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L'actualité educative du cinéma

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Evènements : Avant-premières, festivals,

La Femis ouvre la porte


Est-ce la difficulté d’un concours (accessible seulement à Bac + 2) réputé à tort ou à raison favoriser les forts en thème (au détriment de profils plus atypiques) ? La représentativité sociale effective des élèves de l’école qui ont réussi à passer au travers des sélections ? Ou bien tout simplement l’identification à un certain cinéma français caricaturé comme cérébral et nombriliste ? Toujours est-il que la Fémis (ou Ecole nationale supérieure des métiers de l'image et du son) traîne une image élitiste qui, c'est là que le serpent se mord la queue, dissuade de nombreux apprentis cinéastes de tenter leur chance.
Pour lutter contre ce phénomène, la nouvelle direction présidée par le cinéaste Claude Miller, a décidé de lancer, à l’instar d’autres grandes école, une série d’actions pour promouvoir "l’égalité des chances", et le fait savoir :
"La Fémis est une école de haut niveau, délivrant une formation dense et très complète à 10 métiers du cinéma. Par ailleurs, elle ne forme que peu d'élèves chaque année - une cinquantaine au total - car le secteur du cinéma et de l'audiovisuel en général ne sont que peu créateurs d'emplois nouveaux. (…) Si nous assumons ce niveau d'exigence de l'Ecole et la difficulté d'y entrer, nous sommes pourtant très attentifs à ce qu'elle reste ouverte à tous et en particulier à des élèves de toutes origines sociales. (…) Aujourd'hui, cette ouverture se traduit dans la diversité d'origine des élèves, plus élevée que la moyenne de l'enseignement supérieur si l'on en juge par le taux d'élèves boursiers. Néanmoins, nous pensons comme beaucoup aujourd'hui en France, que cette diversité doit être encore accrue pour refléter notre société et, pour le dire d'un mot, que nul ne doit s'interdire de penser à faire ses études à La Fémis en raison de son origine sociale - alors que c'est peut être encore le cas." (communiqué de Claude Miller, président, et Marc Nicolas, Directeur général).
Si l’on ne parle pas (pas encore ?) de filière réservée au concours, les actions se déclinent en deux volets :
— Une campagne d’information sur les métiers du cinéma dans les 68 lycées relevant de l’éducation prioritaire (ZEP/REP et Ambition Réussite).
— Un Atelier estival de remise à niveau pour les étudiants "issus de l’éducation prioritaire" et souhaitant tenter leur chance au concours

Renseignements à La Fémis au numéro suivant : 01 53 41 21 00

En savoir plus :
> Le site de la Fémis
> Une interview du directeur général Marc Nicolas par Les Cahiers du cinéma
> Un article de Fluctuat.net

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 02.05.08 à 10:30 - 7 commentaires

We Feed the World en DVD

Dans sa catégorie, c'est un des films-phénomènes de l'année 2007, dans la lignée du fameux Cauchemar de Darwin. Sorti au départ (le 25 avril 2007) sur une modeste combinaison, We Feed the world a bénéficié d'un excellent bouche-à-oreille, et poursuivi plusieurs mois sa vie dans les salles, notamment au fil de nombreuses soirée-débats. Parallèlement, c'est devenu un véritable classique des salles de classe, à juste titre car il aborde les questions de l'alimentation, de la faim dans le monde, de la production et des échanges agricoles d'une manière à la fois percutante et pédagogique.
Longtemps attendu, le DVD sort aujourd'hui aux éditions Montparnasse, dans une édition très soignée : la galette comporte ainsi en bonus des courts métrages de l’association l’AVSF, un entretien de 17 minutes avec Jean Ziegler ("Que pouvons-nous faire ?"), et un livret de 56 pages réalisé par le CFSI. Last but not least, la partie ROM du DVD propose de télécharger les dossiers pédagogiques édités par Zérodeconduite.net (par ailleurs mis en ligne sur le site pédagogique que nous avions consacré au film).

Le DVD sur le site des Editions Montparnasse
Le site pédagogique Zérodeconduite.net
Le site officiel du film

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 10.03.08 à 16:58 - 1 commentaire

Le Festival Ciné-Junior 94

A l’heure ou les restrictions au budget de la culture (notamment des crédits gérés par les DRAC) font peser une lourde menace sur les festivals et sur les actions régionales d’éducation à l’image, il faut souligner la vitalité d’une manifestation comme le Festival Ciné-Junior 94, dont la 18ème édition se tiendra cette année du 6 au 19 février dans les salles du Val de Marne. Porté par l’association Cinéma Public, le Festival est chaque année l’occasion de mettre en valeur le travail d’animation de l’association, en proposant aux enfants et adolescents de découvrir ou re-découvrir des œuvres du monde entier. C’est aussi donner la chance à des films de qualité mais fragiles de trouver un public français, puisque une aide à la distribution est accordée à l'un des films en compétition. C’est ainsi en partie grâce à Ciné-Junior que l’on a pu découvrir cette année le magnifique Les Paumes Blanches/White Palms, que le festival a couronné l’année dernière.
Cette année la compétition propose neuf long-métrages inédits, comme autant de cartes postales venues du Japon, du Mexique, de Chine, ou encore d’Allemagne et du Canada, ainsi qu’une sélection de courts-métrages. Mais, fidèle à son projet éducatif, le Festival propose aussi quelques classiques, articulés autour de deux thématiques (Les métiers du cinéma et L’Histoire au cinéma) et des ateliers pratiques.
On signalera également un double événement autour de Jacques Doillon : la projection en avant-première de son prochain film (Le premier venu, qui sortira en salles le 2 avril 2008), et celle de Jouer Ponette de Jeanne Crépeau, documentaire consacré au tournage de Ponette (1995), centré sur le travail de l’acteur (en l’occurrence principalement la petite Victoire Thivisol) : "Jeanne Crépeau s’empare des archives vidéo du tournage pour nous livrer un document sur le travail de réalisation de ce film, sur le métier d’actrice, sur la relation du réalisateur et de son équipe avec de très jeunes enfants acteurs. Comment diriger une jeune actrice de quatre ans, qui ne sait pas lire, qui ne comprend pas toujours exactement le texte que le réalisateur attend d’elle ?" Ponette qui est entré en 2006 dans le catalogue Ecole au cinéma : cf ce dossier pédagogique et les retranscriptions d'un débat et d'un atelier autour du film organisés lors de la rencontre Ecole et cinéma d’octobre 2006.

