorial, le journaliste Christian Bonrepaux fait remarquer que la simplicité de l'écriture de Philippe Grimbert, qui n'a sans doute pas été étrangère à son succès de librairie, "ouvre sur des problématiques complexes". Ce sont ces problématiques que le numéro s'attache à baliser, sans oublier de les confronter leur traduction cinématographique. Le mensuel interroge ainsi deux enseignants de philosophie (Education à l'image) et une professeure de Français (De la salle à la classe) sur les thématiques abordables en classe : la dimension autobiographique du roman, l'introduction aux concepts de la psychanalyse, la traduction cinématographique du réseau métaphorique du livre, etc.
Il interviewe plus longuement le psychiatre et psychanalyste Maurice Corcos, spécialiste du lien entre littérature et enfance, qui analyse très finement les liens entre roman familial et Histoire, traçant des parallèles avec des auteurs comme Georges Pérec (à qui il a consacré un livre, Penser la mélancolie, Albin Michel, 2005), Primo Levi ou Orson Welles : "La grande histoire a volé son frère au jeune garçon, le narrateur. Elle se noue, s’enchevêtre jusqu’à l’étranglement avec l’histoire familiale, la relation amoureuse entre son père, Maxime, et Tania, le sacrifice d’Hannah, la mère. C’est ce télescopage et la fièvre du temps qu’il génère qui confère sa force et son originalité à ce roman autobiographique et en même temps fictionnel au sens de la place qu’il donne non seulement aux faits mais aussi à la mémoire nostalgique que prodiguent les fantasmes et l’imaginaire."

Cinéclasse, Le Monde de l'Education N° 360, Juillet-août 2007

Posté par Zéro de conduite le 12.07.07 à 16:10 - Réagir

Non, ce n’est pas Simone de Beauvoir, même si l’éditrice de Jean-Dominique Bauby est jouée par la même Anne Alvaro, ni Jean-Paul Sartre, même si la paralysie du narrateur interprété par Mathieu Amalric peut évoquer le visage tordu du philosophe qu’incarnait Denis Podalydès : passé ces moments de confusion due au visionnage un peu plus tôt dans l’année d’un téléfilm consacré à l’auteur de La Nausée, la discussion s’engage avec les élèves de Terminale littéraire du lycée Eugène Ionesco d’Issy les Moulineaux, réunis sur la base du volontariat pour la projection du film Le Scaphandre et le papillon, adapté par Julian Schnabel du livre de Jean-Dominique Bauby.
Si ce sont les partis pris de mise en scène (notamment cette première partie en "caméra subjective") qui interpellent et partagent tout d’abord le groupe, les échanges s’affinent rapidement autour du riche réseau d’images et de métaphores que tisse le film, et s’élargissent à une réflexion sur la maladie : la présence centrale, relativement rare au cinéma (on peut faire écho à la réflexion menée sur ce site autour du film Le temps qui reste), de la figure du malade, l’évocation sans tabou de ses souffrances mais aussi de sa vitalité et de son désir, etc…
Au bout du compte, si Le Scaphandre et le papillon reste avant tout un film "dur" selon la conclusion des élèves, il réussit à dépasser la facilité de faire de ce récit une expérience de seule compassion.

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Posté dans De la salle à la classe par Zéro de conduite le 08.07.07 à 22:21 - 3 commentaires

 

Deux "trilogies" plus tard on aurait tendance à l’oublier, mais George Lucas a eu une vie avant Star Wars : en 1969, jeune étudiant en cinéma frais émoulu de l’Université de South California, il se laisse convaincre par Francis Ford Coppola, associé à la Warner Bros, de reprendre son court-métrage de fin d’études pour en faire un long-métrage de fiction.
Deux ans plus tard, THX 1138 sera un sanglant échec commercial malgré les modifications imposées par la Warner, et George Lucas tirera les enseignements de cette douloureuse expérience, avec le succès que l’on sait.
En redécouvrant aujourd’hui le film en salles dans sa version "director’s cut" (montage légèrement remanié, image et son restauré, ajout de plans numériques), on est frappé de constater à quel point THX 1138, est aux antipodes des pop-corn movies et du cinéma commercial dont la saga Star Wars allait consacrer l'avènement : à l’instar de 2001, l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick, le premier film de George Lucas, qu’il désignait comme un "documentaire du futur" appartient au genre de la science-fiction adulte, réflexive et austère.
Souvent comparé aux contre-utopies ou "dystopies" littéraires (voir ce passionnant site de la BNF) comme Le Meilleur des mondes ou 1984, THX 1138 (du "nom" de son héros, qui se dressera contre le système après avoir connu l’amour—prohibé— dans les bras de LUH 3147) livre la vision cauchemardesque d’un futur totalitaire où les masses subissent un conditionnement incessant (par la religion, les sédatifs, la télévision), et où toute manifestation individuelle est sévèrement sanctionnée. Loin de chercher à rendre cette vision plaisante, George Lucas s’attache à nous plonger dans véritable enfer sensoriel, à la fois visuel (géométrie, monochromie, minimalisme) et sonore (voir cette analyse de la B.O. de Lalo Schiffrin). Cependant la principale audace du film est narrative : dans THX 1138 le pouvoir est à la fois partout et nulle part, il n’a ni tête ni centre, aussi toute résistance individuelle est vouée à l’échec.
Réécriture assez transparente de l’allégorie de la Caverne de Platon (le dernier plan du film montre THX, libéré de ses entraves souterraines, se dressant face au soleil éblouissant), le premier film de George Lucas est ainsi d’une grande densité philosophique. De manière plus originale, on pourra également proposer aux élèves de Terminale une lecture historique du film, en leur montrant comment la mise en scène du futur permet en fait de critiquer le présent (G. Lucas parlait de science-fiction sociologique), et en analysant le film comme expression de la contre-culture étudiante des années soixante-dix : "Au temps des cheveux longs, des drogues prohibées et de l’amour libre, George Lucas imagine une société du futur où tous ont le crâne rasé, où la prise de drogue est obligatoire et l’accouplement interdit." (extrait du site officiel)

[THX 1138 Director's cut de George Lucas (reprise). 1971. Durée : 1 h 28. Distribution : Solaris. Sortie le 13 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 12.06.07 à 15:37 - 10 commentaires

Auteur de deux magnifiques long-métrages à la lisière du documentaire (Paria et La Blessure, saisissantes plongées dans les marges de la société), Nicolas Klotz se lance avec La Question humaine dans la fable philosophique, via l’adaptation d’un court roman de François Emmanuel. Le film raconte l’histoire de Simon, psychologue d’entreprise qui à l’occasion d’une enquête sur l’un de ses directeurs, va se retrouver confronté à un passé qui n’est pas le sien. La thèse de François Emmanuel et Nicolas Klotz est qu’il n’y a pas de différence de nature entre la politique salariale des entreprises capitalistiques modernes et le système nazi d’extermination des juifs : la barbarie commence quand le langage technique fait disparaître la "question humaine" et dédouane ceux qui l’emploient de tout questionnement moral.
La réflexion, provocante, pourrait être stimulante. Elle est hélas invalidée ici par une certaine lourdeur symbolique du scénario, qu’accentue encore la grandiloquence de la mise en scène. Ainsi, l’entreprise pétrochimique pour laquelle travaille Simon s’appelle la SC Farb : allusion transparente à la IG Farben, le conglomérat qui entre autres fournissait le gaz Zyklon B au régime nazi. D'abord séduit par cette attaque radicale du libéralisme, le spectateur finit par se récrier devant ces analogies lourdingues entre CAC 40 et Troisième Reich. Peut-on sincèrement identifier les victimes de plans sociaux à celles des camps d’extermination ? Le peuple zélé des cadres à des héritiers d’Eichmann ? Est-ce que toute entreprise de rationalisation managériale est nécessairement frappée du sceau du fascisme ?
L’ennui et l’agacement tournent franchement au malaise quand l’évocation de la Shoah ne semble plus qu'au service de l’exercice de style: ainsi de la séquence finale, mi-Duras mi-Lanzmann, où sur fond d’écran noir la voix de Mathieu Amalric énumère les prénoms de déportés entrecoupés de mots allemands.

