
Autre grande signature du
studio Ghibli, Isao
Takahata n’a pas à l’étranger la cote de son alter-ego
Miyazaki, consacré en France depuis une dizaine d'années et starisé par le succès récent du
Château ambulant et de l’
exposition Miyazaki-Moebius. La faute à un
style moins identifiable (quoi de commun entre le réalisme tragique du
Tombeau des Lucioles et la tendre caricature de
Mes voisins les Yamada ?) et, ajoutera-t-on, à une
maîtrise sans doute moins affirmée de la narration.
On pourra ainsi reprocher à
Pompoko, qui a mis douze ans à arriver sur les écrans français (cela expliquant peut-être ceci) le caractère répétitif et les longueurs de son récit.
L’histoire de ces petits animaux, les
tanukis (canidés ressemblant à des ratons-laveurs, dont
Le Monde nous apprend qu'on les appelle en français des "viverrins"), luttant pour préserver leur espace vital contre l’avancée inexorable de l’urbanisation, n’en réserve pas moins de
beaux moments, dans les registres très divers du burlesque (le caractère supposé et les pouvoirs transformistes des tanukis offrant une belle matière à l'animateur), de l’émotion (toute la fin du film), ou de l’émerveillement pur et simple (la longue séquence du carnaval magique).
Surtout, tout en restant fidèle au folklore nippon il offre une lecture personnelle et très contemporaine d’un
thème écologique cher à Miyazaki lui-même (
Princesse Mononoke,
Le voyage de Chihiro). La capacité des tanukis à se transformer en humains et ainsi à intégrer notre monde, à leur corps défendant, en fait une métaphore des minorités obligées de choisir entre assimilation et disparition :
"
Finalement, ce qui leur arrive, c’est ce que nous vivons : nous sommes des tanuki obligés de nous déguiser en citadins ! C’est particulièrement vrai, par exemple, pour les ruraux qui viennent travailler à Tokyo et qui sont victimes du stress, des maladies cardiaques,... Un autre point important est que le tanuki est une espèce minoritaire.(…) Ces races minoritaires parquées dans des réserves sont confrontées à la race dominante. Cela peut se traduire par des positions extrêmes comme le terrorisme ou encore par le refuge dans la religion. Les tanuki représentent ces minorités opprimées, et le film décrit les différentes voies qui s’offrent à eux."
On retrouvera les propos de Takahata, ainsi que des analyses, un long résumé (cinq pages !) du film, une présentation des personnages sur le copieux site
Buta Connection, consacré au studio Ghibli.
On pourra s'appuyer de ces éléments pour présenter succinctement le film aux élèves, et souligner son intérêt par exemple en
Géographie dans le cadre du
programme de Troisième (pour l'étude de l'
urbanisation dans la seconde partie et pour l'étude du
Japon dans la troisième partie), ou en
Sciences de la Vie et de la Terre, pour évoquer les conséquences des activités humaines sur les milieux naturels et la biodiversité.
[
Pompoko d’Isaho Takahata. 1994. Durée : 1 h 59. Distribution : Buena Vista. Sortie le 18 Janvier]