> Le Festival Ciné-Junior 94 (le site officiel)

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 04.02.08 à 17:03 - Réagir

Le Festival du Film d’Histoire de Pessac : Liberté chérie

Après les deux éditions précédentes consacrées respectivement à l’Europe (Europe, Histoire d’une passion, 2005) et à la France (Douce France ?, 2006), le Festival du Film d’Histoire de Pessac (qui se déroulera du 20 au 26 novembre au cinéma Jean Eustache) délaisse l’approche géographique pour s’attaquer à une notion universelle : Liberté, liberté chérie ?
Le cinéma aime l'idée de liberté, et surtout tous les héros qui sont morts pour. Mais les films présentés permettent également d’ouvrir de nombreux débats (ainsi ceux parrainés par le magazine L’Histoire : ”La vérité sur l’esclavage”, “Peut-on tout écrire ?”, “Faut-il brûler mai 68 ?”...) sur une notion pas si évidente et consensuelle que cela, comme le rappelle Jean-Noël Jeanneney dans son éditorial : "S’y reflètent les tensions, souvent violentes, qui opposent la liberté aux deux autres termes de notre devise nationale, telle qu’elle est issue des Lumières – l’égalité et la fraternité. Car les cas sont multiples où leur conciliation ne se fait que dans la violence, physique ou morale. Il n’est que de constater, pour en prendre conscience, l’ambivalence, aujourd’hui, du terme de libéralisme : épanouissement du libre-arbitre garanti par les pouvoirs publics ou bien oppression des moins favorisés et déni de l’intérêt général sous l’effet d’une domination du marché, aussi réducteur qu’il est créatif ? "
Il serait fastidieux de citer les 80 films présentés (fictions et documentaires confondus), les multiples événements et initiatives (conférences, cafés-cinés, séances lycéennes) qui enrichissent le Festival. Signalons quand même que l'édition 2007 offre aux girondins un programme d’avant-premières doré sur tranche : outre Elizabeth, l’âge d’or de Shekhar Kapur (au cinéma le 12 décembre) proposé en clôture, le film présente pas moins de neuf long-métrages en compétition, dont certains remarqués au dernier Festival de Cannes : La visite de la fanfare d’Eran Kolirin, Blind Moutain de LiYang, California Dreamin de Christian Nemescu, Et puis les touristes de Robert Thalheim, mais également les prochains films de Ken Loach (It’s a free world, en salles le 2 janvier) et Amos Gitaï (Désengagement, qui a pour toile de fond le démantèlement des colonies israéliennes de Gaza lors de l’été 2005)… Rappelons que l'année dernière la compétition avait couronné La Faute à Fidel et La Vie des autres (Prix du Public).
> Le site du Festival
> Le programme complet (pdf)

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 19.11.07 à 17:30 - 3 commentaires

Mon premier festival

Ville cinéphile s’il en est, Paris n’oublie pas ses (tout) petits. Comme son nom l’indique, c’est à eux que Mon Premier Festival est dédié : du 24 au 30 octobre il propose au "jeune public" (qui deviendra un jour le public tout court) de découvrir des œuvres qui leur correspondent, à la fois grands classiques et nouveautés…
Ce festival populaire (tarif unique de 4 euros) et de proximité (il essaime dans sept salles parisiennes) propose ainsi une riche programmation : Ciné-Concerts (Les aventures du Prince Ahmed de Lotte Reiniger, La Petite taupe de Zdenek Miller — voir cet article d’Actualités pour la classe —) coup de projecteur sur le cinéma d’animation chinois, thématique « Héros, super-héros et anti-héros », hommages, avant-premières.
Dans cette dernière catégorie on pourra ainsi découvrir le nouveau Lucky Luke (Tous à l’Ouest), Les Trois brigands, adaptation de la nouvelle de Tomi Ungerer, La onzième heure, le film écolo produit par l’acteur Leonardo Di Caprio, et le passionnant On dirait que, documentaire de Françoise Marie) qui sortiront tous entre décembre 2007 et janvier 2008.

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 24.10.07 à 17:48 - 1 commentaire

Lettre de Guy Moquet, le film


La lettre de guy moquet
envoyé par yom_

Guy Môquet, le Choriste ? Ce sont les yeux bleus et la voix angélique de notre Jean-Baptiste Maunier national qui ont été choisis pour incarner les derniers instants de Guy Môquet, dans le film produit par La Chaîne Parlementaire à l’occasion de la commémoration du 22 octobre : La lettre.
Bien sûr ce lundi, aucune circulaire n’imposait aux enseignants la projection du film, à l’instar de la lecture de la lettre : mais l’initiative de La Chaîne Parlementaire, qui, selon son président de François Miquel, "ne répond(ait) à aucune demande présidentielle ou partisane." a tout de même reçu l’appui d’un nombre impressionnant de partenaires et bénéficié d’une très large diffusion.
Or en mettant des images sur des mots déjà lourds, le film cristallise ce qu’on a pu reprocher à la commémoration : il s’agit de congédier tout esprit critique pour ouvrir grand les vannes de l’émotion. On peut se demander quel intérêt il y a à tirer des larmes, après les rugbymen de l’équipe nationale, à tous les lycéens de France.
Il n’est pas sûr d’ailleurs que le film y parvienne, tant les procédés utilisés y apparaissent d’un autre temps. On imagine bien qu’il était difficile pour le réalisateur de faire œuvre subtile et originale avec un tel cahier des charges. Mais monté, sous couvert "d’impressionnisme", à la manière frénétique d’un clip (plus de 90 plans en moins de deux minutes), La Lettre ne nous épargne aucun cliché : la main qui serre le barbelé jusqu’au sang, le verre de lunettes brisé, les fusillés qui s’écroulent au ralenti…
Le dernier numéro de Teledoc s’essaye à l’exercice difficile de commenter le court-métrage (et deux documentaires autour de Guy Môquet aussi diffusés par la Chaîne Parlementaire). Mais c’est peut-être une enseignante de la liste H-Français qui touche le plus juste en rappelant les mots de la présidentielle Lettre aux éducateurs, qui donnent la clé de ce bel exemple "d’art officiel" : "cultiver l'admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai, de ce qui est profond, et la détestation de ce qui est mal, de ce qui est injuste, de ce qui est laid, de ce qui est petit, de ce qui est mensonger, de ce qui est superficiel, de ce qui est médiocre, voilà comment l'éducateur rend service à l'enfant dont il a la charge et comment il lui exprime le mieux l'amour et le respect qu'il lui porte"