La Question humaine de Nicolas Kotz. Quinzaine des Réalisateurs.

Posté par zama le 19.05.07 à 15:54 - 3 commentaires

D’un côté les chiffres (hectolitres de lait, milliers de têtes, tonnes de blé) tellement énormes qu’ils en deviennent abstraits, de la guerre économique mondiale ; de l’autre côté les images, rassurantes voire lénifiantes des publicités télévisées ou des emballages de produits cuisinés : notre rapport à l’industrie agroalimentaire est marqué par une certaine schizophrénie.
Sortant en France à un mois d'intervalle, deux documentaires autrichiens s’attachent à réajuster nos représentations de consommateurs aux réalités du productivisme… Si le film-enquête We Feed the World (sortie le 25 avril, mini-site pédagogique à venir sur Zérodeconduite.net) prend le parti de l'explication et de la pédagogie, Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter se distingue au contraire par son splendide hermétisme. A mi-chemin entre installation artistique (fixité et composition des cadres, travail sur la lumière et le chromatisme, on pense à la photographie contemporaine, notamment aux grands formats d’Andreas Gursky) et cinéma documentaire, Notre pain quotidien provoque un émerveillement mêlé d’effroi, et nous laisse plein d'interrogations…
Pour étayer la réflexion on renverra à la courte interview où le réalisateur précise ses intentions ("Car c’est bien notre manière de vivre qui est scandaleuse ; cette économie, cette efficacité sans âme étant intrinsèquement liée au mode de vie de nos sociétés. Il n’y a rien de mal à acheter des produits bios, à vouloir manger moins de viande ! Mais c’est aussi une excuse. Nous apprécions tous les fruits de l’automatisation, de l’industrialisation, d’une globalisation qui suit son cours et dont les répercussions vont bien au-delà de l’agroalimentaire…") et aux Pistes pour la classe proposées par Philippe Leclercq sur le site du CNDP ("Leur beauté glacée que l’on peut prendre pour un souci de neutralité du cinéaste devient par son application et sa constance la manifestation de la laideur morale du système, de son cynisme froid et dur comme la limpidité tranchante des images."). Présenter ce film à des élèves tient évidemment de la gageure, tant la proposition est radicale, voire violente… Aussi c'est peut-être en Philosophie qu'on tirera le mieux parti de ce film, notamment lors du chapitre sur le vivant.

[Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter. 2006. Durée : 1 h 32. Distribution : KMBO. Sortie le 14 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 20.03.07 à 00:05 - 5 commentaires

Difficile de définir le sentiment qu'on ressent à la sortie de Volem rien foutre al païs, le nouveau documentaire de Pierre Carles... si la démarche dénonciatrice et subversive déjà amorcée dans Attention danger : travail apporte de nombreux moments de jubilation, c'est plutôt le malaise qui ressort de la présentation des quelques "voies alternatives" présentées par Pierre Carles et ses complices dans ce film. Commençons par le meilleur : Volem... contient une force contestataire vivifiante, une façon d'enfin clamer ce que nous savons tous sans oser nous l'avouer chaque jour devant les rayons des supermarchés, les vitrines des concessionnaires automobiles, les devantures des fast-food : nous passons la majeure partie de notre vie à produire, consommer et en bout de course, jeter... de la m... ! Jubilation devant la déroute du patron venu doctement expliquer les règles de la production et de la gestion en entreprise, auquel de simples citoyens renvoient sans circonvolutions l'artificialité des besoins qu'il crée : "si vous devez changer votre production tous les trois ans, c'est que ce que vous produisez ne vaut rien !" Le film dénonce avec beaucoup de fermeté l'absurdité du travail aujourd'hui. Et c'est là que le bât commence à blesser, lorsque, prétendant présenter des voies alternatives au travail, Pierre Carles nous présente des gens qui consacrent la majeure partie de leur temps et de leur énergie à... travailler !
Certes, au lieu de le faire "pour l'ennemi", ces doux dingues travaillent pour eux, construisent leurs "chiottes sèches", bricolent des pompes à eau dans des extincteurs recyclés, luttant chaque jour pour se procurer de manière autonome l'essentiel. Mais faute de clarifier la notion de travail (voir ce numéro de Magphilo consacré à La Valeur du travail) Volem... laisse le spectateur perplexe devant ces alternatives : ainsi, pour remettre en cause le capitalisme, suffirait-il donc de remplacer le travail salarié par l'autogestion ?
Tous les opposants au système doivent-ils donc retourner habiter nos campagnes pour prouver qu'un autre monde est possible ? Ces voies alternatives ont-elles seulement un avenir quand on constate par exemple qu'aucun des groupes présentés n'a d'enfants à charge ? Sans parler de la deuxième grande absente de ces expériences : la culture, l'esthétique.
Confondant sous le même terme "travail", les notions d'emploi salarié, d'exploitation et d'activité, le film a tendance à jeter le bébé de l'immense progrès humain qu'a permis la division technique du travail avec l'eau (sale) du bain capitaliste. On aurait aimé une démarche intellectuelle et politique ayant plus d'envergure, bref, l'ouverture de réelles perspectives d'action et de changement.

[Volem rien foutre al païs de Pierre Carles. 2004. Durée : 1 h 47. Distribution : Shellac. Sortie le 7 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 09.03.07 à 09:21 - 7 commentaires

Sorti le 8 mars 2006 à l'occasion de la Journée internationale de la femme, le film de Florence Ayisi et Kim Longinotto, documentaire tonique et émouvant sur le combat de deux femmes de loi camerounaises (une juge et une avocate, les sisters du titre) contre les violences familiales et conjugales, n'avait pas trouvé son public, dans un contexte médiatique et commercial fortement concurrentiel (deux autres films se revendiquaient à la même date du combat féministe). Espérons que sa récente édition en DVD permettra de réparer cette injustice, et que le film deviendra un classique des salles de classe.
Il le mérite car le charisme truculent de ses "héroïnes" ainsi que l'exemplarité des affaires présentées permettent d'intéresser les élèves à des thématiques fondamentales : la justice et le sens de la peine, la violence (notamment dans le cercle familial), l'émancipation des femmes, et ce dans un certain nombre de disciplines (Lettres, Philosophie, SES, ECJS, Sciences médico-sociales).
C'était en tout cas l'objectif du mini-site pédagogique que nous avions mis en ligne à l'occasion de la sortie de ce film, qui propose notamment des didactisations du film dans trois disciplines : ECJS (Les femmes et leurs droits : une reconnaissance fragile), Philosophie (La Justice et le féminin, où comment déposer la "domination masculine" et accéder à l'universel), Lettres (Qu'est-ce qu'un "documentaire engagé" ?)…
Et rappelons pour finir qu'un certain nombre d'associations de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants s'étaient associées à ce film pour mener un travail de sensibilisation dans les établissements scolaires, et qu'elles constituent un réseau irremplaçable d'intervenants et de personnes ressources pour les enseignants, notamment quand ils sont confrontés à des cas dramatiques comme ceux présentés dans le film.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 09.02.07 à 16:27 - 2 commentaires

