Mot clé : SES

L'été est une période propice aux cinéphiles : dans un environnement (un peu) moins encombré et concurrentiel, les salles de Paris et des grandes villes de province font une place aux rééditions et ressorties. On en signalera deux pour les enseignants et passionnés :
— il y a quinze jours ressortait en copies restaurées Le Jardin des Finzi-Contini (1971), adaptation par le maître Vittorio De Sica (dont ce fut l'un des derniers films) du chef-d'œuvre du romancier ferrarais Giorgio Bassani. Le magazine Télérama lui consacre un reportage qui relate notamment la brouille entre Bassani et De Sica, à propos des changements apportés dans l'adaptation à la fin du livre.
— aujourd'hui c'est au tour du magistral Douze hommes en colère (1957) (photo) de Sidney Lumet, coup d'essai de son auteur modèle d'après la pièce de Reginald Rose et modèle du "film de procès". Souvent utilisé en classe de Français (à l'instar de La Controverse de Valladolid) pour une étude du discours argumentatif ou sa réflexion sur la justice (voir ainsi cette séquence destinée à des Troisièmes qui étudie conjointement le film et la pièce de Reginald Rose), Douze hommes en colère peut également être utilisé avec profit en Philosophie, en SES (voir cette séquence proposée dans le cadre de l'option Sciences Politiques), ou en Histoire (pour étudier dans ce microcosme masculin —à l'époque les femmes ne peuvent être "jurés"— réuni en huis-clos les tensions qui traversent la société américaine du début des sixties).
On écoutera également cette communication de Jean Tulard sur la justice au cinéma, qui s'en tient à des exemples tirés du cinéma français, et donc ne… parle pas de Douze hommes en colère. On pourrait dire "qui ne parle surtout pas", puisque dans le débat qui suit, Jean Tulard (dont le son Dictionnaire du cinéma est connu pour ses jugements assassins et parfois à l'emporte-pièce), exprime… le peu d'estime ("davantage un téléfilm qu’un film") qu'il a pour le film de Sidney Lumet.

[Le Jardin des Finzi Contini de Vittorio De Sica (1971). Durée : 1 h 34. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 11 juillet 2007]
[Douze hommes en colère de Sidney Lumet (1957). Durée : 1 h 35. Distribution : Carlotta Films. Sortie le 25 juillet 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 28.07.07 à 01:38 - Réagir
A côté des critiques de films, des interviews de créateurs ou d’acteurs, les « choses vues » sont un passage obligé pour les journaux qui couvrent le Festival, attisant la curiosité de ceux qui n’y sont pas, et l’ironie de ceux qui « y » sont sans « en » être. Si l’on préfère, à la sociologie sauvage que dessine ces notations, le regard aiguisé de vrais sociologues, on pourra se reporter aux textes rassemblés par Emmanuel Ethis (Université d'Avignon) lors du Festival 2004 (mais la faune qui hante la Croisette n’a sans doute pas beaucoup changé depuis), et mis en ligne sur le site de l’Exception, très sérieux groupe de réflexion sur le cinéma qui rassemble critiques, cinéastes et universitaires.
Illustrées par les photos d’Emmanuel Ethis, ces approches transversales pointent les enjeux de pouvoir ("Accréditations, Factures EDF" : résumés commodes de notre identité) et de représentation ("Voir, ne pas voir, faut voir..." : une économie de l’excitation du regard) qui sous-tendent les gestes les plus anodins, et dessinent quelque portraits croquignolets ou émouvants (ainsi celui d’une veille femme qui hante les rues de Cannes arborant une accréditation …vieille de vingt ans).
Certaines analyses très pointues, voire parfois absconses (avouons avoir calé devant la phrase suivante : "En effet, le témoignage cannois et la "monstration" photographique qui l’étaye ne peut relever que de la communication affective au cinéma à quelqu’un qui éprouve un intérêt positif, critique ou carrément négatif susceptible d’être animé, réanimé pour qu’il y ait une communication effective.") rebuteront peut-être le non-spécialiste, mais l’ensemble constitue un corpus qui permet de repenser les clichés habituels.
Posté par Zéro de conduite le 24.05.07 à 11:55 - 1 commentaire

We Feed the world. "Nous nourrissons le monde". Comme tous les slogans, celui-ci (emprunté à la firme Pioneer, leader mondial des semences) cache sous une proclamation généreuse une réalité moins reluisante : celle d’une agriculture transformée en industrie, d’un "agrobusiness" capitalistique et mondialisé, qui a moins pour but de remplir les estomacs que de vider les portefeuilles, et dont le vrai slogan pourrait être : "Ça ne se mange pas, ça se vend…"
Des décharges de Vienne (où l’on jette chaque jour assez de pain pour nourrir la deuxième ville d’Autriche, Graz), aux vastes étendues du Mato Grosso (où les paysans meurent de faim à côté des champs de soja, destinés à nourrir le cheptel européen), de la plaine d’Almeria (où les tomates poussent dans de la laine de verre, irriguées au goutte à goutte et dopées aux nutriments), aux campagnes roumaines (où le gouvernement subventionne l’achat de semences transgéniques… mais la première année seulement), We Feed the World, le marché de la faim d'Erwin Wagenhofer nous confronte aux conséquences, économiques, sociales, environnementales de nos modes de consommation.
Car au-delà de la baisse de la qualité des aliments et de la perte du goût (qui n’est pas un critère reconnu pour le marché, comme nous le rappelle un des intervenants), au-delà des irrémédiables dégâts paysagers et environnementaux (déforestation de l’Amazonie, gaz à effet de serre), comment justifier qu’on laisse mourir de faim une partie de l’humanité alors que l’agriculture mondiale a largement les moyens de nourrir la planète ? Comment arrêter les flux migratoires quand on organise la ruine des paysans du Sud pour écouler les produits du Nord ?
Tout l’efficacité de We Feed the world (le marché de la faim) réside dans cette manière de juxtaposer, sans commentaire, des réalités que l’on imaginait fort éloignés, et de mettre ainsi au jour les chaînes de causalité qui les relient. C’est l’art du montage, que le réalisateur utilise avec pédagogie, et parfois ironie : ainsi quand Peter Brabeck-Lemathe, PDG du premier groupe mondial d’agroalimentaire, Nestlé, s’extasie devant les images d’une usine entièrement automatisée, après s’être vanté de faire travailler des centaines de milliers de personnes de part le monde.
Ces qualités font de We Feed the World (le Marché de la Faim) un film très pédagogique, et c’est pourquoi nous lui avons consacré un mini-site pédagogique et deux dossiers, en Géographie-ECJS ("Agriculture, alimentation et mondialisation") et Sciences Economiques et Sociales ("Mondialisation agroalimentaire, politiques régionales et stratégies des multinationales"). On renverra également à l’interview inédite d’Erwin Wagenhofer sur Vousnousils.fr, et l’article de Gilles Fumey pour les Cafés Géos, ainsi qu'au site du film qui propose dans sa rubrique "Associations" de nombreuses ressources sur les thématiques du film. Rappelons enfin que le film fait l'objet de nombreuses soirées-débats, avec le réalisateur ou des intervenants extérieurs au film, universitaires ou associatifs.