Posté dans Evènements par zama le 24.10.07 à 13:22 - 16 commentaires

Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois

Le "Cannes de l’Histoire" : c’est ainsi que le journal Libération présente les Rendez-vous de l’Histoire de Blois (du 18 au 21 octobre), festival qui fêtera l’année prochaine sa dixième édition. Après "Les femmes dans l’Histoire", "Religion et politique" et "L’argent : en avoir ou pas", les Rendez-vous s’intéressent cette année au thème de "L’Opinion : Information, Rumeurs et Propagande."
Si cette manifestation de plus en plus riche et protéiforme (colloques, débats, cafés historiques, expos…) n’est pas un festival de cinéma, elle fait traditionnellement à celui-ci une place de choix, via avant-premières, rétrospectives et programmations thématiques.
Dans la première catégorie, on pourra découvrir ainsi Voleurs de Chevaux de Micha Wald (au cinéma le 24 octobre), Le Brahmane du Komintern (le 14 novembre), documentaire de Vladimir Léon, et surtout La France, ovni de Serge Bozon (Mods) campant Sylvie Testud en femme de poilu qui se travestit pour rejoindre son mari au front (sur les écrans le 21 novembre). Dans la seconde on retrouvera "une sélection de films de fiction de l'année dont la contribution au travail de mémoire et la créativité du traitement de la matière historique méritent d'être saluées.", dont la plupart ont été chroniqués ici : La Faute à Fidel, Une jeunesse chinoise, 12 h 08 à l'est de Bucarest, La Vie des autres
Enfin comme chaque année le thème choisi fait l’objet d’une programmation thématique, déclinée en différentes sections : Grandeur et misère du métier de journaliste (Reporters de Raymond Depardon, Good night and good luck de Georges Clooney), Le pouvoir médiatique et ses dérives (Citizen Kane, The Queen de Stephen Frears), Figures de la propagande (Soy Cuba de Kalatazov, L'homme de marbre de Wajda, Mémoires de nos pères de Clint Eastwood)…

Posté dans Evènements par zama le 19.10.07 à 19:01 - 1 commentaire

Berlin Alexanderplatz : l'intégrale et le site

Vous aimez le cinéma ou vous êtes germanophone ? Vous êtes parisien ? Vous avez un peu de temps ce week-end ?
Nous ne saurions trop vous conseiller l'événement que constitue la présentation, pour la première fois sur grand écran en copies 35 mm (le film avait été tourné en 16 mm pour la télévision), et en version restaurée (sous l'égide de la Fondation Fassbinder et de Bavaria Film), de l'intégrale (15 h 30 de film) de Berlin Alexanderplatz (1979-1980), la série-fleuve tirée par Rainer Werner Fassbinder du roman d'Alfred Döblin (1929), que nous évoquions déjà ici.
Cette présentation aura lieu sur deux jours, les 6 et 7 octobre, au Grand Rex à Paris, et tournera ensuite dans plusieurs villes de France (Lyon, Strasbourg, Toulouse, Mulhouse…). Mais les spectateurs parisiens auront la chance supplémentaire de pouvoir rencontrer de nombreux collaborateurs du maître : les comédiens Günter Lamprecht (Franz Biberkopf), Gottfried John (Reinhold), mais aussi la monteuse Juliane Lorenz et le directeur de la photographie Xaver Schwarzenberger.
Les autres pourront également se rabattre sur une superbe édition DVD proposant, outre l'intégrale du film, de nombreux bonus. Le visionnement intégral de l'œuvre étant difficile à caser dans un emploi du temps normal, nous avons proposé un accompagnement pédagogique autour de l'épisode II de la série, intitulé "Comment faut-il vivre quand on ne veut pas mourir ? (Wie soll man leben, wenn man nicht sterben will)".
Le dossier pédagogique proposé par Stéphane Gödicke pour Zérodeconduite.net propose ainsi, après une présentation des auteurs (Döblin et Fassbinder) et du personnage de Franz Biberkopf, de s'intéresser à l'arrière-plan historique particulièrement bien mis en scène dans cet épisode (La République de Weimar et la montée du nazisme), puis à la thématique des pauvres gens, et aux représentations de la grande ville.

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 06.10.07 à 10:30 - Réagir

Le Festival des films qu’on ne peut plus faire : le niveau baisse ?

Festival-pavé dans la mare, ou bouteille à la mer ? L’objectif "d’Interdits, le festival des films qu’on ne peut plus faire" présenté à Paris au Cinéma des Cinéastes, n’est pas de faire découvrir des nouveautés ou des raretés, de proposer une rétrospective ou une thématique cohérentes : les sept œuvres présentées ici ont avant tout valeur de (contre) exemples ou de symptômes, et sont autant de prétextes à lancer le débat, sur le thème des "chefs d’œuvre d’hier qu’on ne pourrait plus tourner aujourd’hui".
D’Hiroshima mon amour d’Alain Resnais à Tess de Roman Polanski, de Thérèse d’Alain Cavalier à Delicatessen de Caro et Jeunet, le choix des films est aussi éclectique que les débats proposés : la prise de risques du producteur, la censure et l’autocensure, "l’écriture politique", la difficulté de monter des projets ambitieux…
Derrière ce catalogue un peu hétéroclite et ces assertions parfois discutables (la censure est-elle vraiment plus prégnante aujourd’hui que dans les années 60-70-80 ?), transparaît la nostalgie d’un âge d’or mythique (celui des producteurs flambeurs qui "prenaient des risques", de la prédominance des "auteurs", des grands succès de "petits films" comme Thérèse), et l’effroi d’une profession (le festival est organisé par l’Association des Réalisateurs-Producteurs) devant les mutations profondes que subissent ses métiers. "Si l’industrie cinématographique se porte bien, le Septième Art [NDR : autrement dit : "les films d’auteur") est menacé." Autrement dit : la rationalisation et la standardisation marketing, l’inflation des coûts à tous les stades de la chaîne, la main-mise croissante des télévisions qui imposent leur formatage moyennant finances, si elles permettent globalement au cinéma français de tenir le choc face à Hollywood, sont en train de tuer tout un pan de la création et les sociétés qui la font vivre.
Le geste le plus significatif de ces trois jours de projections-débats (du 5 au 7 octobre) est sans doute précisément de se constituer en festival ouvert au public, là où aurait pu sembler suffire un colloque réservé aux professionnels : c’est ainsi un véritable miroir qui est tendu au public, et au changement de ses "habitudes de consommation". Les chiffres donnés sur la plaquette de présentation donnent le vertige : 2 800 000 entrées pour la Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri, 2 250 000 pour Hiroshima mon amour (1959) de Resnais, 1 475 000 pour Thérèse (1986) d’Alain Cavalier, 995 000 pour Salo ou les 120 journées de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini… Quels sont les films qui aujourd’hui réalisent les mêmes scores ? Cela nous conduit l'interrogation angoissée suivante, familière aux enseignants : est-ce donc que le niveau (du public) baisse ? et la faute à qui ?