L'information n'est pas de première main : l'ensemble des médias français et européens s'est fait l'écho de la sortie allemande, le 11 janvier dernier, du film Mein Führer de Danny Levy, autoproclamé "première comédie sur Adolf Hitler". Le film montre un Hitler dépressif que seul peut dérider son ancien professeur d'art dramatique, juif comme de bien entendu et… sorti d'un camp de concentration pour rendre le sourire au Führer : "Lorsqu'en 1944, les Russes sont aux portes de l'Allemagne et alors que la guerre totale semble définitivement perdue, le Führer veut mobiliser le peuple allemand dans son discours du Nouvel An. Mais Hitler n'est pas d'humeur à le faire. Malade, dépressif, il ne veut pas apparaître en public et Goebbels fait tout pour gagner du temps. Dans l'urgence, il fait sortir du camp de concentration de Sachsenhausen l'ancien professeur d'art dramatique de Hitler, Adolf Gründbaum, de confession juive. Il est le seul à pouvoir l'aider à retrouver de l'entrain."
De ce côté-ci du Rhin personne n'a encore vu le film (dont il n'est même pas sûr qu'il sortira un jour en France), ce qui ne l'empêche pas de faire parler de lui dans les médias et sur le net. Ainsi, le quotidien Libération en faisait sur son site Internet ainsi la question du jour (Peut-on faire de l'humour avec Hitler ?), tandis que la version web du Monde consacrait un portfolio à Hitler, inépuisable personnage de cinéma, preuve que la personnalité du Führer n'a pas fini de fasciner les foules.
Sans préjuger de la réussite artistique du film, on peut reconnaître à Mein Führer d'avoir réussi un beau coup marketing, en transgressant deux tabous pour le prix d'un : en faisant de Hitler son héros (cf la polémique autour de La Chute de Oliver Hirschbiegel) et en traitant cette période de l'histoire sur un mode comique (on se rappelle de la gêne qu'avait provoqué La Vie est belle de Roberto Benigni). Les origines de l'auteur (Danny Levy est juif) et du film (c'est une production allemande) sont d'ailleurs un des éléments de la polémique.
En attendant de pouvoir juger sur pièce, les germanophones pourront en tout cas en savoir plus sur le site officiel du film, et notamment consulter le… dossier pédagogique proposé en téléchargement…

Posté dans Thèse-Antithèse par Zéro de conduite le 21.01.07 à 15:52 - 14 commentaires
"Comment continuer à vivre ensemble après tant de violence et de haine ?  Quelle attitude adopter face à l’impunité ? Se résigner ou se faire justice soi-même" se demande le réalisateur et scénariste Mahamat-Saleh Haroun dans Daratt (Saison sèche). La fable qu'il a imaginée illustre ces interrogations de manière limpide : un jeune orphelin se rend chez l’homme qui a tué son père, un revolver dans la poche, bien décidé à rendre une justice que la justice lui a refusé, à lui et à toutes les victimes de la guerre civile.
Mais Atim l’orphelin va se rendre compte qu’il n’est pas facile de tuer un homme, même quand on le tient au bout de son canon. Hamlet aussi rageur qu’impuissant, Atim se transformera peu à peu en héros cornélien, déchiré entre le devoir filial qui lui réclame vengeance et une affection indicible pour la victime qu’elle lui a désignée.
A la thématique de la vengeance Daratt tisse ainsi progressivement celle de la transmission, brouillant les schémas attendus et les repères confortables. Certains y liront une illustration freudienne de la nécessité de "tuer le père", d’autres la métaphore d’un pays (un continent ?) en guerre avec lui-même, où tous les liens sociaux et familiaux sont désormais à renouer.
La grande force de Daratt est d’orchestrer ces interrogations avec une remarquable économie de moyens filmiques, et un sens de l’image qui fait mouche : on pense aux mains de Nassara tentant de laver dans la farine nourricière l’horreur supposée de leurs crimes, à la silhouette du grand-père errant dans le désert, spectre vengeur perdu dans la nuit du deuil et du ressentiment ; sans oublier évidemment cette superbe trouvaille, l’amplificateur qu’un Nassara aphone plaque contre sa gorge dans un geste symboliquement suicidaire, et qui suffit à dessiner un personnage à la fois terrifiant et pathétique.
Ce n’est pas ainsi la moindre qualité de ce film de croire autant en les pouvoirs du cinéma et de la fiction, comme le montre d’ailleurs la dernière scène du film. Seule la mise en scène permettra à Atim de sortir du dilemme mortifère entre vengeance et oubli, et de rendre justice à chacun des protagonistes. Dans le contexte humain et cinématographique de l’Afrique contemporaine, ce geste n’a rien d’anodin.
Pour prolonger ces réflexions on consultera notre dossier pédagogique mis en ligne sur le mini-site du film. et réalisé par une enseignante de français et une enseignante de Philosophie. Il met notamment en résonnance le film avec des grands textes classiques ou contemporains, littéraires et philosophiques : Shakespeare, Hugo, Hegel et Nietzsche, mais aussi le Jean Hatzfeld de Dans le nu de la vie. On pourra également consulter l'interview accordée par le réalisateur au portail éducatif Vousnousils.fr.

[Daratt (saison sèche) de Mahamat-Saleh Haroun. 2006. Durée : 1 h 35. Distribution : Pyramide. Sortie le 27 décembre 2006]
Posté dans Dans les salles par zama le 26.12.06 à 12:10 - 9 commentaires
Les nouvelles du cinéma africain sont rares, alors autant les savourer quand elles sont bonnes. Ainsi après le succès récemment obtenu auprès du public et des enseignants par Bamako d'Abderrahmane Sissako, souhaitons une même carrière au remarquable Daratt de Mahamat-Saleh Haroun (le 27 décembre), produit par Sissako lui-même. Daratt et Mahamat-Saleh Haroun viennent du Tchad, pays que la Cinémathèque des Trois Mondes (voir notre article Une filmographie africaine) décrit en ces termes :
"Depuis son indépendance, obtenue en 1960, le Tchad a été administré de manière autoritaire par les gouvernements qui se sont succédés au pouvoir. Profondément atteint et affaibli par des conflits internes (entre Nord et Sud) et internationaux, notamment avec son voisin lybien, le Tchad n’a jamais pu développer de système politique stable, et encore moins d’axes de promotion durable de la culture. Si le fait religieux occupe une place essentielle dans la vie quotidienne du pays, il interfère également dans le domaine de la création artistique et notamment cinématographique. Ainsi, le comité islamique a-t-il prononcé contre la réalisatrice Zara Yacoub Mahamat une fatwa condamnant violemment son film sur l’excision, diffusé à N’Djamena en 1995."
Mais si le film de Mahamat-Saleh Haroun est hanté par la guerre civile qui ravage le pays depuis trente ans, la fable qu'il développe pourrait se passer bien ailleurs : en Afrique du Sud après l’apartheid, au Rwanda après le génocide, au Kosovo après la guerre civile, bref dans tous ces pays où se pose la difficile question de l’après, où il faut tirer un trait sur le passé pour inventer l’avenir ; tous ces pays où les victimes d’hier sont condamnées à croiser leurs anciens bourreaux, redevenus, comme le dit magnifiquement un des témoins interrogés par Jean Hatzfeld dans ses livres, "des gens de tous les jours".
Le jeune héros de Daratt ne se résigne pas, lui, à tirer ce trait sur le passé, à l'amnistie décrétée par une commission ironiquement baptisée "Justice et vérité". Revolver dans la poche, il se rend chez l'homme qui a tué son père pendant la guerre civile, ancien chef de guerre devenu simple boulanger. Mais la vengeance n'est pas si facile…
Retrouvez sur le site pédagogique Daratt un dossier d'accompagnement réalisé par deux enseignantes de Lettres et de Philosophie, qui propose une série d'approches thématiques et formelles ("Atim, un Hamlet à rebours", "Justice et vérité", "Polyphonie du silence"…), ainsi qu'un choix de textes littéraires (Shakespeare, Hugo, Sartre, Jean Hatzfeld) et philosophiques (Nietzsche, Hegel, Jankelevitch, Foucault) pour mener une réflexion autour du film de Mahamat-Saleh Haroun.
Le site donne également la liste d'une série d'avant-premières (publiques) en présence du réalisateur et d'intervenants extérieurs, parrainées par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme et Zérodeconduite.net : à Lyon le 13 décembre, à Strasbourg le 14, à Nantes le 20…

