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L'actualité educative du cinéma

Le Blog

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Le cinéma de George W. Bush

Un président s'annonce, un autre quitte la scène… Dans un mois, George W. Bush ne sera plus à la tête des Etats-Unis d'Amérique, et l'heure est aux bilans, forcément sévères (deux guerres, une crise financière historique…), de ces deux mandats et huit ans de pouvoir.
Le cinéma en prend sa part : on annonce pour le 29 octobre le biopic d'Oliver Stone (qui s'était déjà intéressé à Nixon), W ou "ou comment George W. Bush est passé du statut d'alcoolique notoire à celui de Président de la première puissance mondiale..." De ce côté-ci de l'Atlantique, plus modestement, c'est Michel Royer et Karl Zéro qui sortent en salles Being W, "autobiographie non-autorisée" : à savoir un long-métrage constitué exclusivement d'images d'archive, et d'un commentaire apocryphe lu par un imitateur… On avait apprécié, sur le même modèle, le Dans la peau de Jacques Chirac de Royer et Zéro, somptueux album-souvenir balayant quarante ans de vie politique française et exhumant des trésors des greniers de l'ORTF. La version "Bush" n'a pas le même cachet : à l'heure du tout-télévision et des sites de partage vidéo, les facéties filmées de "l'improbable président" ont un triste goût de "déjà vu". Surtout, étant données les conséquences dramatiques des décisions qu'eût à prendre notre héros, le rire reste coincé dans la gorge. Oscillant en permanence entre la pochade sympathique (ce pauvre W. est parfois à deux doigts de reconnaître qu'il n'était pas l'homme de la situation) et l'humour le plus noir, le film ne semble jamais parvenir à dépasser cette gêne…

[Being W de Michel Royer et Karl Zéro. 2008. Durée : 1 h 31. Distribution : Europacorp. Sortie le 8 octobre 2008]

> A signaler que le mensuel Positif a consacré dans son numéro de septembre (n° 571) un dossier aux "présidents américains vus par le cinéma"

Posté par zama le 12.10.08 à 23:23 - Réagir

Le Cinéma et les Langues Vivantes

Le cinéma est-il un outil pour motiver les élèves dans l’apprentissage des langues ? Qu’autorise la loi en matière d’exploitation de vidéos en classe ? Quelles sont les limites de la fameuse exception pédagogique ? Exploitants, distributeurs, qui sont les interlocuteurs de l’enseignant pour la sortie cinéma ?
Voila quelques uns des thèmes qui seront abordées lors de la conférence Le Cinéma et les Langues Vivantes qui aura lieu le vendredi 4 avril (de 14h15 à 15h15) dans le cadre des rencontres interprofessionnelles des langues - LANGUES & AVENIR, organisé par la librairie des langues Attica. Animé par le magazine Vocable, la conférence réunira Odile Montaufray, chargée de l’action culturelle scolaire du cinéma Le Latina, et Vital Philippot, de Zéro de conduite.net.
Pour recevoir une invitation et pour tout renseignement complémentaire, contacter Vocable.

Posté par Zéro de conduite le 02.04.08 à 20:56 - Réagir

Le Voyage à Panama : c’est où le bonheur ?

Petit Ours et Petit Tigre vivent heureux dans leur maison près de la rivière. Petit Tigre "chasse" les champignons, Petit Ours cultive son potager et invente sans cesse de nouvelles recettes qui ravissent son ami. Un matin, ils trouvent, échouée sur la rive, une caisse en bois vide qui dégage une délicieuse odeur de banane. Sur le côté est écrit : "Panama". Les deux amis se convainquent que le paradis sent la banane et s’appelle Panama. Ils partent à sa recherche.
Qu’est-ce que le bonheur ? Ce film d’animation au style naïf dépeint des personnages en proie à de véritables interrogations existentielles. Le tigre et l’ours ne manquent de rien, sont heureux et pourtant un doute les saisit : peut-être est-il possible d’être plus heureux encore ? Comment peut-on le savoir ? Ils partent à la recherche de ce bonheur auquel ils donnent les traits vagues d’un paradis qui regorge de ce qu’ils n’ont pas (les bananes) et multiplie ce qu’ils ont. Cette quête du bonheur va se transformer ainsi en cheminement initiatique où l’expérience instruit. Le bonheur n’est pas une question d’avoir mais d’être. Au mythe d’un jardin d’Eden insaisissable se substitue la réalité des joies quotidiennes : Il faut cultiver son potager…
Réalisé par Martin Otevrel, ce film d’animation est l’adaptation d’un livre de l’auteur pour enfants Janosch, Oh ! Wie schön ist Panama, publié en 1978. Et des années 70, en effet, on retrouve l’empreinte d’un mouvement éducatif prônant l’idée selon laquelle il faut expérimenter pour savoir.
Il est rare de trouver des films d’animation adaptés à un très jeune public (dès 3 ans). Le Voyage à Panama concilie pour cela des critères essentiels : il est relativement court (1h10), et les scènes, rythmées par de nombreuses rencontres, sont suffisamment brèves pour capter et conserver l’attention. Des détails au thème général, les enfants trouveront du plaisir à la fois à apprendre des mots et à répondre à cette question : qu’y aurait-il dans ton paradis ? N’oublions pas la musique, essentielle dans les films d’animation, et l’entraînant "Tout est beau à Panama", car ce que l’on chante est ce qui nous reste de plus concret et ce qui nous ramène vers un film.