Illus : Salo ou les 120 journées de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 05.10.07 à 15:46 - 6 commentaires

Amours, guerres et sexualité

Le titre, surprenant, peut rappeler une des comédies les plus drôles de Woody Allen (Guerre et Amour, 1975). Mais l'objet de l'exposition "Amours, guerres et sexualité (1914-1945)" présentée jusqu'au 31 décembre à l'Hôtel des Invalides à Paris est tout à fait sérieux. Le Musée de l'Armée et le Musée d'Histoire Contemporaine-BDIC se sont associés pour proposer une réflexion originale sur la façon dont la guerre (en l'occurence les deux dernières guerres mondiales) bouleverse les relations entre les sexes. De la mobilisation (qui joue sur l'imaginaire viril pour exalter la nation) à l'après (le retour, ou non, des soldats au foyer), l'exposition propose plus de 480 œuvres (objets, affiches officielles, affiches de films, cartes postales, peintures…) qui balayent à la fois les pratiques et les représentations.
Les commissaires d'exposition ont eu la bonne idée de proposer une déclinaison cinématographique de l'exposition, via une rétrospective intitulée "Amours en guerre". Rares sont les films de guerre qui n'ont pas fait une place aux femmes et aux intrigues sentimentales, aussi le travail de sélection des programmateurs prend tout son sens. Aux grands classiques hollywoodiens (The African Queen de John Huston, Casablanca de Michael Curtiz, Le silence de la mer de Jean-Pierre Melville) répondent des œuvres du cinéma russe (Askoldov, Tchoukraï, Kalatozov), allemand (Le mariage de Maria Braun de R.W. Fassbinder), polonais (Un amour en Allemagne d'Andrzej Wajda). La rétrospective tiendra l'affiche du cinéma Action Ecoles à Paris jusqu'au 9 octobre, avant de tourner en province.

Posté dans Evènements par zama le 01.10.07 à 10:04 - 1 commentaire

Katyn d'Andrzej Wajda : le cinéma aide-mémoire

La mémoire d’un pays peut-elle se révéler dans les salles obscures ? Lors d’un récent débat suivant une avant-première du film l’Ennemi intime, le scénariste Patrick Rotman faisait remarquer que certaines vérités historiques n’étaient pas faciles à entendre, quand bien même elles avaient été sérieusement établies par les historiens. Ils ajoutaient que des films comme L’Ennemi intime et Indigènes, avaient, entre autres objets, celui de faire avancer les mentalités.
Il n’y a bien sûr pas que dans l’Hexagone que le couple Histoire et Cinéma fait parler de lui : si ce sont les questions coloniales qui interpellent le plus les jeunes acteurs et cinéastes français, le cinéma polonais commence lui à exhumer les traumatismes endurés sous les jougs nazi puis soviétique.
Lundi sortait ainsi dans les salles polonaises (à la date anniversaire, le 17 septembre, de l’invasion soviétique en 1939) le film Katyn d’Andrzej Wajda, consacré à l’exécution par l’Armée Rouge de milliers d’officiers de l’armée polonaise (dont 4410 retrouvés dans la forêt de Katyn, devenu le symbole de ces massacres). Relatant froidement ("sur un mode documentaire" d’après la correspondante du journal Libération) les heures sordides d’un massacre ordonné par Staline et orchestré par le NKVD, il décrit également la chape de plomb qu’a posée la propagande communiste sur ces événements, restés tabous jusqu'aux années 90.
Le film a évidemment une résonance personnelle très forte pour Andrzej Wajda (dont le père officier fut exécuté) et doit être lu à l’aune d’une œuvre toute entière traversée par l’histoire polonaise récente (même son Danton consacré à la Révolution Française peut être lu comme une critique indirecte du régime de Jaruzelski).
Mais s’il dénonce la censure de l’Histoire par le régime communiste, le film n’est pas à l’abri de la récupération et de l’instrumentalisation par le gouvernement actuel, dans un contexte doublement sensible : les tensions avec le voisin et ex-grand-frère russe, et la campagne interne de lustration, chasse aux dernières sorcières communistes…

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 21.09.07 à 17:03 - 12 commentaires

Lettres d'Iwo Jima en DVD

Conformément au principe retenu pour la sortie en salles, la "saga Iwo Jima", le diptyque guerrier de Clint Eastwood, nous a été délivré en deux DVD distincts et à quelques mois d'intervalle : après Mémoires de nos Pères avant l'été c'est la galette de Lettres d'Iwo Jima qui arrive aujourd'hui dans les bacs.
Même si elle semblait réduire un peu l'originalité du projet initial de Clint Eastwood (une bataille, deux camps, deux films), cette configuration a finalement permis à chacun des deux films d'exister à part entière, et peut-être enrichi le regard critique.
C'est ce volet japonais, à la fois le deuxième dans l'ordre de sortie et le moins "commercial" a priori, qui a sans doute le plus bénéficié de cette configuration. Si comme nous le soulignions à l'époque, l'intérêt du diptyque était de nous montrer un aspect moins connu et moins représenté de la Seconde Guerre Mondiale (la guerre du Pacifique), Lettres d'Iwo Jima avait l'attrait supplémentaire d'adopter le point de vue de l'ennemi et du vaincu : les combattants japonais, trop souvent réduits à l'image vociférante du kamikaze.
On renverra donc à notre site pédagogique et au dossier réalisé par Francis Larran. S'appuyant sur le programme d'Histoire des Premières Générales et des Terminale STG, il propose d'analyser la bataille d'Iwo Jima comme une bataille typique de la guerre du Pacifique, avant de mener une réflexion plus générale sur la mémoire du conflit.

+ Chez le même éditeur, on signalera aussi la sortie en DVD de Blood Diamond.

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 17.09.07 à 12:05 - 3 commentaires

Berlin Alexanderplatz, version restaurée

Le cinéma allemand a retrouvé depuis quelques années une certaine vitalité, rencontrant les des grands festivals internationaux, remportant de nombreux succès auprès du grand public (cf en France de La Chute de Olivier Hirschbiegel, Le Parfum de Tom Tykwer, La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck)… Après des années de relative atonie, cette petite renaissance a relancé l'intérêt pour les grands aînés de la Nouvelle Vague allemande, et notamment pour celui qui était à la fois leur chef de file et leur enfant terrible : Rainer Werner Fassbinder. Il y a deux ans, le Centre Pompidou avait programmé une intégrale des œuvres du maître, tandis que l'éditeur Carlotta Films sortait deux copieux coffrets de versions restaurées.
Ne manquait à la rétrospective du Centre qu'une seule œuvre, mais pas la moindre : Berlin Alexanderplatz, la série (en 13 épisodes et 1 épilogue) tournée (en 1979-1980) pour la télévision allemande d'après le magistral roman d'Alfred Döblin. Après un patient et minutieux travail de restauration mené par Bavaria Film et la Fondation Fassbinder, sous l'égide des collaborateurs du réalisateur, on va pouvoir redécouvrir Berlin Alexanderplatz comme on ne l'avait jamais vu : le film a été restauré numériquement en haute définition (2K), et des copies 35 mm ont été tirées pour la première fois (le film avait été tourné en 16 mm). La sortie du coffret DVD (comprenant les 14 épisodes et de nombreux bonus) chez Carlotta Films le 3 octobre s'accompagnera donc d'une tournée-événement commençant le 6 octobre au Grand Rex à Paris et se poursuivant (à Lyon, Strasbourg, Toulouse…) tout au long de l'année scolaire.
En attendant le dossier pédagogique que Zérodeconduite.net consacrera à la série, on terminera avec ces belles lignes de Fassbinder sur son rapport au roman de Döblin : "Il se peut que Berlin Alexanderplatz m'ait aidé à reconnaître cette exigence envers l'art, à la formuler et surtout à la poser envers mon propre travail. J'ai donc rencontré une oeuvre d'art qui n'était pas seulement en mesure d'aider, en quelque sorte, à vivre - de cela aussi, je reparlerai - une oeuvre d'art donc, Berlin Alexanderplatz, qui aide à élaborer du théorique sans être théorique, qui contraint à des attitudes morales sans être morale, qui aide donc à accepter le banal comme essentiel, comme sacré, sans être banale ou même sacrée ou sans prétendre être un exposé sur l'essentiel et malgré tout sans être pour autant cruelle, ce qui n'est pas rare pour des oeuvres de cette envergure."