> Le site pédagogique Daratt
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 12.12.06 à 09:23 - 6 commentaires
Zéro de conduite.net inaugure une nouvelle rubrique : De la salle à la classe. Son principe, comme son nom ne l'indique pas forcément, est de rendre compte de la réception d'un film par les élèves, et de l'écart inévitable (et toujours intéressant) entre les objectifs pédagogiques de l'enseignant et les bénéfices réels de la projection puis de l'exploitation de l'œuvre.
Pour ce premier épisode On commencera par les ingrédients suivants : un film d'anticipation plutôt réussi, Les fils de l'homme (en salles depuis le 18 octobre) ménageant ce qu'il faut de questionnements philosophiques au milieu d'une action trépidante ; un groupe d'élèves de Terminale générale (L, ES et S)  réunis sur la base du volontariat pour une soirée-cinéma et un "café-philo" à bâtons rompus ; une enseignante de Philosophie, enfin, bien curieuse de la confrontation.
Le décor est posé, voici donc quelques extraits en apéritif du texte de Claire Marin, et l'ensemble en téléchargement ci-dessous.  Pour ne pas en rester là, celui-ci propose en complément une série de textes (Sénèque, Platon, Sartre, Deleuze…) qui permettront de nourrir et de poursuivre la réflexion entamée ici :

Les espoirs pédagogiques

"Le but de cette sortie extra-scolaire était d’amener les élèves à réfléchir par eux-mêmes, sans préparer le terrain en classe, sur un film d’anticipation qu’ils étaient susceptibles de voir "de leur plein gré". La question de la responsabilité éthique, politique, écologique de l’homme dans cette catastrophe que ce film présente, semblait offrir un point de départ intéressant à une analyse menée par les élèves, avec des interventions très limitées de l’enseignant."
Après, à chaud
"Les réactions des élèves à la sortie du film se focalisent sur quelques axes. D’abord le pessimisme de la représentation de cet avenir, qui les touche d’autant plus que le héros a l’âge qu’ils auront en 2027, moment où se déroule cette fiction. Ensuite la question du rôle des femmes, puisque le fils de l’homme est en fait une fille, mais aussi parce que la responsabilité de la stérilité pose problème."
"Première constatation, le système d’images fonctionne en cercle fermé. Un film rappelle avant tout un autre film, et si possible du même genre : Le jour d’après, V comme Vendetta ou The Island. Les scènes de ghetto semblent appartenir définitivement à une autre époque, celle de la seconde guerre mondiale, un élève cite Le Pianiste. Pas de rapprochement spontané avec des camps de réfugiés tels qu’il en existe pourtant à notre époque, on pense par exemple à Sangatte."
Café-ciné
"Ceci dit, à part cette obsession sécuritaire, les prolongements des angoisses contemporaines dans ce film d’anticipation ne semblent pas forcément évidentes. La question notamment du statut des réfugiés n’apparaît pas à leurs yeux comme une question majeure de la situation d’aujourd’hui mais semble bien renvoyer à un temps déjà révolu. L’image de la barque n’évoque pas pour eux les afflux massifs de réfugiés africains sur les côtes italiennes, espagnoles ou maltaises. En en discutant, ils reconnaissent le parallèle, mais il n’est pas spontanément identifié."

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Posté dans De la salle à la classe par Zéro de conduite le 07.12.06 à 17:13 - 10 commentaires
Paris, 1970. La vie simple et confortable d'Anna, 9 ans, va être bouleversée par le nouvel engagement politique de ses parents.
Après les "grands sujets" d'Indigènes et de Bamako, le troisième numéro de Cinéclasse, le supplément cinéma du Monde de l'Education (édité en partenariat avec Zéro de conduite.net), peut sembler s'offrir un peu de détente avec La faute à Fidel de Julie Gavras (sortie le 29 novembre). Mais tout l'intérêt de ce film est justement de poser avec légéreté et humour des questions graves, sur l'engagement, l'éducation et la transmission des valeurs.
"Pourquoi s'engager ? Pour quelles cause ? A des milliers de kilomètres de chez soi ou sur le trottoir d'en face ? Quelles sont les conséquences pour les proches ?" s'interroge ainsi Christian Bonrepaux dans l'éditorial de Cinéclasse. Pour répondre à ces questions il a interviewé Hervé Hamon (co-auteur avec Patrick Rotman de Génération, le livre de référence sur les militants des années 1960-1970), qui nous aide à nous replonger dans le contexte de l'époque, et à retracer une "histoire de l'engagement" jusqu'à nos jours.
Il convoque également des enseignants (rubrique "De la salle à la classe") et le pédopsychiatre Claude Allard, qui s'intéresse lui à la "pédagogie passive" telle qu'elle est montrée à l'œuvre dans le film (rubrique "Education à l'image").
La faute à Fidel trouvera également toute sa place sur Zerodeconduite.net, puisque la réalisatrice Julie Gavras, dont c'est le premier film de fiction (elle a déjà réalisé un passionnant documentaire sur… l'éducation à l'image, Le corsaire, le magicien, le voleur et les enfants), sera tout au long du mois de novembre l'invitée de notre blog.
Posté dans L'agenda par zama le 30.10.06 à 16:54 - 5 commentaires
Alors que le film continue sa carrière sur les écrans, on signalera, en complément à notre séance pédagogique, l'article de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP. Il y analyse "l'animalité des hommes" et voit dans le film une "parabole de l'humanité retrouvée". Il consacre également quelques beaux développements au langage cinématographique de Bruno Dumont, mettant en avant son "esthétique de l'épure" :
"Très limitée, l’expression verbale des protagonistes se réduit à deux fonctions du langage : référentielle (le locuteur décrit la réalité avec des informations objectives) et phatique (le locuteur ne dit rien que de très banal pour entretenir le contact). La dynamique gestuelle est également très pauvre : les personnages sont souvent filmés à l’arrêt, comme en attente. De l’instant suivant ? De la mort ? Situation absurde qui nous évoque l’attente des deux célèbres clochards existentiels, Vladimir et Estragon, d’En attendant Godot de Samuel Beckett (autre univers caractérisé par une immense pauvreté morale)."
Posté dans Le classeur par comtessa le 19.09.06 à 18:47 - Réagir
Ouvrant le bal des adaptations de l'automne (Le Parfum de Tom Tykwer, Le Grand Meaulnes de Daniel Verhaeghe), l’oeuvre de Michel Houellebecq qui avait défrayé la chronique en 1998 arrive sur les écrans dans la version allemande d'Oskar Roehler. Si le roman paraît difficilement exploitable en cours pour des lycéens en raison d’une écriture crue, voire pornographique, il n’en demeure pas moins intéressant pour le tableau sociologique des trente dernières années qu’il dresse, le rapport de soi à autrui et l’impossibilité de communiquer qui l’affecte. Le film parvient à retranscrire avec justesse un roman à la fois comique et désespéré, sans toutefois aller jusqu’au bout de l’inhumanité comme chez Houellebecq.
Une empathie profonde se dégage pour ces personnages, Bruno, Michel, Christiane et Annabelle, naufragés d’une société soi-disant libérée et victimes expiatoires de quêtes illusoires telles que le plaisir, le bonheur, l’amour, le réconfort. S’il ne fait pas l’économie des scènes où les relations humaines sont autopsiées du point de vue de la sexualité, le film a la pudeur de se détacher du sexe pour percevoir son impact sur l’individu, la tendresse qu’il génère ou le désespoir qu’il provoque.
On pourrait déplorer le fait que le film se déroule en Allemagne, mais Roehler est parvenu à transposer le contenu universel  du roman et l’allemand, tantôt nonchalant, tantôt nerveux traduit  habilement les rythmes d’une écriture tantôt froide, tantôt hallucinée. C’est donc un film à voir et en version originale.
On recommandera surtout ces deux œuvres à des étudiants de BTS, voire à des lycéens de Terminale Littéraire avertis, germanistes ou non, qui pourront s’interroger sur le poids des déterminismes génétiques, sociaux ou psychanalytiques dans la construction de l’identité, en Français et en SES voire en Philosophie. Ils pourront comparer la fin du film et celle du roman pour déterminer un choix, pas si anodin que cela : l’espérance sans aller jusqu’à l’optimisme ou l’impasse du désespoir