[Le Voyage à Panama de Martin Otevrel. 2006. Durée : 1 h 10. Distribution : Gebeka. Sortie le 20 février 2008]

Posté par July le 21.02.08 à 18:32 - 1 commentaire

Les Faussaires : vertige de la fiction, horreur de l'histoire

Faux papiers, fausses identités, fausse monnaie : quoi de plus romanesque et de plus cinématographique que le thème du faux ? Il constitue le ressort d’un grand nombre de films sur la Seconde Guerre Mondiale, variations plus ou moins brillantes sur la guerre entre espions Alliés et ceux de l’Axe, dans les registres dramatique (L’Affaire Cicéron de Mankiewicz) ou comique (To be or not to be de Lubitsch).
L’histoire de Salomon Sorowitsch, faussaire de génie impliqué dans l’opération Bernhard (vaste entreprise de contrefaçon de billets de banque lancée par les nazis pour saper les économies alliées), pourrait rentrer dans cette catégorie. A ceci près que Salomon Sorowitsch était juif comme la plupart des autres "faussaires" du titre, et qu’il ne participa qu’à son corps défendant à l’opération Bernhard : sélectionnés par l’administration SS dans tous les camps de concentration européens, les spécialistes (illustrateurs, ouvriers typographes, …) furent regroupés dans le "KZ" de Sachsenhausen pour travailler au projet nazi. Ils bénéficiaient d’un traitement de faveur par rapport aux autres déportés, tout en étant à la merci des nazis.
On perçoit ce qu’il y avait de délicat à mêler le vertige de la fiction à la réalité historique de la Shoah. Mais l’intérêt du film, comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cinéclasse consacré au film, est justement d’aborder la réalité du génocide nazi de manière "oblique". Parqués dans un enclos relativement protégé à l’intérieur du camp de Sachsenhausen (dans l’œil du cyclone en quelque sorte, puisque Sachsenhausen était aussi le QG de l’administration SS), totalement séparés des autres déportés, les faussaires du film ne perçoivent l’étendue de l’horreur concentrationnaire que par bribes. Le moment le plus saisissant du film est d’ailleurs la rencontre entre les deux populations du camp délaissé par les SS à l’arrivée des troupes alliées : les faussaires découvrent avec stupéfaction les silhouettes décharnées des "musulmans" (comme les appelait Primo Levi) ; de leur côté ceux-ci n’arrivent pas à prendre pour des déportés ces détenus si bien portants.
Le grand intérêt du film est là, plutôt que dans le portrait ambigu de l’officier nazi qui dirige l’opération, ou dans le dilemme moral qui tiraille les faussaires (sauver sa peau à tout prix ou saboter un projet qui risque de permettre la victoire nazie ?). Mais la grande réussite des Faussaires réside également dans l’interprétation magistrale de l’acteur Karl Markowics, qui campe un Sorowitsch ambigu, à la fois foncièrement amoral et profondément humain.
Comme nous l’expliquions dans notre précédent article, ce film sobre et pudique recèle en tout cas un vrai intérêt pédagogique pour aborder l’histoire du système concentrationnaire. Les enseignants d’Histoire et d’Allemand trouveront ainsi un dossier pédagogique dans chaque discipline sur le site pédagogique du film, où ils pourront également télécharger le Cinéclasse du Monde de l’Education.

[Les Faussaires de Stefan Ruzowitzky. 2007. Durée : 1 h 38. Distribution : Rezo. Sortie le 6 février 2008]

Posté par zama le 06.02.08 à 16:34 - 7 commentaires

Zéro de conduite fait peau neuve

Zéro de conduite, c’est déjà plus de 500 articles et près d’une cinquantaine de dossiers pédagogiques consacrés à l’actualité éducative du cinéma.
Pour mieux mettre en valeur ces ressources, Zéro de conduite lance une nouvelle formule, avec une charte graphique rénovée et une interface enrichie.
A côté du blog new look on trouvera deux nouvelles sections :
Le Répertoire, qui permet de consulter la liste de tous les films abordés depuis l’ouverture du blog, indexés par titre et par discipline. Les films ayant fait l’objet d’un dossier sont signalés par un astérisque. Ex : Indigènes*
Les Sites pédagogiques recensent tous les mini-sites de films mis en ligne par Zéro de conduite, depuis La Trahison jusqu’aux Faussaires.
La nouvelle page d’accueil (www.zerodeconduite.net) permet d’accéder simplement à toutes ces ressources, et de consulter en un coup d’œil l’actualité du site : les derniers sites pédagogiques, la séance du mois, les derniers articles du blog.
Et très bientôt, inscrivez-vous au Club Zéro de conduite, pour être informés avant tout le monde de nos avant-premières et événements.

Bonne navigation, et n’hésitez pas à nous faire part de vos premières impressions et remarques !

Posté par zama le 22.01.08 à 12:07 - 1 commentaire

Juré à Cannes en 2008 ?

Cinéma, aspirines et vautours vous a endormi ? Marie Antoinette vous a agacé ? 4 mois, 3 semaines et 2 jours vous a révulsé ? Vous pensez qu'ils étaient indignes d'une distinction décernée par l'Education Nationale ? C’est le moment de prendre les choses en main, et de proposer votre candidature au jury du Prix de l’Education Nationale du Festival de Cannes 2008 (festival dont dont on sait juste pour l’instant qu’il se tiendra du 14 au 25 mai prochain et que son jury —le vrai— sera présidé par l’acteur américain Sean Penn). Il n’y a en effet qu’à regarder le palmarès des cinq premières éditions et ses choix très tranchés pour saisir l’importance du jury, souverain et renouvelé chaque année.
Rappelons donc, pour mémoire, que "le jury est constitué de dix membres : le président du jury, un autre professionnel du cinéma, sur proposition du président, six enseignants et deux élèves proposés par le comité de pilotage national, sur la base d’un appel à candidatures national.". Cette année encore, il fera son choix parmi les films présentés dans l’une des deux sélections officielles du festival de Cannes (“Compétition” et “Un certain regard”) », et devra distinguer un film pour "son intérêt éducatif, pédagogique et ses qualités cinématographiques, et destiné aux lycéens concernés par l’enseignement du cinéma." (extraits du BO).
C'est ici qu'il faut s'inscrire, et ce jusqu'au 31 janvier.
Et ceux qui hésitent encore pourront avoir un aperçu de l’ambiance de l’année dernière en consultant ce blog rédigé par un des heureux jurés de 2007.

> Dans nos archives : Cannes 2007 et Cannes 2006

Posté par Zéro de conduite le 15.01.08 à 18:42 - Réagir

Re-lecture : De l'autre côté

Cette nouvelle rubrique propose une autre lecture d'un film sorti récemment, en faisant appel aux concepts et aux auteurs de la philosophie. Ce mois-ci, c'est par Leibniz que nous redécouvrons le beau film de Fatih Akin, De l'autre côté.