[We Feed the World d'Erwin Wagenhofer. 2005. Distribution : Zootrope Films. Sortie le 25 avril 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 25.04.07 à 12:52 - 15 commentaires

"Pourquoi les tomates font 3000 kilomètres à travers l’Europe ; pourquoi les Africains émigrent vers les pays du Nord ; et comment nos légumes se retrouvent à être vendus sur les marchés africains."
Voici le genre de questions pour le moins dérangeantes que pose, et auquel s’efforce de répondre, We Feed the World (le marché de la faim), le documentaire d’Erwin Wagenhofer (au cinéma le 25 avril). En voyageant aux quatre coins du monde (des décharges de Vienne —où l’on jette chaque année assez de pain pour nourrir la seconde ville du pays— aux plaines du Mato Grosso —où les paysans meurent de faim à côté des champs d’exportation—, en passant par les serres d'Almeria où l’on cultive la plupart des tomates qui inondent à longueur d'années le marché européen) ; en interrogeant différents acteurs de la filière agroalimentaire, We Feed the world nous confronte aux conséquences économiques, humaines et environnementales de nos modes de consommation.
S'inscrivant dans la lignée des nombreux films récents critiquant l'industrialisation et mondialisation de l'agroalimentaire (Gilles Fumey pour les Cafés Géos cite Le cauchemar de Darwin bien sûr, mais aussi Supersize me, Fast food nation et le récent Notre pain quotidien : "De film en film et dans Le marché de la faim particulièrement, on mesure la puissance financière de ces groupes industriels qui ont bâti leur fortune sur l’obligation qu’a l’être humain de se nourrir plusieurs fois par jour") se distingue par son souci d'analyse et de pédagogique.
Notre site pédagogique We Feed the World propose deux dossiers d'accompagnement autour du film, en Géographie-ECJS ("Agriculture, alimentation et mondialisation") et en Sciences Economiques et Sociales ("Mondialisation agroalimentaire, politiques régionales et stratégies des multinationales"). Ils recensent également les nombreux événements (avant-premières en présence du réalisateur, débats associatifs) organisés autour de ce film qui appelle à la réflexion et à la discussion…

Posté dans L'agenda par zama le 17.04.07 à 11:16 - 15 commentaires

Une histoire. Une dramaturgie. Des personnages : Les Lip, l’imagination au pouvoir de Christian Rouaud c’est d’abord ça, de l’excellent cinéma. Même si la critique, pour une fois unanime, s'en est massivement chargé, il faut le dire et le redire : il arrive qu’un "petit" documentaire, mélange très classique d’archives et d’entretiens filmés, s’avère plus palpitant qu’un blockbuster pourtant conçu et marketé pour épater les foules.
Ceci posé, on émettra l’hypothèse que l’écho remporté par le film de Christian Rouaud dépasse de loin la sphère cinéphilique : comme si ce conflit social, oublié pendant plus de trente ans, effacé par le souvenir de tant d’autres luttes, de tant d’autres défaites (après les Lip il y eut les Lu, les Metaleurop…), se révélait aujourd’hui d’une actualité à la fois douloureuse et vivifiante ; douloureuse parce qu’il annonçait, sans qu’évidemment les protagonistes de l’époque ne s’en doutent, la désindustrialisation massive et le chômage de masse, mais aussi et surtout la mutation vers un capitalisme financier plutôt qu'industriel (dont récemment un documentaire comme Ma mondialisation décrivait bien les mécanismes) ; vivifiante parce qu’il portait encore l’énergie, les espoirs et les idées ("l’imagination au pouvoir" du titre) du printemps 68, qu’on retrouve aujourd’hui dans les mouvements et les luttes altermondialistes.
Pour peu qu’on ait bien préparé les élèves, le film peut constituer un intéressant support de réflexion. En Sciences Economiques et Sociales, le film peut servir d’illustration au chapitre sur les conflits sociaux : rôle des syndicats, diversification des formes et objets de l’action collective sont des thèmes aisément abordables par l’intermédiaire du récit du conflit des "LIP". "Freinage" (division par deux du rythme de travail pour garder la paie) puis "prise en otages" des montres et autogestion ("On fabrique, on vend, on se paie") : les Lip ont renouvelé le répertoire de l’action collective. Le récit de ceux qui ont contribué à ce mouvement hors normes permet d’autre part de mettre au jour des interactions complexes, souvent insoupçonnées, au sein des conflits du travail. En Histoire il trouvera naturellement sa place dans le cadre du programme de Terminale ("Economie et société dans la France de la Ve République")(voir notre dossier pédagogique).
On terminera en conseillant d'aller faire un tour sur l'excellent site du film qui propose tout un tas de ressources pour prolonger la projection : la présentation des différents intervenants, une chronologie du conflit, une bibliographie exhaustive sur le conflit LIP, des liens vers les archives en ligne de l’INA, mais aussi une revue de presse régulièrement actualisée, des forums de discussion, et, last but not least, la liste des soirées-débats et la programmation du film dans les salles…

[Les Lip, l'imagination au pouvoir de Christian Rouaud. 2006. Durée : 1 h 58. Distribution : Pierre Grise. Sortie le 21 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 25.03.07 à 20:58 - 7 commentaires

D’un côté les chiffres (hectolitres de lait, milliers de têtes, tonnes de blé) tellement énormes qu’ils en deviennent abstraits, de la guerre économique mondiale ; de l’autre côté les images, rassurantes voire lénifiantes des publicités télévisées ou des emballages de produits cuisinés : notre rapport à l’industrie agroalimentaire est marqué par une certaine schizophrénie.
Sortant en France à un mois d'intervalle, deux documentaires autrichiens s’attachent à réajuster nos représentations de consommateurs aux réalités du productivisme… Si le film-enquête We Feed the World (sortie le 25 avril, mini-site pédagogique à venir sur Zérodeconduite.net) prend le parti de l'explication et de la pédagogie, Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter se distingue au contraire par son splendide hermétisme. A mi-chemin entre installation artistique (fixité et composition des cadres, travail sur la lumière et le chromatisme, on pense à la photographie contemporaine, notamment aux grands formats d’Andreas Gursky) et cinéma documentaire, Notre pain quotidien provoque un émerveillement mêlé d’effroi, et nous laisse plein d'interrogations…
Pour étayer la réflexion on renverra à la courte interview où le réalisateur précise ses intentions ("Car c’est bien notre manière de vivre qui est scandaleuse ; cette économie, cette efficacité sans âme étant intrinsèquement liée au mode de vie de nos sociétés. Il n’y a rien de mal à acheter des produits bios, à vouloir manger moins de viande ! Mais c’est aussi une excuse. Nous apprécions tous les fruits de l’automatisation, de l’industrialisation, d’une globalisation qui suit son cours et dont les répercussions vont bien au-delà de l’agroalimentaire…") et aux Pistes pour la classe proposées par Philippe Leclercq sur le site du CNDP ("Leur beauté glacée que l’on peut prendre pour un souci de neutralité du cinéaste devient par son application et sa constance la manifestation de la laideur morale du système, de son cynisme froid et dur comme la limpidité tranchante des images."). Présenter ce film à des élèves tient évidemment de la gageure, tant la proposition est radicale, voire violente… Aussi c'est peut-être en Philosophie qu'on tirera le mieux parti de ce film, notamment lors du chapitre sur le vivant.

[Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter. 2006. Durée : 1 h 32. Distribution : KMBO. Sortie le 14 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 20.03.07 à 00:05 - 5 commentaires

Les Lip, l'imagination au pouvoir de Christian Rouaud sortira dans les salles mercredi prochain (bande-annonce ci-dessus). Utile contrepoint au Cinéclasse consacré au film par Le Monde de l'Education, le dossier pédagogique réalisé par Francis Larran (voir le site pédagogique Les Lip) permettra aux enseignants d'inscrire l'étude du film dans le cadre du programme d'histoire ("Economie et société dans la France de la Ve République") de Terminale.
Etudiant tout d'abord ce conflit social original de la fin des Trente Glorieuses ("Il se distingue par son succès comme par l'originalité des revendications ouvrières. Une étude approfondie des moyens mis en oeuvre par les ouvriers pour sauver leurs emplois permettra probablement de faire apprécier aux élèves les réalités du monde de l'usine au début des années 1970, le mode de vie et les aspirations d'une "aristocratie ouvrière", tout comme la complexité de la culture ouvrière qui se trouve ici au carrefour de plusieurs grands courants de pensée —la démocratie, le socialisme et le christianisme—."), il s'attache ensuite à travailler sur la mémoire ouvrière : quels souvenirs de ce conflit surnagent dans la mémoire et l'imaginaire de ses acteurs ? comment et pourquoi ces souvenirs peuvent-ils être réactualisés dans le contexte actuel ?
Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 16.03.07 à 13:02 - 9 commentaires

Difficile de définir le sentiment qu'on ressent à la sortie de Volem rien foutre al païs, le nouveau documentaire de Pierre Carles... si la démarche dénonciatrice et subversive déjà amorcée dans Attention danger : travail apporte de nombreux moments de jubilation, c'est plutôt le malaise qui ressort de la présentation des quelques "voies alternatives" présentées par Pierre Carles et ses complices dans ce film. Commençons par le meilleur : Volem... contient une force contestataire vivifiante, une façon d'enfin clamer ce que nous savons tous sans oser nous l'avouer chaque jour devant les rayons des supermarchés, les vitrines des concessionnaires automobiles, les devantures des fast-food : nous passons la majeure partie de notre vie à produire, consommer et en bout de course, jeter... de la m... ! Jubilation devant la déroute du patron venu doctement expliquer les règles de la production et de la gestion en entreprise, auquel de simples citoyens renvoient sans circonvolutions l'artificialité des besoins qu'il crée : "si vous devez changer votre production tous les trois ans, c'est que ce que vous produisez ne vaut rien !" Le film dénonce avec beaucoup de fermeté l'absurdité du travail aujourd'hui. Et c'est là que le bât commence à blesser, lorsque, prétendant présenter des voies alternatives au travail, Pierre Carles nous présente des gens qui consacrent la majeure partie de leur temps et de leur énergie à... travailler !
Certes, au lieu de le faire "pour l'ennemi", ces doux dingues travaillent pour eux, construisent leurs "chiottes sèches", bricolent des pompes à eau dans des extincteurs recyclés, luttant chaque jour pour se procurer de manière autonome l'essentiel. Mais faute de clarifier la notion de travail (voir ce numéro de Magphilo consacré à La Valeur du travail) Volem... laisse le spectateur perplexe devant ces alternatives : ainsi, pour remettre en cause le capitalisme, suffirait-il donc de remplacer le travail salarié par l'autogestion ?
Tous les opposants au système doivent-ils donc retourner habiter nos campagnes pour prouver qu'un autre monde est possible ? Ces voies alternatives ont-elles seulement un avenir quand on constate par exemple qu'aucun des groupes présentés n'a d'enfants à charge ? Sans parler de la deuxième grande absente de ces expériences : la culture, l'esthétique.
Confondant sous le même terme "travail", les notions d'emploi salarié, d'exploitation et d'activité, le film a tendance à jeter le bébé de l'immense progrès humain qu'a permis la division technique du travail avec l'eau (sale) du bain capitaliste. On aurait aimé une démarche intellectuelle et politique ayant plus d'envergure, bref, l'ouverture de réelles perspectives d'action et de changement.

[Volem rien foutre al païs de Pierre Carles. 2004. Durée : 1 h 47. Distribution : Shellac. Sortie le 7 mars 2007]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 09.03.07 à 09:21 - 7 commentaires

Conflit, lutte, bataille… Même si le vocabulaire reste le même, difficile de comparer Lettres d'Iwo Jima de Clint Eastwood (en salles depuis le 21 février) et Les Lip, l'imagination au pouvoir de Christian Rouaud (sortie le 21 mars), objets respectifs de des suppléments "Cinéclasse" de février et de mars du Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net). Même s'il n'a pas les moyens d'une superproduction hollywoodienne, le documentaire de Christian Rouaud n'a rien à envier en termes de romanesque à son prédecesseur : racontée par ses principaux protagonistes et quelques images d'archive, le conflit de l'usine Lip de Besançon apparaît comme une véritable (la dernière ?) épopée ouvrière.
C'est au sociologue Michel Pialoux que Le Monde de l'Education a demandé d'éclairer pour nous les problématiques du film. Il part d'un constat simple : pourquoi n'entend-on plus parler en France de "classe ouvrière" (le terme même paraît archaïque) alors que selon l'INSEE 6 ou 7 millions d'individus s'y rattachent encore aujourd'hui ? Le conflit des Lip, porté par les espoirs de Mai 1968 (l'utopie de l'autogestion notamment) mais gros des menaces à venir (il préfigure nombre de conflits pour la sauvegarde de l'emploi et contre le démantèlement industriel), apparaît ainsi, selon la belle expression de Christian Bonrepaux, la "queue de la comète" des Trente Glorieuses.
Le supplément permet également de replacer le film dans le cadre des programmes scolaires, notamment de Sciences Economiques et Sociales : diversité des formes de l'action collective, rôle des syndicats, présentation de l'entreprise comme lieu d'efficacité économique mais aussi de relations sociales et de conflits, le film recoupe en bien des points le programme de Terminale.

[Le Monde de l'Education N° 356, Mars 2007, Supplément Cinéclasse]

Posté dans L'agenda par zama le 02.03.07 à 10:35 - 1 commentaire
En dédiant son premier long-métrage à son fils, le réalisateur Rajkumar Bhan nous livre la clef de voûte du film : l’héritage. Anirudh est un jeune enfant de onze ans, que son père et sa mère, débordés, placent chez la grand-mère paternelle à Shekhawati au Rajasthan (une province du nord de l’Inde),  alors qu’ils résident à Poona, à 130 km au sud de Bombay. Anirudh va découvrir alors tout un monde qu’il ne connaît pas, parce que son père ne lui en a jamais parlé, et renouer le lien avec ses ancêtres, notamment à travers la peinture et les Havelis, ces immenses demeures décorées de fresques.
Le film met en regard deux Indes, celle qui connaît une croissance économique forte et un développement urbain considérable (Bombay et de Poona, réputées pour être des havres de tolérance), et l’ "autre Inde", représentée à l’écran par la région du Rajasthan. Ces deux espaces que tout oppose (population dense, commerces, insécurité, rythme infernal contre désert, économie rurale et tranquillité) sont l’occasion pour le réalisateur de réfléchir à une croissance économique "sans conscience" qui entraîne une rupture avec non seulement l’héritage culturel mais aussi familial.
Alors qu’ Anirudh redécouvre presque par hasard la vocation artistique familiale, son père la rejette. Autorité violente et  arbitraire, il veut se projeter dans la modernité en faisant table rase du passé. L’art est ainsi un pont lancé entre deux rives, et la mise en abîme est riche : à travers un cinéaste filmant les Havelis, c’est tout à la fois le monde moderne qui s’approprie le monde passé, le mouvement qui donne vie au figé, et un père qui s’adresse à son fils.
L’exploitation de ce film comme support pédagogique prend tout son sens en Géographie et en Sciences Economiques et Sociales. On notera la présence d’une parabole qui donnait son titre initial au film, "Pourquoi le dieu a ri", exploitable en Français en classe de Première. On n’oubliera pas les Arts Plastiques avec les merveilleuses fresques des Havelis, narrant l’épopée de Krishna.