> MAJ 17/09/07 : voir notre site pédagogique Berlin Alexanderplatz

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 12.09.07 à 11:08 - 1 commentaire

Cinéclasse : L'Ennemi intime

Le voile se lève peu à peu sur L'Ennemi intime de Florent-Emilio Siri, dont la densité romanesque promet d'être à la hauteur de l'intérêt historique : c'est cet équilibre que souligne le journaliste Christian Bonrepaux dans l'éditorial du nouveau numéro de Cinéclasse (le supplément cinéma du Monde de l'Education, en partenariat avec Zérodeconduite.net), inséré dans le numéro 361 (Septembre) du mensuel. "Le film de Florent-Emilio Siri et de Patrick Rotman réussit à concilier deux points de vue.Celui de l’historien quand L’Ennemi intime s’inscrit dans la continuité d’Indigènes [NDR : qui a fait l'objet d'un Cinéclasse l'année dernière]: il montre que les combattants arabes, harkis ou cadres indépendantistes du FLN, ont combattu dans l’armée française pendant la seconde guerre mondiale. Celui du romancier, attentif à la psychologie de ses personnages et aux fêlures humaines. Ce n'est pas la moindre réussite du film que de faire de Terrien un lointain descendant de Kurtz, le colonel fou et meurtrier d'Apocalypse Now. La marche du petit lieutenant sur les sentiers de Kabylie est aussi une marche au cœur des ténèbres. Celle de l'âme humaine."
Une fois n'est pas coutume, c'est le scénariste lui-même qu'interroge le mensuel dans son Grand Entretien : depuis son livre les Porteurs de Valise jusqu'à l'Ennemi intime (le documentaire qu'il a réalisé et la fiction qu'il a écrite), en passant par La Guerre sans nom (co-écrit et réalisé avec Bertrand Tavernier) et Nuit noire 17 octobre 1961, Patrick Rotman a pu s'approprier le sujet, qu'il sait restituer de manière vivante… Les autres rubriques (Education à l'image, Repères, De la salle à la classe) permettent comme à l'accoutumé de compléter l'approche pédagogique du film.

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 04.09.07 à 23:42 - 10 commentaires

Cannes en banlieue avec Luc Besson

Luc Besson, le Georges Soros du cinéma ? A l'image du financier américain, chantre de l'ultralibéralisme et de la spéculation débridée (il reste célèbre pour avoir en 1992 obligé la livre Sterling à sortir du Système Monétaire Européen), se reconvertissant sur le tard dans la philanthropie et le multilatéralisme, Luc Besson a fait prendre dernièrement un tour étonnant (et définitif ?) à sa carrière. Annonçant que son dixième film en tant que réalisateur, Arthur et les Minimoys, serait également son dernier, il multiplie depuis les projets à vocation philanthropique, et s'apprête à lancer la une Fondation à son nom.
C'était d'abord en avril de la mise en production de Boomerang, "film écolo" du photographe-star Yann-Arthus Bertrand, dans la double lignée du livre La Terre vue du ciel et du "film d'Al Gore" Une Vérité qui dérange, qui sera "proposé gratuitement aux distributeurs". Ce fut ensuite début mai l'annonce d'un événement à l'intitulé joliment oxymorique, le Festival Cannes et Banlieues (illus.), qui consistait à offrir aux habitants de 10 villes de banlieue parisienne (Saint-Denis, Chanteloup-les-Vignes, Garges-les-Gonesse…) la projection d'un film sélectionné au Festival de Cannes.
L'annonce a été accueillie par un certain scepticisme (ne s'agissait-il pas d'une opération de publicité déguisée ou de relations publiques pour la future Cité du Cinéma que Besson veut installer à Saint-Denis ?) et quelques sarcasmes, mais à en croire ce reportage du journal Libération, le pari était réussi malgré quelques couacs inauguraux (liés au choix hasardeux de film que personne n'avait vu). L'entregent de Luc Besson a permis de débloquer les autorisations nécessaires, et le public a réagi de manière positive : "Les habitants de Sarcelles se seront familiarisés avec le cinéma coréen, via Souffle de Kim Ki-duk, «un des plus applaudis», assurait Luc Besson, vendredi, dans les coulisses de La Courneuve. «Des centaines de personnes sont restées concentrées devant cette histoire d'amour entre un prisonnier et une femme mariée délaissée. L'action pendant une heure et demie se passe derrière la vitre d'un parloir, et personne n'est parti.» Mais le prix du public de banlieue revient sans conteste à Persepolis, un des plus beaux souvenirs pour le réalisateur de Taxi, du Cinquième élément et du Grand Bleu : «Je garderai en tête les images de ces femmes voilées regardant l'histoire de cette gamine, elle-même sous une burqa, en Iran...»"
L'initiative a en tout cas le mérite de jeter un beau pavé dans la mare de l'éternel débat sur la démocratisation culturelle

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 30.05.07 à 16:26 - 8 commentaires