Dans la Monadologie (1714), Leibniz prend l’exemple d’une ville pour étudier la multiplicité des perspectives selon laquelle une même chose peut être perçue. Sur une même ville existent autant de perceptions que d’habitants. Mais chacun des ses habitants lui-même a une identité aussi kaléidoscopique que la ville. Sur le même homme, la même femme, les regards varient tout indéfiniment.
C’est à ce jeu que se livre Fatih Akin dans De l’autre côté. Il n’offre pas sur chacun de ses personnages un point de vue unique, mais tourne autour d’eux, comme on fait tourner un cube dans ses mains pour en voir toutes les côtés. Autrui est comme ce cube dont je ne peux jamais percevoir toutes les facettes en même temps. Même si je crois connaître quelqu’un, il y a toujours un côté de sa personnalité qui m’échappe. Je n’ai de lui qu’une image fragmentaire, une identité lacunaire. C’est cette richesse et cette complexité de l’individu que Akin laisse entr’apercevoir en multipliant les points de vue sur un même sujet, qui est présenté tour à tour comme selon des jours différents, des éclairages plus ou moins flatteurs. Yeter, la prostituée se révèle ainsi une mère inquiète ; Ali, le vieux turc alcoolique, un veuf esseulé et un père dévoué ; Susanne, la mère allemande égoïste et méfiante, une femme généreuse et ouverte. Ayten est Gül, une étudiante somnolant au fond d’un amphi, une terroriste révoltée, une amie sincère. Nejat est professeur d’université en Allemagne, libraire à Istanbul. Akin joue avec ses personnages qui changent d’apparence, de statut, de ville, de nom, de langue pour mieux brouiller les pistes de leur identité profonde, qui ne se révèle finalement qu’au travers d’émotions. C’est à sa tristesse que Nejat identifie la mère de Lotte dans le café de l’hôtel.
En variant les perspectives, Fatih Akin fait passer au second plan les protagonistes des scènes précédentes. Il nous rappelle ainsi que notre existence entre dans le décor d’autres vies qui nous sont indifférentes et dans lesquelles nous sommes des figurants insignifiants et interchangeables. Susanne ne prête pas d’attention à ce vieux turc qui vient d’être expulsé d’Allemagne, Nejat ne s’inquiète pas de l’étudiante qui dort pendant son cours et qu’il cherchera vainement à Istanbul quelques semaines plus tard. Ainsi, sans cesse nous nous manquons les uns les autres, en passant sans le savoir à côté de celui que nous cherchons. Les trajectoires se croisent comme deux trains en sens inverse, les rencontres sont ratées, certains actes viennent trop tard. Mais le dernier plan du film semble pourtant suggérer que certaines vraies rencontres sont encore possibles avec celui que l’on attend.

> Voir également notre critique de De l'autre côté (en salles depuis le 14/11/2007)

Posté par Claire le 04.12.07 à 14:18 - 1 commentaire

Cinéclasse : Un Secret

Même si Un secret de Claude Miller ne sortira que le 3 octobre prochain, il est possible de se plonger dès maintenant dans le passionnant supplément Cinéclasse que lui consacre Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) dans son numéro de juillet-août (n° 360).
Dans son éditorial, le journaliste Christian Bonrepaux fait remarquer que la simplicité de l'écriture de Philippe Grimbert, qui n'a sans doute pas été étrangère à son succès de librairie, "ouvre sur des problématiques complexes". Ce sont ces problématiques que le numéro s'attache à baliser, sans oublier de les confronter leur traduction cinématographique. Le mensuel interroge ainsi deux enseignants de philosophie (Education à l'image) et une professeure de Français (De la salle à la classe) sur les thématiques abordables en classe : la dimension autobiographique du roman, l'introduction aux concepts de la psychanalyse, la traduction cinématographique du réseau métaphorique du livre, etc.
Il interviewe plus longuement le psychiatre et psychanalyste Maurice Corcos, spécialiste du lien entre littérature et enfance, qui analyse très finement les liens entre roman familial et Histoire, traçant des parallèles avec des auteurs comme Georges Pérec (à qui il a consacré un livre, Penser la mélancolie, Albin Michel, 2005), Primo Levi ou Orson Welles : "La grande histoire a volé son frère au jeune garçon, le narrateur. Elle se noue, s’enchevêtre jusqu’à l’étranglement avec l’histoire familiale, la relation amoureuse entre son père, Maxime, et Tania, le sacrifice d’Hannah, la mère. C’est ce télescopage et la fièvre du temps qu’il génère qui confère sa force et son originalité à ce roman autobiographique et en même temps fictionnel au sens de la place qu’il donne non seulement aux faits mais aussi à la mémoire nostalgique que prodiguent les fantasmes et l’imaginaire."