[Les particules élémentaires d'Oskar Roehler. 2006. Durée : 1 h 53 mn. Distribution : TFM. Sortie le 30 août 2006]

Voir également :
Le site officiel du film
Le site officiel Michel Houellebecq
Le blog de Michel Houellebecq
Posté dans Dans les salles par comtessa le 31.08.06 à 13:07 - 5 commentaires
Hasard du calendrier, Zéro de conduite s'est fermé cet été et rouvre en cette rentrée sur le très beau Flandres de Bruno Dumont. On rappellera donc à nos lecteurs à la fois notre enthousiasme cannois et l'existence d'une séance pédagogique complète consacrée au film par une enseignante de Philosophie (télécharger au format pdf).
On les renverra également vers le site officiel du film (proposant notamment la bande-annonce, une sélection de critiques du film, le dossier de presse en téléchargement) ainsi qu'à pas moins de trois entretiens (!) accordés par Bruno Dumont, réalisateur pourtant réputé plutôt taiseux, à la presse : à notre partenaire le site Fluctuat.net, au magazine Télérama et au quotidien Libération.

[Flandres de Bruno Dumont. 2006. Durée : 1 h 31. Distribution : Tadrart. Sortie le 30 août 2006]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 30.08.06 à 13:39 - 4 commentaires
Rétrospectivement, il s'agissait sans doute de notre coup de cœur du dernier Festival de Cannes. D'où notre envie de mener sur Flandres de Bruno Dumont un travail aprofondi, et de le recommander à nos collègues, notamment de Philosophie.
Nous avons donc décidé de consacrer la Séance du mois (juillet-août) à Flandres, "à chaud" en quelque sorte puisque le film ne sortira que le 30 août, en espérant que cela donnera à beaucoup l'envie de le découvrir, voire de mener un travail pédagogique sur ce film à la rentrée prochaine.
Ecartant au préalable toute prétention d'exhaustivité et de normativité (notre approche du film n'est qu'une parmi d'autres possibles), nous proposons dans cette séquence une réflexion sur les thématiques du film : la communication et le langage, ainsi que sur la violence, en nous appuyant sur des auteurs comme Hobbes, Georges Bataille ou René Girard, avant de nous interroger sur la force du cinéma de Bruno Dumont…

[Télécharger la séance au format pdf]
Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 04.08.06 à 18:00 - 1 commentaire
Parmi les innombrables questions qui se posèrent, au lendemain du 11 septembre, dans les décombres encore fumants du World Trade Center, il y eut des questions de cinéma : l’industrie hollywoodienne pouvait-elle continuer comme avant et ignorer un événément qui remettait si profondément en question son système de valeurs et de représentations ? Quand et comment les scénaristes, cinéastes et producteurs allaient s’emparer de l’événement et en donner une traduction filmique ?
On eut assez rapidement la réponse à la première question : passé un délai de décence qui vit les majors repousser leurs sorties les plus "pyrotechniques", le bon vieil adage de l’entertainement ("The show must go on") reprit ses droits. Tout reprit comme avant, la silhouette familière des Twin Towers en moins et quelques allusions à Al Qaïda en plus : voir le nouveau Superman, sorti également cette semaine, arrêter un avion fou fondant sur Manhattan ne sembler plus choquer ni surprendre personne.
A la seconde question, Vol 93 offre un début de réponse, en attendant la sortie en septembre de World Trade Center d’Oliver Stone. Si la signature de Stone, adepte d’un style baroque et survolté, peut surprendre, les raisons du choix de Paul Greengrass sont en revanche parfaitement transparentes : la principale qualité reconnue à l’auteur de Bloody Sunday (qu’il a réalisé) et Omagh (qu’il a scénarisé) est son approche quasi documentaire des événements …
Mais si sa maîtrise stylistique est encore plus impressionnante que dans les deux œuvres précédemment citées, elle semble ici tourner à vide. Le film ne nous apprend rien que ce que l’on savait déjà sur cet événement surmédiatisé, il ne nous propose aucune explication ou interprétation nouvelles. Aussi la "reconstitution de ce qui s’est passé dans le vol 93 d’United Airlines" (le seul à n’avoir pas atteint sa cible, suite à la rébellion des passagers contre les pirates de l’air), au-delà d’une volonté proclamée de "rendre hommage aux victimes", apparaît comme une entreprise à la limite du voyeurisme. Et Vol 93, même s’il refuse les codes narratifs (caractérisation des personnages, micro-intrigues, retournements mélodramatiques…) et le pathos inhérents au genre, comme rien d’autre… qu’un film-catastrophe.
On sauvera en revanche l’autre partie du film, celle qui se passe au sol, dans les centres de contrôle aérien et du commandement militaire nord-américains. Sa grande réussite est de nous replacer, d’une manière presque fascinante, dans l’état d’esprit d’une époque qui n’avait pas (encore) vécu le 11 septembre, et pour qui l’idée d’avions de ligne utilisés comme projectiles contre des bâtiments civils tenait littéralement de l’inconcevable. On mesure ainsi en temps réel le retard et la faiblesse des réactions des responsables : avant d’agir, il leur fallait appréhender l’inimaginable. Pour reprendre un concept utilisé dans la sphère de l’esthétique (H.R. Jauss), ces attentats excédaient purement et simplement l’horizon d’attente de leurs contemporains.
On peut également trouver une ouverture philosophique dans le travail de Paul Virilio sur les notions d’accident et de catastrophe, et notamment à l’occasion de l’exposition Ce qui arrive qu’il avait conçue pour la Fondation Cartier en 2003. Dans le sillage du 11 septembre, il démontrait que "le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille" (Hannah Arendt) : "Inventer le train, c’est inventer le déraillement. Inventer l’avion, c’est inventer le crash. Inventer l’arme atomique, c’est inventer la prolifération nucléaire." (voir cette interview retranscrite sur le blog de lucky). On pourrait ajouter : inventer le Boeing 767 et le World Trade Center, c’est inventer le 11 septembre.
Autour des différentes œuvres exposées, photos de catastrophes ou travaux d’artistes (voir ce virtuel Musée des accidents), il dénonçait également notre fascination pour le spectacle de la catastrophe (Ah ! Dieu que le terrorisme est joli ! pourrait-on dire en paraphrasant Apollinaire) et un certain "académisme de l’horreur" auquel on serait tenté de renvoyer Vol 93 :
"Par l’accoutumance progressive à l’insensibilité, à l’indifférence devant les scènes les plus démentes sans cesse répétées par les marchés du spectacle, au nom d’une soi-disant liberté d’expression muée en libération de l’expressionnisme, voire en académisme de l’horreur, nous succombons aux méfaits d’une programmation de l’outrance à tout prix qui débouche non plus sur l’insignifiance, mais sur l’héroïsation de la terreur et du terrorisme.
Un peu comme au XIXe siècle où l’art officiel s’ingéniait dans ses salons à glorifier les grandes batailles du passé et aboutissant, comme on sait, à l’hécatombe de Verdun, au tout début du XXIe siècle nous assistons, médusés, à une tentative de promotion de la torture artistique, de l’automutilation esthétique et du suicide considéré comme l’un des beaux-arts."