Le Guépard au programme des TL

Le nouveau programme de littérature des Terminale L vient de tomber : à côté de Jacques le Fataliste et des Contes de Perrault illustrés par Gustave Doré, les élèves plancheront cette année sur Roméo et Juliette de William Shakespeare (Grands Modèles littéraires - Modèles européens) et Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa (Littérature contemporaine - Œuvres étrangères en traduction). A la différence du Procès qui associait étude du roman de Kafka et de l'adaptation de Welles (voir nos séances pédagogiques, septembre 2006 et novembre 2006) les adaptations cinématographiques de ces deux œuvres ne font pas partie des objets d'étude officiels.
Reste qu'il serait dommage de ne pas montrer aux élèves au moins une des versions cinématographiques de la pièce de Shakespeare : en priorité celle de Baz Luhrmann, aussi pétaradante que fidèle au texte (Romeo + Juliet, 1996), et pourquoi pas celles de George Cukor (Romeo and Juliet, 1936) ou Franco Zeffirelli (Romeo and Juliet, 1968). Quant au Guépard de Lampedusa, il fait partie, en tout cas en France, de ces œuvres plus connues pour leur version cinématographique que lues dans le texte. Sur son blog La République des Livres, le critique Pierre Assouline, grand amoureux du film de Luchino Visconti, palme d'Or 1963, avance (Le Guépard, toujours) qu'il lui est "impossible de savourer ces pages sans y voir en superposition le désenchantement lucide de Burt Lancaster, son regard reflétant une fuite dans l’intemporel, ses attitudes disant tout de la fin d’un monde et ses gestes annonçant le début d’un autre, ses remarques exprimant une impitoyable clairvoyance, c’est ainsi, imprimé à jamais dans nos mémoires. Salina, c’est lui." Dans un autre post (L'énigme du baisemain anachronique), il revient sur un épineux problème posé par l'adaptation : "Je venais juste d’achever la lecture du passionnant essai de Frédéric Rouvillois Histoire de la politesse de 1789 à nos jours quand une étrange chorégraphie agitant sur Arte Le Guépard de Luchino Visconti me frappa pour la première fois : non pas celles des valses, galops et mazurkas dans les quarante cinq minutes d’anthologie que dure la scène du bal, ni même celle des révérences mais bien celle des baisemain : légère inclinaison vers une main qui s’élève avec grâce, frolement des lèvres sur les doigts, douce et imperceptible pression pour restituer la main à sa propriétaire. Les baisemain y sont aussi innombrables que naturels. Rien d’étonnant dans la haute société. A une nuance près : à l’époque, selon M. Rouvillois qui s’y connait en savoir-vivre, ils n’existaient pas." Connaissant le souci légendaire de Luchino Visconti pour l'authenticité matérielle, jusque dans les moindres détails, même invisibles au spectateur, c'est pour le bloggueur comme un monde qui s'écroule : "Le Guépard, dont l’action est concentrée dans les années 1860-1862, est le dernier film où l’on eut imaginé un anachronisme." Pierre Assouline s'interroge alors sur l'intrusion filmique de ces baisemain, totalement absents de la version originale italienne du roman, même si la traduction française fait apparaître le mot…
Pour ceux auxquels ces quelques lignes auront donné envie de se replonger dans le film, on renverra à cette page du site de la chaîne Arte ainsi qu'à ce dossier Teledoc consacré au film, en attendant d'y revenir à la rentrée sur Zérodeconduite.net.

> MAJ du 19/03 : Voir notre dossier pédagogique sur le Guépard de Visconti / Lampedusa, dans la rubrique "La séance du mois"

[Illus. : Claudia Cardinale dans Le Guépard, couverture de l'édition Points Seuil du roman de Lampedusa]

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 08.05.07 à 18:50 - 122 commentaires

Le Festival du cinéma brésilien à Paris

Sur la carte de la cinéphilie (telle en tout cas qu’on la dessine de ce côté-ci de l’Atlantique), le géant sud-américain fait encore figure de nain : mis à part le duo Walter Salles (Carnets de voyage) et Fernando Mereilles (d’ailleurs passé "à l’international" après le succès de La cité de Dieu avec la production américaine The Constant gardener), les jeunes réalisateurs brésiliens ont du mal à se faire connaître du public occidental. Ainsi le film Cinéma, aspirine et vautours de Marcelo Gomes, pourtant auréolé du Prix de l’Education Nationale au Festival de Cannes 2005, était sorti en France dans une relative indifférence…
Dans ce paysage relativement déserté, le Festival du cinéma brésilien de Paris fait figure d’heureuse exception. Organisé par la dynamique association Jangada, il propose depuis 1999 au public de la capitale une sélection de films inédits, avec l’objectif de faire découvrir et partager la culture brésilienne dans toute sa diversité cinématographique, des œuvres les plus populaires aux formes les plus pointues.
La 9ème édition se dédouble dans le temps et dans l’espace : du 25 avril au 1er mai à l’Arlequin seront programmés plus de quinze long-métrages de fiction, récents et inédits en France. Du 2 au 8 mai, c’est le Latina qui prend le relais avec une programmation documentaire. Signalons que des films "adaptés au public scolaire" (à partir de la 6ème) sont proposés en après-midi à tarif préférentiel. On mettra ainsi tout particulièrement l’accent sur Pro dia nascer feliz de João Jardim, documentaire qui dresse un état des lieux de la jeunesse brésilienne, sous l’angle de l'éducation. Selon Cinélangues du Latina, qui propose le téléchargement d'un dossier pédagogique, ce documentaire permettra aux lycéens (Première/Terminale) "de découvrir un système éducatif différent du leur et de confronter leurs expériences personnelles à celles des jeunes adolescents brésiliens interviewés dans le documentaire."

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 24.04.07 à 14:40 - Réagir

Laissez-les grandir ici !

On a dit que la culture était le grand absent de la campagne électorale (cf La culture, oubliée du débat électoral sur Telerama.fr). Qu'à cela ne tienne, ce sont les artistes, en l'occurence les cinéastes, qui se rappellent aujourd'hui au bon souvenir des politiques. Et pas pour défendre des revendications corporatistes ou simplement sectorielles, mais au service d'une cause qui touche également les enseignants de près : le Collectif des cinéastes pour les "sans-papiers" apporte son soutien au Réseau Education Sans Frontières, via une pétition et un court-métrage (Laissez-les grandir ici !) d'ores et déjà visible sur Internet (ici, sur les sites de vidéo en ligne, sur le site de RESF), et qui sera diffusé à partir du 7 mars dans plus de 400 salles du réseau Art et Essai.
Voici un extrait du manifeste qui présente la démarche : "Pour réaliser ce film, nous nous sommes adressés au Réseau Éducation Sans Frontière (RESF) et à des enseignants, qui nous ont présenté certains de leurs élèves, des enfants de ceux qu’on appelle "sans-papiers". Avec l’accord de leurs parents, nous avons travaillé avec eux en ateliers d’écriture. Les enfants ont raconté leurs situations, confronté leurs expériences. De ces échanges est né un texte (voir pétition à signer), de ce texte est né un film. LEUR film. Une forme simple qui porte leur parole et leur histoire. Une histoire de peur et de souffrance. Les enfants ont participé à ce travail avec leur passion et leurs espoirs. Espoir de voir cesser l’arbitraire, qui fait toujours d’eux des enfants de "sans-papiers", des enfants de déboutés. Espoir de vivre sans la peur quotidienne d’être expulsés. Passion d’apprendre et de grandir dans un pays qui est le leur comme il est le nôtre."