Cinéclasse, Le Monde de l'Education N° 360, Juillet-août 2007

Posté par Zéro de conduite le 12.07.07 à 16:10 - 1 commentaire

4 mois, 3 semaines, 2 jours prix… de l'Education Nationale

Comme en 2002 avec Elephant de Gus Van Sant, le Jury (six enseignants, deux étudiants et deux "professionnels" : l'actrice Bernadette Lafont, et le metteur en scène Marcel Bozonnet) du Prix l'Education Nationale a devancé celui de la Sélection Officielle en couronnant le très beau 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu quelques heures avant qu'il se voie décerner la Palme d'Or…
Voici le texte de la proclamation du jury, qui motive ce choix :
"4 mois, 3 semaines, 2 jours est une fiction radicale, mais émouvante parce c'est un film qui ne triche jamais. Une des grandes qualités du film consiste à regarder le sujet droit devant d'une manière implacable, sans disgression, sans rupture de rythme.
Ce qui nous est donné à voir, c'est une relation d'une extraordinaire solidarité entre deux jeunes femmes pour permettre à l'une d'entre elles de subir un avortement clandestin. Ce qui dans les dernières années du communisme en Roumanie était un acte illégal (depuis 1966), qui fut pratiqué en masse, causant la mort de plusieurs milliers de femmes.
Dés les plans d'ouverture, sans que rien ne soit pourtant exprimé, le film installe une atmosphère d'indécision et d'oppression.
A partir de là, le film s'inscrit dans une esthétique naturaliste. Sans misérabilisme, en de longs plans séquences, alternativement hyper mobiles ou fixes, la caméra capte la déliquescence d'un pays sous le joug totalitaire tout en restant focalisé sur les deux personnages principaux, leurs actes, leurs émotions. Nous avons été particulièrement sensibles à la double perspective: l'inscription historique et la question de l'avortement toujours d'actualité.
L'aproche descriptive, se révèle d'une incroyable efficacité. Clea tire l'action vers le thriller, captant le spectateur pour ne plus le lacher. De ce point de vue la longue quête nocturne d'Otilia et de son "baluchon" encombrant est un modèle du genre. Et comment ne pas parler de la scène centrale du film —un insupportable huis-clos au cours duquel l'avorteur, se livre à un abject chantage sexuel— qui est montré sous la forme d'un hymne au hors champ (avec notamment la force du plan fixe sur Otilia de profil dialoguant avec son amie).
Pour échapper aux pièges de l'académisme et des raccourcis psychologiques d'un tel argument scénaristique, il est évident qu'il fallait un grand cinéaste. Cristian Miungiu épure son trait et enchaîne les séquences avec une maîtrise formelle époustouflante (qui s'inscrit dans le renouveau du cinéma roumain). Enfin, est-il besoin de dire que la sobriété de la mise en scène est valorisée par une direction d'acteurs remarquables.
"
Joint par téléphone, Vincent Marie, un des six enseignants du jury, professeur d'histoire et membre actif de Cinehig (voir notamment son dossier sur le cinéma africain) a levé un coin de voile sur les délibérations : 4 mois l'a emporté "en finale" sur le film israélien La visite de la fanfare d'Eran Kolirin, présenté dans la sélection Un certain Regard et qui a reçu le Prix de la Jeunesse. Selon lui, le Jury a voulu refléter une Sélection Officielle "engagée et ouverte sur le monde" (s'inscrivant ainsi en décalage avec le choix de l'année précédente, Marie Antoinette, qui l'avait emporté sur Babel grâce à la voix prépondérante du président Frédéric Mitterrand), tout en "prenant des risques" : il a ainsi écarté Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et De l'autre côté de Fatih Akin, très appréciés par le jury mais qui auraient constitué des choix "un peu trop attendus" pour un Prix de l'Education Nationale. Comme les années précédentes, le film lauréat fera l'objet d'un DVD pédagogique qui devrait sortir dans le courant de l'année prochaine.

Posté par Zéro de conduite le 01.06.07 à 14:43 - 12 commentaires

Une vieille maîtresse : bien sûr ils eurent des orages…

En signant l’adaptation du roman de Barbey d’Aurevilly, Catherine Breillat rejoint le bal à la mode des adaptations costumées, aux côtés de Jacques Rivette et de son Ne touchez pas la hache. A la différence notable, que s’il y a dans les deux cas souci de fidélité au texte littéraire, le langage paraît naturel et le rythme romanesque préservé par l’écriture cinématographique de Catherine Breillat, tantôt vive, tantôt lascive, à l'image de la panthère, animal fétiche de l’auteur dandy.
Si comme le titre l’indique, la vérité réside dans la fidélité infidèle, la mise en scène reproduit de manière vertigineuse le paradoxe. En effet, si elle s’attache aux traits caractéristiques de l’écriture de Barbey : récit enchâssé (traduit en un flash-back entrecoupé), héroïnes féminines "viriles" et personnages masculins délicieusement féminins, elle sait aussi s’émanciper du roman, mais sans être hors-sujet, toujours avec l’objectif d’en restituer la vérité profonde, celle du romantisme des artistes. La Vellini et son amant Ryno partent-ils à l’étranger ? ce sera dans une Algérie digne de Delacroix ; la Vellini réside dans un hôtel particulier ? ce sera un musée improbable, évoquant davantage la célèbre maison de Pierre Loti qu’un appartement bourgeois du XIX°. Enfin, Fu’ad Ait Aattou incarne un Ryno renversant, que Breillat a choisi pour sa resssemblance avec le portrait de Lorenzo Lotto, mais aussi pour sa bouche sensuelle qui évoque le souvenir des adolescents du Caravage. Quant à la marque de fabrique de Breillat, ses fameuses scènes de nus, elles acquièrent une dimension picturale ; et quand elles s’animent, c’est pour faire respirer le texte de l’Amour.
Une vieille maîtresse offre donc un tableau magistral de l’amour Romantique (au sens littéraire du mot), centré sur une Vellini haute en couleurs, à la fois maman et putain, sublime et parfois grotesque, le regard ironique de la réalisatrice rappelant le narration des récits de Barbey. On ajoutera que la distribution est taillée sur mesure jusque dans les seconds rôles, avec un Michaël Lonsdale cynique et une Yolande Moreau pétrie de bons sentiments hypocrites