[Vol 93 de Paul Greengrass. 2005. Durée : 1 h  45. Distribution : Mars. Sortie le 12 juillet]
[photo: : © AFP / Stan Honda]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 13.07.06 à 19:59 - 18 commentaires
Extrêmement attendu en France en général et au Festival de Cannes en particulier, le dernier film de Nanni Moretti a quelque peu déconcerté le public et les commentateurs, qui se sont rendus compte avec une surprise parfois mêlée de déception de ce que serinaient le réalisateur et les critiques italiens depuis la sortie du film en Italie : à savoir que Le Caïman n'était pas ni pamphlet politique ni un film sur Silvio Berlusconi
Avouons que nous n'avons nous-mêmes trop su que faire, d'un point de vue pédagogique, de ce film qui a la malice de déjouer une à une les attentes que son brûlant sujet peut faire naître.
Alors, en guise de rattrapage tardif, signalons quelques approches en ligne du Caïman :
- pour les italianistes le Café Pédagogique n° 73 présente quelques articles en lien (dans le cadre d'un dossier spécial  qui présente également les autres films italiens présentés au Festival de Cannes, classiques compris, et le palmarès des David di Donatello).
- les Actualités pour la classe du CNDP présentent le film dans leur sélection de juin. Philippe Leclercq conseille le film "au lycée en histoire pour l’Italie moderne, en classes audiovisuelles pour l’état du cinéma italien contemporain et en sciences politiques pour la question du « berlusconisme". Il insiste, à travers l'analyse de la structure narrative du film, sur le jeu avec les différentes incarnations du Cavaliere, et sur l'intelligente avec laquelle Moretti renouvelle le genre du film "politique" : "Au lieu de tordre le récit et de l’inféoder au discours ou message politique (contrainte courante du genre dans les années 1960-1970), c’est ici la chose politique qui suit la ligne directrice tracée par les déceptions et trahisons de l’infortuné Bruno."
- un joli article sur le blog d'une enseignante de philosophie, Laurence Hansen-Love (par ailleurs prof de cinéma) intitulé "L'humour amer de Nanni Moretti". Encadrant son article de deux citations, l'une de la Boëtie (Discours de la servitude volontaire, 1549) et l'autre de Tocqueville (De la démocratie en Amérique, 1840), elle s'interroge avec Nanni Moretti sur le joug que les Italiens se sont démocratiquement imposé : "L’énigme est la suivante : pourquoi les Italiens ont-ils câliné puis porté au pouvoir un caïman (crocodile à museau large et court) ?"

[Le caïman de Nanni Moretti. 2005. 1 h 52. Distribution : Bacfilms. Sortie le 22 mai 2005]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 12.06.06 à 18:22 - 6 commentaires
The Road to Guantanamo où comment quatre jeunes anglais partis de Tipton pour assister à un mariage au Pakistan reviendront trois, deux ans et demi plus tard, après être passés par l'Afghanistan en guerre et les geoles américaines de Guantanamo Bay.
On pourra faire plusieurs reproches, esthétiques et moraux au film de Michael Winterbottom et Mat Whitecross :
- en mêlant les images d’interviews des vrais protagonistes (Ruhel Ahmed, Asif Iqbal et Shafiq Rasul), et la reconstitution filmique de leur parcours (plus quelques archives de reportages télévisuels), le film entretient une confusion sur le réel qu’on pourra juger dangereuse. Et donne les atours de l’objectivité à des témoignages dont on ne se permettrait pas de remettre en cause ici l'honnêteté, mais dont il faut reconnaître qu'ils sont rien moins que partiels.
- en s’attachant aux cas très particuliers des "Trois de Tipton", le film peut sembler vouloir faire croire que le camp de Guantanamo n’est peuplé que de bons garçons malchanceux, ce qui n’est pas plus honnête que de dire l’inverse (qu’il n’abriterait que des djihadistes assoiffés de sang occidental). Ou considérer que la dénonciation des conditions carcérales et de l’arbitraire juridique institués par les Etats-Unis à Guantanamo ne vaut que pour ces cas particuliers de présumés innocents, et pas pour les autres prisonniers du camp, présumés coupables.
Ceci posé, force est de reconnaître à la fois l’efficacité cinématographique (reconstitution de l'Afghanistan en guerre et des camps X-Ray et Delta, tournage caméra à l'épaule façon reportage) du film de Michael Winterbottom et la force de questionnement politique et citoyen qui en découle. C’est encore les Cafés Géographiques qui parlent le mieux d'un film dont le point de départ est après tout hautement géographique : combien il en coûte de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Olivier Milhaud souligne qu'"en montrant des visages, en filmant des paysages, en suivant une route, où Guantanamo n’est par chance qu’une étape, [le film] propose une vision étonnamment réaliste du monde." Il démonte aussi "l'erreur géographique" de l'administration américaine : "En entendant lutter contre le réseau Al-Qaida, les Américains se sont attaqués au territoire afghan. Si bien que le contresens est vite fait entre les Afghans, leur territoire et les terroristes : on ne peut pas être dans la ville de Kunduz, une des dernières places fortes des Talibans du nord, sans être forcément un Taliban. Et on ne peut pas être un Taliban sans être un terroriste. Les interrogateurs américains reproduisent cette erreur classique de la géographie des identités - confondre un lieu avec ses habitants et réduire les habitants à leur lieu - tout au long du film."
Même si la période est plus au bachotage qu'à l'ouverture culturelle, on rappellera que les thématiques du film recoupent de nombreux notions du programme d'Histoire (La recherche d'un nouvel ordre mondial depuis 1970) et de Géographie Diversité des Suds, Superpuissance américaine, un Espace mondialisé) de Terminale, en les reliant à l'actualité la plus récente. Mais on peut aussi élargir la réflexion à un point de vue moral et philosophique sur les droits de l'homme, la justice et l'expérience carcérale comme le font Olivier Milhaud (citant Michel Foucault et Emmanuel Levinas) et Nicolas Bauche (qui rappelle la citation de Saint-Just : "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté").
Pour faire le point sur le dossier Guantanamo, on renverra à l'article de Wikipedia, au dossier mis en ligne par Amnesty International, et au petit 4 pages réalisé par le distributeur, qui donne l'essentiel des informations sur le film et le sujet (téléchargeable en pdf par exemple ici sur le site de Reporters sans frontières). Et, par curiosité, sur cette étonnante visite virtuelle du camp Delta proposée par le site Zone interdite.net, créé par deux artistes suisses, dont on ne garantit cependant pas l'exactitude.

