Mot clé : SVT
"Au XVIIIème siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables."
Les premiers lecteurs de ces lignes, en 1985, ne se doutaient sans doute pas que le roman de Patrick Süskind deviendrait un tel phénomène éditorial, vendu à plus de 15 millions d’exemplaires dans 45 langues ! Il est vrai que Le Parfum contenait une multitude d'ingrédients à même d'en faire un best-seller : description haute en couleurs de la France de l'Ancien Régime, thriller agrémenté de quelques touches de surnaturel, document sur l'univers de la parfumerie…
A ce titre il est depuis sa parution au Livre de Poche un des romans les plus appréciés par les élèves, fascinés par l'ambiguïté du personnage de Grenouille et l'ironie constante de la narration.
D'un point de vue cinématographique, le roman de Patrick Süskind a longtemps fait figure d’œuvre inadaptable. Comment condenser en deux heures ou plus de film la richesse narrative du livre ? Quels moyens énormes faudrait-il pour recréer les décors (le Paris et le Grasse du XVIIIème Siècle) ou mettre en scène le finale orgiaque imaginé par Süskind ? Et surtout, comment faire vivre à l’écran, par les images et les sons, le "royaume évanescent des odeurs" sur lequel règne le personnage de Grenouille ? C'est pourquoi on attend avec curiosité et impatience le film de Tom Tykwer (le réalisateur allemand de Cours, Lola cours), dans les salles à partir du 4 octobre 2006.
Le site Zéro de conduite.net s'associe à cette sortie en mettant en ligne le site pédagogique Le Parfum qui proposera dans quelques jours un dossier d'accompagnement pédagogique complet rédigé par un enseignant de Français (avec des pistes de prolongement interdisciplinaires), et qui permet d'ores et déjà aux enseignants de s'inscrire à une avant-première du Parfum qui auront lieu le 1er octobre au matin dans l'une des villes suivantes : Paris, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Nancy, Perpignan, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulouse…
Posté dans L'agenda par zama le 11.09.06 à 17:30 - 22 commentaires
Qu’il nous mène dans la savane ou sur la banquise, chez les insectes, les manchots ou les oiseaux, le principe du film animalier grand public est toujours le même : ramener des images aussi superbes qu’inédites d’univers inaccessibles au commun des mortels, et ce au prix d’exploits techniques et humains (patience, endurance, ingéniosité) copieusement vantés.
Puisque le rapprochement vient immédiatement à l’esprit, réglons la comparaison tout de suite : de la Marche de l’Empereur à La Planète Blanche, on passe d’un pôle à l’autre, et d’une monographie sur une espèce (certes charismatique) à un panorama beaucoup plus large (mammifères terrestres et aquatiques, poissons, oiseaux).
Mais surtout on abandonne les vélléités fictionnelles et familiales du film de Luc Jacquet (notamment les horripilantes voix-off de la "famille Manchot", supprimées d’ailleurs dans la version américaine oscarisée) pour une approche certes tout aussi spectaculaire mais au discours plus scientifique et militant.
Le film de Thierry Ragobert et Thierry Piantanida se recommande ainsi de la caution scientifique de l’explorateur Jean-Louis Etienne (qui co-écrit et lit le commentaire) et assume un vrai discours écologique (des partenariats ont été passés avec le World Wide Fund et la Ligue pour la Protection des Oiseaux) bien résumé par le slogan "Ne perdons pas le Nord".
On conseillera donc le film aux collégiens pour la Géographie en sixième (étude des paysages polaires), pour les Sciences de la Vie et de la Terre en quatrième et cinquième (“des êtres vivants dans leur milieu”), et bien sûr dans le cadre de l'Education à l'Environnement et au développement durable. L’espace enseignant du site officiel du film offre en téléchargement (ou à commander par la poste) un très copieux dossier pédagogique pour les collégiens. Il fait également un lien vers la superbe Encyclopédie polaire de Jean-Louis Etienne, une véritable mine d’informations pour les enseignants, les élèves… et tous les autres !