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 06.03.07 à 19:52 - 3 commentaires

La Trahison en DVD

Qui a dit que la guerre d'Algérie n'intéressait pas les Français ? Le succès en salles, à son échelle, de La Trahison de Philippe Faucon, film sans gros budget ni vedettes, avait prouvé le contraire. Nous soulignions à l'époque les qualités du film : modestie du propos (l'expérience de quelques appelés à un endroit et un moment donnés du conflit), authenticité des faits (il était tiré du récit autobiographique de Claude Sales), justesse de la mise en scène et de la direction d'acteur… qui en faisaient à la fois une indéniable réussite cinématographique (les Cahiers du Cinéma avaient parlé de "nouveau regard sur la Guerre d'Algérie") et un excellent matériau pédagogique. On conseillera donc vivement l'acquisition du DVD édité par les Editions Montparnasse, et on rappellera l'existence d'un mini-site pédagogique consacré au film, que l'on peut compléter par les nombreuses ressources (sur le film et la Guerre d'Algérie) que nous listions ici.
Signalons également que le film est dès cette année au programme de Lycéens au cinéma en région PACA, et fait l'objet d'un beau dossier d'accompagnement rédigé par Boris Henry et édité par l'association Cinémas du Sud.

Posté dans Evènements par zama le 30.01.07 à 20:35 - 4 commentaires

Ciné Allemand pour les Jeunes : l'arrivée

Le Festival Cinéallemand pour les Jeunes c'est comme le Tour de France : ça se termine toujours sur les Champs-Elysées. Nous n'avions pas eu l'occasion en septembre 2005 de signaler le lancement de la deuxième édition de ce festival itinérant, lancé et animé par le Goethe Institut. Saluons donc son arrivée dans la capitale, dernière des quarante villes à accueillir le festival. Cinq films choisis parmi la sélection nationale, pour la plupart inédits en salle, seront projetés en matinée et pour une séance unique au Cinéma le Balzac, du 24 au 31 Janvier. Ils font l'objet d'un substantiel accompagnement pédagogique, en langue allemande uniquement, sur le site du Goethe Institut (interviews, liens divers) : Sonnenallee, Die Blindgänger, The Edukators (Die fetten Jahre sind vorbei), Kroko, Die Spielwütigen.
Et donnons rendez-vous en septembre 2007 pour le lancement de Cinéallemand 3, qui reprendra peut-être le film La Vie des autres (Das Leben der Anderen), dans les salles le 31 Janvier.

[Photo : The Edukators de Hans Weingartner]

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 22.01.07 à 15:12 - Réagir

Soyez juré à Cannes !

Bien sûr il y a la montée des marches, le glamour, les palmiers… Mais la participation au Festival de Cannes, surtout dans le rôle à la fois privilégié et exposé de juré, est une expérience cinéphilique inoubliable…
Comme chaque année depuis cinq ans, le Ministère permet à quelques enseignants de participer au festival le plus prestigieux du monde (qui se tiendra cette année du 16 au 27 mai 2007), dans le cadre de son Prix de l’Education Nationale. Rappelons que le jury est constitué de dix membres : deux professionnels du cinéma, deux élèves et six enseignants choisis par le comité de pilotage sur la base d'un appel à candidature national.
L'année précédente le prix était allé à Marie Antoinette de Sofia Coppola, à contrepied d'un palmarès très politique et… à notre grande surprise. A sa projection en sélection et dans le feu du festival, nous l’avions en effet accueilli assez fraîchement, provoquant une polémique passionnée entre néo-sans-culottes (la Coppola à la lanterne !) et afficionados de la reine Sofia : voir à la suite de l’article (Marie Antoinette en ado lassante) les longs commentaires d'Alias Flaubert et Harry Caul… Les uns critiquaient le choix d’un film tournant volontairement le dos à l’histoire pour célébrer la mélancolie d’une pauvre petite fille riche, et une certaine fascination pour le luxe de la « jet-set ». Les autres saluaient l’originalité et la cohérence de l’univers de la réalisatrice, et défendaient dans la décision du jury un vrai geste cinématographique. On attend d’ailleurs avec impatience le DVD pédagogique qui doit être édité par le CRDP de Nice dans la collection « A propos de ».
Autant dire que cette année encore le débat sera passionné et passionnant sur l’utilité et la philosophie d’un prix cinématographique remis par l’Education nationale.
> L’inscription en ligne (attention : jusqu’au 22 décembre)

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 13.12.06 à 16:45 - 3 commentaires

Douce France ? le Festival du film d'Histoire

"Il revient à ma mémoire, des souvenirs familiers…"
Ouvert l'année précédente aux quatre vents de l'idée européenne, le Festival du Film d'Histoire de Pessac s'est replié cette année sur une thématique très hexagonale, empruntant son titre-slogan à la célèbre chanson de Charles Trenet.
"Douce France" donc, pour "bousculer les morosités ambiantes" ; mais avec un point d'interrogation, tout de même, tant la proclamation pourrait paraître incongrue ou passéiste. Le Festival orchestrera donc un débat entre les deux points de vue résumés par Jean-Noël Jeanneney dans son éditorial : "Climat pondéré, beauté des paysages et des villes, splendeur des monuments (…) langage de clarté et de sagesse" d'un côté ("Leben wie Gott in Frankreich" disent bien les Allemands) ; "égoïsmes, brutalités intimes, contradictions éprouvées entre les principes splendides des Lumières et les pratiques de notre peuple" de l'autre. Ou, pour reprendre deux des grands classiques proposés dans la programmation de Pierre-Henri Deleau, French Cancan de Renoir contre Le Corbeau de Clouzot.
Ladite programmation propose pêle-mêle un hommage à Jacques Tati, des films plus récents sur les thématiques sociales (travail, intégration, banlieues), et quelques "raretés" comme cette adaptation des Travailleurs de la mer par le metteur en scène de théâtre Antoine. Mais la particularité du Festival est aussi de proposer de nombreux débats et rencontres thématiques qui éclaireront de près ou de loin la thématique générale : du sempiternel "Faut-il sauver le modèle français ?" avec l'inévitable "décliniste" Nicolas Baverez au plus original (au moins dans la formulation) "Les Français aiment-ils la démocratie ?"
En parallèle, le Prix du Film d'Histoire présentera douze documentaires et neuf long-métrages de fiction inédits, dont bon nombre seront présentés dans ces pages : Black book de Paul Verhoeven, Daratt, saison sèche de Mahamat-Saleh Haroun, La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck, Le Violon de Francisco Vargas Quevada et La faute à Fidel de Julie Gavras…

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 21.11.06 à 18:20 - 2 commentaires