[The Road to Guantanamo de Michael Winterbottom et Mat Whitecross. 2005. Durée : 1 h 35 mn. Sortie le 7 juin 2005]
Posté dans Dans les salles par zama le 07.06.06 à 15:59 - 8 commentaires
Considéré comme un classique du cinéma de science-fiction pour l'inventivité de son scénario (adapté d'un classique du maître de l'anticipation Richard Matheson) et des effets spéciaux qui n'ont rien perdu de leur charme, L'homme qui rétrécit de Jack Arnold (1957) est souvent programmé dans la catégorie jeune public (voir cette fiche Ecole et Cinéma). On trouvera ainsi en ligne de nombreuses fiches ou études pédagogiques : sur les sites Cinéma Parlant, Cinéfeuille, du CRDP de Bordeaux (pdf), du CRAC de Valence
Nous avons pris le parti d'en faire un objet de réflexion pour les plus grands : à savoir les élèves de Philosophie des classes de Terminale (L/S/ES/STT/STI), autour de la problématique de l'Identité et Changement, particulièrement mise à l'épreuve par la transformation de l'infortuné Scott Carey.
En s'appuyant sur des auteurs tels que Georges Canguilhem, Jean-Paul Sartre et Gilles Deleuze, on se demandera ainsi avec les élèves ce qu'il reste de l'identité quand le corps est soumis à de telles transformations (thème que l'on retrouve d'ailleurs dans une bonne partie de la littérature fantastique et d'anticipation), on s'interrogera sur les limites de l'humain (notamment en rapport avec le concept de monstre) et le rapport qu'il entretient au monde.

[Télécharger la séance au format pdf]

+ L'autre séance du mois en Philosophie : Le Temps qui reste.
Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 31.05.06 à 16:12 - 2 commentaires
"Ces gens ne méritent pas qu’on leur consacre un film… " cette phrase, entendue à la sortie de la projection matinale de Flandres, résume bien le décalage entre le cinéma de Bruno Dumont et une certaine idée, majoritaire, du cinéma et du Festival.
Car c’est bien le principe du cinéma de Brunot Dumont de se confronter à ces "gens-là" (cf les polémiques sur les prix d’interprétation accordés aux acteurs non-professionnels de L’Humanité), et de s’intéresser non pas à l’extraordinaire (le bigger than life théorisé par Hollywood) mais à ce que Georges Perec appelait l’infra-ordinaire.
Cela donne encore une fois à Flandres une vérité et une densité philosophique peu communes. Le film est organisé comme un triptyque : la première partie prend place dans un périmètre circonscrit par deux fermes, dans un Nord très rural (Dumont est revenu tourner à Bailleul, où il avait filmé son premier long-métrage, La Vie de Jésus). Demester, un jeune paysan, Barbe son amie et quelques autres jeunes gens s’efforcent de tuer le temps dans un paysage hivernal désolé (jamais on n'a entendu aussi bien le ploc-ploc des bottes dans la boue).
La pauvreté (du langage, à peine articulé, des situations, des sentiments) d’une narration naturaliste n’a d’égale que la splendeur visuelle des images, qui donnent à voir la concrétude du monde et la beauté de visages bien éloignés des habituels canons cinématographiques.
C’est la partie centrale, consacrée à la guerre (une guerre archétypale située dans un Sud indéfini : on pense à l’Irak, à l’Afghanistan ou à l’Algérie) qui paraît à la fois la plus nouvelle dans le cinéma de Dumont et la moins originale cinématographiquement. Les images de combat se superposent en effet à toute une mémoire cinématographique du cinéma de guerre (on pense très fort par exemple à Full Metal Jacket) et les figures obligées de l’abjection (la mort d’un enfant-soldat, le viol d’une civile…) s’accumulent de manière un peu convenue pour dire l’horreur de la guerre.
Dans la dernière partie, Demester reviendra, seul survivant de son groupe, et retrouvera à la fois Barbe (qui est elle passée par l’hôpital psychiatrique) et les travaux des champs. A travers ces itinéraires, Bruno Dumont est loin de perdre de vue son sujet : l’humanité de ses personnages, qui semblent traverser l’expérience du quotidien et celle de l’enfer (la guerre, la folie) avec une même hébétude, et sur le mystère de laquelle viendra jusqu’à la fin buter la caméra. Peu importe que le massacre final prévu dans une version antérieure du scénario ait été remplacé par une déclaration d’amour : c’est l’opacité du geste et le questionnement qu’il induit qui importent.
On ne saura ainsi trop conseiller Flandres (qui devrait sortir fin août) aux enseignants de Philosophie, car peu de films portent autant d’interrogations philosophiques (rattachables aux notions au programme de Terminale) dans leur esthétique. Pour preuve cette autre reflexion festivalière entendue elle aussi à l’issue de la projection : pourquoi la milicienne choisit d’émasculer (hors-champ) le seul soldat qui ne l’a pas violée, celui qui justement —comme il le dit lui-même— n’a rien fait ? C'est tout le prix du cinéma de Bruno Dumont de préférer l'angoisse des questionnements aux conforts des réponses.
Posté dans Cannes 2006 par comtessa le 26.05.06 à 13:39 - 35 commentaires
Voila un film qui s'est entouré de nombreuses cautions : celle du Prix Nobel de littérature 2002, le hongrois Imre Kertesz, qui signe le scénario (adapté de son roman autobiographique) ; celle de Jorge Semprun, autre grand écrivain de l’expérience concentrationnaire, qui livre une analyse plutôt favorable dans le premier numéro du magazine Philosophie ; celle enfin de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, partenaire officiel du film…
Cela n’a pas empêché l’éternel débat de rebondir, sur la question d’une représentation cinématographique fictionnelle des camps d’extermination. Ici ce n’est pas le pathos d’un mouvement de caméra (le fameux travelling de Kapo de Gillo Pontecorvo), le faux-suspense d’une scène de douche (La Liste de Schindler de Spielberg), ou l’irréalisme de la fable (Benigni et son fils dans La Vie est belle) qui sont mis en cause, mais l’esthétisation par l’image (le réalisateur Lajos Koltai est un ancien chef-opérateur) et la musique (Ennio Morricone) de la réalité des camps.
Pour ne citer que deux exemples glanés dans la presse :
"Ah, ces plans sophistiqués sur les déportés, enfermés dans des wagons à bestiaux presque beaux ! Ah, ce camp de la mort qui devient, par la magie de ses éclairages, le théâtre presque irréel d’une tragédie superbe ! Mais on ne fait pas d’esthétisme sur l’horreur, sous peine de l’embellir et, forcément, de l’affadir." (Pierre Murat dans Télérama)
" L'esthétisation non moins prononcée de l'univers des camps (…) passe en revanche les limites du supportable (…) cette tendance esthétisante - qui fabrique de la beauté, de la jouissance et du spectaculaire à partir de l'avilissement et de la déshumanisation - est particulièrement malvenue s'agissant de la représentation d'une telle réalité." (Jacques Mandelbaum  dans Le Monde)
Cette question de la représentation est évidemment liée à celles de la transmission et de l'enseignement de la Shoah. On avouera pour notre part pratiquer sur cette question le principe de précaution, et préférer utiliser le documentaire (cf ces dossiers sur les deux références majeures que sont Nuit et Brouillard et Shoah). Non pas, comme l'explique très bien Jorge Semprun dans l'article cité plus haut, en vertu d'un quelconque interdit ontologique…
Mais parce que la (re)création fictionnelle, quelle que soit la noblesse des intentions qui y président, quel que soit l'effort de réalisme et vraisemblance, sera toujours sujette à caution. Et que les interrogations, esthétiques autant qu’éthiques, sur le médium, pour passionnantes qu'elles soient, risquent de brouiller le message essentiel que l'enseignant a pour mission de faire passer.