[Le petit peintre du Rajahstan de Rajkumar Bhan. 2006. Durée : 1 h 28. Distribution : Eurozoom. Sortie le 10 Janvier 2007]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 10.01.07 à 09:50 - 3 commentaires
La "Force", fontaine d'abondance pédagogique ? Après Star Wars et la physique, Star Wars et la géographie, Star Wars et l'histoire des mythes, voici Star Wars en SES… Dans la dernière édition mensuelle du Café pédagogique Claude Bordes nous signale le dossier documentaire réalisé par Renaud Chartoire et téléchargeable en pdf sur le site du CNDP, qui propose d'étudier la saga de Georges Lucas comme "phénomène économique, social et politique" :
"Les cours d’introduction en classe de seconde et de première nous amènent à montrer aux élèves que les SES réalisent une approche à la fois économique, sociale et politique des phénomènes contemporains. Pour ce faire, la plupart des manuels proposent d’analyser une activité donnée (les vacances, la musique, la mode, le cinéma...) en mettant l’accent sur cette triple dimension. Le dossier documentaire suivant reprend cette démarche, mais en l’appliquant au cas particulier de la saga Star Wars, qui se prête parfaitement à ce type d’analyse."
Développement du merchandising et de l'empire commercial "Star Wars" mais aussi importance du poste dans le budget des fans et concentration du secteur de la distribution, c'est surtout l'économie de la saga qui est évoquée. On regrettera l'absence de correction, mais le choix des documents (articles de journaux principalement) constitue une synthèse utile.
Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 18.12.06 à 18:15 - 1 commentaire
Comédie d'observation sociale finement dialoguée et interprétée, Le Goût des autres avait été le grand succès du printemps 2000, rassemblant plus de 3,5 Millions de spectateurs français dans les salles de cinéma.
Centré sur les différences culturelles (au sens large) qui séparent des  personnages socialement identifiés et typés (chef d’entreprise, artistes, serveuse de bar, gardes du corps, femme au foyer...), le film met au jour avec humour ou cruauté des phénomènes de différenciation et de distinction, qui engendrent des rapports de domination. Il peut donc être étudié d'un point de vue sociologique, sous l'angle des thèses de Pierre Bourdieu.
Notre séquence du mois propose d'étudier Le goût des autres avec les classes de Première ES, pour aborder plusieurs questions centrales du programme de SES telles que la socialisation, la culture ou la structure sociale.

[Télécharger la séquence pédagogique au format pdf]

> voir également cette étude sur le site cadrage.net
Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 28.11.06 à 20:30 - 3 commentaires
Le film anti-mondialisation (ou sur la mondialisation) est devenu un genre à part entière et on ne compte plus les documentaires ou les fictions qui, comme Bamako d’Abderrahmane Sissako, épinglent l’OMC, le FMI ou la Banque Mondiale.
Tout l’intérêt et la force de Ma mondialisation viennent de la modestie (au moins apparente) de ce qui est à la fois son sujet et son décor : la vallée de l’Arve en Haute-Savoie où 500 entreprises et 12 000 salariés travaillent pour fournir en pièces de mécanique de précision (industrie que l'on appelle le "décolletage") les géants de l’automobile, de l’aérospatiale ou du secteur médical.
C’est en suivant le chef d’entreprise Yves Bontaz dans ses usines savoyardes, tchèques ou chinoises (l’horloge du siège — cf photo — affiche les heures de Londres, Sao Paulo, Shanghai, Détroit… et Marnaz), en rencontrant ses employés (directeur, ouvrier, responsable syndical) et ses pairs entrepreneurs que le réalisateur Gilles Perret va dévoiler méthodiquement les mécanismes implacables de la mondialisation économique et financière. Du local au global, la démonstration, appuyée sur les commentaires de l’économiste Frédéric Lordon (auteur de Et la vertu sauvera le monde et Fonds de pension, pièges à con ?) est d’une grande efficacité pédagogique.
Surtout elle a le mérite de sortir des clichés sur les "régions sinistrées" ou les "industries en crise" (sidérurgie, textile…), et de remettre en cause les slogans rebattus sur la compétitivité et la nécessaire innovation technologique. Le paradoxe est que la vallée de l’Arve est un fleuron de l’industrie française, et l'incarnation même du modèle économique (innovation permanente, ouverture vers l’international) tant vanté par les gazettes. Or c’est bien le dynamisme et la rentabilité de ces entreprises qui ont attiré l’appétit prédateur des fonds de pension (dont le souci de rentabilité rapide et maximale menace la logique industrielle de la vallée), c’est leur compétitivité et leur ouverture internationale qui les obligent à prendre le train fou des délocalisations, parfois contre toute logique : on comprend ainsi avec effarement que le choix de la Chine tient parfois plus de l’effet de mode ou de l’idéologie que de la rationalité économique, puisque les donneurs d’ordre (clients, actionnaires) l’exigent même à coût égal voire supérieur !
On ne saurait ainsi trop conseiller le film pour l’étude fine et pertinente de la mondialisation au lycée, en SES et en Géographie, voire en ECJS : en s’attachant aux hommes et à leurs dilemmes le film pose aussi la question de la responsabilité individuelle et citoyenne face à cette mondialisation. Ainsi quand le "héros" Yves Bontaz déclare dans un élan humaniste que pour lui "français, tchèques, chinois, c’est la même chose, ce sont des hommes", il omet de préciser que ces "hommes" sont très très loin de lui coûter la même chose.
Il y a une dernière raison pour recommander ce film : c’est qu’en plongeant dans le présent d’une région et d’une industrie françaises il éclaire une réalité que l’on semble redécouvrir à chaque élection. A la lumière du film on pourra ainsi analyser les votes lors de la dernière élection présidentielle ou du référendum sur la constitution européenne (voir ce dossier du Café pédagogique)

NB : Le film est diffusé à la fois en salles en en DVD. Chaque support a ses avantages : la sortie salles est accompagnée de nombreux débats avec des intervenants. Le DVD offre lui en bonus un longue et pédagogique interview de Frédéric Lordon, utile vademecum sur les thématiques du film.