Une vieille maîtresse de Catherine Breillat. Sélection Officielle

Posté par comtessa le 25.05.07 à 14:51 - 8 commentaires

Le voyage du ballon rouge

Film de commande pour le musée d’Orsay, Le voyage du ballon rouge hésite entre réécriture du film d’Albert Lamorisse de 1956, fable et naturalisme à la Maurice Pialat, tout en nous répétant l’importance des fils et des ficelles, qu’il s’agisse de ceux qu'animent les marionnettes ou de ceux de la filiation.
Suzanne, marionnettiste débordée (Juliette Binoche) engage une jeune étudiante en cinéma chinoise, Song, pour s’occuper de son fils Simon. Tout le long du film un mystérieux ballon rouge, dont on ne sait s’il peuple l’imaginaire de Simon en manque d’affection ou s’il est le résultat du film tourné par Song, parcourt Paris et joue à cache-cache avec le garçon.
Ce film chimérique, tourné par un Chinois à Paris, dans une langue étrangère, avec des acteurs étrangers, s’inscrit naturellement dans la sélection « Un certain regard ». On comprend bien en effet que Song est le double du réalisateur, qui armée de sa caméra découvre Paris et sa réalité, c’est-à-dire ses bus, ses affiches, ses écoles, ses rues. Le regard de l’autre apparaît ainsi le médiateur propre à saisir les décalages. Ainsi la sérénité olympienne de Song contraste avec l’interprétation débridée de Juliette Binoche, créant un contrepoint comique.
Par ailleurs, le cinéaste n’a de cesse de nous rappeler que la filiation s’inscrit dans une pédagogie de la vie, qui dévoile le mystère des choses et ce d’un point de vue technique. On retiendra à cet égard le travail de doublage fantastique qu’accomplit Suzanne et qui donne vie à ses marionnettes, le travail de l’accordeur de piano aveugle, ou Song expliquant comment elle fait ses effets spéciaux, ou bien encore la conférencière du musée guidant les enfants dans une lecture de tableau impressionniste…
Au final, on s’interroge toujours sur le sens et le symbole de ce fameux ballon : compagnon imaginaire, métaphore de la Chine, ou simple "ballon de rouge" (de "Saint-Amour" comme le suggère la chanson de Camille, dont l’album s’intitulait comme par hasard… le Fil).

Le voyage du ballon rouge de Hou Hsiao Hsien, Un certain regard

Posté par comtessa le 18.05.07 à 16:15 - 6 commentaires

Cannes, le Festival, une géographie


Cannes la première fois c’est sans doute comme Disneyland ou Hollywood : la construction mythique se heurte à une réalité géographique très prosaïque. Cannes ce n’était donc que ça ? Il faut réajuster toutes les images emmagasinées au fil des années (terrasses, chambres et couloirs d’hôtel, plateaux télévisés, portions de plages et pontons de yachts, et bien sûr les fameuses "Marches") à une géographie physiquement vécue (dans d’incessants déplacements notamment).
On se rend donc compte que le "Festival" se résume finalement à deux lieux où tout se passe : le massif Palais des Festivals d’abord, ses entrailles qui habitent le grouillant Marché du film, ses dépendances (les "Villages"), le Grand Théâtre auquel il sert d’écrin (qui lui seul frappe par ses dimensions, qu’on n’associe plus à celles d’une salle de cinéma) ; la Croisette ensuite, long ruban qui s’étire entre les deux scènes du paraître que constituent la plage et le front de mer, et qui monopolise palaces, salles de projection, plateaux de télévision, festivaliers et badauds.
Pour le reste et hors ce régime d’exception urbaine qui dure le temps du festival (et qu’analyse bien le sociologue Emmanuel Ethis : "Pour le festivalier qui vient par la route, l’arrivée à Cannes donne rapidement l’impression d’une ville qui échappe, en partie, au régime ordinaire de la vie urbaine. (…) Toute une série d’éléments matérialise un changement profond dans le domaine de l’accessibilité qui, associée à la diversité des populations et des modèles culturels, constitue le trait générique de la ville."), Cannes ne semble à rien tant qu’à une ville de la French Riviera, toute entière tournée vers le tourisme de luxe, qui lui-même génère à son tour une affluence plus populaire. Comme le résume le site de la ville : "C’est le séjour paradisiaque des grands de ce monde et des nantis. C’est l’agitation des congrès internationaux. C’est aussi, en été, le frisson du vacancier qui, la tête pleine de rêves, foule le tapis rouge aux marches du palais."
Il est vrai qu’au départ rien ne prédestinait la station balnéaire favorite des Anglais (c'est Lord Brougham and Vaux qui "lance" la ville dans les années 1830) à devenir une autre "Mecque du cinéma". Officiellement, la ville a été choisie pour "son ensoleillement et son cadre enchanteur", mais comme le rappellent les Cafés Géos, le choix était autrement stratégique puisqu’il s’agissait de concurrencer le Festival de Venise : "Comment concurrencer la Mostra, le seul Festival de cinéma au monde, lui prendre sa place ? Le soleil et la mer sont les éléments attractifs nécessaires à la réussite de cette entreprise ? Faudrait-il un déterminant climatique ? N’y aurait-il de bons festivals qu’au bord de la mer ? Et peurt-on concurrencer Venise en choisissant une ville au Nord de l’Europe ? Un temps, on hésite : ce sera le plus loin possible du pôle vénitien, soit au plus près. Biarritz ou Cannes ? Deux villes de villégiature sans passé historique marquant mais qui ont des palais et un beau théâtre maritime. Cannes finit par l’emporter, pour l’hôtellerie, les infrastructures, le pied de nez géographique à l’Italie qui regarde vers l’Est de la plaine du Pô. Cannes sera l’anti-Venise. Cannes sans palais aussi prestigieux que le Danieli, mais qui a reçu la reine Victoria, tout ce que la Russie connut d’impératrices, tous les princes et ducs qu’a compté l’Europe au temps de sa splendeur ."
Difficile donc de reprocher à Cannes de n'être pas Berlin ou Venise (qui abritent les deux autres grands festivals européens), de déplorer son goût du clinquant et du luxe : c'est précisément pour ces qualités/défauts qu'elle a été choisie.

Posté par Zéro de conduite le 17.05.07 à 18:00 - 2 commentaires

Les sites pour suivre le Festival


A quelques heures de la projection du film d’ouverture (My Blueberry nights de Wong-Kar-Wai), voici une petite sélection de sites pour suivre quasiment en direct, et par écrans interposés, le 60ème Festival de Cannes. A l’heure qu’il est la plupart de ces sites tiennent encore de la coquille vide, mais dès demain
A tout seigneur tout honneur, commençons par le site officiel du Festival : programme de toutes les sélections, fiches complètes des films, dossiers et revue de presse, événements, c’est le premier lieu où s’informer sur le Festival en cours. Il propose également une section Archives qui permet en quelques clics de retrouver tous les palmarès et toutes les sélections depuis la première édition, que l’on complètera, pour les nostalgiques, par le site rétrospectif de l'INA, "Chroniques d’un Festival, Mémoires audiovisuelles du Festival de Cannes" (déjà chroniqué ici). On aura également un œil sur les sites des deux sélections "parallèles" : la Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la Critique.
Du côté des médias, les grands journaux culturels sont en ordre de bataille. Ils rivalisent désormais dans l’occupation de la toile, misant sur l’instantanéité et le multimédia. Si Le Monde.fr semble légèrement en retrait (voir tout de même le blog de Thomas Sotinel), Liberation.fr met tous les articles de l’édition papier en ligne et propose de nombreux bonus. Quant à Telerama.fr, il propose rien moins qu'une petite encyclopédie éphémère et multimedia autour du Festival.
Si l’on est lassé de la critique professionnelle, on pourra aller chercher un peu de fraîcheur du côté du site du Prix de la jeunesse, notamment sur le blog mis en ligne par France5.fr, et sur le site A propos de Cannes 2007 mis en ligne par le CRDP de Nice, animé par des étudiants en audiovisuel et en journalisme de l’Académie. Dans le même ordre, la Semaine de la Critique renouvèle son opération de la Toute Jeune Critique : un jury de lycéens français et allemands chroniquent tous les films de la Semaine et décerneront un prix à la fin du Festival.