Walt Disney au Grand Palais

Peu de projets artistiques (et industriels) auront autant marqué la culture du XXème siècle : alors qu'avec Cars la firme à la souris a définitivement tourné la page de l'animation "traditionnelle" pour basculer dans le numérique, les Galeries Nationales du Grand Palais consacrent une somptueuse rétrospective à l'art des Studios Disney : Il était une fois Walt Disney (du 16 septembre au 15 janvier 2007)…
On pourra trouver provocateur d'associer le terme "art" à une firme symbole de la mondialisation des esprits, comme Mac Donald's l'est de la mondialisation des estomacs. Comme l'écrit le commissaire de l'exposition dans le catalogue (extrait sur le site officiel) : "Comment expliquer en effet l’entrée de Walt Disney (1901-1966) et de la cohorte de ses personnages, de Mickey à Mowgli, dans le temple où, depuis quarante ans, ont été célébrés des maîtres incontestés, Nicolas Poussin, Édouard Manet ou Pablo Picasso ?"
Mais c'est justement tout le projet de l'exposition : s'efforcer d'oublier les parcs d'attraction, les chaînes de télévision, les produits dérivés, pour appréhender les recettes qui ont fait le succès de Mickey et consorts, pour explorer les interactions entre culture savante et culture de masse… Non contente d'analyser dans le détail (s) style(s) visuel(s) et codes narratifs des films de l'âge d'or de Disney (sections consacrées à "L'art de caractériser les personnages", à "l'Anthropomorphisme", à la "nostalgie bâtisseuse (architecture et décors)"), l'exposition se projette doublement : dans les sources littéraires, iconographiques, cinématographiques de Disney, et dans l'influence profonde que ses créations ont eu sur l'art moderne et contemporain (cf le tableau de Robert Combas : Mickey n'est plus la propriété de Walt il appartient à tout le monde, 1979).
Entre autre exemples, l'exposition détaille ainsi la genèse de la reine-sorcière de Blanche Neige et les sept nains : "…son visage est finalement inspiré par celui de l’actrice américaine Joan Crawford (1908-1977). Son apparence générale semble dériver de la statue-colonne représentant Uta, Margrave de Meissen, du portail de la cathédrale gothique de Naumbourg (Allemagne). La transformation de la reine en sorcière est empruntée aux différentes versions cinématographiques de Docteur Jekyll et Mister Hyde, celle de Robert Mamoulian avec Fredric March (1932), et dans une moindre mesure celle de John S. Robertson avec John Barrymore (1920). Le personnage de la sorcière est lui-même le fruit de toute la tradition iconographique développée par le XIXe siècle sur ce thème."
On voit les nombreuses possibilités d'exploitation pédagogique, que ce soit en Arts Plastiques ou en Français… On se reportera au récent dossier Teledoc, "Walt Disney l'européen", consacré plus précisément aux influences de la "culture européenne" sur les studios Disney et qui propose notamment des activités autour d'Alice au pays des merveilles (1951).

Posté dans Evènements par zama le 17.09.06 à 16:32 - 15 commentaires

The Dead : chef-d'œuvre de John Huston


thedead.jpgLes occasions sont très rares de voir le chef d'œuvre posthume de John Huston, The Dead (Gens de Dublin, 1987), adapté de la nouvelle de Joyce. Aussi on conseille à tous ceux qui le peuvent de se précipiter au Centre culturel irlandais de Paris qui propose la projection du film et une conférence (en anglais) en cette veille de Bloomsday (et qu'ils pourront compléter par ces deux études, en français et en anglais). Pour ceux qui ne le savent pas, le "Bloomsday", du nom du personnage principal d'Ulysse est —à notre connaissance— la seule fête nationale consacrée à un écrivain. On trouvera une liste de liens très complète (articles sur la célébration, mais aussi l'œuvre de Joyce, carte interactive du roman et visite virtuelle de Dublin) présentés par un professeur d'anglais dans l'édition 52 du Café pédagogique : "Il me semble
intéressant de présenter aux élèves
cette journée imaginée par un grand
auteur, qui est devenue réalité
." N'en citons qu'un ici, un article de The Economist, dont l'intitulé ravira tous ceux qui comme nous n'ont pas réussi à dépasser les 50 premières pages du roman de Joyce : "Is the fuss over
James Joyce's Ulysses greater than the
book?
"

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 15.06.06 à 14:26 - 3 commentaires

Le cinéma aux concours

Les programmes des concours de recrutement (agrégation interne et externe, CAPES), parus au Bulletin Officiel d'avril, font une place diverse au cinéma. Signalons tout d'abord une sorte de record chez les anglicistes : l'inscription d'une œuvre au programme (Agrégation et CAPES) deux ans à peine après sa création. Il s'agit du film de Joe Wright, Orgueil et préjugés, dont on avoue n'avoir pas estimé à sa sortie qu'il méritait tant d'honneurs (Orgueil, préjugés et plaisirs sucrés). Il est vrai qu'il est accolé à l'étude du roman de Jane Austen, chef d'œuvre lui plus que bicentenaire, comme l'année dernière le film de Coppola l'avait été au Dracula de Bram Stoker. En attendant l'abondante et sérieuse littérature qui ne manquera pas d'être publiée à la rentrée sur le sujet, les agrégatifs pourront se faire les dents sur les ressources en ligne qu'on signalait à l'époque.
Les hispanistes quant à eux ne sont pas en reste : à l'agrégation le jury a créé une cinquième question de civilisation portant sur "Cinéma et révolution à Cuba (1959-2003)". "Il s ’agira d ’étudier l ’évolution de cette production sur la période considérée et de voir comment quelques grands cinéastes cubains qui comptent parmi les artistes latino-américains les plus importants du XXe siècle ont réussi, malgré de multiples difficultés,à tourner des films remarquables.Entre autres choses, ils évoquent,avec une liberté de ton parfois étonnante,les problèmes de la nouvelle société, notamment la place qui doit revenir aux artistes qui ne peuvent renoncer à leur indépendance et se doivent de défendre la liberté de création."
On notera également, respectivement à l'agrégation interne de Lettres Modernes et au CAPES d'Espagnol deux œuvres cinématographiques : Van Gogh de Maurice Pialat (1991) et Goya (Goya en Burdeos) de Carlos Saura (1999).
Enfin, il faut signaler que Vie et opinions de Tristram Shandy de Lawrence Sterne, au programme des agrégations de Lettres et d'Anglais, a fait l'objet d'une tentative d'adaptation par l'anglais Michael Winterbottom : A cock and bull story, traduit en français par Tournage dans un jardin anglais, à découvrir le 5 juillet en France, et attendant sur ce site officiel aussi foutraque que le film promet de l'être.

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 14.05.06 à 15:42 - 4 commentaires

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