[Ma mondialisation de Gilles Perret. 2005. Durée : 1 h 26. Distribution : Les Films du Paradoxe. Sortie le 15 novembre 2006]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 23.11.06 à 18:40 - 11 commentaires
Lors de notre compte-rendu du dernier Festival de Cannes, nous avions associé dans un même article Babel d'Alejandro Gonzales Inàrritu et Fast Food Nation de Richard Linklater. Coïncidence de la programmation, les deux sortent cet automne dans les salles françaises à une semaine d'intervalle.
Tout sépare la virtuosité parfois ostentatoire (cf la scène de la boîte de nuit) de "l’auteur" Inàrritu et les maladresses du film à thèse de Richard Linklater (qui adapte en le fictionnalisant l’essai d’Eric Schlosser). Mais ces deux films choraux développent une même réflexion sur la circulation (des hommes, des produits, des sentiments) dans un espace mondialisé ; réflexion qui dans les deux cas bute sur la barrière infranchissable (en tout cas dans le sens que l’on sait) que constitue la frontière qui sépare violemment les Etats-Unis du Mexique, autrement dit le Nord opulent du Sud pauvre.
Babel (qu’on peut rapprocher des deux premiers volets d’une trilogie autoproclamée, Amours chiennes et 21 grammes) se révélera plus propice à une étude cinématographique, mais le dossier thématique Fast food nation est plus dense, et permettrait une exploitation en Géographie et en SES, voire en SMS et en Anglais (en s'appuyant sur des extraits du livre). On renverra d’ailleurs au dossier pédagogique proposé sur le site du film , très agréable à feuilleter et plutôt instructif, qui résume notamment le propos d'Eric Schlosser : " Le livre est divisé en deux parties. La première intitulée "La Méthode américaine" traite des débuts de cette nation fast-food dans le contexte post Seconde Guerre Mondiale. La seconde, "De la Viande et des Pommes de terre" évoque la mécanisation et la standardisation de l’industrie du fast food : l’aromatisation chimique des aliments, l’élevage en batterie du bétail et de la volaille, les conditions de travail dans les usines de transformation de la viande, les dangers sanitaires auxquels s’exposent les consommateurs mais aussi la globalisation mondiale de cette industrie en tant que symbole de la culture américaine."

[Babel d'Alejandro Gonzales Inàrritu. 2005. Durée : 2 h 05. Distribution : Mars Films. Sortie le 15 novembre]
[Fast food nation de Richard Linklater. 2006. Durée : 1 h 54. Distribution : La Fabrique de Films. Sortie le 22 novembre]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 23.11.06 à 11:56 - 12 commentaires
Représenter l'Afrique : c'est la gageure que s'est assigné Abderrahmane Sissako avec Bamako. Représenter cinématographiquement (ce qu'il ne pouvait prévoir) tout d'abord, puisqu'il était cette année le seul film africain présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes, et qu'il est un des rares à bénéficier d'une sortie et d'une exposition médiatique décentes. Représenter politiquement ensuite, puisqu'il s'agit rien moins que de donner voix à la colère et au désespoir d'un continent : "Parce que je suis cinéaste, je dois faire un film qui soit la voix de millions de gens : donner la parole à ceux qui ont besoin de crier une forme d'injustice." déclarait ainsi le réalisateur en conférence de presse.
Il le fait avec bonheur en renouvelant l'approche du film anti-mondialisation : il ne s'agit pas ici d'une nouvelle enquête implacable sur les mécanismes pervers qui étranglent l'Afrique, ou d'un nouveau témoignage-choc sur la misère dans laquelle le contient se débat (voir les précédents Djourou ou Cauchemar de Darwin) ; mais plutôt d'une (re)prise de parole inédite et du fantasme d'une justice enfin rendue : celle, patiente et méthodique, d'un procès où Banque Mondiale et FMI devraient enfin rendre compte de leurs politiques devant ceux qui les ont subies ; celle, plus violente et expéditive, de Death in Timbuktu, grinçante parodie de western qui voit un justicier solitaire (incarné par Danny Glover) abattre les brutaux séides de ces organisations internationales.
Précisons d'emblée que sa longueur (près de deux heures) et son caractère parfois aride ne font pas de Bamako un objet d'étude aisé… Le jeu en vaut cependant la chandelle tant les thématiques du film l'inscrivent au cœur des programmes  du secondaire, et tant Abderrahmane Sissako leur donne une traduction cinématographique originale.
C'est pourquoi Zéro de conduite.net a consacré un site pédagogique à Bamako, et demandé à trois enseignants une didactisation du film : en ECJS et en SES (en Terminale) sur le thème de la mondialisation tout d'abord ; en Français ensuite sur les procédés mis au service des thèses du film, qu'on peut renvoyer à la tradition rhétorique : l'écriture de l'éloge et du blâme utilisée par les avocats dans leurs plaidoiries, et l'apologue, genre auquel s'apparente le "film dans le film".
On pourra compléter ces approches par le passionnant supplément Cinéclasse consacré au film par notre partenaire Le Monde de l'Education, notamment pour la longue interview de la géographe (et ex-responsable humanitaire) Sylvie Brunel ; et faire un tour sur le site du film qui présente de nombreuses infos sur le film et sa sortie, notamment concernant les débats qui seront animés dans toute la France par les associations partenaires du film, dont par exemple le Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde.

[Bamako d'Abderrahmane Sissako. 2006. Durée : 1 h 58 mn. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 18 octobre 2006]
Posté dans Dans les salles par zama le 18.10.06 à 00:17 - 5 commentaires
Le Monde de l'Education et Zerodeconduite.net sont heureux d'annoncer la parution du second numéro de Cinéclasse, consacré à Bamako d'Aberrahmane Sissako, dans les salles à partir du 18 octobre (voir notre article sur le film lors du Festival de Cannes). Cinéclasse est un supplément de huit pages réalisé par Le Monde de l'Education, en partenariat avec Zerodeconduite.net, et broché à l'intérieur du mensuel de référence du monde éducatif.
Au menu, un décryptage cinématographique du film, entre documentaire et fiction (rubrique "Education à l'image"), une confrontation avec les programmes du secondaire ("De la salle à la classe") notamment de SES et de Géographie, quelques repères chiffrées et ressources complémentaires.
Mais le plat de résistance est constitué par un copieux entretien avec la géographie Sylvie Brunel, qui connaît bien son sujet puisqu'avant d'enseigner la géographie du développement (Montpellier-III, IEP Paris), elle a exercé dix-sept ans dans l'action humanitaire (à Médecins sans frontières puis Action Contre la Faim).
Ce dossier sera bientôt (à partir du 9 octobre) complété par un mini-site pédagogique Bamako sur Zéro de conduite.net présentant des didactisations du film en Français (la rhétorique de l'argumentation, l'apologue), en SES, Géographie et ECJS (sur le thème de la mondialisation).
Posté dans L'agenda par zama le 06.10.06 à 20:30 - 2 commentaires
Ouvrant le bal des adaptations de l'automne (Le Parfum de Tom Tykwer, Le Grand Meaulnes de Daniel Verhaeghe), l’oeuvre de Michel Houellebecq qui avait défrayé la chronique en 1998 arrive sur les écrans dans la version allemande d'Oskar Roehler. Si le roman paraît difficilement exploitable en cours pour des lycéens en raison d’une écriture crue, voire pornographique, il n’en demeure pas moins intéressant pour le tableau sociologique des trente dernières années qu’il dresse, le rapport de soi à autrui et l’impossibilité de communiquer qui l’affecte. Le film parvient à retranscrire avec justesse un roman à la fois comique et désespéré, sans toutefois aller jusqu’au bout de l’inhumanité comme chez Houellebecq.
Une empathie profonde se dégage pour ces personnages, Bruno, Michel, Christiane et Annabelle, naufragés d’une société soi-disant libérée et victimes expiatoires de quêtes illusoires telles que le plaisir, le bonheur, l’amour, le réconfort. S’il ne fait pas l’économie des scènes où les relations humaines sont autopsiées du point de vue de la sexualité, le film a la pudeur de se détacher du sexe pour percevoir son impact sur l’individu, la tendresse qu’il génère ou le désespoir qu’il provoque.
On pourrait déplorer le fait que le film se déroule en Allemagne, mais Roehler est parvenu à transposer le contenu universel  du roman et l’allemand, tantôt nonchalant, tantôt nerveux traduit  habilement les rythmes d’une écriture tantôt froide, tantôt hallucinée. C’est donc un film à voir et en version originale.
On recommandera surtout ces deux œuvres à des étudiants de BTS, voire à des lycéens de Terminale Littéraire avertis, germanistes ou non, qui pourront s’interroger sur le poids des déterminismes génétiques, sociaux ou psychanalytiques dans la construction de l’identité, en Français et en SES voire en Philosophie. Ils pourront comparer la fin du film et celle du roman pour déterminer un choix, pas si anodin que cela : l’espérance sans aller jusqu’à l’optimisme ou l’impasse du désespoir