Posté par Zéro de conduite le 16.05.07 à 14:37 - Réagir

Zéro de conduite à Cannes 2007


Tout est dit, et l’on vient trop tard

Autant il paraîtrait paradoxal, pour un site spécialisé dans l’actualité du cinéma, de faire l’impasse sur la manifestation cinéphilique de l’année, autant le blogueur se demandera avec angoisse, à l’instant du départ, quel pierre il pourrait bien apporter à la "couverture" de l’événement culturel sans doute le plus médiatisé du monde.
Un regard hypothétiquement "décalé" sur le Festival ? Mais à Cannes il est difficile de faire un pas de côté sans marcher sur les pieds d’un critique, d’un journaliste ou d’un autre blogueur… Une approche authentiquement pédagogique de l’événement ? Mais celle-ci nécessiterait du temps, de l'objectivité et du recul, denrées difficiles à trouver dans la frénésie de la manifestation… Ainsi, l’année dernière, assumant une part inédite de subjectivité, nous avions ainsi vertement critiqué le Marie Antoinette de Sofia Coppola… avant que le même film ne remporte le Prix de l’Education Nationale
Dans les jours qui viennent, on se contentera donc de rendre compte modestement ici :
- des films, bien sûr (eux au moins changent chaque année) les plus attendus comme le Persepolis de Marjane Satrapi ou la Vieille maîtresse de Catherine Breillat (pour ne parler que du contingent français de la Sélection Officielle) mais aussi les découvertes et les surprises…
- de toutes les approches un peu originales (historique, géographique, sociologique) telles qu’on peut les glaner sur le web, de cet événement à la fois culturel, médiatique et économique…
- de notre expérience quotidienne de "festivaliers" enfin, entre ascétique retraite en cinéphilie (André Bazin parlait "d'acceptation provisoire de la vie conventuelle") et immersion dans une tonitruante foire aux vanités…

Post Scriptum : Au fait Zérodeconduite.net à Cannes c’est quoi ? C’est deux enseignants qui se relaient pour couvrir l’à peu près totalité (dans la durée tout au moins) du festival, tout en assurant leurs heures de cours dans le 93 (au prix de deux allers-retours chacun, de quelques aménagements d’emploi du temps, et de pas mal de fatigue au bout du compte)…

Posté par Zéro de conduite le 16.05.07 à 11:36 - 3 commentaires

TDC : L'Histoire au cinéma

Joliment mais paradoxalement illustré par le minois de Kirsten Dunst en Marie-Antoinette (dont Annie Duprat dit qu'il "n'est pas un film historique au sens strict, mais une représentation qui, en forçant le trait, donne à voir la réalité d'une monarchie dépensière et autiste, soudainement arrachée à son élégant décor d théâtre par la brutalité de l'événement"), le numéro de TDC-Textes et Documents pour la Classe daté du 15 mars consacre un volumineux dossier à la problématique de L'Histoire au cinéma.
Au sommaire, après une longue introduction du spécialiste Christian Delage (qui se contente ici de résumer ses principaux concepts), des approches théoriques ("Enseigner l'Histoire par le cinéma" par Christophe Rabu), des études de cas (Marie-Antoinette, donc, mais aussi le diptyque Mémoires de nos Pères/Lettres d'Iwo Jima de Clint Eastwood, Ben-Hur en poster) et des séquences pédagogiques (sur "Le Front populaire au cinéma", un épisode de Felix le chat…)…
On signalera tout particulièrement l'article, original et stimulant, de Raphaëlle Moine (Paris X) intitulé : "La fonction mémorielle du film d'époque". Définissant comme un genre à part entière la "fiction patrimoniale" (qui réunit "film historique" et "film en costume"), elle analyse sa (re)naissance au début des années 1980, après une éclipse d'une vingtaine d'années, (les Jean de Florette, Cyrano de Bergerac, Germinal… "ont [alors] pour mission d'être le ciment d'une nation ébranlée par les premiers échecs de la politique sociale de la gauche" mais sont aussi "les ambassadeurs de l'identité nationale à l'étranger"…), et un succès qui semble ne pas devoir se démentir à l'orée du XXIème siècle :
"L'extension et le succès du patrimoine comme bien commun qui scelle une identité collective ont été mis en rapport par les sociologues avec les destabilisations identitaires contemporaines, la mondialisation, la fin des Etats-Nations. De quelque manière —célébratoire, nostalgique ou critique— qu'elles investissent le passé, les fictions patrimoniales ont ainsi, elles aussi, pour fonction de contenir l'angoisse commune d'une discontinuité insensée, de procurer l'illusion de la pérennité en fixant le passé dans le présent qui le conserve pour le futur."