[Être sans destin de Lajos Koltai. 2005. Durée : 2 h 15. Distribution : Films sans frontières. Sortie le 3 mai 2006]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 07.05.06 à 17:37 - 13 commentaires
L’animal est-il un objet (un gibier ?) de géographie ? C’est muni de cette interrogation, et fort d’une réflexion déjà bien entamée sur le site des Cafés Géographiques que Gilles Fumey est allé voir La Planète Blanche de Thierry Piantanida et Thierry Ragobert. Sa critique du film tourne ainsi autour de la notion de territoire, commune aux géographes et aux éthologues : La Planète Blanche peut-elle ainsi nous montrer "la manière dont les animaux construisent leur territoire, en fonction des saisons, mais aussi des espèces avec lesquelles ils sont obligés de partager certains milieux" ? Pas vraiment, hélas… La recherche de l’esthétisme et du spectaculaire (Gilles Fumey raille le "destin de fonds d’écran" de toutes ces sympathiques bestioles), l’anthropomorphisme obligé (même s’il n’atteint pas celui de La Marche de l’empereur), voire le mysticisme du commentaire (il parle de "sirupeux sermon", "d’encens écologique") rendent difficilement déchiffrable l’espace arctique et son seigneur, l’ours blanc.
Reste en surfant dans l’ensemble des pièces que les Cafés Géos versent au dossier (notamment ce compte-rendu du débat : Y a-t-il une géographie du territoire animal), à s’interroger sur notre rapport au monde animal, via sa représentation cinématographique et notamment la vogue des films animaliers. Ainsi on méditera sur cette constatation "Il semblerait que les animaux sont d’autant plus appréciés qu’ils sont paradoxalement soit proches de l’homme, dans son environnement familier, soit émouvants par leur rareté ou leur extinction quand il s’agit d’espèces animales de terres lointaines et réputées comme sauvages. Mais dès que l’on évoque les animaux sauvages vivant dans ou près de l’espace des hommes, ils sont moins bien acceptés, car ils concurrencent l’homme sur son territoire. Qu’en est-il du territoire animal ?" Et sur ce récit tragi-comique de la tentative de réintroduction dans son milieu naturel, sous la pression du public, de l’orque qui avait "interprété" le rôle titre de Sauvez Willy ! (1994) : "Avec l’aide d’une fondation, on a dépensé 25 millions de dollars pour lui réapprendre à se nourrir (en tuant donc d’autres animaux ce qu’elle ne savait plus faire) et à vivre avec des orques sauvages. Après plusieurs années pour lui réapprendre la mer, elle fut relâchée, mais ne tarda pas à aller s’échouer sur un fjord de Norvège, touchée de pneumonie !"
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 17.04.06 à 20:55 - 3 commentaires
sisterszero.jpgDéjà signalé à l’occasion de la séance du mois et du mini-site pédagogique que nous lui consacrons, Sisters in law de Kim Longinotto et Florence Ayisi sort aujourd’hui sur les écrans, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme.
C’est l’occasion de dire tout le bien que nous pensons de ce documentaire à la fois bouleversant et tonique, qui filme ses personnages (hommes, femmes, enfants, bourreaux, victimes, accusés, accusateurs), avec justesse et humanité.
Il a l’avantage de présenter une vision de l’Afrique qui échappe pour une fois au misérabilisme (à l'inverse du Cauchemar de Darwin par exemple), et qui bousculera pas mal de clichés (notamment sur la femme musulmane). Mais par-delà une situation locale avec ses particularités, il offre surtout un propos universel sur les droits des femmes et des enfants, la violence, les rapports entre la loi et les coutumes, et la signification de la justice.
Ce sont les thèmes qui sont traités de manière transversale dans les dossiers pédagogiques que nous avons consacrés au film, rédigés par des enseignants d’Histoire-Géographie ECJS, de Français et de Philosophie, à destination du Lycée.
Pour compléter, on pourra télécharger le dossier de presse sur le site du distributeur. Et dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, on ira consulter les ressources proposées par notre partenaire France 5 Education, ainsi que le dossier Emancipation des femmes mis en ligne par la Ligue de l’Enseignement sur son site consacré à la laïcité.

[Sisters in Law de Kim Longinotto et Florence Ayisi. Durée : 1 h 44. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 8 mars 2006]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 08.03.06 à 16:07 - 3 commentaires
sisters_in_law_2w_1.jpgChangement de configuration pour la Séance du mois : celle-ci paraîtra désormais en début de mois. La séance du mois de février devient donc celle du mois de mars. Elle a la particularité d’être triple, et d’être consacrée à un film qui sortira la semaine prochaine.
Sisters in law, le beau documentaire de Kim Longinotto et Florence Ayi nous a en effet paru justifier un travail dans trois disciplines différentes : le Français, l’ECJS et la Philosophie, autour des thèmes transversaux des droits des femmes et des enfants, des violences familiales et de l’exercice de la justice.
On pourra retrouver ces séquences sur le mini-site pédagogique que Zéro de conduite.net consacre au film, en partenariat avec l’Agence Cinéma Education et le distributeur du film.
Celui-ci détaille également les propositions d’interventions dans les classes (en partenariat avec des associations féministes et de magistrats) pour approfondir les thématiques du film, et la liste des avant-premières auxquelles sont invités les enseignants : le dimanche 5 mars à Paris, Bordeaux, Lille et Marseille, le mardi 7 mars à Strasbourg.

[Télécharger la séquence Lettres au format pdf]
[Télécharger la séquence ECJS au format pdf]
[Télécharger la séquence Philosophie au format pdf]

[Consulter le mini-site pédagogique du film Sisters in law]
Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 01.03.06 à 16:33 - 2 commentaires