[Les particules élémentaires d'Oskar Roehler. 2006. Durée : 1 h 53 mn. Distribution : TFM. Sortie le 30 août 2006]

Voir également :
Le site officiel du film
Le site officiel Michel Houellebecq
Le blog de Michel Houellebecq
Posté dans Dans les salles par comtessa le 31.08.06 à 13:07 - 5 commentaires
Bamako d'Abderrahmane Sissako arrive au Festival de Cannes lesté d'une bien grande responsabilité : c'est en effet cette année le seul film représentant le continent africain, toutes sélections confondues, ce qui en dit long sur les difficultés dans lesquels se débat cette cinématographie. Le cinéaste n'a d'ailleurs pas cherché à s'y soustraire, déclarant en conférence de presse : "Parce que je suis cinéaste, je dois faire un film qui soit la voix de millions de gens : donner la parole à ceux qui ont besoin de crier une forme d'injustice." Le fait qu’il soit présenté hors compétition lors d'une projection unique (par conséquent fort disputée) rétablit symboliquement l’équilibre avec les Da Vinci code et  Marie-Antoinette, à moins que l'on interprète cela comme le signe d'une certaine pusillanimimté des sélectionneurs.
Ce film fait donc contrepoids, mais à quoi ? Telle est la question qui paraît posée à l’ensemble du cinéma africain.
L’originalité du film tient à son sujet : un tribunal siège dans la cour ouverte d’un quartier populaire de Bamako pour juger les grandes instances internationales : FMI, Banque mondiale et compagnie. Tour à tour les témoins représentant la population fustigent l’ordre économique imposé par l’Occident, sous les questions des avocats des deux parties (Maître Rappaport, pour l’Occident, et Maître Bourdon, pour la défense de l’Afrique, jouent leur propre rôle).
Pas toujours abouti, le sujet offre néanmoins des perspectives d'étude passionnantes, en Français, en SES, en Géographie
De par son sujet, le procès, thème abondamment traité par le cinéma hollywoodien des années 40 et 50 (Le Procès Parradine, L’Invraisemblable vérité, M. Smith au Sénat), le film de Sissoko emprunte à l’écriture de l’éloge et du blâme (objet d’étude des classes de Seconde en Lettres), permet une initiation à l’étude de la rhétorique et de ses procédés (anaphores, gradations, personnifications), mais convoque aussi l’analyse de l’apologue à travers l’insertion d’un improbable western africain mettant en scène le processus des régulations qui asphyxient l’Afrique (on remarquera à ce propos les présences clins d'œil de Danny Glover, coproducteur du film et de réalisateurs comme Elia Suleiman, membre du jury cette année !).
Derrière le manque évident de moyens, il faut aussi saluer des trouvailles visuelles magnifiques, comme cette métaphore : la caméra fixe des scarabées errant sur le sable, perdus dans une sorte de labyrinthe. Le plan suivant nous montre des émigrants déambulant dans le Sahara en quête d’un avenir.
Mais le sens même des débats permet de convoquer le film dans le cadre du cours de Sciences Economiques et Sociales. On y trouvera de quoi nourrir une réflexion à partir d’exemples sur le poids de la dette et l’injustice que cette dernière ajoute au sort déjà sursitaire des populations africaines, tout comme le rôle joué par la sape des services publics dans la paupérisation chronique de l’économie (voir ce dossier proposé par le site du Comité pour l'annulation de la Dette.
Loin des documentaires occidentaux sur l’Afrique (le très discuté Cauchemar de Darwin), le film passe par la fiction et nous mène du rire (il faut voir Maître Rappaport acheter des lunettes Gucci de contrefaçon) à l’étranglement : les Africains paraissent sourds eux-mêmes à leurs propres sorts, confinés par l’Occident dans une espèce d’hébétude.

+ MAJ 7 juin 2006 : de nombreuses informations sur le site officiel du film.
Posté dans Cannes 2006 par comtessa le 25.05.06 à 14:46 - 6 commentaires
Un "Etre et avoir en musique" comme l'annonce l'extrait de presse en ouverture du site officiel ? Un des grandes qualités d'Un, deux trois dansez est certes d'avoir su capter  le naturel et la spontanéité de ses très jeunes personnages ; l'autre est d'avoir su calquer son rythme, allègre, sur celui des musiques qui les entraînent.
D'un point de vue sociologique, le film est intéressant pour étudier les processus de socialisation (cf le programme de SES de 1ère), notamment à un âge où se construisent les identités masculines et féminines (toutes les danses sont des danses de couple). Il a aussi le mérite de montrer la ville de New York à travers les quartiers les plus pauvres de Manhattan, de Brooklyn et du Queens, et ses habitants.
On pourra lui reprocher deux aspects : l'idéologie pas franchement progressiste que véhicule sans en avoir l'air la "danse de salon" (ah, le bon temps des "Ladies" et "Gentlemen") ; et une glorification très américaine de la compétition. "Certes, c'est une façon de motiver les enfants, selon la revue de l'Ecole des Parents, mais les exclus sont malheureux, les vainqueurs se prennent pour des stars et tous risquent d'oublier le plaisir et les bénéfices qu'ils ont retirés gratuitement de l'expérience."
Un anti Camera kids donc, puisqu'on peut se demander si ici la danse, loin d'être un instrument d'expression personnelle et d'affirmation de la subjectivité, n'est pas une méthode comme une autre pour faire rentrer dans la norme les éléments récalcitrants.