[TDC, L'Histoire au cinéma, N° 932, 15 mars 2007]

Posté par Valérie M. le 04.04.07 à 16:47 - 8 commentaires

Cinéclasse : Goodbye Bafana

Si de nombreux films ont traité de l'apartheid et de ses suites, aucun n'avait jusqu'ici osé aborder frontalement la personnalité de Nelson Mandela. Il faut dire qu'il n'est pas évident de faire un film sur quelqu'un qui a passé vingt-sept ans en prison, et d'incarner l'une des rares icônes politiques de la fin du XXème siècle.
"Une icône", c'est le titre de l'éditorial de Christian Bonrepaux dans le supplément Cinéclasse que Le Monde de l'Education (en partenariat avec Zérodeconduite.net) consacre au film Goodbye Bafana de Bille August (au cinéma le 11 avril). Il souligne que Goodbye Bafana "échappe au piège de l'admiration béate en déroulant les fils du récit à travers le regard de James Gregory, son gardien pendant toutes les années de détention. La confrontation quotidienne d'un homme hors du commun et celle d'un Afrikaner ordinaire, convaincu de la suprématie de la race blanche, permet de mettre en évidence les mécanismes du discours raciste et leurs violences."
Comme chaque mois, les rubriques "Education à l'image" et "De la salle à la classe" replacent l'étude du film dans les programmes et les pratiques des enseignants. Ceux-ci pourront s'appuyer également sur le substantiel entretien avec l'historien François-Xavier Fauvelle-Marty, spécialiste de l'histoire de l'Afrique du Sud. il analyse le personnage de Mandela, à la fois symbole (le "plus vieux prisonnier politique du monde") et stratège, il décrit les difficultés de la transition démocratique (qui a fait tout de même entre 20 000 et 30 000 morts dans les années 1990) et la persistance encore aujourd'hui d'une forme d'apartheid économique ; il revient sur les racines du système racial, hérité des guerres entre colons néerlandais et britanniques : "En ce sens, la situation au sud de l'Afrique évoque celle des Etats-Unis après la guerre de Sécession. Dans les deux pays, en effet, les Noirs ont fait les frais d'une volonté de réconciliation entre deux communautés blanches."

[Le Monde de l'Education n° 358. Avril 2007. Supplément Cinéclasse]
[Voir également notre site pédagogique]

Posté par Zéro de conduite le 30.03.07 à 16:32 - Réagir

12 h 08 à l'est de Bucarest

Il y a deux manières de montrer l'Histoire: à l'américaine (ou plutôt "à l'hollywoodienne"), dans le style ultra-spectaculaire et vériste (le dossier de presse insistant longuement sur les longues recherches historiques, la caution des specialistes, la recréation maniaque des décors et des costumes) d'Apocalypto de Mel Gibson… et à la roumaine, à la façon minimaliste, réflexive et ironique de 12 h 08 à l'est de Bucarest.
Il est vrai qu'il n'y sans doute pas grand chose à voir entre la chute de l'empire Maya, voici plus de cinq siècles, et la fin du règne de Nicolas Ceaucescu, il y a seize ans de cela. On laissera donc là la fresque ultraviolente de Mel Gibson pour s'intéresser au film de Corneliu Porumboiu. 12 h 08, le 22 décembre 1989, c'est l'heure exacte où l'hélicoptère des Ceaucescu décolle du toit du palais présidentiel, marquant ainsi la chute de la dictature et le triomphe de la révolution démocratique. C'est aussi l'heure qui sépare les héros des suiveurs, les vrais révolutionnaires qui risquaient leur vie dans la rue des opportunistes qui n'ont quitté qu'alors leur poste de télévison.
Dans une petite ville "à l'est de Bucarest", le présentateur d'une télévision locale se lance dans la commémoration du seizième anniversaire de l'historique journée, en se demandant si et comment sa cité a participé aux glorieux événements, et comment ses concitoyens se sont illustrés.
En plus d'être une réjouissante comédie teintée d'absurde sur des anti-héros très ordinaires, 12 h 08 à l'est de Bucarest orchestre ainsi une vraie réflexion sur l'Histoire, la façon dont elle se vit, s'écrit et se met en scène : on se souvient que la télévision, brocardée ici dans son ambition commémoratrice, avait été un acteur à part entière de cette révolution qu'elle retransmettait en direct. C'est un des points qu'analyse finement Anne Henriot pour les Actualités pour la classe du CNDP : "Les médias ont joué un rôle capital en 1989. La télévision roumaine tombée aux mains des opposants au régime a fait de la révolution un événement national, filmant et diffusant tout en direct. Les téléspectateurs occidentaux se laissèrent prendre à cette inflation médiatique, gobant sans broncher la nouvelle de la découverte d’un charnier à Timisoara. On découvrira plus tard que les corps présentés à la TV étaient des cadavres extraits d’une fosse commune et cyniquement mis en scène. Depuis, ces événements symbolisent à la fois l’impact des images d’une révolution filmée en direct et aussi les risques de manipulation médiatique."
Elle y revient également sur l'écriture cinématographique du film et le comique de Corneliu Porumboiu, qu'elle situe dans la lignée de Ionesco et de Cioran.

[12 h 08 à l'est de Bucarest de Corneliu Porumboiu. 2006. Durée : 1 h 29. Distribution : Bacfilms. Sortie le 10 janvier 2007]