[ La Planète blanche réalisé par Thierry Piantanida et Thierry Ragobert. Durée : 1h26min. Distribution : Bac Films. Sortie le 22 mars 2006 ]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 23.03.06 à 16:14 - 5 commentaires
pompoko.jpgAutre grande signature du studio Ghibli, Isao Takahata n’a pas à l’étranger la cote de son alter-ego Miyazaki, consacré en France depuis une dizaine d'années et starisé par le succès récent du Château ambulant et de l’exposition Miyazaki-Moebius. La faute à un style moins identifiable (quoi de commun entre le réalisme tragique du Tombeau des Lucioles et la tendre caricature de Mes voisins les Yamada ?) et, ajoutera-t-on, à une maîtrise sans doute moins affirmée de la narration.
On pourra ainsi reprocher à Pompoko, qui a mis douze ans à arriver sur les écrans français (cela expliquant peut-être ceci) le caractère répétitif et les longueurs de son récit.
L’histoire de ces petits animaux, les tanukis (canidés ressemblant à des ratons-laveurs, dont Le Monde nous apprend qu'on les appelle en français des "viverrins"), luttant pour préserver leur espace vital contre l’avancée inexorable de l’urbanisation, n’en réserve pas moins de beaux moments, dans les registres très divers du burlesque (le caractère supposé et les pouvoirs transformistes des tanukis offrant une belle matière à l'animateur), de l’émotion (toute la fin du film), ou de l’émerveillement pur et simple (la longue séquence du carnaval magique).
Surtout, tout en restant fidèle au folklore nippon il offre une lecture personnelle et très contemporaine d’un thème écologique cher à Miyazaki lui-même (Princesse Mononoke, Le voyage de Chihiro). La capacité des tanukis à se transformer en humains et ainsi à intégrer notre monde, à leur corps défendant, en fait une métaphore des minorités obligées de choisir entre assimilation et disparition :
"Finalement, ce qui leur arrive, c’est ce que nous vivons : nous sommes des tanuki obligés de nous déguiser en citadins ! C’est particulièrement vrai, par exemple, pour les ruraux qui viennent travailler à Tokyo et qui sont victimes du stress, des maladies cardiaques,... Un autre point important est que le tanuki est une espèce minoritaire.(…) Ces races minoritaires parquées dans des réserves sont confrontées à la race dominante. Cela peut se traduire par des positions extrêmes comme le terrorisme ou encore par le refuge dans la religion. Les tanuki représentent ces minorités opprimées, et le film décrit les différentes voies qui s’offrent à eux."
On retrouvera les propos de Takahata, ainsi que des analyses, un long résumé (cinq pages !) du film, une présentation des personnages sur le copieux site Buta Connection, consacré au studio Ghibli.
On pourra s'appuyer de ces éléments pour présenter succinctement le film aux élèves, et souligner son intérêt par exemple en Géographie dans le cadre du programme de Troisième (pour l'étude de l'urbanisation dans la seconde partie et pour l'étude du Japon dans la troisième partie), ou en Sciences de la Vie et de la Terre, pour évoquer les conséquences des activités humaines sur les milieux naturels et la biodiversité.

[Pompoko d’Isaho Takahata. 1994. Durée : 1 h 59. Distribution : Buena Vista. Sortie le 18 Janvier]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 18.01.06 à 00:44 - 8 commentaires
VIGNETTEAFFICHE.jpgLe festival international du film scientifique (photo) se tiendra du 13 au 15 octobre au Museum d’Histoire Naturelle à Paris. La plupart des films s’astreignent aux 52 minutes réglementaires du format télévisuel mais la sélection est de qualité et d’une grande variété, aussi bien dans les disciplines explorées que l’approche cinématographique utilisée.
Non loin de là le cinéma l’Arlequin présente du 12 au 18 octobre son dixième Festival du cinéma allemand : avant-premières et inédits (qui d’ailleurs pour la plupart le resteront en France), programmation de documentaires (une sélection de six coproductions Arte, "spécialement conçue pour un public jeune"), ciné-concert avec le Nosferatu de Murnau, et une rétrospective "Quinze grands films du siècle" choisis par le Goethe Institut parmi les cent meilleurs films allemands élus en 1995 (pas de ressources sur le site du festival, mais on pourra consulter le dossier "cinéma allemand" mis en ligne par l’OFAJ).
A noter que la programmation de ce festival sera reprise à Lyon, Marseille et Toulouse.
Enfin le festival Résonances, 5èmes rencontres du cinéma citoyen, du 12 au 18 octobre au Cinéma le Magic de Bobigny (93), abordera des thématiques plus sociales (Femmes en lutte, Combat syndical…) et reviendra notamment en images sur l'histoire des mouvements lycéens, de 1968 à 2005.

Posté dans Evénements par Zéro de conduite le 11.10.05 à 14:14 - Réagir
marche.jpgLa marche de l’empereur, le documentaire de Luc Jacquet sur les manchots empereurs, remporte depuis cet été un succès inattendu dans les salles obscures américaines : plus grand succès français au box-office (devant le Cinquième élément de Luc Besson), le film est en passe de battre le record d’entrées pour un film documentaire, détenu par Farenheit 9/11 de Michael Moore.
Alors qu’en France producteur et distributeur ont surtout voulu éviter l’étiquette "documentaire animalier", tirant le film vers la fiction et le grand spectacle familial (ah les voix-off gnan-gnan de Maman-Romane Bohringer, Papa-Charles Berling et Bébé-Jules Sitruk…), le distributeur américain (associé au National Geographic) a joué clairement la carte de la pédagogie en remplaçant les "dialogues de bête" par un commentaire plus sobrement scientifique (interprété il est vrai par la star Morgan Freeman).
Mais chassez l’anthropomorphisme, il revient au galop : comme le raconte Pascal Riché sur son blog (deux articles : Manchots français contre Us Penguins et Anthropomorphisme du manchot), des groupes religieux et des commentateurs conservateurs se sont emparés du film et y décèlent un éloge des valeurs familiales et une preuve de l’existence de Dieu.
On peut s’amuser de la polémique en visitant les pages proposées en lien par Pascal Riché (notamment une critique sur le site christiananswers.net qui passe le film au crible des versets de la Bible, et se félicite… de l’absence de scènes de sexe ou de nudité), on peut y voir aussi un signe inquiétant de l’offensive médiatique des thèses créationnistes du dessin intelligent ou intelligent design. A ce propos on pourra lire un excellent résumé sur Wikipedia et un volumineux mais passionnant dossier "Evolution et créationnismes" proposé par le biologiste Guillaume Lecointre sur le site du CNRS, notamment pour sa "postface à destination des enseignants", qui répond aux principales objections antidarwiniennes présentes sur les sites évolutionnistes : "Les enseignants doivent savoir que ce mouvement appelle les élèves à poser dix questions à leurs enseignants. Inutile de préciser que ces questions sont destinées à mettre les enseignants de biologie dans l’embarras."

Posté dans Thèse-Antithèse par Zéro de conduite le 27.09.05 à 11:34 - 5 commentaires