[ Un...deux...trois dansez de Marilyn Agrelo. Durée : 1h45min. Distribution : UGC Ph. Sortie le 15 mars 2006]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 16.03.06 à 17:27 - Réagir
Alors même qu’un César du Meilleur Premier Film est venu samedi couronner une carrière hors-normes pour un film de ce type, Le Cauchemar de Darwin, le documentaire-choc d’Hubert Sauper, est violemment attaqué dans un article de la revue Les Temps Modernes (numéro 635-636, paru en février 2006).
L’historien François Garçon s’y livre à un long réquisitoire contre le film, suivi par la réponse —indignée— d’Hubert Sauper.
Si l’enseigne de la prestigieuse revue leur apporte un cachet intellectuel et un certain retentissement (l’article a été repris par toute la presse dite "sérieuse"), les attaques de François Garçon n’ont pas le mérite de la nouveauté. On a rendu compte ici même des débats qui ont agité la toile au sujet du film, de la perche du Nil et de son éventuel boycott (Faut-il (finalement) manger de la perche du Nil, La révolte des supermarchés).
François Garçon dénonce la vision unilatérale du propos, d’un catastrophisme culpabilisateur, et les amalgames que l’auteur met à son service. Non l’introduction de la perche du Nil dans les eaux du lac Victoria n’est pas le fruit d’un complot machiavélique du Grand Capital, non son exploitation et son commerce n’ont pas que les effets pervers décrits dans le film (exode rural, prostitution, SIDA), non les consommateurs locaux n'ont pas que des arrêtes à se mettre sous la dent…
L’article s’attache surtout à démonter la thèse-choc du film (cf l'affiche), le lien entre commerce de la perche du Nil et trafic d’armes, qui ne s’appuie sur aucun raisonnement probant ni aucune image : "Si l’on s’en tient à ce que nous livre le film et non aux déductions logiques à quoi nous invitent des rapprochements photographiques et un questionnement insistant sur l’existence d’un tel commerce, Sauper est manifestement bredouille !".
On pourra reprocher à François Garçon d’oublier (ou de faire mine d'oublier) dans sa véhémence ce qui sépare le documentaire de la dissertation de géographie : les notions de mise en scène et de point de vue (Jean Vigo parlait de "point de vue documenté" plutôt que de documentaire). Comment reprocher à un cinéaste de mettre en scène son film (ce que Garçon appelle le "côté détective" du film et qu’il juge frelaté) ? Comment lui dénier le droit au parti pris, celui de choisir de montrer certaines choses et pas d’autres ? François Garçon en vient ainsi à donner de surréalistes conseils d’investigation ("Il suffisait d’attendre la venue du camion à la porte de la poissonnerie" pour trouver la décharge) et de mise en scène ("Sauper ne pouvait-il alors faire un panoramique…" pour montrer un autre aspect de Mwanza) à Hubert Sauper, lui qui n'a manifestement jamais mis les pieds en Tanzanie.
Là où il touche juste en revanche, c’est quand il pointe la confusion du discours entretenu par le metteur en scène autour de son film (Hubert Sauper laissant entendre tantôt que tout ce que dénonce son film est réel, tantôt qu’il faut prendre celui-ci comme une allégorie). Et surtout quand il remet en cause l’unanimisme très politically correct qui a accueilli le film à sa sortie : "Les condamnations unanimes de cette pêche et du trafic qu’elle est supposée entretenir, ainsi que les appels au boycott de la perche du Nil qui ont suivi, illustrent en effet, le pouvoir des images sitôt qu’elles se parent des atours du réel. Effet démultiplié quand il est encore question de mondialisation (nécessairement diabolisée), ou de ce qui est présenté comme tel."
Avouons que cette réflexion nous a interpellé, nous qui professons à longueur d’article les pouvoirs pédagogiques du cinéma. Et qu’elle nous a conforté dans deux convictions :
— que la lecture de ce genre de films ne peut se contenter d’une grille purement cinématographique (François Garçon reproche ainsi l’absence de compétence des critiques de cinéma, qui "passeront du Cauchemar de Darwin à une adaptation filmée d’un roman d’Hervé Bazin pour traiter ensuite du dernier Woody Allen") même si elle ne peut s'en passer.
— qu’on ne peut en aucun cas laisser son esprit critique aux portes des cinémas art et essai.
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 01.03.06 à 00:53 - 19 commentaires
ilsnemouraientpas.jpgIls ne mouraient pas mais tous étaient frappés. Dans ce titre magnifique, certains auront reconnu le septième vers de la fable Les Animaux malades de la peste de La Fontaine :
"Ils ne mouraient pas mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie…"
C’est un tout autre mal que sont allés traquer Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil, inspirés par les travaux de Christophe Dejours (dont La souffrance en France, 1998) : la généralisation de la souffrance au travail, et la banalisation du mal comme mode de management.
L’essentiel du film (hormis les séquences d’ouverture et de clôture) est ainsi constitué d’entretiens captés dans trois hôpitaux de la région parisienne : une psychologue et deux médecins y reçoivent quatre personnes (une ouvrière, un directeur d’agence, une aide soignante, une gérante de magasin) qui racontent leur souffrance au travail.
L’irruption de la caméra dans un espace qui lui est à priori interdit, la frontalité et simplicité du cadre, l’importance donnée à l’écoute dans la durée : le dispositif rappelle évidemment le cinéma de Raymond Depardon (Délits Flagrants par exemple). Il permet ici de recueillir une parole littéralement inouïe. Echappant à l’anecdote et au "psychologisme", elle dresse un tableau effrayant : cette souffrance est le corollaire direct des nouvelles formes d’organisation du travail (division du travail, individualisation, systèmes de commandement, modes d'évaluation) dictées par les "contraintes du marché".
Ainsi la juxtaposition entre le témoignage d’une ouvrière à la chaîne et celui d’un cadre n’est pas anodine. La première raconte que son corps s’est adapté à la machine, qu’elle reproduit chez elle le rythme de la chaîne ("Chez moi il faut que ça aille vite, ça m’énerve quand tout le monde ne bouge pas à ma façon") et l’on pense à Charlot dans les Temps Modernes sortant de l’usine agité de mouvements convulsifs. Le second refuse la taylorisation croissante de son travail et la pression managériale qu’il est censé reporter sur ses employés.
Assorti d’un viatique final qui montre les praticiens et le chercheur partageant leur expérience (scène cinématographiquement plus maladroite mais passionnante par ce qu’elle dit et ce qu’elle montre d’un travail universitaire en acte, cf le labo de Desjours au CNAM), ce film émouvant et passionnant tombe à point nommé : il rappelle que les gains économiques de "productivité" et de "flexibilité" ont un coût social et sanitaire. Et que la terreur érigée en mode de management finit par saper la "valeur travail" même.

Il y a un très beau travail à mener autour de ce film dans plusieurs disciplines :
— En Sciences Economiques et Sociales évidemment, en Seconde et encore plus en Terminale ES pour étudier l’organisation du travail et ses évolutions, notamment à travers les "chroniques du travail" de Christophe Desjours (sur le site SES en Île de France).
Dans le cadre des travaux pratiques et en liaison avec le cours de Français on pourra comparer ce documentaire à deux fictions : Ressources humaines et Violence des échanges en milieu tempéré. On s’appuiera sur ce constat des réalisateurs (dans le dossier de presse) :
"Filmer le travail à l’intérieur des entreprises est très difficile voire impossible. Ce sont des lieux de pouvoir où le regard d’observateur critique du cinéaste n’est pas le bienvenu."
— En Français et en Option-Cinéma on pourra s’appuyer sur les analyses d’Anne Henriot (Actualités pour la classe du CNDP) qui revient sur la signification du titre, dégage les thèmes à travers les différentes séquences, analyse la construction du film et son dispositif esthétique .
— En Philosophie, le film pourra illustrer et enrichier l’étude de la notion de travail (voir ce dossier Mag Philo : La valeur du travail, illustré notamment par un entretien avec… Christophe Desjours)

[Ils ne mouraient pas mais tous étaient frappés de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil. 2006. Durée : 1 h 20 min. Distribution : Bodega Films. Sortie le 8 février]


Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 08.02.06 à 00:57 - 6 commentaires
plafond.jpgIl y a quelque chose de désespérant pour l’enseignant dans le constat dressé par Yamina Benguigui dans Le Plafond de verre, que résume bien l’un des interviewés, l’ingénieur logisticien (au chômage) Nordine Bouchebour : "On nous a dit : travaille bien à l'école et tu auras un bon travail, avec tout ce qui va avec. J'ai bien travaillé à l'école, j'ai décroché mon DESS, et je n'ai pas de travail ni rien de ce qui va avec..."
Concept forgé à l’origine par les sociologues américains pour désigner les difficultés des femmes dans leur carrière professionnelle, l’expression "le plafond de verre" condense en une image frappante les obstacles invisibles qui s’opposent à l’ascension professionnelle et sociale de minorités elles bien visibles, à commencer par les enfants de l’immigration. L’expression fait pendant à celle d’ascenseur social, et explique pour partie ses blocages.
Le film démonte les mécanismes sinon inconscients du moins impensés de discrimination (encouragés par la grande sélectivité du système et l’anonymat des prises de décisions) à l’embauche, mais il montre aussi comment celle-ci induit chez les populations concernées de douloureux "réajustements stratégiques" (ils finissent par se tourner vers des métiers manuels) bien analysés par les sociologues.
On retrouve dans ce film la documentariste Yamina Benguigui qui avait fait date avec le documentaire Mémoires d’immigrés (dossier Teledoc). La méthode (entretiens frontaux) et la qualité d’écoute sont les mêmes, et sur un sujet a priori plus aride, l'émotion est encore au rendez-vous.
Diffusé à l’origine sur France 5, il paraît d’une actualité encore plus brûlante aujourd’hui qu’il sort en salles (flanqué d’un autre documentaire, plus court, sur Les Défricheurs, comprendre ceux qui ont réussi, au moins pour un temps, à percer ce plafond de verre) : émeutes en banlieue, débats sur la discrimination positive, polémique sur l’apprentissage à quatorze ans.
Il vient à point nommer rappeler que l’école n’est pas comptable de l’ensemble des maux de la société…
Le film est exploitable dans le cadre du cours d’ECJS et en Sciences Economiques et Sociales. On retrouvera un dossier complet sur le site de France 5, avec notamment une interview de Yamina Benguigui, une piste pédagogique Teledoc, et un mini-dossier sur les discriminations.

[Le Plafond de verre et Les Défricheurs de Yamina Benguigui. 2004. Durée : 1 h 44. Distribution : CineClassic. Sortie le 11 Janvier]


Posté dans Dans les salles par zama le 11.01.06 à 10:36 - 10 commentaires
vento.jpgAustère et exigeant (plans fixes, acteurs non professionnels), Vento di terra, le second film de Vincenzo Marra (Tornando a casa) mérite qu’on s’y attarde et s’y attache.
C’est le récit aussi implacable que distancié des efforts déçus d’un jeune homme pour échapper à sa condition sociale, dans une banlieue misérable de Naples (Secondigliano) à la fin des années 1990. Philippe Leclerq pour les Actualités pour la classe du CNDP avance la notion de déterminisme et voit dans Vento di terra un film "politique", ce qui pose des questions esthétiques (il montre l’héritage du néoréalisme italien "qui s’évertuait à montrer sans artifices, sans effets visuels et sans action spectaculaire la dure réalité de l’Italie d’après-guerre") et philosophiques ("À ce propos, on se demandera si la prééminence implacable de la fatalité qui fait de l’ouvrier puis du militaire (Enzo) une « victime » ne va pas à l’encontre de la démarche politique. Autrement dit, est-ce que la métaphysique ne vient pas brouiller le discours idéologique ? ").
Il conseille donc le film aux lycéens en français/philosophie. On pourra ajouter qu’un travail est également possible en SES (notamment en première) et surtout en italien : la ville de Naples et le Mezzogiorno, le dialecte napolitain, le cinéma néoréaliste, le film ne manque pas de thématiques à exploiter en classe.

[Vento di terra de Vincenzo Marra. 2005. Durée : 1 h 22. Distribution Les Films du Paradoxe. Sortie le 23 novembre 2005]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 25.11.05 à 12:14 - 1 commentaire
TV_set.jpgDans La Guerre du faux (1985), Umberto Eco, reprenant les théories de Marshall Mac Luhan (l’auteur du célèbre "The medium is the message", voir une exploitation en SES), notait que toute critique de la télévision de l’intérieur étant illusoire, c’était devant chaque poste qu’il fallait se placer pour combattre le big brother audiovisuel.
L’histoire du programme TNT Tir Nourri sur la Télé en est une bonne illustration : c’est faute d’avoir pu être diffusés sur les ondes hertziennes… ou via le numérique terrestre que les films de Pierre Carles (Pas vus, pas pris et Enfin pris) et Désentubages cathodiques le programme de Zaléa TV (télévision associative privée d’antenne depuis 2003) se retrouvent sur les écrans de cinéma.
Les deux films de Pierre Carles (par ailleurs abondamment commentés sur le réseau internet, voir les liens indiqués plus haut) étant des reprises, on se penchera ici plutôt sur l’inédit Désentubages cathodiques. Cinq reportages qui vont du très anecdotique (sur les potaches "Tivibigoneurs" créant la panique grâce à leur télécommande universelle) au plus inquiétant, ainsi le décryptage d’une édition du treize heures de TF1 (faux direct à Beslan où l’assaut n’a fait "aucune perte", suspense sur la libération imminente des otages Chesnot et Malbrunot —ils seront libérés trois mois plus tard—) ou un retour sur "l’affaire du RER D"…
Certes la volonté de frapper fort rend le propos parfois discutable. Ainsi on pourra suivre l’opinion de Jacques Mandelbaum du Monde qui conclut ainsi sa critique du film : "Ce genre de critique de la télévision, visiblement fascinée par son objet, partage équitablement avec elle manipulation et mépris du spectateur." Mais si Désentubages cathodiques "critique la télévision avec les moyens de la télévision", il le fait dans la salle de cinéma, là où le débat peut naître et se développer. The medium is the message…


Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 21.09.05 à 15:44 - 2 commentaires
umm2_daniel_maunoury.jpgIl faut avoir vu ce documentaire pour goûter à la sourde ironie d’un titre apparemment passe-partout : la modernité que l’on nous désigne ici, c’est celle de la généralisation de la sous-traitance et du travail précaire, avec leurs conséquences sociales et culturelles.
Sabrina Malek et Arnaud Soulier ont filmé la construction du Queen Mary 2 dans les chantiers navals de Saint-Nazaire. Le film est riche en événements (défaillance des patrons, actions des salariés, jusqu'au tragique accident de la passerelle qui a endeuillé Saint-Nazaire) mais son mérite principal est de donner vie au constat dressé par des chercheurs comme Stéphane Beaud et Michel Pialoux (Retour sur la condition ouvrière, Fayard, Paris, 1999) d'une "casse" de la classe ouvrière : "L’enjeu du film ne sera pas de faire le constat de la fermeture de telle ou telle entreprise et de ses conséquences, mais de prendre la mesure de la généralisation voir de la normalisation du travail précaire et à partir de là, questionner les modifications qui s’opèrent dans le rapport au travail qu’ont les salariés dans ce nouveau contexte." (Note d'intention disponible sur le site du film. Pour aprofondir le sujet, on pourra consulter les documents offerts par le site militant Stop Précarité !)
Pour le cours de SES, le film peut s'insérer dans l'étude de l'organisation du travail et des relations sociales au sein des unités de production en Seconde, mais potentiellement il s'adresse surtout aux Terminale ES avec lesquels il permettra de développer le chapitre "mutations du travail et conflits sociaux".

[Un monde moderne de Sabrina Malek et Arnaud Soulier. 2005. Distribution : Les Films de Mars. Sortie le 7 septembre 2005]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 08.09.05 à 13:45 - 1 commentaire