Posté par zama le 12.01.07 à 18:09 - 8 commentaires

Borat (2) : La satire, l’idiot et l’Amérique

Plutôt que sur le prologue pseudo-kazakh, c’est sur le périple étatsunien de Borat et sa satire de l’Amérique que les les critiques français se sont le plus extasiés : élevé ici et là au rang de "brûlot" ou de "machine de guerre", le film arborait fièrement sur ses affiches le qualificatif de "Bombe à fragmentation contre le politiquement correct".
A cet émerveillement, on pourra objecter que les charges de Borat sont tout de même assez convenues, et ses cibles faciles : le nationalisme et le racisme des rednecks, l’hypocrisie de la bonne société du Middle West, les transes des chrétiens évangélistes (cette séquence religieuse nous rappelle d’ailleurs que s’il y a un point sur lequel Borat est remarquablement muet, c’est la religion de son personnage principal et de son pays d’origine…).
Mais alors que le film ne prétend pas faire œuvre de sociologie (il ne prétend à proprement parler rien), les journalistes français ont voulu le prendre comme un témoignage sur les "travers" et "rituels" de l’Amérique ("ce qu’ils révèlent de leur pays fait frémir" dixit Télérama), l’un d’eux (Olivier Séguret dans Libération) allant même jusqu’à parler d’une "démonstration (…) irréfutable". Comme s’il nous plaisait de confondre la caricature et la réalité, de voir notre cousin américain en idiot du village (global) ; comme si l’on aimait à se faire peur avec le grand Satan yankee (Aurélien Ferenczi, Télérama : "Cette Amérique-là ne surprend plus, mais effraie toujours.").
On pourra s’interroger sur les vertus d’un rire qui nous conforte dans nos stéréotypes éculés et notre bonne conscience. Ainsi, comment peut-on dire à propos du vendeur de voitures, comme plusieurs commentateurs l’ont fait, que son absence de réaction aux questions de Borat (est-ce un bon véhicule pour écraser les gitans ?), manifestait un "cynisme commercial" finalement très révélateur de la mentalité américaine ? Outre qu’on peut trouver des cons partout, c’est faire peu de cas de l’effet de sidération induit chez les filmés à la fois par le dispositif de tournage (qui ne s’est jamais trouvé très bête devant une caméra ou un micro ?) et par la singularité (c’est l’étymologie grecque du mot idiot) de leur interlocuteur. Dans Les idiots justement (1998), Lars Von Trier a montré toute la complexité et l’inconfort de notre position face à l’idiotie, retournant le malaise des personnages à la face du spectateur. C’est ce retournement que n’accomplit jamais Borat : le spectateur y reste toujours du bon côté, il peut exercer son ironie, son indignation ou son mépris sur les tarés et les salauds qu’on lui montre…

Posté par comtessa le 22.12.06 à 16:00 - 6 commentaires

Verdun visions d'histoire

Réédité en DVD à l'occasion des commémorations du 11 novembre, Verdun, visions d’histoire est une fresque monumentale sur cette interminable et épouvantable bataille que fut la bataille de Verdun, tournée en 1928. On suit semaines après semaines l’évolution du front occidental autour de la ville, depuis l’attaque des armées allemandes le 21 février 1916 à la victoire française en octobre 1916. S’il semble difficile d’utiliser ce film en classe (sa longueur, 151 minutes, ou sa nature : un film évidemment en noir et blanc et muet), sa parution en DVD et en version entièrement restaurée permet d’en envisager une autre utilisation.
Cette fresque propose d’abord une "vision de la bataille de Verdun" : Certains extraits pourront être projetés aux élèves, comme le début de l’attaque allemande sur les lignes françaises ou quelques scènes de combats comme la prise du fort de Douaumont. Ces scènes permettent de montrer avec réalisme la réalité de la guerre de position, qui est ponctuée d’attaques meurtrières. La brutalisation de la guerre apparaît à travers l’expérience des combats (les bombardements avec les pluies d’obus qui s’abattent, l’utilisation des gaz asphyxiants…), mais aussi les conséquences de la guerre sur les civils, obligés d’évacuer progressivement les zones du combat. Outre ces scènes, le film offre un certain nombre de documents intéressants : des documents d’archives de l’époque sont utilisés (des affiches, des lettres, des cartes de l’Etat-Major), des cartes reconstituées expliquent les enjeux stratégiques. Enfin, des personnages historiques ont été intégrés à la fiction, on aperçoit ainsi le général Pétain.
Ce film propose surtout une "vision de l’Histoire" de la Première guerre mondiale au lendemain du conflit. Il est intéressant de replacer cette fresque dans son contexte et de l’étudier en tant que document d’histoire. En 1928, c’est la première fois qu’un film montre avec autant de réalisme la nature des combats : les actualités cinématographiques de l’époque n’avaient filmé les batailles que de très loin. Il est par ailleurs intéressant de noter que de nombreux documentaristes ont utilisé ces images, qui ont fini par se substituer aux vraies images d’archives ! Ce film donne également une vision particulière du conflit contre l’Allemagne au lendemain de la guerre : les Allemands ne sont jamais diabolisés, ce sont l’Etat-Major allemand et le Kaiser Guillaume II qui sont les vrais responsables de ce carnage. En 1928, les Français sont devenus pacifistes. Enfin, le film érige Verdun en symbole : le choix de cette bataille par le réalisateur n’est pas innocent : ce fut la seule bataille où l’armée française combattit seule (à différence de la bataille de la Somme), ce fut en plus une victoire française alors que l’attaque était allemande.

[Verdun, visions d'histoire de Léon Poirier. 1928. Durée : 151 mn. DVD édité chez Carlotta Films]

Posté par Valérie M. le 03.12.06 à 17:02 - 5 commentaires

La FIDH fait son cinéma : Gardons les yeux ouverts

Les ONG et les associations de défense des droits de l'homme ont depuis longtemps bien compris la force émotionnelle et l'exposition médiatique que les œuvres cinématographiques pouvaient apporter aux causes qu'elles défendent. Depuis quelques années leurs logos (Amnesty International, Reporters Sans Frontières, FIDH) fleurissent ainsi sur les affiches de cinéma.
Poussant cette logique jusqu'au bout, la Fédération Internationale des Droits de l'Homme a décidé de parrainer la commercialisation d'un coffret DVD intitulé Gardons les yeux ouverts, dont les bénéfices, grâce au soutien des éditeurs et de la FNAC, lui seront intégralement reversés. Ce coffret réunit cinq films "engagés au profit des droits de l'homme", thématique assez large qui lui permet d'associer une dramatique en costumes (La controverse de Valladolid auquel nous avons consacré notre séquence pédagogique), une fable sur la guerre dans les Balkans (No man's land de Danis Tanovic, voir plusieurs articles sur Cinéhig), deux documentaires sur la mondialisation (Mémoires d'un saccage de Fernando Solanas et le Cauchemar de Darwin) et le travail de mémoire de Rithy Panh sur le génocide khmer (S21, la machine de mort khmère rouge).
"Ces films et documentaires rejoignent en effet notre combat, ils sont autant de preuves accablantes de l'absurdité de la guerre et du fanatisme, dénoncent à leur manière les injustices de notre ordre économique mondial, ou encore témoignent de la nécessité pour un peuple à se pencher sur le passé." (Sidiki Kaba, président de la FIDH)

[Photo : S 21, la machine de mort khmère rouge]

Posté par zama le 13.11.06 à 17:57 - 5 commentaires

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